Nous étions « Charlie », et nous le sommes toujours

Marche du 11 janvier 2015, Paris.

Les 10 et 11 janvier 2015, nous étions près de 4 millions à manifester pacifiquement dans Paris et dans toute la France pour dénoncer les attentats djihadistes et pour affirmer notre attachement à la République et à ses valeurs. Nous étions « Charlie ». Nous défendions la liberté d’expression, la tolérance et la fraternité. Nous défendions aussi l’héritage des Lumières et un certain esprit « voltairien », nous défendions le droit au blasphème et à l’impertinence, la liberté de critiquer toutes les religions, toutes les doctrines, toutes les idéologies. Nous voulions montrer à la planète entière que la France était debout et qu’elle n’avait pas peur. Nous étions « Charlie », et nous le sommes toujours.

Nous étions sidérés par la violence des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, qui ont visé la rédaction de Charlie Hebdo, plusieurs policiers ainsi que les clients du magasin Hyper Casher de la Porte de Vincennes. Mais nous n’imaginions pas que ces attentats étaient les premiers d’une longue série : attaque du Thalys le 21 août 2015, attentats de Paris le 13 novembre 2015, attaque de Magnanville le 13 juin 2016, attentat du 14 juillet 2016 à Nice, attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016, attentat des Champs-Elysées le 20 avril 2017, attaques de Carcassonne et de Trèbes le 23 mars 2018, attaque de la rue Monsigny le 12 mai 2018, attentat de Strasbourg le 11 décembre 2018. Sans oublier les attaques de militaires et de policiers qui n’ont pas fait de victimes.

Nous étions sidérés de voir que, malgré la forte mobilisation des Français lors des marches républicaines des 10 et 11 janvier 2015, beaucoup de nos concitoyens n’étaient pas « Charlie ». Nous étions sidérés de voir que, dans nos écoles, nos collèges et nos lycées, certains élèves ne comprenaient pas cette mobilisation car ils considéraient que les dessinateurs de Charlie Hebdo avaient, d’une certaine façon, « mérité » leur sort. Nous étions sidérés de voir que la condamnation des attentats n’était pas unanime et que la défense des valeurs républicaines n’allait pas de soi. Nous avons pris conscience des fractures immenses qui menaçaient le pacte républicain.

Quatre ans plus tard, où en sommes-nous ? La menace terroriste semble avoir reculé. Le pseudo-califat de « Daesh » s’est effondré au Moyen-Orient, mais son idéologie mortifère n’a pas disparu. Et la société française reste extrêmement fracturée. La République est encore contestée dans ses institutions et dans ses valeurs, non par des terroristes mais par des casseurs et des activistes venus de l’ultra-droite, qui profitent habilement du mouvement des « gilets jaunes » pour entretenir un climat de violence et de haine dans le pays. Malgré le reflux du terrorisme djihadiste, la République est encore plus fragile aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2015.

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Peut-on encore être macroniste ?

Source: lefigaro.fr.

L’image de l’exécutif s’est considérablement dégradée au cours de l’année 2018. Il y eut d’abord les déclarations d’Emmanuel Macron sur les minimas sociaux qui coûtent « un pognon de dingue ». Puis l’affaire Benalla, qui n’était ni une « crise de régime » ni un « scandale d’Etat », mais qui déstabilisa tout de même sérieusement le pouvoir. Il y eut, enfin, les démissions de Nicolas Hulot et de Gérard Collomb, deux poids lourds du gouvernement. Gérard Collomb fut l’un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron et son départ a comme un goût amer de divorce. Quant à Nicolas Hulot, il a démissionné du gouvernement après quatorze mois de bons et loyaux services car il ne disposait pas des moyens nécessaires pour mener à bien les transformations qu’il appelait de ses vœux. La démission de Nicolas Hulot a toutefois eu des effets positifs puisqu’elle a ouvert les yeux de l’opinion publique sur le poids des lobbys et semble avoir entraîné un sursaut dans la société civile, comme en témoignent les « Marches pour le climat ».

2018 fut aussi l’année de toutes les colères. La réforme de la SNCF a eu l’effet d’une bombe et a déclenché au printemps une grande grève des cheminots qui s’est étalée sur près de trois mois. L’objectif du « Pacte ferroviaire » était de préparer l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs, comme le prévoit la réglementation européenne. Or, il était nécessaire de restructurer la SNCF pour la rendre plus compétitive et lui permettre de gérer plus efficacement ses personnels. Mais le Pacte ferroviaire était une réforme incompréhensible pour l’immense majorité des Français : aujourd’hui encore, on a du mal à comprendre pourquoi le gouvernement a supprimé le statut de cheminot à l’embauche et transformé la SNCF en « société anonyme à capitaux publics ». Ces transformations avaient une justification technique mais, de toute évidence, le gouvernement n’a pas fait suffisamment de pédagogie. Le changement de statut juridique de la SNCF a, en outre, alimenté la peur d’une privatisation de l’entreprise : bien que le Pacte ferroviaire garantisse explicitement le caractère public de la SNCF, certains syndicats ont entretenu la rumeur d’une privatisation pour semer la confusion dans le débat.

L’entrée en vigueur de loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) a déclenché, elle aussi, une vague de contestations avec, en prime, des blocages d’université. L’objectif de cette loi était de réformer la procédure d’accès à l’enseignement supérieur : l’ancienne plateforme APB a été remplacée par la plateforme « Parcoursup », qui laisse davantage de liberté aux élèves dans l’élaboration de leurs vœux. Mais la loi ORE a été accusée, à tort, d’instaurer une sélection à l’entrée des universités. En réalité, cette loi n’a pas créé de sélection généralisée à l’entrée des universités françaises : dans les formations dites « en tension », les tirages au sort ont été remplacés par une sélection sur dossier. Dans les autres formations universitaires, aucune sélection n’a été instaurée mais les universités doivent désormais classer les dossiers de candidature en fonction du profil des candidats. Ainsi, les candidats qui ont les meilleurs dossiers obtiennent plus rapidement une place dans les formations de leur choix. Si la loi ORE a provoqué tant de protestations, c’est peut-être parce qu’elle a été mise en place dans un contexte particulièrement difficile pour les universités françaises : de fait, beaucoup d’universités ne disposaient pas des moyens ni du temps nécessaires pour examiner correctement les dossiers de candidature.

La mise en place de la réforme du lycée suscite de vives inquiétudes. Cette réforme réorganise en profondeur la structure des enseignements au lycée : à compter de la rentrée 2019, les séries L, ES et S des lycées généraux seront remplacées par un lycée « modulaire » comprenant un tronc commun et des enseignements de spécialité. Le nouveau lycée doit en effet permettre d’individualiser davantage les parcours de formation et de briser la hiérarchie des filières. La réforme prévoit aussi une refonte du baccalauréat : le poids du contrôle continu dans la note globale sera renforcé afin d’alléger le calendrier des épreuves terminales et de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. Le problème, c’est que la réforme Blanquer a été lancée dans une certaine précipitation : les équipes éducatives n’ont pas eu le temps de s’approprier cette réforme ni de mener sereinement le travail de réflexion nécessaire à sa mise en place dans les établissements. Au bout du compte, la réforme Blanquer a fini par devenir une source d’angoisse à la fois pour les enseignants, les élèves et les familles, sur fond de suppressions de postes dans l’enseignement secondaire.

Mais l’année 2018 aura surtout été marquée par la révolte des gilets jaunes. Deux mesures particulièrement impopulaires sont à l’origine de ce mouvement : la hausse de la CSG et la hausse des taxes sur le carburant. La hausse de la CSG, qui devait compenser la baisse des cotisations salariales, a été vécue comme une injustice par les retraités. Mais c’est surtout la hausse du prix des carburants, amplifiée par l’augmentation du prix du baril, qui a déclenché le mouvement des gilets jaunes à l’automne 2018. D’abord perçu comme une sorte de jacquerie antifiscale comparable au soulèvement des « bonnets rouges » en 2013, le mouvement des gilets jaunes exprimait en réalité le malaise profond des classes moyennes et populaires et de cette « France périphérique » ignorée des élites : la hausse du prix des carburants n’a été que l’élément déclencheur de la révolte. A mesure que le mouvement s’est installé dans la durée, il s’est radicalisé ; les revendications, qui se cantonnaient initialement à la politique fiscale et au pouvoir d’achat, se sont peu à peu élargies : dissolution de l’Assemblée nationale, nouvelle Constitution, instauration d’un « référendum d’initiative citoyenne », etc.

Face aux gilets jaunes, Macron aurait pu faire preuve d’une rigidité thatchérienne. Il aurait pu ignorer les revendications des manifestants et se contenter de rétablir l’ordre républicain. Mais il a fait preuve d’un certain pragmatisme pour calmer la colère des gilets jaunes et mettre un terme aux violences. Sur les deux mesures les plus contestées, Macron a fait marche arrière : il a gelé l’augmentation des taxes sur les carburants et annulé la hausse de la CSG pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois. Il a aussi pris des mesures d’urgence en faveur du pouvoir d’achat : défiscalisation des heures supplémentaires, revalorisation et extension de la prime d’activité pour les bas salaires. Au total, près de 10 milliards d’euros seront ainsi redistribués aux Français. En outre, Emmanuel Macron a promis un « grand débat national » en 2019 : organisé dans les territoires sous le patronage des élus locaux, ce débat devrait porter sur la transition écologique, la fiscalité, la réforme de l’Etat et le fonctionnement de la démocratie. Les annonces présidentielles ont donné satisfaction à une partie des gilets jaunes mais n’ont pas mis fin au mouvement.

Le soulèvement des gilets jaunes est-il une révolte contre Emmanuel Macron ? Même si le slogan « Macron démission ! » est devenu un cri de ralliement commode pour de nombreux gilets jaunes, la réalité semble plus complexe. Je crois que la politique de Macron a cristallisé toutes les colères accumulées dans le pays depuis plus de deux décennies à cause de la précarité, du chômage et de la baisse du pouvoir d’achat : le mouvement des gilets jaunes n’exprime pas tant un rejet d’Emmanuel Macron lui-même qu’un rejet de la classe politique en général. L’arrogance technocratique et la politique fiscale du président n’ont fait qu’exacerber un mécontentement dont les racines étaient beaucoup plus profondes. En un certain sens, la révolte des gilets jaunes symbolise l’échec de l’utopie réconciliatrice portée par le macronisme. Emmanuel Macron avait l’ambition de dépasser les clivages politiques traditionnels et de réconcilier les Français autour d’un projet réformiste et transpartisan qui ne serait « ni de gauche, ni de droite ». Or, en brouillant les repères idéologiques traditionnels et en cherchant à dépasser le clivage droite-gauche, Macron a renforcé un autre clivage : celui qui oppose le peuple aux élites. Macron est impopulaire parce qu’il renvoie l’image d’un président hors-sol, gagné à la cause des « puissants » et déconnecté du quotidien des Français.

Malgré tout, je continue de penser que le projet politique sur lequel Macron a été élu en 2017 est un bon projet. Beaucoup de choses ont déjà été accomplies par l’actuelle majorité pour améliorer la situation du pays : de l’année 2018, les Français retiendront surtout les crises, les colères et les mouvements sociaux ; mais les meilleures réformes ne sont pas forcément celles dont on a le plus parlé. Le gouvernement a ouvert en 2018 l’un des chantiers les plus importants du quinquennat : la rénovation de notre modèle social. Dans un monde où les parcours professionnels sont de plus en plus imprévisibles, il est indispensable de faciliter la mobilité professionnelle et de mieux accompagner les actifs en cas de reconversion ou de perte d’emploi : dans cette optique, la « loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel », adoptée dans une totale indifférence pendant l’été 2018, développe l’apprentissage et améliore l’accès à la formation professionnelle, notamment pour les salariés à temps partiel et pour les travailleurs handicapés. Cette loi étend aussi l’assurance-chômage aux travailleurs indépendants et aux salariés démissionnaires afin d’offrir à tous les travailleurs un filet de sécurité face aux aléas de la vie professionnelle : avec cette réforme, c’est donc le principe d’un droit universel à l’assurance-chômage qui fait son apparition en France, et cela constitue sans nul doute une avancée majeure.

Issue des « Etats généraux de l’alimentation », la loi Agriculture et Alimentation (ou loi EGalim) votée en octobre 2018 vise à rééquilibrer les relations commerciales entre les différents acteurs de l’agroalimentaire et à garantir aux agriculteurs des revenus décents : la construction des prix alimentaires se fait désormais à partir des propositions faites par les agriculteurs eux-mêmes, en fonction de leurs coûts de production. La loi EGalim permet aussi de développer une agriculture plus responsable : le texte encadre de façon plus stricte l’utilisation des produits phytosanitaires et interdit les néonicotinoïdes, ces pesticides qui menacent les populations d’abeilles en Europe. D’importantes avancées en faveur du bien-être animal ont été inscrites dans la loi : ainsi, le délit de maltraitance animale a été étendu aux activités de transport et d’abattage et les peines ont été doublées ; dans les abattoirs, la loi reconnaît le statut de « lanceur d’alerte » à tout employé qui dénoncerait des actes de maltraitance. La loi EGalim vise aussi à encourager une alimentation plus saine et plus durable. Elle comporte des mesures en faveur des circuits courts et intensifie la lutte contre le gaspillage alimentaire : le texte facilite les dons alimentaires, interdit la distribution et la vente de pailles et de touillettes en plastique et oblige les restaurants à proposer aux clients des « doggy bags » réutilisables ou recyclables.

Adoptée en octobre 2018, la loi PACTE a pour objectif principal de mieux accompagner le développement des entreprises. Le texte simplifie les démarches administratives liées à la création et à la transmission d’une entreprise ; il met aussi en place de nouveaux mécanismes pour atténuer les effets de seuil qui, bien souvent, freinent la croissance des entreprises françaises. La loi PACTE encourage également l’innovation : elle simplifie les dépôts de brevets pour les petites et moyennes entreprises, et assure à ces brevets une meilleure protection face aux risques de contentieux et de contrefaçon. Cette loi vise aussi à promouvoir des entreprises plus justes et plus responsables : le texte prévoit de mieux associer les salariés aux bénéfices de l’entreprise en développant l’intéressement, la participation et l’actionnariat salarié. L’article 61 de la loi Pacte modifie le Code Civil en y intégrant les responsabilités sociales et environnementales des entreprises : il s’agit là d’une avancée importante qui redéfinit la place des entreprises dans la société, en reconnaissant leur contribution à l’intérêt général.

En matière de pouvoir d’achat, le bilan de l’année 2018 est moins mauvais qu’on ne l’imagine. Pendant dix ans, le pouvoir d’achat des Français a chuté à cause d’un accroissement des prélèvements obligatoires ; or, comme l’a montré une étude de l’INSEE, le revenu disponible ajusté des ménages a progressé d’environ 1,4% en moyenne sur l’année 2018. Ce gain de pouvoir d’achat n’est pas seulement dû à la réforme de l’ISF : il s’explique aussi par la baisse des cotisations salariales, la baisse de la taxe d’habitation et la revalorisation de plusieurs minima sociaux tels que l’allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse et l’aide aux familles monoparentales. Mais cette hausse du pouvoir d’achat est restée imperceptible aux yeux d’une grande partie des Français parce qu’elle n’a pas profité à tout le monde et parce qu’elle a été en quelque sorte éclipsée par la flambée des prix à la pompe, dont l’impact psychologique a été beaucoup plus fort.

Par ailleurs, le gouvernement a poursuivi ses efforts en faveur de l’école primaire : instauré à la rentrée 2017, le dédoublement des classes de CP dans les écoles classées en REP et REP+ a été reconduit à la rentrée 2018. Dans le domaine de la santé, beaucoup d’avancées doivent aussi être soulignées : le Plan Santé présenté par Agnès Buzyn comporte de nombreuses mesures pour prévenir les conduites addictives et renforcer la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, notamment grâce à la gratuité du préservatif pour les moins de 25 ans. Afin d’améliorer l’accès aux soins et de lutter contre les déserts médicaux, la ministre de la Santé a également lancé en septembre 2018 une réforme globale du système de santé qui prévoit la suppression du Numerus clausus dans les facultés de médecine, la mise en place d’un label national pour les « Hôpitaux de proximité », le développement de la télémédecine et une meilleure coordination de l’offre de soins entre les hôpitaux et la médecine de ville. Le projet d’Agnès Buzyn prévoit en outre la création de 4.000 postes d’assistants médicaux pour alléger les tâches administratives des médecins généralistes et leur permettre de se concentrer sur les missions de soin.

Le gouvernement a aussi poursuivi le redressement de nos comptes publics. La dette publique de la France dépasse les 2.300 milliards d’euros et pèse considérablement sur les finances de l’Etat. Certes, la maîtrise des dépenses de l’Etat passe par des choix difficiles et impopulaires tels que la réduction du nombre d’emplois publics ou la baisse des dotations aux collectivités locales. Mais les efforts consentis par le pays n’ont pas été vains. En 2018, le déficit public est resté sous la barre des 3% du PIB : pour la deuxième année consécutive, la France respecte les critères d’équilibre budgétaire de la zone euro. C’est une bonne nouvelle car la maîtrise des comptes publics va redonner à la France une crédibilité au sein de l’UE et conforter son leadership européen dans un contexte particulièrement difficile marqué par le Brexit, la crise migratoire et la montée des populismes.

En ce début d’année 2019, peut-on encore être « macroniste » ? Comme beaucoup de centristes, j’ai voté Macron dès le premier tour de la présidentielle et j’assume parfaitement ce choix. Si être macroniste signifie vouer un culte à la personne d’Emmanuel Macron, alors non, je ne suis pas macroniste. Si être macroniste signifie approuver sans réserve tout ce que dit et tout ce que fait le président de la République, alors je ne suis pas macroniste. Mais si être macroniste c’est adhérer au projet de société que défend Emmanuel Macron, alors oui, on peut dire que je suis macroniste. Emmanuel Macron essaie d’adapter la France aux réalités économiques du XXIe siècle : dans la jungle de la mondialisation, Macron a raison d’encourager l’innovation, de renforcer la compétitivité des entreprises et d’améliorer l’attractivité internationale de la France. Face à une société bloquée, engluée dans le chômage de masse et incapable de corriger ses inégalités croissantes, Macron a raison de promouvoir une « société de mobilité » dans laquelle chacun peut se former tout au long de sa carrière, prendre des risques et se reconvertir facilement tout en bénéficiant d’une protection sociale.

Malheureusement, les résultats des réformes tardent à se manifester. La croissance économique demeure modeste : après la forte accélération observée en 2017, la croissance a nettement ralenti en 2018 en raison d’une consommation intérieure atone ; le mouvement des gilets jaunes a contribué à ce ralentissement car il a plombé le chiffre d’affaires des commerçants pendant les semaines qui ont précédé Noël. Le chômage est en recul, notamment le chômage de longue durée, mais ce recul est extrêmement lent : à la fin de l’année 2018 le taux de chômage de la France avoisine encore les 9%, un chiffre bien trop élevé par rapport aux autres pays de l’OCDE. Les investissements et les créations d’entreprise ont connu une forte hausse durant l’année 2018, mais ces dynamiques positives n’ont pas encore eu d’effet notable sur la croissance et l’emploi. Cela nous rappelle que le temps économique n’est pas le temps politique : le gouvernement a besoin d’agir vite, mais il faudra des années pour que les réformes portent leurs fruits.

En attendant, Emmanuel Macron doit « réparer » le lien qui s’est brisé entre lui et les Français. Il peut encore sauver son quinquennat, à condition de le réorienter dans un sens plus progressiste. A condition, aussi, de changer de style : le chef de l’Etat devra faire preuve d’une plus grande humilité, abandonner sa posture « jupitérienne » ridicule et renouer avec l’esprit d’écoute et de dialogue qui avait marqué sa campagne électorale en 2017. La « grand débat national » annoncé par le président de la République sera, je l’espère, l’occasion de restaurer la confiance des Français envers nos institutions. La bataille des européennes sera rude : Macron doit impérativement remobiliser le pays autour d’un projet fédérateur et progressiste afin d’éviter un raz-de-marée populiste lors du scrutin européen de mai 2019.

Le Centriloque vous remercie, une fois encore, pour votre fidélité et vous souhaite une excellente année 2019. N’hésitez pas à partager et à commenter les articles qui vous plaisent.

Le « référendum d’initiative citoyenne », une fausse bonne idée

Le RIC, ça sonne bien. Le RIC, c’est chic. Le « référendum d’initiative citoyenne » est devenu la principale revendication des gilets jaunes. Mais l’idée a émergé assez tardivement. Au début du mouvement, les revendications concernaient uniquement les impôts et le pouvoir d’achat : si un gilet jaune avait lâché l’idée d’un « référendum d’initiative citoyenne » fin novembre, il serait sans doute passé pour un utopiste ou un hurluberlu. De quoi s’agit-il exactement ? De laisser au peuple français la possibilité de soumettre des propositions au vote des citoyens sans passer par l’aval du Parlement. Les modalités de ce référendum restent cependant assez floues.

Se pose d’emblée une question essentielle : à quoi servira ce référendum d’initiative citoyenne ? A faire une proposition de loi ? A demander l’abrogation d’une loi ? A modifier la Constitution ? Autre question tout aussi essentielle : quel sera le champ d’application de ce référendum ? Doit-il se limiter à certains domaines spécifiques ou pourra-t-il s’appliquer à n’importe quel sujet ? S’il n’existe aucune restriction, les citoyens pourront être amenés à se prononcer sur tout et n’importe quoi : sous la pression d’une partie des citoyens, on pourrait ainsi organiser des référendums sur des questions telles que le rétablissement de la peine de mort, la limitation du droit à l’avortement ou la sortie de l’Union européenne.

Le référendum peut être dangereux : c’est pourquoi il ne faut pas en abuser. Il favorise la démagogie et le mensonge ; il attise les passions et fracture l’opinion publique de façon binaire sur des questions complexes qui nécessitent parfois de la nuance et des compromis subtiles. En outre, le référendum offre aux partis extrémistes, mal représentés au Parlement, l’occasion d’influencer fortement l’opinion publique : au Royaume-Uni, le parti populiste Ukip a mené une campagne nauséabonde et mensongère lors du référendum sur le Brexit ; en Suisse, l’extrême droite a obtenu l’organisation d’un référendum sur l’interdiction des minarets, puis elle a réussi à faire pencher l’opinion publique en faveur de cette interdiction.

Mais ce qui me gêne le plus, dans ce « référendum d’initiative citoyenne », c’est le fait qu’il soit envisagé comme une arme contre le Parlement. Car cette soif de référendum exprime une défiance envers les élus, et envers la démocratie représentative elle-même. Derrière cette aspiration à une forme de démocratie plus directe, il y a la volonté de délégitimer le Parlement et, plus généralement, les responsables politiques. Les citoyens revendiquent le droit de légiférer à la place des législateurs qu’ils ont eux-mêmes élus. L’opinion du simple citoyen est alors considérée comme supérieure à l’expertise du parlementaire, y compris sur des sujets techniques d’une grande complexité. Certains gilets jaunes évoquent même un « référendum révocatoire » qui permettrait de révoquer des élus avant la fin de leur mandat, une idée qu’avait défendue Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2017.

La démocratie représentative n’est pas un système parfait, mais je reste persuadé que c’est le moins imparfait des systèmes. Le principe de représentation est le fondement de toute la tradition républicaine française : il est né de la Révolution, lorsque les députés du Tiers état se sont proclamés « assemblée nationale » et qu’ils ont commencé à légiférer au nom de la nation toute entière. Le Parlement représente la nation : c’est au nom de la nation qu’il vote les lois. A quoi sert-il d’élire des représentants pour ensuite les priver du pouvoir législatif qui leur a été confié par le peuple ? Beaucoup de Français dénigrent aujourd’hui un Parlement qu’ils ont eux-mêmes affaibli à force de bouder les urnes : le taux d’abstention était de 51% au premier tour des législatives de 2017, et de 57% au second tour ! Triste contradiction : les Français ne votent pas mais se plaignent d’être mal représentés. 

Le RIC est une fausse bonne idée. Je ne pense pas qu’il faille opposer le peuple à ses représentants. Je ne pense pas qu’il faille envisager le référendum comme une alternative à la démocratie représentative. Il existe déjà, dans notre Constitution, un « référendum d’initiative partagée » : il est en effet possible de convoquer un référendum à l’initiative d’1/5 des membres du Parlement, soutenus par 1/10 du corps électoral, soit environ 4,5 millions d’électeurs. Cette procédure introduite par la révision constitutionnelle de 2008 n’a jamais été appliquée, mais elle peut être améliorée : on peut abaisser le seuil de signatures nécessaires en le ramenant, par exemple, à 1 million.

Mais il faut aussi améliorer la représentativité du Parlement, et cela doit passer par l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives. Le scrutin majoritaire prive de représentation une partie trop importante du corps électoral. Je pense que 25% des députés pourraient être élus à la proportionnelle, ce qui permettrait aux petites formations d’être mieux représentées sans empêcher la mise en place de majorités politiques stables.

Lycée Blanquer: comment flinguer une bonne réforme en trois leçons?

J.M. Blanquer.

La réforme du lycée pilotée par Jean-Michel Blanquer prévoit de réorganiser en profondeur la structure des enseignements : les séries L, ES et S des lycées généraux seront remplacées par un lycée « modulaire » comprenant un tronc commun et des enseignements de spécialité. Cette réforme a pour objectif d’individualiser davantage les parcours de formation et de briser la hiérarchie des filières. La réforme Blanquer prévoit aussi une refonte du baccalauréat : le poids du contrôle continu dans la note globale des candidats sera renforcé afin d’alléger le calendrier des épreuves terminales et de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant leur scolarité au lycée : des évaluations intermédiaires, sur le modèle des « partiels » de l’université, seront organisées en interne dans chaque établissement selon un calendrier fixé par le ministère ; une banque de sujets sera également définie au niveau national afin d’harmoniser les évaluations.

La réforme Blanquer partait d’une intention tout à fait louable : celle de remettre l’élève au cœur du système éducatif et de préparer plus efficacement les lycéens à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Pourtant, cette réforme provoque de vives contestations et sa mise en œuvre s’annonce déjà catastrophique. Comment flinguer une bonne réforme en trois leçons ?

Leçon numéro 1 : fixer un calendrier intenable. La réforme Blanquer est mise en place dans la précipitation : pour des raisons essentiellement politiques, l’exécutif souhaite en effet que le nouveau bac entre en vigueur dès la session 2021, avant la prochaine présidentielle. Or, pour tenir ce calendrier, il faut impérativement que la réforme soit mise en œuvre sur deux ans, alors qu’il serait préférable de le faire sur trois ans (d’abord en Seconde, puis en Première et, dans un troisième temps, en Terminale). Le calendrier absurde imposé par le gouvernement prévoit de lancer la réforme simultanément dans les classes de Seconde et de Première dès la rentrée 2019, ce qui entraînera des incohérences pédagogiques et une énorme charge de travail pour les enseignants qui auront deux, voire trois nouveaux programmes à préparer la même année. Ce calendrier empêche aussi les équipes enseignantes de s’approprier cette réforme et de mener, en amont, le travail de réflexion qui semble nécessaire pour la mettre en place de façon sereine dans les établissements.

Leçon numéro 2 : entretenir le flou sur les modalités de mise en œuvre. En décembre 2018, bon nombre d’incertitudes subsistent encore sur des points pourtant essentiels de la réforme. Ainsi, on ignore comment sera fixée la carte des enseignements de spécialité dans chaque établissement : sera-t-elle imposée par le rectorat ou négociée entre le rectorat et les établissements ? De même, on ignore encore selon quelles modalités les élèves choisiront leurs enseignements de spécialité : pourront-ils choisir librement ? Le conseil de classe donnera-t-il un avis en fin de Seconde ? Le choix des trois spécialités sera-t-il totalement libre ou y aura-t-il des « triplettes » de spécialités prédéfinies au niveau national ? Ces zones d’ombre sont angoissantes pour les élèves. Les enseignants, eux aussi dans le flou, peinent à répondre aux inquiétudes exprimées par les familles. Voilà donc comment la réforme Blanquer, qui devait aider les élèves à mieux vivre leur scolarité au lycée, se transforme en un monstre technocratique abscons et anxiogène.

Leçon numéro 3 : supprimer des postes. Le budget 2019 prévoit la suppression de 2.650 postes dans l’enseignement secondaire. Bien que les suppressions de postes annoncées ne soient pas directement imputables à la réforme du lycée, et bien que les 2.650 postes en question ne représentent qu’une part infime de l’ensemble des personnels enseignants du second degré (cela équivaut en moyenne à 0,4 poste par établissement), cette annonce eut un effet catastrophique sur l’opinion publique et sur le moral des enseignants. Les suppressions de postes ont été perçues comme une conséquence de la réforme du lycée. Elles risquent, en outre, de compliquer la mise en œuvre de cette réforme dans certains établissements difficiles où le nombre d’élèves par classe pourrait encore augmenter.

La réforme de Jean-Michel Blanquer a souvent été présentée comme une réforme technocratique imposée « par en haut ». C’est oublier que cette réforme est le fruit d’une grande concertation nationale menée auprès des instances représentatives des élèves, et que le principe du « lycée modulaire » était une demande exprimée par les élèves eux-mêmes dans le cadre des Conseils de Vie Lycéenne. Mais les conditions désastreuses dans lesquelles on met en place actuellement cette réforme sont en train de gâcher tout ce travail de réflexion et d’aggraver la défiance des Français envers l’école de la République. A ce stade, un report de la réforme ne serait-il pas souhaitable pour apaiser les angoisses et pour laisser « respirer » les établissements ?

Macron infléchit sa politique sous la pression des « gilets jaunes »

Lors de son allocution du 10 décembre, Emmanuel Macron a d’abord envoyé un message de fermeté en condamnant la violence des casseurs et en soulignant que ces derniers ne bénéficieraient d’aucune indulgence : ce message était nécessaire et salutaire face aux actes inadmissibles qui ont été commis en marge des manifestations de « gilets jaunes ». Le président de la République a aussi écarté l’hypothèse d’un rétablissement de l’ISF. Le remplacement de l’ISF par un « impôt sur la fortune immobilière » a pour but d’inciter les grandes fortunes à investir dans les entreprises plutôt que dans la constitution de patrimoines dormants : cette mesure semble avoir des effets positifs puisque les investissements ont connu une forte croissance en 2018. Restaurer l’ISF tel qu’il existait avant 2017 serait inutile économiquement, voire contre-productif. 

Mais le président de la République a aussi fait plusieurs gestes en faveur du pouvoir d’achat des Français. Le SMIC net mensuel augmentera de 100 euros dès le début de l’année 2019 grâce à une revalorisation accélérée de la prime d’activité. En outre, Emmanuel Macron a appelé les entreprises à verser une prime exceptionnelle de fin d’année, qui sera exonérée d’impôts et de cotisations. Il a également annoncé la défiscalisation totale des heures supplémentaires, mesure mise en place par Nicolas Sarkozy puis abrogée sous François Hollande. Enfin, Emmanuel Macron a décidé d’annuler la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2.000 euros par mois.

Toutes ces mesures vont dans le bon sens car elles permettront un gain de pouvoir d’achat effectif et rapide sans rogner la compétitivité des entreprises. Elles posent toutefois un réel problème de financement, puisque leur coût est estimé à 10 milliards d’euros par le gouvernement et que ces dépenses n’ont pas été prévues dans le budget 2019. On peut s’interroger en particulier sur le financement des baisses de charges et de cotisations, car la politique sociale d’Emmanuel Macron se fondait jusqu’à présent sur un équilibre budgétaire subtil dans lequel la hausse de la CSG permettait de compenser la baisse des cotisations salariales : en annulant partiellement l’augmentation de la CSG, le chef de l’Etat se prive d’un levier budgétaire indispensable au financement de notre système social.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a confirmé l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants en 2019. Cette reculade est regrettable car, une fois encore, c’est l’écologie que l’on sacrifie. Nous n’avons pas le droit de faire marche arrière sur la transition énergétique : nous devons sortir du « tout pétrole », et cela passera inévitablement par des mesures impopulaires et contraignantes. L’objectif premier de la fiscalité écologique est de changer les comportements : en augmentant graduellement la taxation des énergies fossiles et en réduisant la taxation des énergies renouvelables, le gouvernement veut inciter les Français à se tourner vers des énergies plus propres. L’urgence climatique nous oblige à repenser totalement notre modèle énergétique, et la fiscalité écologique est l’un des leviers qui permettront d’atteindre cet objectif. Il ne fallait pas faire marche arrière sur la hausse de la TICPE : il fallait rendre cette mesure plus acceptable aux yeux des Français, par exemple en l’élargissant au kérosène des avions et au fuel des cargos, et en proposant des mesures d’accompagnement plus incitatives.

Sans aller jusqu’à parler d’un « tournant social », on peut dire que les annonces d’Emmanuel Macron marquent une inflexion de la politique présidentielle. Jusqu’à présent, le gouvernement avait appliqué avec une détermination sans failles le programme d’Emmanuel Macron. Pour la première fois, sous la pression d’un mouvement populaire, l’exécutif modifie sa feuille de route et fait marche arrière sur des mesures fortement contestées : la hausse de la CSG et la hausse de la « taxe carburant ». Cette inflexion est à double tranchant : elle peut être perçue comme un geste positif en faveur des classes moyennes et populaires, mais elle peut aussi créer un précédent et inciter les gilets jaunes les plus « jusqu’au-boutistes » à poursuivre la mobilisation pour obtenir d’autres concessions. Hélas, quand on écoute les réactions de certains gilets jaunes au discours du président, on mesure à quel point leurs intentions sont confuses. On en vient presque à se demander si l’objectif des gilets jaunes les plus radicaux n’est pas d’entretenir le chaos et de faire durer le mouvement à tout prix, quitte à formuler des revendications de plus en plus surréalistes.

Il ne faut pas faire marche arrière sur la « taxe carburant »

Le Premier Ministre a dévoilé trois mesures pour mettre fin à la révolte des gilets jaunes : un moratoire de six mois sur la hausse de la taxe carburant, un gel des tarifs du gaz et de l’électricité pendant l’hiver et un report du nouveau contrôle technique. Il s’agit de simples mesures d’apaisement destinées à calmer la colère des gilets jaunes et à créer les conditions d’un dialogue plus serein avec les représentants du mouvement. Cette volonté d’apaisement doit être saluée, mais je doute que les mesures annoncées soient de nature à calmer les casseurs et à satisfaire les gilets jaunes les plus extrémistes : les annonces d’Edouard Philippe arrivent tardivement, deux semaines après les premières manifestations de gilets jaunes. Or, depuis le 17 novembre, le mouvement n’a cessé de se radicaliser et de se politiser.

Certains gilets jaunes réclament l’abandon pur et simple de toute augmentation de la taxe carburant : cette exigence est irrecevable. Nous ne pouvons pas faire marche arrière sur la transition énergétique : nous devons sortir du « tout pétrole », et cela passera inévitablement par des mesures impopulaires et contraignantes. La hausse de la TICPE ne sert ni à « racketter » les automobilistes ni à « financer la suppression de l’ISF », comme on l’entend trop souvent sur les réseaux sociaux et dans les discussions de café du commerce. L’objectif premier de la fiscalité écologique est de changer les comportements : en augmentant graduellement la taxation des énergies fossiles et en réduisant la taxation des énergies renouvelables, le gouvernement veut inciter les Français à réduire leur consommation de carburant et à se tourner vers des énergies plus propres. L’urgence climatique nous oblige à repenser totalement notre modèle énergétique, et la fiscalité écologique est l’un des leviers qui permettront d’atteindre cet objectif.

Il ne faut pas faire marche arrière sur la hausse de la TICPE, mais il faut rendre cette mesure acceptable aux yeux des Français. Les classes moyennes et populaires ont en effet le sentiment d’être les seules à supporter le coût de la transition énergétique : il est injuste, par exemple, que le fuel des cargos et le kérosène des avions ne soient pas soumis aux mêmes niveaux de taxation que le diesel des automobilistes. Il faut aussi renforcer les mesures d’accompagnement : même revalorisée, la « prime à la conversion » demeure insuffisante. Mais il faut surtout que la hausse de la TICPE soit compensée par des mesures fortes en faveur du pouvoir d’achat des Français, car c’est bien là que réside le cœur du problème. Le gouvernement a déjà réduit la taxe d’habitation : il faut maintenant la supprimer pour les ménages modestes. Le gouvernement veut « désocialiser » les heures supplémentaires : pourquoi ne pas les défiscaliser totalement, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy ? Le gouvernement a déjà revalorisé la prime d’activité : pourquoi ne pas aller plus loin et supprimer intégralement les charges sur le SMIC afin d’augmenter significativement les bas salaires ?

Je pense qu’il y a beaucoup à faire pour apaiser le « ras-le-bol fiscal » et réparer, au moins partiellement, le lien qui s’est brisé entre le président de la République et les Français. Mais il faut aussi qu’Emmanuel Macron abandonne sa posture « jupitérienne » arrogante et accepte d’entendre le malaise des classes moyennes et populaires, malaise dont les conséquences électorales pourraient être désastreuses lors du scrutin européen de 2019.

Quelles réponses apporter à la révolte des gilets jaunes?

La place de l’Etoile et les Champs-Elysées ont connu un troisième samedi de violences en marge de la manifestation des gilets jaunes. Nous avons assisté à de véritables scènes de guérilla urbaine en plein Paris : des véhicules et un immeuble ont été incendiés, des CRS ont été tabassés par des gilets jaunes et l’Arc de Triomphe a été vandalisé. Fort heureusement, le pire a pu être évité : personne n’a trouvé la mort dans les affrontements du 1er décembre. La peur de la bavure a probablement conduit la préfecture de Paris à tolérer quelques poches de violence et à « laisser faire » certains casseurs pour éviter un drame aux conséquences catastrophiques.

Il faut condamner fermement toutes les violences inacceptables survenues à Paris depuis le début du mouvement des gilets jaunes. La colère des Français ne justifie en rien de tels actes, et il faut être bien naïf pour penser que les casseurs des Champs Elysées sont animés par un sentiment d’injustice sociale : les casseurs sont venus pour semer le chaos dans Paris, et non pour exprimer des revendications. Certes, il ne faut pas faire d’amalgames : les gilets jaunes ne sont pas tous des casseurs ; la plupart d’entre eux sont venus manifester pacifiquement, et certains ont même aidé à la protection des commerces et de l’Arc de Triomphe. Mais il ne faut pas, a contrario, nier les liens qui existent entre les casseurs et les gilets jaunes : les casseurs font partie du mouvement des gilets jaunes, ils en constituent la composante la plus radicale. De plus, en organisant des rassemblements non autorisés sur les Champs-Elysées, les gilets jaunes ont créé les conditions qui ont rendu possibles toutes les dérives auxquelles nous avons assisté à Paris le 1er décembre.

Il est temps que l’ordre républicain soit rétabli, mais cela ne pourra pas se faire par la répression. Le pouvoir exécutif doit apporter des réponses concrètes pour apaiser les colères. Plusieurs mesures ont déjà été annoncées par Emmanuel Macron, telles que le doublement de la prime à la conversion ou la revalorisation du bonus écologique et du chèque énergie. Le président de la République a également évoqué l’idée d’une taxe modulable sur les carburants, qui s’adapterait aux fluctuations des prix mondiaux. Ces mesures n’ont cependant pas mis un terme au mouvement des gilets jaunes, pour deux raisons. Premièrement, ces annonces apparaissent comme de simples mesures techniques, alors que les Français attendent des mesures fortes et symboliques. Deuxièmement, ces annonces sont arrivées trop tard : le prix du carburant n’a été que l’élément déclencheur de la révolte et les revendications des gilets jaunes dépassent aujourd’hui largement la question des taxes sur le carburant.

Deux revendications reviennent de façon récurrente au sein du mouvement des gilets jaunes. Il y a tout d’abord la baisse de la taxe sur les carburants. Hélas, l’urgence climatique nous interdit de faire marche arrière. Il faut impérativement sortir du « tout pétrole » et cela suppose des mesures contraignantes et impopulaires. La hausse de la taxe sur les carburants permet de financer la transition énergétique, mais elle a aussi une fonction incitative : en augmentant la fiscalité sur les énergies fossiles et en baissant la fiscalité sur les énergies renouvelables, le gouvernement veut encourager les Français et les entreprises à se tourner vers des énergies plus propres. C’est ce que l’on appelle, en économie, la « fiscalité comportementale ». L’exécutif ne doit pas renoncer à la hausse de la TICPE. Mais il doit prendre des dispositions qui la rendront plus acceptable aux yeux des Français, car les classes moyennes et populaires ont le sentiment d’être les seules à supporter le coût de la transition énergétique. Cela doit passer par le renforcement des mesures d’accompagnement car, même revalorisée, la prime à la conversion demeure insuffisante pour inciter les ménages à changer de véhicule et à se tourner vers des motorisations électriques ou hybrides. Cela doit aussi passer par une extension de la taxe carburant : il est injuste que le kérosène des avions et le fuel des cargos ne soient pas soumis à la même taxation que le gazole des automobilistes. Enfin, il faudrait que l’augmentation de la TICPE soit entièrement affectée au financement de la transition énergétique : or, d’après un récent rapport du Sénat, sur les 3,9 milliards d’euros de recettes supplémentaires attendues en 2018, seuls 184 millions seront alloués à la transition énergétique.

De nombreux gilets jaunes réclament également le rétablissement de l’ISF. Le remplacement de l’ISF par un « impôt sur la fortune immobilière » avait pour but d’inciter les grandes fortunes à investir dans l’économie : cette mesure a déjà eu des effets positifs puisque les investissements étrangers ont connu une forte croissance en 2018 ; les projets d’investissement ont aujourd’hui atteint leur plus haut niveau depuis 10 ans, ce qui montre que la France est redevenue attractive pour les investisseurs étrangers. Restaurer l’ISF tel qu’il existait avant 2017 serait une mesure purement symbolique mais inutile économiquement, voire contre-productive. En revanche, il faut améliorer le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires en accélérant et en amplifiant la baisse des prélèvements obligatoires. Le gouvernement a déjà réduit la taxe d’habitation : il faut maintenant la supprimer intégralement pour les Français les plus modestes. Le gouvernement souhaite désocialiser les heures supplémentaires : pourquoi ne pas aussi les défiscaliser, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy ? Le gouvernement a augmenté la prime d’activité pour les bas salaires : pourquoi ne pas aller plus loin et mettre en place une exonération totale de charges sur le SMIC ?

Je pense qu’il y a beaucoup à faire pour apaiser le « ras-le-bol fiscal » et pour réparer, au moins partiellement, le lien qui s’est brisé entre le président de la République et les Français. Mais s’il veut vraiment trouver une sortie de crise, l’exécutif doit revoir sa feuille de route. Il ne s’agit pas de renoncer aux réformes : il s’agit de modifier l’agenda des réformes pour donner la priorité au pouvoir d’achat des Français. Il faut aussi que le président de la République abandonne sa posture « jupitérienne » arrogante et qu’il accepte d’entendre le malaise profond des classes moyennes et populaires.

Gilets jaunes: le pourrissement du mouvement

Les émeutes survenues samedi 24 novembre sur les Champs-Elysées sont absolument lamentables. Des affrontements avec les forces de l’ordre, des pavés arrachés, des commerces vandalisés, des incendies et des barricades : tout cela renvoie une image désastreuse de Paris et de notre pays à l’international, au moment même où le tourisme commence à repartir après la psychose provoquée par les attentats djihadistes.

Bien sûr, il faut éviter les amalgames : les casseurs qui ont semé la pagaille sur les Champs-Elysées ne doivent pas être confondus avec les véritables « gilets jaunes ». Ces casseurs ont enfilé un gilet jaune pour se fondre dans la masse et pour mieux saboter une manifestation qui devait, en théorie, rester pacifique. Mais les « gilets jaunes » ont une part de responsabilité dans ce chaos : en multipliant les appels à manifester, en organisant un grand rassemblement non autorisé par la préfecture sur l’avenue des Champs-Elysées, en faisant durer un mouvement qui ne cesse de se radicaliser depuis le 17 novembre, les « gilets jaunes » ont en effet créé les conditions qui ont permis les débordements de samedi.

Certains responsables politiques de l’opposition ont eux aussi une part de responsabilité dans ces événements. Ceux qui, à gauche comme à droite, ont mis de l’huile sur le feu pour des raisons purement électoralistes, en affichant publiquement leur soutien aux « gilets jaunes » et en attisant la haine du gouvernement, ont favorisé le durcissement du mouvement. Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Laurent Wauquiez cherchent à récupérer le mouvement des « gilets jaunes » d’une façon honteusement démagogique. Jean-Luc Mélenchon a lui aussi joué un rôle dans ce pathétique exercice de récupération politique lorsqu’il a évoqué une « mobilisation massive du peuple » à propos des quelque 100.000 « gilets jaunes » recensés le 24 novembre dans toute la France.

Depuis les émeutes de samedi, nous assistons au pourrissement d’un mouvement populaire spontané qui est en train de se tuer lui-même, faute d’avoir su se structurer autour de revendications cohérentes et de porte-paroles clairement identifiés. Car ce qui frappe le plus dans le mouvement des « gilets jaunes », c’est son caractère incohérent et désorganisé, comme en témoignent les revendications délirantes formulées depuis quelques jours. D’abord mobilisés contre la hausse du prix du carburant, les « gilets jaunes » réclament désormais tout et n’importe quoi : suppression de la CSG, rétablissement de l’ISF, hausse des retraites, dissolution de l’Assemblée nationale et, allons-y gaiment, démission d’Emmanuel Macron !

Depuis le début de ce mouvement, je suis effaré par le nombre de « fake news » qui circulent sur les réseaux sociaux dans le but d’attiser encore davantage les colères et de radicaliser le mouvement : photos truquées qui grossissent le nombre de manifestants, informations déformées, rumeurs absurdes à propos d’Emmanuel Macron, etc. Toutes ces idioties sont relayées sur Internet par des milliers de gens qui, aveuglés par leur antimacronisme primaire, semblent avoir abdiqué toute lucidité et tout esprit critique dans l’hystérie collective d’un mouvement devenu incontrôlable. L’une des rumeurs les plus délirantes qui ont circulé ces derniers jours prétend que la France « n’a plus de constitution » et que le pays est devenu une « dictature » à cause d’un mystérieux décret entré en vigueur au 1er janvier 2017 (comme si un simple décret ministériel pouvait abroger la constitution).

Le mouvement des « gilets jaunes » dépasse très largement le problème du prix du carburant : il s’est politisé et tend à devenir une sorte de front anti-Macron. Il est temps que ce mouvement surréaliste se termine et que les forces de l’ordre soient employées à des tâches vraiment utiles et importantes pour la collectivité, plutôt qu’à sécuriser des avenues et des ronds-points envahis de gilets jaunes.

Le gouvernement ne fera pas marche arrière sur la taxe carbone, et il a raison. A celles et ceux qui accusent le gouvernement de « faire payer » la transition énergétique aux classes moyennes et populaires, je rappelle simplement qu’il existe déjà de nombreuses mesures visant à accompagner la transition énergétique, et que certaines de ces mesures ont été renforcées au mois de novembre : on pourra citer, entre autres dispositifs, la « prime à la conversion » (qui a été doublée pour les ménages les plus modestes et les actifs qui parcourent plus de 60 km par jour pour aller travailler), le « bonus écologique » (qui peut atteindre 6.000 euros), la revalorisation de l’indemnité kilométrique, la création d’un « forfait covoiturage » de 200 euros par an, « l’éco-PTZ » qui propose un prêt à taux zéro pour financer les travaux d’éco-rénovation dans les logements, ou encore le « coup de pouce économie d’énergies » qui permet aux ménages d’obtenir une aide de l’Etat pouvant aller jusqu’à 1.000 euros pour le remplacement d’une chaudière à fioul par un équipement utilisant des énergies renouvelables, comme par exemple une pompe à chaleur. C’est peut-être ce genre d’informations qu’il faudrait « faire tourner » sur les réseaux sociaux, plutôt que des rumeurs grotesques et des slogans démagogiques.

Armée européenne: quand Macron ressuscite une vieille utopie fédéraliste

E. Macron sur le Charles-de-Gaulle.

Lors de son interview à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a remis en avant l’idée d’une « armée européenne ». Cette belle idée ne date pas d’hier puisqu’en 1950 le Plan Pleven prévoyait déjà de créer une armée européenne supranationale : c’est de ce plan que naquit le projet de Communauté Européenne de Défense (CED). Ce projet fut activement soutenu par les Etats-Unis qui, dans le contexte de la guerre froide, voulaient intégrer la CED à l’OTAN. Mais le traité instituant la CED fut rejeté en 1954 par le Parlement français, qui refusait le principe d’un réarmement allemand.

En réalité, il existe déjà un embryon d’armée européenne : l’Eurocorps, une micro-armée créée en 1992 et regroupant les contingents de quelques Etats membres de l’Union européenne dont la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne. La création de cette structure militaire devait concrétiser la PESC (politique étrangère et de sécurité commune) instaurée par le Traité de Maastricht. L’Eurocorps ne dépend théoriquement d’aucun commandement extérieur mais, dans les faits, il intervient surtout dans le cadre des missions de l’OTAN. De plus, il ne s’agit pas à proprement parler d’une armée de l’Union européenne car seuls dix Etats y participent.

L’idée d’une véritable armée européenne indépendante des Etats-Unis n’est pas absurde au regard des périls actuels : militarisation des mers, nucléarisation des pays émergents, montée des nationalismes, multiplication des crises aux portes de l’Union européenne, désengagement financier des Etats-Unis au sein de l’OTAN. Cela permettrait également de relancer la construction européenne et de lui donner une dimension politique plus forte. L’Union européenne est déjà dotée d’un marché unique, d’une monnaie unique et d’un Parlement : la création d’une armée européenne marquerait une étape décisive dans la fédéralisation du projet européen.

Et pourtant, la mise en place d’une armée européenne se heurte à de nombreux obstacles quasi insurmontables. Premièrement, la défense touche au cœur même de la souveraineté des Etats : il est peu probable que les Etats membres de l’UE acceptent de transférer leur souveraineté militaire (et les moyens qui vont avec) à une entité supranationale. De plus, les intérêts stratégiques des Etats-membres sont parfois divergents, ce qui explique pourquoi toutes les initiatives ayant pour but d’instaurer une politique étrangère et une défense communes ont été peu concluantes jusqu’à présent. Mais le vrai obstacle est ailleurs : bon nombre d’Etats membres, comme la Pologne ou les Etats baltes, considèrent que l’OTAN assure déjà la sécurité des Européens et que l’alliance atlantique rend superflue la création d’une armée européenne.

L’Union européenne est constituée d’Etats souverains ayant choisi, en toute liberté, de s’associer pour exercer en commun certains attributs de leur souveraineté. Mais chaque Etat membre conserve une souveraineté pleine et entière dans des domaines clés tels que la diplomatie et la défense. En outre, les Etats européens sont déjà engagés dans des alliances et des partenariats bilatéraux auxquels ils ne souhaitent pas renoncer. Par conséquent, une politique européenne de défense n’est envisageable que si elle se limite aux questions touchant à la sécurité du territoire de l’UE, comme la surveillance des frontières extérieures de l’Union ou la lutte contre les réseaux de passeurs et contre la piraterie maritime. Si une « armée européenne » devait voir le jour à moyen terme, elle serait autre chose qu’une véritable armée fédérale car ses prérogatives se limiteraient à la sécurisation du territoire de l’Union, sans capacité de projection.

Pourquoi les enseignants font-ils grève?

J.M. Blanquer.

C’est la première fois, depuis 2011, que l’ensemble des syndicats de l’Education Nationale lance un appel à la grève. Mais en dépit des apparences, le front syndical n’est pas vraiment uni face à la politique de Jean-Michel Blanquer, car les mots d’ordre diffèrent d’une organisation syndicale à l’autre.

Tous les syndicats protestent contre les suppressions de poste annoncées dans le budget 2019 de l’Education nationale. Le gouvernement envisage effectivement de supprimer 2.650 postes dans les collèges et lycées publics. D’un point de vue strictement comptable, il faut relativiser ce chiffre : nous sommes loin des « purges » effectuées dans les effectifs de l’Education nationale sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’Education nationale emploie près de 800.000 professeurs : les 2.650 postes supprimés ne représentent que 0,3% de l’ensemble des personnels enseignants. Sachant que la France compte 5.200 collèges publics et 2.600 lycées publics, les suppressions de poste représentent donc, en moyenne, moins de 0,4 poste par établissement. Il faut aussi comparer les 2.650 postes supprimés dans le secondaire aux 1.800 créations de postes annoncées dans l’enseignement primaire en vertu de la « priorité au primaire » défendue par le ministre de l’Education nationale.

Le problème, c’est que l’annonce des suppressions de postes survient dans un contexte déjà difficile marqué par une hausse du nombre d’élèves au collège et au lycée (on attend 40.000 élèves supplémentaires en 2019), par la mise en place d’une réforme du lycée fortement contestée, et par une exaspération du monde enseignant face aux violences scolaires. Dans ces conditions, les suppressions de postes au collège et au lycée ne sont évidemment pas une bonne nouvelle pour les enseignants : moins de postes, cela veut dire des classes potentiellement plus chargées, donc des conditions de travail plus difficiles. La récente affaire du braquage de Créteil et le fameux #PasDeVague expliquent sans doute, en partie, pourquoi la grève enseignante rencontre un écho favorable dans l’opinion publique.

Mais les revendications de certains syndicats dépassent la seule question des suppressions de postes. La CGT, le SNES-FSU et Sud-Education, trois syndicats fortement politisés, ont aussi appelé à la grève contre la réforme du lycée qui doit entrer en application dès la rentrée 2019. Or, les syndicats réformistes comme l’UNSA ou le SGEN-CFDT ne sont pas fondamentalement opposés à la réforme du lycée. Le seul mot d’ordre commun à l’ensemble des organisations syndicales concerne les suppressions de postes. On aurait donc tort d’amalgamer les différentes revendications et de considérer que, parmi les rangs des grévistes, tout le monde est opposé à la réforme de Jean-Michel Blanquer. La situation est d’autant plus confuse que certains syndicats réclament l’abandon pur et simple de la réforme du lycée alors que d’autres demandent un report à la rentrée 2020. Et pour ajouter à la confusion, les syndicats contestataires ont élargi les revendications à d’autres questions telles que le statut de la fonction publique, statut qu’ils estiment remis en cause par les projets du gouvernement.

Je crois que la grève du 12 novembre doit être lue avant tout comme l’expression d’un malaise : celui d’une profession en mal de reconnaissance, dont les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader au cours des dernières décennies. Et le soutien d’une large partie de l’opinion publique à la grève des enseignants est, de ce point de vue, plutôt rassurante, car elle montre que la société française est solidaire de ses professeurs et sensible aux difficultés de leur métier : cela n’était pas une évidence il y a quelques années.