Quand Sarkozy fait du charme aux centristes

Nicolas Sarkozy a toujours méprisé les centristes mais il sait que, sans eux, la victoire sera difficile pour la droite en 2017. L’ancien président essaie donc de séduire les centristes, et va même jusqu’à proposer une « fusion » de l’UMP avec l’UDI pour battre la gauche et le FN en 2017. Ne soyons pas dupes : ce que souhaite Nicolas Sarkozy, c’est briser l’alliance conclue entre l’UDI et le Modem, et éliminer le centre en tant que force politique indépendante. Nicolas Sarkozy se moque bien des centristes et de leurs idées : seule la victoire l’intéresse. Il n’a jamais incarné les valeurs humanistes du centre. Le projet de société qu’il a défendu en 2007 comme en 2012 n’est pas celui du centre. Opposer les Français les uns aux autres, ce n’est pas la vision du centre. Recycler les idées du FN pour draguer les électeurs de Marine Le Pen, ce n’est pas la philosophie du centre.

L’idée d’une « fusion UMP-UDI » (qui serait plutôt, en réalité, une absorption de l’UDI par l’UMP) est absurde. Le centre n’est pas à vendre. Si l’UDI a été créée, c’est précisément parce que de nombreux élus centristes ont désapprouvé la droitisation de l’UMP pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Comme le disait récemment François Bayrou, « le grand parti de la droite et du centre est une illusion ». L’UMP a échoué dans sa tentative de rassembler les différents courants de la droite et du centre. Ce qui n’a pas marché hier ne marchera pas demain. L’UMP doit donc assumer ce qu’elle est réellement : un parti de droite, avec son identité, ses valeurs et ses leaders. Bruno Le Maire, principal concurrent de Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP, récuse d’ailleurs toute idée de fusion avec le centre et assume clairement le positionnement de son parti à droite. Une alliance entre l’UDI et l’UMP reste possible, mais une fusion n’est ni logique, ni souhaitable. Les centristes seront toujours plus forts à l’extérieur de l’UMP qu’à l’intérieur.

Il faut combattre le FN sur le fond, et non par la diabolisation

Il est inutile de combattre le Front National par l’insulte et la diabolisation. C’est ce qu’a fait la gauche pendant 30 ans, or depuis 30 ans le Front National n’a cessé de progresser. La vieille rhétorique antifasciste et antiraciste ne permet pas de reconquérir l’électorat populaire qui s’est tourné vers le FN, par désespoir plus que par intolérance. Qu’on se le dise : agiter l’épouvantail du fascisme, ça ne marche plus, les Français n’y croient plus, et le FN est le premier à s’en amuser. A l’inverse, on ne peut pas combattre le FN en lui volant ses idées, comme l’ont fait certains responsables de l’UMP. Cette stratégie est à la fois inefficace et dangereuse, car nous savons que les Français préfèrent toujours l’original à la copie, et qu’en banalisant les idées du FN, on le rend plus fort.

Pour combattre le FN, il faut argumenter, analyser, décortiquer point par point tout ce que dit ou écrit ce parti, démontrer ses erreurs, mettre en évidence les dangers de son programme, dénoncer les mensonges qu’il répète sur l’Europe et sur l’euro, sur l’Islam et sur l’immigration. Il faut montrer que le Front National ne propose aucune solution concrète pour faire face aux défis majeurs de notre pays : l’emploi, l’innovation, l’environnement, la transition énergétique, la régulation de l’économie mondiale. Il faut expliquer que le programme économique du FN, s’il était appliqué, aurait pour effet d’appauvrir la France, d’étouffer les foyers les plus modestes, de creuser notre déficit commercial et de fermer de précieux débouchés à nos entreprises. Il faut aussi défendre le projet européen, rappeler tout ce que l’Europe nous a apporté, expliquer comment l’ouverture des frontières a enrichi notre pays, développé nos entreprises et amélioré notre niveau de vie de façon spectaculaire depuis 60 ans. Bref, il faut faire de la pédagogie. Ce n’est pas facile, mais c’est nécessaire.

Pourtant, à droite, à gauche ou au centre, rares sont ceux qui ont pris le taureau FN par les cornes. Les responsables politiques semblent avoir peur de débattre sur les questions de fond avec le FN. Peur de se faire écraser par le rouleau-compresseur. Peur de se retrouver sans répartie face au discours démagogique et parfaitement huilé des cadors du FN. Rares sont ceux qui ont assez d’aplomb pour tenir tête à une Marine Le Pen, un Florian Philippot ou un Gilbert Collard sous le feu des projecteurs. Rares sont ceux qui ont à la fois les compétences techniques nécessaires pour déconstruire méthodiquement le discours frontiste, et la force de caractère indispensable pour ne pas être dévoré par les grandes gueules du FN. A ce jeu-là, il faut bien reconnaître que Mélenchon était plutôt doué, mais sur le plan électoral sa stratégie fut un fiasco, car on ne peut pas combattre un populisme par un autre populisme.

Le Front National jouit d’un avantage précieux par rapport à ses adversaires de gauche, de droite et du centre : il n’a jamais gouverné la France et n’a donc aucun bilan, aucun renoncement, aucun échec à assumer (excepté au niveau local) : le FN est donc libre de torpiller « l’Etat UMPS » et de dénoncer une classe politique immorale et incompétente. J’en arrive presque à penser que le meilleur antidote contre le FN serait qu’il accède au pouvoir et qu’il se plante magistralement, une bonne fois pour toutes. Mais très vite, je change d’avis et me dis que la France ne mérite vraiment pas cela.

Réponse à l’article d’Antoine Schwartz à propos du fédéralisme européen

Dans le Monde Diplomatique de septembre 2014, l’essayiste Antoine Schwartz, proche de la gauche radicale, a signé un article intitulé « Ni pause ni doutes pour les partisans d’une Europe fédérale ». L’auteur y critique le fédéralisme européen, qu’il présente comme l’idéologie des technocrates bruxellois. D’après Antoine Schwartz, l’Europe fédérale serait en train de se construire « subrepticement mais à marche forcée » contre la volonté des peuples. L’idéologie fédérale serait même un moyen pour imposer des politiques libérales aux citoyens européens. En tant que fervent fédéraliste, je me permets donc de réagir à cet article en lui adressant deux critiques.

Tout d’abord, les propos de l’auteur sont caricaturaux et plusieurs affirmations mériteraient d’être nuancées. Par exemple, quand il écrit que la « désaffection des citoyens » est « presque consubstantielle à la construction européenne », l’auteur oublie que, jusqu’aux années 1980, les opinions publiques étaient largement favorables à la construction européenne, et que ce consensus européen ne s’est érodé qu’à partir des années 90. Il oublie de rappeler que tous les traités européens ont été ratifiés par les parlements nationaux, c’est-à-dire par les représentants du peuple, élus au suffrage universel. Il oublie aussi de rappeler qu’en France le Traité de Maastricht a été ratifié par référendum (à une courte majorité, certes, mais ratifié tout de même). Par ailleurs, la forte abstention aux élections européennes est abusivement interprétée par l’auteur comme le signe d’un rejet de l’Europe, et jamais comme le signe d’un simple désintérêt.

Ensuite, je reproche à l’article d’Antoine Schwarz de ne proposer aucune réflexion sur le sens du mot « fédéralisme ». Le fédéraliste que je suis a beaucoup de mal à se reconnaître dans l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui, précisément parce qu’elle n’est pas fédérale. Si l’Europe était fédérale, elle fonctionnerait de façon plus transparente et plus démocratique. Une véritable Europe fédérale supposerait une véritable démocratie européenne, avec un Parlement puissant, un gouvernement européen responsable devant ce même Parlement, et une répartition claire des compétences entre les Etats-membres et le gouvernement central. Rien de tout cela n’existe aujourd’hui. L’Union européenne est une sorte de compromis boiteux entre fédéralisme et coopération intergouvernementale, mais dans la réalité, le fédéralisme européen est une coquille vide : l’Union européenne est pilotée par les Etats-membres. Le Conseil européen, qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 membres, fixe les grandes orientations des politiques européennes et prend ses décisions dans la plus grande opacité. Quant au Parlement européen, chacun sait qu’il n’a pas les prérogatives d’un véritable Parlement. Cette Europe-là n’a rien donc rien de « fédéral ». Le seul domaine dans lequel un embryon d’Europe fédérale a été mis en place, c’est la monnaie : 18 Etats-membres ont renoncé à leur monnaie nationale pour adopter l’euro. Mais ce « fédéralisme monétaire » est resté inabouti : même si la Banque Centrale européenne est indépendante des Etats, les politiques économiques et budgétaires demeurent des politiques nationales, et il n’existe aucun gouvernement économique fédéral de la zone euro.

L’article d’Antoine Schwartz est un article idéologique : l’auteur y amalgame de façon abusive « fédéralisme » et « libéralisme ». Il dénonce une Europe qui serait, selon lui, intrinsèquement et inéluctablement ultralibérale et antidémocratique. Mais le fédéralisme n’est pas le libéralisme, à moins de considérer que des fédéralistes comme Jacques Delors, Mario Monti, Noël Mamère ou Daniel Cohn Bendit soient des ultralibéraux dogmatiques… Le fédéralisme européen est justement la promesse d’une Europe démocratique dans laquelle les citoyens exerceraient pleinement leur souveraineté, et où le Parlement européen aurait plus de pouvoir qu’une bureaucratie non élue.

Valls: une confiance de circonstance accordée par une majorité resserrée

A l’issue d’un discours fédérateur et pétri de bonnes intentions, Manuel Valls a obtenu la confiance des députés socialistes à une très courte majorité des suffrages exprimés: 269 voix pour, 244 voix contre. Les députés écologistes ainsi qu’une trentaine de députés socialistes « frondeurs » se sont abstenus. Sans surprise, les députés UMP ont voté contre Manuel Valls, comme le groupe UDI. Ne nous y trompons pas: ce vote de confiance est un vote de circonstance. Les députés socialistes ne pouvaient pas prendre le risque de mettre Valls en minorité et de provoquer ainsi une crise gouvernementale dont les effets pourraient être désastreux. Les pseudo-frondeurs du groupe socialiste ne sont pas allés jusqu’au bout de leur logique puisqu’ils n’ont pas voté contre le gouvernement et se sont contentés d’une pudique abstention. Les objectifs affichés par le Premier Ministre sont louables: réformer dans un souci d’équité, maîtriser les dépenses publiques sans tomber dans l’austérité, redonner de la compétitivité aux entreprises, protéger les plus faibles. Mais c’est sur des questions concrètes (comme le vote du budget) et non sur un simple discours de politique générale que l’on pourra mesurer le véritable rapport de forces qui existe aujourd’hui à l’Assemblée. Il est encore trop tôt pour vérifier si Manuel Valls a bien la majorité de sa politique.

« Les 12 travaux de l’opposition »: rien de neuf sous le soleil

Douze personnalités de l’UMP viennent de publier un ouvrage collectif intitulé Les 12 travaux de l’opposition. Douze auteurs, douze thématiques, douze grands chantiers de réforme pour la France. L’idée n’est pas mauvaise, mais le contenu du livre est terriblement décevant. Rien de neuf sous le soleil : baisse des charges pour les entreprises, assouplissement des 35 heures, revalorisation du métier d’enseignant, autonomie des établissements scolaires, renforcement de la présence policière dans les zones les plus sensibles… La plupart des idées mises en avant dans ce livre sont déjà anciennes : on y retrouve tous les lieux communs de la droite, et le lecteur un peu naïf se posera volontiers la question suivante : « Mais pourquoi n’ont-ils pas fait tout cela quand ils gouvernaient la France ? ». Par ailleurs, l’ouvrage révèle de façon éloquente les tensions et les contradictions internes de l’UMP : pendant que Brice Hortefeux prône la restriction de l’immigration et la défense d’une identité nationale menacée, Alain Juppé défend « l’identité heureuse » et les bienfaits de l’ouverture, de l’immigration et de la diversité culturelle. En définitive, Les 12 travaux de l’opposition ressemble davantage à une opération de communication qu’à une véritable contribution au travail de rénovation idéologique et programmatique dont l’UMP aurait tant besoin. Le but des auteurs est de montrer qu’ils sont unis, que l’UMP existe, et qu’elle est prête à gouverner. Mais personne n’est dupe : l’unité affichée n’est qu’une unité de façade, et l’UMP n’est aujourd’hui pas prête à gouverner.

Faut-il un candidat unique pour la droite et le centre en 2017?

Peu à peu, l’idée d’une candidature unique de la droite et du centre à la présidentielle de 2017 fait son chemin. L’UDI et le Modem n’excluent pas cette éventualité : François Bayrou lui-même, obnubilé depuis longtemps par la présidentielle, a récemment déclaré qu’il était prêt à renoncer au scrutin de 2017 pour soutenir un candidat de rassemblement.

N’oublions pas que le Front National est arrivé en tête aux dernières européennes. Un récent sondage Ifop réalisé pour le Figaro a montré que, si la présidentielle avait lieu aujourd’hui, Marine Le Pen arriverait en tête du premier tour avec 28% des intentions de vote. Pire : d’après la même enquête, Marine Le Pen remporterait l’élection face à François Hollande au second tour. Bien qu’il faille prendre avec des pincettes ce genre de sondages, et même si trois ans nous séparent encore de la prochaine présidentielle, ces résultats font froid dans le dos, car ils nous donnent à voir pour la première fois le scénario crédible d’une victoire du FN à la présidentielle. Avec un FN aussi puissant, il est clair qu’une dispersion des suffrages au premier tour de la présidentielle risquerait de propulser Marine Le Pen aux portes de l’Elysée. Si les centristes et l’UMP veulent éviter un tel désastre, ils doivent jouer la carte du rassemblement et soutenir un candidat unique dès le premier tour.

Toutefois, cette alliance ne pourra pas se faire à n’importe quel prix. Il faudra que le candidat unique soit « centro-compatible » (j’emploie ce qualificatif inélégant faute de mieux…). Il est clair que Nicolas Sarkozy ne pourra pas être ce candidat de rassemblement, et qu’une partie des centristes refusera de le soutenir. En effet, Nicolas Sarkozy a défendu, en 2007 comme en 2012, un programme qui opposait les Français entre eux, au lieu de les rassembler. Il a voulu recycler les idées du FN au lieu de les combattre. Il a promis aux Français de relancer l’emploi, de « nettoyer » les cités et de maîtriser les dépenses publiques, mais il n’a tenu aucune de ces promesses, et s’est abrité derrière la crise de 2008 pour justifier ses échecs. Il a mené une politique favorisant les grandes fortunes et les hauts revenus sans mettre en place la grande réforme fiscale dont le pays avait besoin. Il a mené une politique éducative désastreuse, en charcutant les programmes, en spécialisant à outrance les élèves de lycée général, en compressant les effectifs enseignants de façon brutale et mécanique sans se soucier des conséquences sur le terrain, et en dynamitant la formation des nouveaux enseignants. Pour toutes ces raisons, Nicolas Sarkozy ne peut pas représenter les valeurs humanistes du centre à la présidentielle.

Parmi tous les présidentiables de l’UMP, le seul qui soit « centro-compatible » et qui puisse fédérer la droite et le centre, c’est Alain Juppé. Très apprécié des centristes, proche de François Bayrou, fort de son expérience à Matignon, à la mairie de Bordeaux et au Ministère des Affaires Etrangères, Alain Juppé jouit aujourd’hui d’une légitimité incontestable, et d’une grande popularité. C’est un homme de droite qui aime à se définir comme « gaulliste », c’est aussi un humaniste, un pragmatique et un modéré, qui saura de toute évidence défendre les valeurs du centre.

Mais le principe d’une candidature unique de la droite et du centre en 2017 pose encore une autre question : quelle méthode choisir ? Le bon sens voudrait que le candidat unique soit désigné à l’issue d’une primaire commune, dans laquelle des centristes pourraient concourir face aux candidats de l’UMP. On pourrait même envisager une « primaire ouverte », comme l’a fait le PS en 2012 : ainsi, la participation serait ouverte à tous les sympathisants de la droite et du centre, et non uniquement aux encartés. Si le vainqueur est « centro-compatible », alors tout ira bien. Mais que se passera-t-il si le candidat qui remporte la primaire n’est pas en phase avec les valeurs et les projets du centre ? Les centristes seraient alors obligés de faire un choix quasi cornélien : soutenir un candidat dont ils ne veulent pas, ou rompre leur alliance avec l’UMP et s’engager seuls dans la bataille, au risque de faire gagner Marine Le Pen.