Parti Radical: le plus vieux parti de France

Fondé en 1901, le Parti Radical est le plus ancien parti politique français. Initialement situé à gauche, il s’est finalement retrouvé au centre-droit de l’échiquier politique. Revenons brièvement sur le destin de ce parti historique.

Les origines du radicalisme en France

L. Gambetta

Le radicalisme est apparu dans la première moitié du XIXe siècle. Les premiers radicaux étaient des républicains, défenseurs du suffrage universel, de la liberté de la presse et de la laïcité, mais aussi partisans d’une politique sociale ambitieuse. Ils voulaient démocratiser les institutions et transformer la société en profondeur, d’où leur nom de « radicaux ». Dans les années 1840, ils représentaient l’aile gauche de l’opposition à la Monarchie de Juillet. Après la révolution de 1848 et la proclamation de la Deuxième République, ils participèrent brièvement au gouvernement mais entrèrent en conflit avec les « républicains modérés » sur les questions économiques et sociales. Sous le Second Empire (1852-1870), les radicaux étaient aux avant-postes de l’opposition républicaine. En 1869, Léon Gambetta, candidat radical aux élections législatives, prononça un célèbre discours connu sous le nom de « programme de Belleville » et prônant la Séparation des Eglises et de l’Etat, la liberté de la presse et la liberté d’association, l’école gratuite, laïque et obligatoire. Avec la chute de Napoléon III puis la mise en place de la Troisième République, les radicaux s’affirmèrent peu à peu comme une force politique de premier plan, républicaine, anticléricale et anticolonialiste. Sensibles aux inégalités sociales mais refusant la lutte des classes, ils furent progressivement « poussés » vers le centre-gauche de l’échiquier politique par les socialistes.

Un parti incontournable sous la Troisième République

E. Herriot

E. Herriot

Le Parti Radical vit le jour en 1901, en pleine Affaire Dreyfus, peu de temps après le vote de la loi proclamant la liberté d’association: c’est en effet cette fameuse loi de 1901 qui permit l’émergence des premiers véritables partis politiques en France. A l’origine, le nom exact du parti était « Parti Républicain, Radical et Radical-socialiste », mais très tôt, on l’appela simplement « Parti Radical ». Situé au centre-gauche, le Parti Radical s’est vite affirmé comme un parti de gouvernement, pragmatique et responsable, profondément attaché au régime républicain et au parlementarisme. Il défendait la laïcité, la petite propriété, les libertés individuelles, et pouvait compter sur le soutien de classes moyennes en plein essor. Ce parti a largement dominé la vie politique sous la Troisième République: les radicaux ont été ardemment dreyfusards, ils ont œuvré à la Séparation des Eglises et de l’Etat, ils ont instauré l’impôt sur le revenu et soutenu les grandes réformes sociales du Front Populaire. Le Parti Radical a participé à d’innombrables coalitions gouvernementales, tantôt avec les socialistes, tantôt avec le centre-droit, quitte à passer pour un parti opportuniste. Il a fourni quelques unes des personnalités les plus emblématiques de la Troisième République : Emile Combes, Edouard Herriot, Edouard Daladier et bien d’autres. Le « Tigre » Georges Clemenceau est longtemps resté proche du Parti Radical bien qu’il n’en ait jamais été membre. Dans les années 30, le mouvement des Jeunes-Turcs, animé par une nouvelle génération de militants radicaux tels que Pierre Mendès-France, voulait réformer en profondeur le système économique et politique : ces Jeunes-Turcs, qui incarnaient alors l’aile gauche du parti, prônaient une intervention accrue de l’Etat dans l’économie pour lutter contre la crise et humaniser le capitalisme, notamment par la nationalisation des grands monopoles privés dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie. Toutes ces idées, jugées anticonformistes dans l’entre-deux-guerres, allaient finalement triompher au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le déclin

P. Mendès-France

P. Mendès-France

Sous l’Occupation, plusieurs membres du Parti Radical s’engagèrent activement dans la Résistance, à l’image de Pierre Mendès-France ou Jean Zay, sans oublier Jean Moulin, qui avait débuté sa carrière politique sous l’étiquette radicale. Mais sous la Quatrième République, le poids électoral du parti recula face à la concurrence de nouveaux partis politiques issus de la Résistance, comme le MRP. De 1947 à 1951, pour contrer les gaullistes et les communistes, le Parti Radical forma, avec la SFIO et le MRP, une coalition gouvernementale appelée « Troisième Force », qui allait du centre-gauche au centre-droit. Mais en 1951, le débat sur l’école privée mit un terme à la « Troisième Force »: en effet, les socialistes et les radicaux s’opposèrent aux lois qui prévoyaient d’octroyer des bourses d’Etat aux élèves inscrits dans les écoles privées, comme le souhaitaient les démocrates-chrétiens du MRP. Dans les années 1950, Pierre Mendès-France voulut réaffirmer l’ancrage du Parti Radical à gauche et conclut en 1956 une alliance avec les socialistes, le « Front Républicain », que la crise algérienne fit rapidement voler en éclats. En 1958, les radicaux s’opposèrent au retour du Général de Gaulle et à la nouvelle constitution. La mise en place de la Cinquième République et la victoire de Charles de Gaulle à la présidentielle de 58 renvoyèrent durablement le Parti Radical dans l’opposition et précipitèrent son déclin électoral.

La scission de 1972 et le basculement au centre

J.J. Servan-Schreiber

J.J. Servan-Schreiber

A la fin des années 60, le journaliste Jean-Jacques Servan-Schreiber (« JJSS ») arrive à la tête du Parti Radical et entreprend de le moderniser en s’inspirant des sociaux-démocrates suédois. JJSS défend l’économie de marché, la décentralisation et la construction européenne, refuse toute alliance avec le Parti Communiste et préconise un rapprochement avec le centre. Mais cette stratégie centriste provoque la colère de l’aile gauche du parti, favorable à une alliance avec les socialistes et les communistes. C’est pour cela qu’en 1972, l’aile gauche, minoritaire, se sépare du parti historique pour fonder le Mouvement des Radicaux de Gauche, qui signera le Programme Commun de la gauche avec le PS et le PC. La scission de 1972 fait donc basculer au centre le parti historique, désormais désigné comme le Parti Radical « valoisien » (car son siège national est situé place de Valois, à Paris). Sous l’impulsion de Servan-Schreiber, le Parti Radical valoisien se rapproche des partis centristes. Pour préparer les élections législatives de 1973, JJSS crée le Mouvement Réformateur, une coalition de partis centristes voulant incarner une troisième voie entre le socialo-communisme et la droite gaulliste conservatrice. Après la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à la présidentielle de 1974, les radicaux apportent leur soutien aux grandes réformes giscardiennes telles que la loi Veil sur l’IVG.

De l’UDF à l’UDI

J.L. Borloo

J.L. Borloo

En 1978, les radicaux valoisiens participent à la fondation de l’UDF (Union pour la Démocratie Française), qui réunit alors tous les partis du centre et du centre-droit soutenant l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’UDF permet aux radicaux de sortir de l’isolement et de participer à toutes les coalitions gouvernementales RPR/UDF dans les années 80 et 90. Mais à la fin des années 90, les radicaux prennent leur distance avec le nouveau président de l’UDF, François Bayrou, qui souhaite constituer un pôle centriste indépendant de la droite. En 2002, le Parti Radical décide de s’associer à l’UMP tout en conservant ses propres structures. Jean-Louis Borloo accède à la présidence du Parti Radical en 2007 et soutient la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Mais en 2011 le Parti Radical quitte l’UMP, dont il désapprouve la droitisation. Après la victoire de la gauche en 2012, et afin d’éviter une marginalisation du Parti Radical, Jean-Louis Borloo fonde l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants), une nouvelle confédération réunissant les partis centristes de l’opposition. Jean-Louis Borloo est élu président de l’UDI en 2012, mais en 2014 il est hospitalisé à cause d’une pneumonie aiguë et annonce son retrait de la vie politique. Après le départ inattendu de Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart est élu président du parti en juin 2014 face à Rama Yade.

La Parti Radical aujourd’hui : un parti centriste ?

Le Parti Radical valoisien présente aujourd’hui toutes les caractéristiques d’un parti centriste : il est favorable au fédéralisme européen, il est attaché aux corps intermédiaires et au rôle des collectivités locales, il veut replacer l’homme au centre de l’économie, il prône un juste équilibre entre solidarité et compétitivité, et refuse toute compromission avec les partis extrémistes et populistes. Pour faire simple, on peut dire que le radicalisme valoisien représente aujourd’hui l’un des principaux courants du centrisme français. Mais paradoxalement, les radicaux ne se qualifient jamais eux-mêmes de centristes : d’ailleurs, Jean-Louis Borloo se définit comme « républicain social » et emploie rarement l’adjectif « centriste ». Pourquoi une telle précaution de langage ? Sans doute pour mieux réaffirmer la spécificité et l’identité du parti face aux autres formations centristes et face à la droite. Car le Parti Radical revendique fièrement son statut de parti historique, viscéralement laïc et républicain, intimement lié à l’histoire de la République Française depuis plus d’un siècle.

Faut-il supprimer le bac ?

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La question est un véritable serpent de mer qui ressurgit chaque année au mois de juin : faut-il en finir avec le baccalauréat ?

Il est vrai que le bac présente plusieurs inconvénients majeurs, à commencer par son coût : autour de 100 millions d’euros chaque année, une somme qui peut sembler disproportionnée pour un examen dont beaucoup ne voient plus vraiment l’utilité. De plus, l’organisation du bac entraîne des contraintes colossales pour les établissements : les épreuves du bac immobilisent énormément de salles, de matériel et de personnels, et neutralisent trois semaines de cours à la fin de l’année : durant cette période, les élèves de Seconde sont, le plus souvent, livrés à eux-mêmes. Les contraintes sont aussi d’ordre pédagogique : l’année de Terminale est une véritable course contre la montre, consacrée au bachotage et aux cours magistraux plutôt qu’à l’expérimentation de pratiques pédagogiques plus stimulantes pour les élèves et pour les enseignants. Enfin, on peut légitimement s’interroger sur l’utilité du baccalauréat : avec un taux de réussite dépassant les 80%, cet examen a-t-il encore une raison d’être sachant qu’il ne permet plus de sélectionner les élèves ?

Et pourtant, le bac est toujours utile. Tout d’abord, c’est un examen national : tous les élèves sont évalués dans les mêmes conditions par des professeurs qui ne les connaissent pas, ce qui garantit l’équité entre candidats. De plus, le bac a toujours une importance symbolique : il marque la fin de la scolarité dans le secondaire, l’aboutissement de tout un cycle d’enseignement, et ouvre les portes de l’enseignement supérieur. Il marque aussi une étape symbolique dans le passage à l’âge adulte, tout comme le dix-huitième anniversaire ou l’obtention du permis de conduire. Il est vrai que, dans la société contemporaine, les « rites de passage » n’ont plus la même importance qu’autrefois, mais ils restent des repères, des étapes structurantes et valorisantes. Le bac doit donc subsister en tant qu’examen national et conserver une certaine solennité : convocation écrite, épreuves organisées au niveau national, confidentialité des sujets, lecture des consignes aux candidats, publication de tous les résultats le même jour, affichage des résultats dans les établissements, remise d’un diplôme papier, etc.

Cela dit, le bac doit évoluer. Il faut adapter l’examen aux mutations de la société et de l’école. Jusqu’aux années 1970, le bac servait à sélectionner les élèves : les bacheliers constituaient une élite qui pouvait accéder aux études supérieures. Une grande partie des élèves ne passaient pas le bac, et les taux d’échec à l’examen étaient beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui : à titre d’exemple, en 1970, la part de bacheliers dans une classe d’âge n’était que de 20%. Dans les années 1980, le gouvernement socialiste fixa l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au bac. L’ambition du gouvernement était alors d’augmenter le niveau d’instruction de la population et de favoriser l’accès à l’enseignement supérieur. En 2014, la part de bacheliers dans une classe d’âge atteignait 77%, et le taux de réussite au bac avoisinait les 90% dans les séries générales et technologiques, et 80% dans les séries professionnelles. Mais cette démocratisation du bac est un trompe-l’œil car elle n’a été possible qu’au prix d’une baisse du niveau d’exigence à l’examen. On ne peut pas dire que le bac soit « donné à tout le monde », mais il est indéniable que le bac est moins difficile à obtenir aujourd’hui qu’il y a 40 ans. De fait, le bac n’a plus la fonction de sélection qu’il avait autrefois : il sert désormais à valider un certain nombre de connaissances théoriques et pratiques acquises au lycée.

Le bac peut être réformé. Il faut alléger le bac et resserrer le calendrier des épreuves terminales. Pour cela, il serait souhaitable d’augmenter la part de contrôle continu dans la validation de l’examen. Certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS. Le contrôle continu n’a rien d’aberrant : il permet de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant l’année. Mais il est essentiel de maintenir des épreuves terminales afin que le diplôme du baccalauréat conserve son caractère national. En effet, la transformation du bac en simple contrôle continu risquerait de « dévaluer » les diplômes obtenus dans les établissements réputés difficiles par rapport aux diplômes obtenus dans les lycées plus prestigieux : c’est l’égalité des chances qui serait alors bafouée. Comment réformer le bac ? Les trois ou quatre disciplines principales de chaque filière pourraient être évaluées par une série d’épreuves terminales, tandis que les autres disciplines seraient simplement évaluées en contrôle continu. Dans la filière S, par exemple, seules les disciplines du pôle scientifique feraient l’objet d’une épreuve terminale, mais les langues vivantes, l’histoire-géographie et la philosophie seraient évaluées en contrôle continu. Les détracteurs du baccalauréat critiquent les épreuves terminales car ils y voient des épreuves « couperet », qui évaluent toute une année de travail sur la base d’une copie ou d’un oral, ce qui ne laisserait aucun « droit à l’erreur ». Mais c’est oublier qu’il existe tout un dispositif d’harmonisation permettant d’ajuster la note globale en fonction du livret scolaire de l’élève et des résultats qu’il a obtenus tout au long de l’année de Terminale. Le travail fourni pendant l’année scolaire n’est donc pas ignoré par les jurys de bac, bien au contraire.

En conclusion, on peut faire évoluer le bac, le rendre moins lourd et moins coûteux tout en préservant son caractère national et son importance symbolique. Supprimer l’examen national du bac au profit d’un simple contrôle continu est une proposition démagogique, une fausse bonne idée qui creusera les inégalités entre établissements. La plupart des démocraties européennes ont conservé un examen de fin d’études secondaires, qu’il s’agisse de l’Abitur en Allemagne, du A-Level au Royaume-Uni, de la Maturità en Italie ou encore du baccalauréat finlandais (appelé Ylioppilastutkinto). Il ne faut pas supprimer le bac mais le réformer, en se posant une question essentielle : comment évaluer de la façon la plus équitable et la plus efficace la maîtrise des différentes compétences exigées à la fin du lycée ? Rappelons, pour finir, que ce sont les épreuves du bac qui déterminent l’organisation des enseignements au lycée : sans une véritable réforme du bac, tout projet de réforme du lycée ne sera qu’une mascarade.

Les violons de Châteauroux

Français Hollande avait annoncé en 2012 que les jeunes seraient la priorité de son quinquennat. Trois ans plus tard, le constat est amer : contrairement aux promesses démagogiques de 2012, la jeunesse française n’est pas du tout au cœur du quinquennat. Sur le front de l’emploi, rien de réjouissant : les jeunes restent les principales victimes de la crise, entre chômage et travail précaire. La situation des universités françaises est toujours déplorable et nos jeunes chercheurs travaillent souvent dans des conditions qui font honte à notre pays. La réforme du collège, sous prétexte de favoriser l’égalité des chances, va démanteler des enseignements d’excellence dont bénéficiaient jusqu’à présent des élèves méritants issus de toutes catégories sociales. Et sur le front du logement, ce sont encore les jeunes qui souffrent le plus : la pénurie de logements et la flambée des prix dans les métropoles empêchent de nombreux jeunes actifs d’accéder à la propriété et les conduit même, parfois, à opter pour la colocation. Pour compléter ce triste tableau, nous apprenons que l’Etat vient de supprimer la subvention qu’il versait à près de 140 conservatoires à rayonnement régional ou départemental. La plupart des communes concernées sont dans l’impossibilité de compenser la perte de cette subvention compte tenu de la baisse des dotations versées aux collectivités. Si les grandes villes parviennent à compenser totalement ou partiellement la perte de la subvention destinée aux conservatoires, il est clair que de nombreuses villes moyennes n’auront pas d’autres choix que de supprimer des postes de professeur, réduire leur offre de cours et augmenter fortement leurs tarifs. Les familles les plus modestes apprécieront, surtout celles qui ont fait de gros sacrifices pour investir dans l’achat d’un instrument de musique dont l’enseignement va disparaître : à Châteauroux, par exemple, six professeurs vont être licenciés, et un professeur prenant sa retraite ne sera pas remplacé. Les cours de violon, d’accordéon, de tuba, d’orgue et de clavecin, de chant choral, de danse classique et de hip-hop vont être sacrifiés. C’est un coup dur pour les familles, mais aussi pour l’ensemble des habitants car le conservatoire est un véritable « poumon culturel » pour la ville et sa région. Après les déserts médicaux, voici les « déserts musicaux ». Une société bloquée, un marché du travail sclérosé, une école dont la seule ambition est celle du nivellement par le bas, une vie culturelle au rabais: voilà donc ce que le quinquennat de François Hollande laissera en héritage à la jeunesse de France.