Mélenchon et les racines chrétiennes de l’Europe

Source: francetvinfo.fr

Le chef de la France Insoumise a demandé que le drapeau européen soit retiré de l’Assemblée nationale au motif que la symbolique de ce drapeau était d’origine chrétienne : les douze étoiles d’or seraient une référence aux douze apôtres du Christ ou à la couronne de douze étoiles qui, dans le livre de l’Apocalypse, entoure la tête d’une mystérieuse femme généralement identifiée à la Vierge Marie. L’artiste Arsène Heitz, qui dessina le drapeau européen dans les années 1950, avoua trente ans plus tard s’être inspiré d’une médaille représentant la Vierge Marie couronnée de douze étoiles, mais il faut bien admettre qu’à l’époque où ce drapeau est devenu un symbole de l’Europe, personne n’y voyait une quelconque référence à la Vierge. Sur le site officiel de l’Union européenne, on peut lire que les douze étoiles du drapeau symbolisent « les idéaux d’unité, de solidarité et d’harmonie entre les peuples d’Europe ». En fait, le nombre douze a été choisi parce qu’il évoquait l’idée de perfection et d’harmonie, à l’image des douze mois de l’année ou des douze signes astrologiques. D’ailleurs, ce nombre avait déjà une forte charge symbolique bien avant l’apparition du christianisme, notamment dans la mythologie gréco-romaine : que l’on songe, par exemple, aux fameux travaux d’Héraclès. La référence chrétienne dans le drapeau européen n’a donc rien d’évident.

Quand bien même le drapeau européen serait porteur d’une symbolique chrétienne explicite, on comprend mal pourquoi Jean-Luc Mélenchon a déclenché une polémique aussi ridicule. Car l’Union européenne est, de toutes façons, un projet aconfessionnel : ses institutions et ses règles sont totalement laïques. Si l’on voit dans le drapeau de l’Union européenne un symbole chrétien, alors que dire du drapeau français ? Car le blanc de notre étendard tricolore est celui de la monarchie, mais cela ne semble guère gêner le républicain fervent qu’est Jean-Luc Mélenchon. Je crois plutôt qu’en allumant cette polémique stupide à propos du drapeau européen, Mélenchon a surtout essayé de réaffirmer son rôle d’opposant à Emmanuel Macron : les douze étoiles du drapeau n’étaient qu’un prétexte. Fort heureusement, le petit coup de théâtre de Mélenchon a fait « pschitt ». L’amendement déposé par la France Insoumise pour demander le retrait du drapeau européen a été rejeté par la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale, et pour cause : il n’a recueilli que deux voix.

Cela n’a pas empêché Mélenchon d’en remettre une couche à l’occasion d’une interview qu’il accorda mi-octobre à l’hebdomadaire Le 1. Le chef de la France Insoumise y déclara : « Le peuple européen, qu’est-ce que c’est ? Je ne me sens rien de commun avec les pays baltes. C’est le bout du monde, même les Romains ne sont pas allés là-bas ! La grande matrice de l’Europe, ce sont les frontières de l’Empire romain. (…) Et on traiterait de frères de lointains Lituaniens sous prétexte qu’ils sont chrétiens ! ». Là encore on voit que Mélenchon s’efforce de déchristianiser les racines du projet européen, quitte à employer les arguments les plus grotesques. L’idée selon laquelle la « matrice » géographique de l’Europe serait l’Empire romain est absurde, pour deux raisons. La première, c’est que les frontières de l’Empire romain n’ont pas grand-chose à voir avec les frontières conventionnelles de l’Europe : à son apogée, l’Empire romain s’étendait tout autour de la Méditerranée, il incluait le Proche-Orient et toute l’Afrique du Nord ; en revanche, la Scandinavie et l’Europe centrale n’ont jamais fait partie de cet Empire. Deuxièmement, définir le projet européen en termes géographiques est une erreur parce que l’Europe n’a pas de frontières « officielles » (comme le montre le débat sur la Turquie), et parce qu’il n’y a aucun critère géographique parmi les critères d’adhésion à l’Union européenne. En fait, la géographie du projet européen n’a cessé de changer au gré des bouleversements géopolitiques et des élargissements successifs : d’abord conçue comme un petit club de démocraties d’Europe occidentale alliées aux Etats-Unis au début de la guerre froide, la communauté européenne s’est ensuite élargie à des pays d’Europe du Nord et du Sud puis, après la guerre froide, à d’anciens pays communistes d’Europe centrale et orientale. L’Europe n’est pas un territoire : c’est avant tout une idée, un socle de valeurs et un ensemble d’héritages culturels.

N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, l’Europe a des racines chrétiennes. Et ces racines chrétiennes ont laissé leur empreinte sur la construction européenne telle qu’elle s’est opérée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les pays pionniers de la construction européenne sont tous des pays de tradition chrétienne : la France, « fille aînée de l’Eglise » avant d’être la patrie des Droits de l’Homme et de la laïcité ; l’Italie, terre catholique étroitement liée au Saint-Siège ; l’Allemagne, berceau de la réforme luthérienne ; sans oublier, bien sûr, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. Les « Pères de l’Europe », ces hommes politiques visionnaires qui ont jeté les bases du projet européen, étaient presque tous des chrétiens-démocrates : c’était le cas des Français Robert Schuman et Jean Monnet, de l’Allemand Konrad Adenauer ou de l’Italien Alcide De Gasperi. Certaines valeurs chrétiennes ont inspiré les principes fondateurs de l’Europe politique : la paix, le pardon, la fraternité, le partage. Qu’on le veuille on non, cet héritage chrétien est encore présent aujourd’hui, et il est parfaitement compatible avec le caractère laïc de l’Union européenne. Nier cet héritage est absurde car l’Europe d’aujourd’hui est le produit d’une longue histoire marquée par le christianisme. Nier les racines chrétiennes de l’Europe, c’est l’amputer d’une partie de son histoire et de son identité.

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Quand le débat sur l’ISF ravive le clivage droite-gauche

Source: La Croix.

Le projet de loi de finances présenté par le gouvernement prévoit une remise à plat de la fiscalité sur le capital et sur les grandes fortunes : comme l’avait annoncé Macron, l’Impôt de Solidarité sur la Fortune sera remplacé par l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière), prélevé uniquement sur les patrimoines immobiliers. Cela signifie concrètement que le capital productif (c’est-à-dire les placements et les actifs financiers) ne sera plus assujetti à l’impôt sur la fortune. L’objectif de cette réforme est d’encourager les plus riches à investir dans l’économie plutôt que dans la constitution de patrimoines dormants.

La réforme de l’ISF a immédiatement fait renaître ce bon vieux clivage droite-gauche qui avait une fâcheuse tendance à s’estomper depuis la présidentielle : si la droite juge la réforme trop timide et plaide pour une suppression pure et simple de l’impôt sur la fortune, la gauche, elle, dénonce un « cadeau fiscal » fait aux riches. L’ISF est en effet un symbole ou, comme l’a dit Bruno Lemaire, un « totem » idéologique de la gauche française : instauré en 1982 par François Mitterrand, supprimé par le gouvernement Chirac en 1987 puis rétabli en 1989 par le gouvernement Rocard, l’impôt sur la fortune constitue l’un des derniers grands marqueurs du clivage droite-gauche dans notre pays. Dans les faits, l’ISF est un impôt qui encourage la fuite des capitaux mais rapporte peu à l’Etat : en 2016, les recettes de l’ISF s’élevaient à 5 milliards d’euros, ce qui représente seulement 0,5% de l’ensemble des prélèvements obligatoires. A titre de comparaison, l’impôt sur le revenu a rapporté à l’Etat 76 milliards d’euros en 2016 et la TVA, 178 milliards. La justification de l’ISF est donc avant tout idéologique : il s’agit de faire payer les riches. Le principe d’une imposition sur les grandes fortunes est d’ailleurs une exception française : or, dans un contexte de concurrence fiscale entre les Etats européens, une telle exception n’est pas vraiment un atout pour la France.

D’un point de vue économique, retirer le capital productif de l’assiette de l’ISF dans le but d’orienter les investissements vers l’entreprise est un choix plutôt judicieux, même s’il s’agit d’une mesure purement incitative : rien ne permet en effet d’affirmer que les riches contribuables investiront davantage dans les entreprises une fois la réforme adoptée. Le texte que les députés ont voté semble relativement équilibré. Lors de l’examen du projet de loi en Commission, les députés de la majorité avaient d’ailleurs modifié le texte en y intégrant une taxe sur les « signes ostentatoires de richesse » tels que les yachts, les jets privés ou les voitures de sport, autant de biens qui, dans la version initiale du texte, devaient échapper à l’impôt sur la fortune. Rien ne justifiait que de tels produits de luxe bénéficient des mêmes avantages que les capitaux productifs.

Une famille centriste bientôt rassemblée?…

Après des décennies de division, la famille centriste serait-elle enfin sur le point de se rassembler ? Plusieurs indices peuvent en tout cas le laisser penser. Les Radicaux de gauche et les Radicaux « valoisiens » ont exprimé leur intention de fusionner pour reconstituer un grand Parti Radical unifié. A l’UDI, malgré les fractures internes et la guerre des chefs qui oppose Lagarde et Morin depuis le départ de Borloo, l’idée d’un grand parti centriste unifié fait son chemin ; Jean-Christophe Lagarde n’exclut d’ailleurs pas un rapprochement avec le MoDem de Bayrou.

Deux facteurs peuvent expliquer cette dynamique de rassemblement au centre. Tout d’abord, la victoire de Macron à la présidentielle a dynamité les clivages politiques traditionnels et donné une vraie légitimité au discours centriste. Deuxièmement, le durcissement du parti Les Républicains a précipité le divorce entre la droite et l’UDI. La victoire annoncée de Laurent Wauquiez à la présidence de LR confirme la droitisation du parti sur les questions identitaires et sécuritaires : dans ces conditions, les centristes de l’UDI ne considèrent plus Les Républicains comme un « allié naturel ».

Il est encore trop tôt pour savoir si ce processus de rassemblement est solide et s’il va véritablement accoucher de quelque chose. En 2014, le MoDem et l’UDI avaient déjà tenté une ébauche de rassemblement avec « L’Alternative », une éphémère coalition centriste conclue à la va-vite pour proposer des listes communes aux élections européennes : comme on pouvait s’y attendre, ce rapprochement n’a pas fait long feu et les divergences entre l’UDI et le MoDem en matière de stratégie électorale ont rapidement repris le dessus.

Même si les centristes parviennent à se rassembler durant les mois ou les années qui viennent, plusieurs questions délicates pourraient hypothéquer cette fragile unité. Première question : quelle forme prendra ce rassemblement ? Parti unitaire ou fédération de partis autonomes ? Deuxième question : sur quelle base programmatique ? Même si tous les centristes sont à peu près d’accord sur l’essentiel, des divergences demeurent sur les questions économiques et sociales. Troisième question sensible : quelles relations avec les autres forces politiques, notamment avec La République En Marche ? Si le MoDem a choisi de s’inscrire pleinement dans la majorité présidentielle en s’alliant avec le mouvement de Macron, ce n’est pas le cas de l’UDI.

Quoi qu’il en soit, le Centriloque ne peut que se réjouir devant cette volonté affichée de rassemblement car il faut reconstituer dans notre pays un courant centriste fort, unifié et indépendant. La montée des populismes de gauche et d’extrême droite ainsi que les multiples menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir du projet européen montrent que nous avons, plus que jamais, besoin du centre et des valeurs libérales et humanistes dont il est porteur.

Barcelone, Madrid, Bruxelles: l’Europe à l’épreuve des indépendantismes

Le processus d’indépendance de la Catalogne constitue un réel danger tant pour les Catalans eux-mêmes que pour l’Espagne et l’Union européenne.

Pour les Catalans, la rupture avec Madrid serait le plus funeste des scénarios. Économiquement, les conséquences seraient lourdes: plusieurs banques et entreprises ont d’ores-et-déjà commencé à délocaliser leur siège hors de la Catalogne. En outre, l’indépendance de la Catalogne entraînerait, de facto, sa sortie de l’Union européenne, donc du marché unique. C’est bien le gouvernement espagnol qui a, en 1986, adhéré à la Communauté européenne puis, en 1992, au Traité de Maastricht. La Catalogne n’a jamais adhéré à l’Union européenne en tant qu’Etat: elle en faisait partie en tant que région espagnole. Si elle se sépare de l’Etat espagnol pour devenir un Etat indépendant, la Catalogne sortira également de tous les accords internationaux et de tous les traités signés par le gouvernement de Madrid. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les partisans de l’indépendance restent minoritaires en Catalogne. Seuls deux millions d’électeurs ont participé au référendum du 1er octobre 2017, alors que la Catalogne compte plus de 5 millions d’électeurs inscrits. La sécession exposerait donc la Catalogne a de graves tensions internes.

Pour l’Espagne, une sécession catalane serait désastreuse car elle aboutirait à une amputation du territoire national ainsi qu’à une remise en cause de l’unité de la nation espagnole, ce qui pourrait faire resurgir le spectre de la guerre civile dans un pays qui a réussi à construire son unité politique sur la base d’un équilibre subtile des pouvoirs entre gouvernement central et communautés autonomes. La question n’est pas de savoir s’il existe une nation catalane: de toute évidence, la plupart des Catalans se considèrent comme une nation, mais cela n’est pas incompatible avec l’appartenance à la nation espagnole. Or, la nation espagnole existe, elle n’est pas une simple fiction politique: l’immense majorité des Espagnols ainsi que tous les grands partis politiques du pays, qu’il s’agisse des conservateurs, des socialistes, des populistes de Podemos ou des centristes de Ciudadanos, défendent l’unité de la nation espagnole et dénoncent la radicalisation du mouvement nationaliste catalan. Certes, le gouvernement espagnol a géré la crise catalane avec beaucoup de maladresse, en répondant uniquement par la répression et le mépris. Mais les erreurs de Madrid ne légitiment en rien les revendications séparatistes catalanes.

L’indépendance de la Catalogne représente aussi un danger majeur pour l’Union européenne. Une sécession de la Catalogne attiserait fatalement les revendications indépendantistes de plusieurs autres mouvements régionaux, en Corse, en Ecosse ou en Flandre par exemple. La crise catalane est donc une crise européenne. Elle concerne tous les Etats-membres de l’Union européenne en raison de ses répercussions possibles hors d’Espagne. Les chefs d’Etat européens et le président du Conseil européen Donald Tusk ont exprimé leur soutien au gouvernement de Madrid, et c’est une excellente chose. Mais nul ne peut nier que la crise catalane place l’Union européenne devant ses propres contradictions: à l’extérieur de ses frontières, l’Union européenne défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais à l’intérieur de ses frontières, elle dénonce toute velléité sécessionniste au nom de l’intégrité territoriale des Etats-membres. Ainsi, l’UE désapprouve les indépendantismes catalan, basque ou flamand et refuse de reconnaître la République Turque de Chypre alors même que, dans un passé pas si lointain, elle a reconnu l’indépendance du Kosovo et celle des Républiques yougoslaves, indépendances qui furent pourtant proclamées unilatéralement. La question des nationalités demeure donc une problématique terriblement actuelle pour les Etats européens.

Marche pour l’indépendance à Barcelone en 2016.