Armée européenne: quand Macron ressuscite une vieille utopie fédéraliste

E. Macron sur le Charles-de-Gaulle.

Lors de son interview à bord du porte-avions Charles-de-Gaulle, Emmanuel Macron a remis en avant l’idée d’une « armée européenne ». Cette belle idée ne date pas d’hier puisqu’en 1950 le Plan Pleven prévoyait déjà de créer une armée européenne supranationale : c’est de ce plan que naquit le projet de Communauté Européenne de Défense (CED). Ce projet fut activement soutenu par les Etats-Unis qui, dans le contexte de la guerre froide, voulaient intégrer la CED à l’OTAN. Mais le traité instituant la CED fut rejeté en 1954 par le Parlement français, qui refusait le principe d’un réarmement allemand.

En réalité, il existe déjà un embryon d’armée européenne : l’Eurocorps, une micro-armée créée en 1992 et regroupant les contingents de quelques Etats membres de l’Union européenne dont la France, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne. La création de cette structure militaire devait concrétiser la PESC (politique étrangère et de sécurité commune) instaurée par le Traité de Maastricht. L’Eurocorps ne dépend théoriquement d’aucun commandement extérieur mais, dans les faits, il intervient surtout dans le cadre des missions de l’OTAN. De plus, il ne s’agit pas à proprement parler d’une armée de l’Union européenne car seuls dix Etats y participent.

L’idée d’une véritable armée européenne indépendante des Etats-Unis n’est pas absurde au regard des périls actuels : militarisation des mers, nucléarisation des pays émergents, montée des nationalismes, multiplication des crises aux portes de l’Union européenne, désengagement financier des Etats-Unis au sein de l’OTAN. Cela permettrait également de relancer la construction européenne et de lui donner une dimension politique plus forte. L’Union européenne est déjà dotée d’un marché unique, d’une monnaie unique et d’un Parlement : la création d’une armée européenne marquerait une étape décisive dans la fédéralisation du projet européen.

Et pourtant, la mise en place d’une armée européenne se heurte à de nombreux obstacles quasi insurmontables. Premièrement, la défense touche au cœur même de la souveraineté des Etats : il est peu probable que les Etats membres de l’UE acceptent de transférer leur souveraineté militaire (et les moyens qui vont avec) à une entité supranationale. De plus, les intérêts stratégiques des Etats-membres sont parfois divergents, ce qui explique pourquoi toutes les initiatives ayant pour but d’instaurer une politique étrangère et une défense communes ont été peu concluantes jusqu’à présent. Mais le vrai obstacle est ailleurs : bon nombre d’Etats membres, comme la Pologne ou les Etats baltes, considèrent que l’OTAN assure déjà la sécurité des Européens et que l’alliance atlantique rend superflue la création d’une armée européenne.

L’Union européenne est constituée d’Etats souverains ayant choisi, en toute liberté, de s’associer pour exercer en commun certains attributs de leur souveraineté. Mais chaque Etat membre conserve une souveraineté pleine et entière dans des domaines clés tels que la diplomatie et la défense. En outre, les Etats européens sont déjà engagés dans des alliances et des partenariats bilatéraux auxquels ils ne souhaitent pas renoncer. Par conséquent, une politique européenne de défense n’est envisageable que si elle se limite aux questions touchant à la sécurité du territoire de l’UE, comme la surveillance des frontières extérieures de l’Union ou la lutte contre les réseaux de passeurs et contre la piraterie maritime. Si une « armée européenne » devait voir le jour à moyen terme, elle serait autre chose qu’une véritable armée fédérale car ses prérogatives se limiteraient à la sécurisation du territoire de l’Union, sans capacité de projection.

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Europe: progressistes contre nationalistes?

E. Macron et V. Orban.

En bon centriste, je m’emploie depuis des années à déconstruire le clivage droite-gauche : je ne vais donc pas accorder une importance excessive à d’autres clivages tout aussi binaires et caricaturaux. Ce fameux choc entre « nationalistes » et « progressistes » qui semble se dessiner à l’approche des élections européennes de 2019 doit être relativisé, dans la mesure où il a été en grande partie construit par les dirigeants politiques européens eux-mêmes. Emmanuel Macron cherche en effet à se présenter comme le leader des « progressistes » face au bloc nationaliste incarné par le premier ministre hongrois Victor Orban, le président du conseil italien Matteo Salvini et le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Orban est d’ailleurs devenu le nouveau leader des droites national-populistes européennes en menant une campagne de dénigrement systématique de « Bruxelles » et en dénonçant le « parti de l’immigration » et la vision « mondialiste » de Macron.

Cela étant dit, la montée des populismes au sein de l’Union européenne redistribue incontestablement les cartes et fait émerger de nouveaux clivages politiques. Deux visions opposées de l’Europe sont aujourd’hui en train de s’affronter : d’une part, une Europe libérale et ouverte, fidèle aux principes humanistes de ses Pères fondateurs ; d’autre part, une Europe « illibérale » et fermée, fondée sur le « patriotisme économique », le culte des frontières et l’exaltation des identités nationales. Ce n’est pas sans raisons que Victor Orban est devenu un modèle pour les nationalistes européens : connu pour ses positions ultra-conservatrices, antieuropéennes et ouvertement xénophobes, Orban est aussi un théoricien de la « démocratie illibérale », une démocratie qui se limiterait au simple exercice du suffrage universel et dans laquelle tous les contre-pouvoirs seraient peu à peu vidés de leur substance au profit d’un système clanique organisé autour d’un chef autoritaire.

Hélas, les partisans d’une Europe libérale – au sens à la fois économique, politique et philosophique du terme – semblent quelque peu désemparés face à la percée des nouveaux populismes de droite. Même si Emmanuel Macron est aujourd’hui considéré comme le leader des libéraux, il est isolé sur la scène européenne : Angela Merkel est plus que jamais fragilisée politiquement, le gouvernement espagnol est empêtré dans la crise catalane et le gouvernement britannique est englué dans le Brexit. De ce fait, Macron a du mal à fédérer autour de lui les autres dirigeants « progressistes » dans un contexte où la crise des migrants a tendance à droitiser les opinions publiques et à exacerber les crispations identitaires.

Le combat entre « nationalistes » et « progressistes » n’est donc pas qu’une simple construction politique : cet antagonisme existe bel-et-bien et constituera, de toute évidence, l’un des enjeux du prochain scrutin européen. Mais pas le seul enjeu. Car l’avenir du projet européen soulève d’autres questions essentielles : Europe sociale ou Europe marché ? Europe de l’austérité ou Europe de la relance ? Europe écolo ou Europe productiviste ? Europe puissance ou Europe inexistante sur la scène internationale ? De fait, la crise migratoire a polarisé le débat européen et relégué au second plan d’autres enjeux tout aussi importants pour l’avenir de l’Union européenne.

Macron maltraite-t-il les retraités?

E. Philippe et E. Macron.

Beaucoup de retraités ont voté Macron en 2017. Pourtant, on assiste aujourd’hui à une véritable fronde anti-Macron chez les retraités, qui s’estiment lésés voire « maltraités » par le gouvernement. Deux mesures sont dans le collimateur des séniors : la hausse de la CSG et le plafonnement à 0,3% de la hausse des pensions de retraite. Macron a-t-il déclaré la guerre aux retraités ?

La hausse de la CSG en 2018 est une mesure impopulaire chez les retraités car ces derniers n’ont bénéficié d’aucune compensation contrairement aux salariés qui, eux, ont vu leurs cotisations sociales baisser. Il convient toutefois de rappeler que la hausse de la CSG ne concerne que les 60% de retraités les plus aisés : les petites retraites ne sont pas touchées. En outre, le minimum vieillesse a été revalorisé de façon significative : les retraités qui ont la situation la plus fragile ont donc vu leurs revenus augmenter en 2018.

Edouard Philippe a récemment annoncé que les pensions de retraite ne seraient plus indexées sur l’inflation et qu’elles augmenteraient de 0,3% en 2019 et en 2020, alors que l’inflation annuelle est de l’ordre de 1,6% : cela se traduira donc par une érosion du pouvoir d’achat des retraités. Mais il faut rappeler que les pensions de retraite ont augmenté beaucoup plus vite que les salaires au cours des trois dernières décennies : aujourd’hui, le niveau de vie moyen des plus de 55 ans est supérieur à celui de la population française dans son ensemble. Les pensions de retraite ne seront pas gelées : le gouvernement a simplement fait le choix de freiner leur augmentation pour maîtriser les dépenses publiques et permettre le retour à l’équilibre financier des caisses de retraite.

On aurait tort de considérer les retraités comme un groupe social homogène : si des milliers de retraités vivent sous le seuil de pauvreté, beaucoup disposent d’une pension de retraite confortable et d’un patrimoine important. De fait, les mesures gouvernementales pénalisent surtout les retraités les plus riches. Pendant des décennies, les retraités ont été relativement épargnés par les réformes des gouvernements successifs, et ce pour des raisons électorales : les plus de 55 ans représentent en effet 1/3 de la population. Le gouvernement d’Edouard Philippe a fait un choix politiquement courageux : celui de privilégier la rémunération des actifs plutôt qu’une augmentation globale et indifférenciée des prestations sociales. Dans un contexte de rigueur budgétaire, de chômage de masse et de stagnation des salaires, est-il si indécent de demander un petit effort à nos aînés ?

Affaire Benalla, grosse bavure ou affaire d’Etat?

A. Benalla et E. Macron.

Une espèce de barbouze nommé Alexandre Benalla, autrefois chargé de la sécurité du candidat Macron lors de la campagne présidentielle, a été filmé en train de violenter deux manifestants à Paris le 1er mai 2018. Il a ensuite été identifié sur la vidéo par la rédaction du journal Le Monde. Cette « affaire Benalla » empoisonne l’exécutif et donne du grain à moudre aux populistes de tous bords qui dénoncent une « crise de régime » et réclament la démission du président (rien que ça !). Pourtant, l’affaire Benalla n’est pas une affaire d’Etat. Il ne s’agit pas ici de minimiser la gravité des faits (car ils sont graves, assurément), mais d’en comprendre les enjeux politiques.

On sait désormais pourquoi Benalla était présent place de la Contrescarpe lors des manifestations du 1er mai : la préfecture de police l’avait autorisé à participer, en tant qu’observateur, aux opérations de maintien de l’ordre ; de toute évidence, et pour des raisons inconnues, Benalla a outrepassé son statut d’observateur et s’est cru autorisé à frapper des manifestants. On ignore, en revanche, pourquoi Benalla disposait d’un brassard de police et d’un talkie-walkie ce jour-là. L’enquête suit son cours et il faut se garder de toute conclusion hâtive. Mais ce qui est sûr, c’est que Benalla n’a bénéficié d’aucune impunité : il a été licencié puis mis en examen avec quatre autres personnes (dont un salarié de La République En Marche). 

Politiquement parlant, cette affaire est désastreuse pour l’exécutif. Le silence de Macron, les atermoiements du Premier Ministre et l’audition pathétique de Gérard Collomb devant les députés ont largement contribué à l’exaspération des Français, en donnant l’impression que le pouvoir essayait de leur cacher quelque chose : le sempiternel refrain du « tous pourris » et les théories complotistes à deux centimes vont bon train sur les réseaux sociaux, tandis que les populistes jettent de l’huile sur le feu en dénonçant la faillite d’un « système », à l’instar de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon qui ont tous deux comparé l’affaire Benalla au Watergate.

L’affaire Benalla est une aubaine pour tous ceux qui, à gauche comme à droite, honnissent Macron et sautent sur toutes les occasions pour dénigrer l’actuelle majorité. Mais cette « conjuration des défaitistes », comme l’appelle un journaliste des Echos, ne doit pas nous aveugler. Parler d’une « affaire d’Etat », c’est accorder à Benalla et à ses complices une importance qu’ils ne méritent sans doute pas. C’est voir dans une simple bavure le symptôme d’une prétendue « crise de régime » qui n’existe pas. C’est instrumentaliser politiquement une affaire ultra-médiatisée pour tenter de déstabiliser le pouvoir et de remobiliser l’opinion contre le président de la République en plein été, après l’essoufflement des mouvements sociaux du printemps.

Le Centriloque vous souhaite un bel été et vous remercie pour votre fidélité.

Macron, les Bleus et la Coupe du monde: procès en récupération

E. Macron lors de la finale du Mondial de football.

Une photographie d’Emmanuel Macron poussant un cri de joie dans la tribune VIP du stade Loujniki de Moscou au moment du premier but français face à la Croatie a fait le tour des grands médias et des réseaux sociaux. Après la victoire, le président a posé sur les selfies des Bleus dans les vestiaires de l’équipe victorieuse. Et le lendemain de la finale, les nouveaux champions du monde ont été reçus en grande pompe à l’Elysée par le couple présidentiel. Récupération politique ? Oui, évidemment. Et alors ? Pourquoi s’en étonner ? Et pourquoi le condamner ? La victoire des Bleus est une aubaine pour ce président fan de football, surtout à l’issue d’une première année de quinquennat au bilan controversé. Je pense qu’à la place d’Emmanuel Macron, n’importe quel autre président aurait cherché à tirer profit de cet événement. Certes, Macron aurait pu faire preuve d’une plus grande retenue : il en a sans doute fait un peu trop. Il n’était pas obligé d’embrasser le précieux trophée devant les caméras. Ni de se faire photographier dans le vestiaire des Bleus. Mais le procès en récupération intenté à Macron au lendemain de la finale a quelque chose de mesquin. La joie du président était sincère ; quant à la réception officielle des Bleus à l’Elysée, elle a une dimension quasi protocolaire : Chirac l’avait déjà fait en 1998. Il est tout à fait normal que le président de la République apporte son concours à ce bref moment de joie et de communion entre la nation et son équipe victorieuse. Macron a bel et bien cherché à récupérer politiquement le triomphe des Bleus, mais il n’a pas profité du Mondial de football pour faire passer en catimini des réformes impopulaires, contrairement au président Poutine qui, en pleine compétition, a dévoilé son projet de repousser l’âge de départ à la retraite : le calendrier du président russe ne doit rien au hasard puisque l’interdiction des rassemblements dans les villes accueillant des matchs du Mondial rendait les manifestations quasi impossibles pendant toute la durée du tournoi…

Macron a-t-il une politique sociale?

E. Macron.

A l’issue d’une première année de quinquennat dominée par les réformes libérales, l’aile gauche de la majorité réclame une réorientation sociale de la politique du pays. Mais il n’y aura pas de « tournant social », parce que l’exécutif ne le souhaite pas. D’ailleurs, le gouvernement n’a pas vraiment les moyens de mener une politique sociale généreuse car il a déjà utilisé toutes ses marges de manœuvre budgétaires pour baisser les impôts. Or, il n’y a pas d’argent magique : on ne peut pas baisser les impôts tout en augmentant les dépenses sociales et en réduisant les déficits publics. Basique…

Macron a-t-il une politique sociale ? Oui, mais elle est restée assez timide jusqu’à présent. L’allocation adulte handicapé, le minimum vieillesse et l’aide à la garde d’enfants pour les familles monoparentales ont été revalorisés. Le gouvernement a aussi mis en place le « zéro reste à charge » sur les lunettes et sur les prothèses dentaires et auditives. Ces quelques mesures sont bonnes mais ne constituent pas une politique sociale très ambitieuse. Le dédoublement des classes de CP dans les écoles situées en REP et REP+ est aussi une mesure de justice sociale puisqu’elle a pour but d’améliorer les conditions d’enseignement dans les écoles accueillant les publics les plus défavorisés ; le problème, c’est que cette réforme a été mise en œuvre à moyens constants, ce qui a entraîné mécaniquement des suppressions de postes et une hausse des effectifs par classe dans beaucoup d’écoles primaires.

En fait, les principales réformes sociales du gouvernement concernent l’apprentissage, la formation professionnelle et l’assurance-chômage. La réforme de l’apprentissage augmentera le nombre de jeunes en apprentissage et favorisera leur insertion sur le marché du travail. La réforme de la formation professionnelle améliorera l’accès à la formation pour tous les actifs, tout au long de leur carrière, avec un effort particulier consacré à la formation des demandeurs d’emploi. Enfin, la réforme de l’assurance-chômage étendra l’assurance-chômage aux travailleurs indépendants et aux salariés démissionnaires : ce chantier apparaît comme l’un des plus ambitieux du quinquennat puisqu’il s’agit ici de reconnaître un véritable droit universel au chômage.

La déclaration d’Emmanuel Macron sur les aides sociales qui coûtent « un pognon de dingue » était maladroite et offensante pour celles et ceux qui bénéficient de ces prestations. Les minimas sociaux ont évidemment un rôle essentiel puisqu’ils constituent le dernier filet de sécurité pour les ménages les plus vulnérables : ces aides atténuent les impacts de la crise et permettent aux plus démunis de ne pas basculer dans la misère. Cela étant dit, il ne faut pas se voiler la face quant aux effets pervers de ces aides sociales : celles-ci peuvent devenir des trappes à pauvreté qui maintiennent les bénéficiaires dans une forme de dépendance sans pour autant les aider à se réinsérer durablement dans le monde du travail.

Emmanuel Macron ne conçoit pas la politique sociale comme une simple revalorisation des prestations sociales mais plutôt comme un ensemble de dispositifs dont l’objectif est d’améliorer l’employabilité de la population active et de garantir à tous les travailleurs une protection contre les aléas de la vie professionnelle. En ce sens, la politique sociale du gouvernement s’inscrit dans une logique de « flexi-sécurité » à la scandinave : plus de flexibilité pour les entreprises, et une sécurisation accrue des parcours professionnels. La réforme de l’assurance-chômage, celle de l’apprentissage et celle de la formation professionnelle apparaissent alors comme les nécessaires « contreparties sociales » aux ordonnances de 2017 qui ont assoupli le Code du Travail.

Le monde du travail évolue à une vitesse inouïe. L’informatisation, la robotisation et les algorithmes sont en train de bouleverser toute notre économie. Le télétravail et l’auto-entreprenariat ne cessent de gagner du terrain. Les reconversions professionnelles sont de plus en plus fréquentes. De nouveaux métiers se créent à mesure que d’anciens disparaissent : on estime d’ailleurs que la plupart des métiers qui seront exercés en 2050 n’existent pas encore aujourd’hui. Emmanuel Macron est sans nul doute le premier président français qui ait conscience de tous ces bouleversements. Il a compris que le monde actuel imposait à notre pays l’instauration de nouvelles règles plus souples favorisant la prise de risques et la mobilité professionnelle. Mobilité : c’est le maître-mot qui sous-tend la politique sociale de Macron et de son gouvernement. Car il s’agit, en somme, d’adapter notre modèle social à l’imprévisibilité croissante des parcours professionnels.

Un an de macronisme : quel bilan ?

E. Macron.

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron devenait président de la République. Un an après, quel bilan tirer de son action à la tête de l’Etat ?

Macron a réussi à dépasser, au moins temporairement, le clivage droite-gauche. Il a construit une majorité « centrale » et formé un gouvernement composé de personnalités politiques issues du centre, de la gauche réformiste et de la droite modérée. Ce faisant, il a donné un coup d’accélérateur au processus de recomposition politique qui s’était amorcé sous la présidence de François Hollande. Macron a également réussi à renouveler en profondeur le personnel politique : même si la République En Marche compte beaucoup d’anciens élus socialistes dans ses rangs, la moitié des députés de la majorité sont issus de la société civile et n’exerçaient aucun mandat politique avant 2017. Le gouvernement, lui aussi, fait la part belle aux personnalités venues de la société civile, à l’image de Nicolas Hulot, Agnès Buzyn, Marlène Schiappa ou Frédérique Vidal.

Macron a mis en application le programme sur lequel il avait été élu. Pendant un an, il a respecté scrupuleusement la feuille de route annoncée lors de la campagne : une loi de moralisation de la vie publique a été votée dès le mois de juillet 2017 ; les effectifs des classes de CP dans les REP et REP+ ont été divisés par deux à la rentrée 2017 ; le Code du travail a été assoupli par ordonnances ; la France est sortie de l’état d’urgence à l’automne 2017 et une loi antiterroriste a été votée pour pérenniser certains dispositifs d’exception permettant de lutter contre le terrorisme djihadiste ; la réforme de l’ISF et l’augmentation de la CSG ont été votées fin 2017 ; la réforme du bac a été adoptée en février 2018. L’exécutif a aussi augmenté le budget des armées : dans le projet de loi de finance voté fin 2017, le budget de la défense a été porté à 1,82% du PIB en vue d’atteindre l’objectif des 2% à la fin du quinquennat. Jusqu’à présent, donc, Macron a respecté ses engagements.

Il y a toutefois une question sur laquelle Macron a fait volte-face : Notre-Dame-des-Landes. Pendant la campagne présidentielle, Macron avait déclaré que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait construit. Mais à l’issue d’une vaste concertation menée sous l’égide du Premier Ministre, et suite à la publication d’un rapport sur le coût prévisionnel de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement a finalement choisi de renoncer au projet pour privilégier le réaménagement de Nantes-Atlantique. Il s’agit là d’une décision juste, car le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes était une aberration écologique. De plus, les tergiversations de l’Etat ont entraîné, au fil des années, un pourrissement de la situation. Quant à l’évacuation de la ZAD, elle était nécessaire : dans un Etat de droit, nul ne peut occuper illégalement des terres et y exercer des activités économiques sans payer d’impôts ni verser de cotisations sociales. Mais l’exécutif a fait preuve de pragmatisme : la trêve hivernale a été respectée et le gouvernement a permis aux zadistes de déposer leur projet individuel en préfecture afin que les expériences agricoles menées à Notre-Dame-des-Landes puissent se poursuivre dans un cadre légal ; une quarantaine de projets ont d’ailleurs été déposés.

Ce qui surprend, dans ce début de quinquennat, c’est le rythme vertigineux des réformes. Souhaitant rattraper en quelques mois plusieurs décennies d’immobilisme, l’exécutif a fait preuve d’une détermination sans faille dans sa volonté de moderniser le pays et de « déverrouiller » l’économie. Mais la frontière entre volontarisme et autoritarisme est parfois ténue. La méthode Macron consiste à agir vite, quitte à employer des procédures expéditives comme les ordonnances. C’est également une méthode très technocratique : le gouvernement a commandé à des experts indépendants plusieurs rapports (comme le rapport Mathiot sur la réforme du lycée ou le rapport Spinetta sur la SNCF) dont la publication a directement débouché sur un projet de réforme. La méthode Macron consiste aussi à ouvrir quasi simultanément plusieurs chantiers de réforme : cette stratégie présente un inconvénient majeur puisqu’elle favorise une certaine coagulation des mécontentements, comme l’illustre la mobilisation des fonctionnaires, des cheminots, des personnels hospitaliers, des magistrats et des universités au printemps 2018. Deux réformes ont provoqué des mouvements de contestation particulièrement durs : la réforme de la SNCF, qui vise à préparer l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs, et la « loi ORE » (Orientation et Réussite des Etudiants), qui a ravivé un débat déjà ancien sur la question très sensible de la sélection à l’entrée des universités. Mais il n’y a pas eu de « convergence des luttes » car une grande partie des Français approuve les réformes de l’exécutif.

Même si les réformes vont globalement dans le bon sens, il faut bien admettre que la première année du quinquennat d’Emmanuel Macron a manqué d’humanité : à force de viser l’efficacité partout et tout le temps, on finit par prendre des libertés avec les Droits de l’Homme. Ainsi, le projet de loi très controversé de Gérard Collomb sur l’asile et l’immigration facilite l’expulsion des demandeurs d’asile et augmente la durée légale de rétention, y compris pour les mineurs. Or, les conditions de vie dans les Centres de Rétention Administrative sont quasi carcérales et rien, dans le projet de loi, ne prévoit de les humaniser. La France a l’obligation morale de respecter les droits fondamentaux et la dignité de tous les hommes et toutes les femmes présents sur son territoire, quel que soit leur statut et quel que soit leur pays d’origine. L’Etat français a d’ailleurs été condamné plusieurs fois par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour sa gestion calamiteuse des demandeurs d’asile, et le projet de loi sur l’asile a été critiqué par le Défenseur des Droits, Jacques Toubon, qui a parlé de « maltraitance ».

La politique menée jusqu’à présent manque aussi de justice sociale. Le gouvernement a multiplié les mesures en faveur des entreprises et des grandes fortunes sans proposer de véritables contreparties aux salariés, aux classes moyennes et aux populations les plus fragiles. Certes, quelques avancées sociales sont à souligner, comme la hausse du minimum vieillesse, la hausse des allocations aux familles monoparentales ou encore la baisse de la taxe d’habitation. Le dédoublement des classes de CP en REP et REP+ est également une mesure de justice sociale puisqu’elle améliore les conditions d’apprentissage dans les écoles accueillant les publics les plus défavorisés. Mais ces mesures sociales restent assez timides par rapport aux différentes réformes libérales adoptées depuis le début du quinquennat, telles que l’assouplissement du Code du travail, la réduction de l’assiette de l’ISF ou la « flat tax » à 30%. Macron mène-t-il une « politique de classe » en faveur des grands patrons et des possédants ? Pour comprendre le sens de ces mesures, il convient de les replacer dans une perspective plus large. Emmanuel Macron défend un projet que l’on pourrait qualifier de social-libéral : il entend libéraliser l’économie tout en préservant les fondements de l’Etat-providence, l’objectif étant de parvenir au meilleur équilibre possible entre l’efficacité économique et la justice sociale. Macron a choisi de commencer par les réformes les plus libérales de son programme pour pouvoir se consacrer, durant la suite du quinquennat, aux réformes plus sociales. La réforme de l’assurance chômage et celle de la formation professionnelle seront les deux prochains grands chantiers du quinquennat : elles apporteront des contreparties à l’assouplissement du Code du travail, en sécurisant davantage les parcours professionnels et en ouvrant de nouveaux droits pour les travailleurs et les chômeurs.

Il est encore trop tôt pour mesurer l’efficacité des réformes économiques engagées par le gouvernement car celles-ci ne porteront leurs fruits que dans plusieurs années, voire plusieurs décennies. Ce qui est en jeu derrière les réformes actuelles, ce n’est pas la France de 2020 mais celle de 2050. Emmanuel Macron veut adapter la société française à un monde où la compétition internationale, les bouleversements technologiques et l’imprévisibilité des parcours professionnels imposent l’instauration de nouvelles règles beaucoup plus souples favorisant l’innovation, la prise de risques et la mobilité. Le monde du travail évolue à une vitesse inouïe : on estime d’ailleurs que la plupart des métiers qui seront exercés en 2050 n’existent pas encore aujourd’hui. La politique économique de Macron est un pari sur l’avenir, un pari sur la capacité du pays à se moderniser pour faire face aux grands défis économiques et technologiques du XXIe siècle.

Le Centriloque souhaite la réussite de ce quinquennat et encourage le gouvernement à poursuivre les réformes, à condition de ne pas oublier la justice sociale et de ne pas sacrifier les principes humanistes indissociables de la morale républicaine. Il est urgent que le gouvernement infléchisse sa politique dans un sens plus progressiste, par des réformes qui ouvriront de nouveaux droits aux travailleurs et qui apporteront des améliorations concrètes à la vie des Français restés sur le bord du chemin.

Oser la proportionnelle

L’Assemblée nationale.

La proportionnelle est une vieille revendication centriste : ces derniers souhaitent en effet améliorer la représentativité du Parlement français en introduisant une dose de proportionnelle aux scrutins législatifs. Il ne s’agit donc pas d’une proportionnelle intégrale comme sous la Quatrième République, mais d’une proportionnelle partielle, comme en Allemagne.

Depuis les débuts de la Cinquième République, le scrutin majoritaire a permis d’obtenir des majorités relativement stables au prix d’une distorsion de la représentation nationale : les grands partis qui arrivent en tête obtiennent un nombre de députés très largement supérieur à leur poids réel dans l’opinion publique, tandis que les petits partis se retrouvent systématiquement sous-représentés. A l’issue des élections législatives de 2012, le Parti Socialiste disposait de la majorité absolue des sièges dans l’hémicycle alors qu’il n’avait obtenu que 29% des suffrages au premier tour. Aux législatives de 2017, la République en Marche a remporté plus de 300 sièges alors que ce parti n’avait obtenu que 28% des suffrages au premier tour. A l’inverse, le Front National, qui représente maintenant près de 15% du corps électoral et dont la candidate est arrivée au second tour de la présidentielle de 2017, n’a pu faire élire que 8 députés. Même si je combats vigoureusement les idées du FN, je trouve aberrant qu’un parti aussi important soit aussi mal représenté au Parlement.

L’Assemblée nationale n’a pas uniquement pour fonction de voter les projets de loi élaborés par le gouvernement : sa fonction première est de représenter la nation. Lors des Etats Généraux de 1789, les députés du tiers état se sont proclamés « assemblée nationale » parce qu’ils étaient sous-représentés par rapport à la noblesse et au clergé : les députés de la noblesse et du clergé disposaient en effet des 2/3 des suffrages ; les députés du tiers état, qui représentaient plus de 90% de la population, étaient en minorité. La question de la représentation est donc au fondement même du parlementarisme.

Or, notre système électoral est injuste car il n’est pas représentatif du pays réel. Le scrutin majoritaire à deux tours crée des majorités artificielles et empêche une représentation équitable des différents courants politiques présents dans le pays. C’est pourquoi il faut oser la proportionnelle. Ceux qui agitent l’épouvantail de l’instabilité gouvernementale pour justifier leur opposition à la proportionnelle oublient que le scrutin majoritaire ne garantit pas toujours des majorités stables : ainsi, aux législatives de 1988, le Parti Socialiste arriva en tête mais n’obtint qu’une majorité relative ; l’appoint des communistes et des centristes fut donc nécessaire. Entre 1988 et 1991, le Premier Ministre Michel Rocard utilisa 28 fois l’article 49-3 pour faire passer des projets de loi qui ne trouvaient pas de majorité dans l’hémicycle.

Pendant la dernière campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait, sous la pression de François Bayrou, pris l’engagement d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives. François Bayrou avait demandé qu’au moins 25% des députés soient élus à la proportionnelle, un ratio tout à fait raisonnable qui permet de mieux représenter les petits partis sans fragmenter de façon excessive la représentation nationale. Or, Emmanuel Macron a récemment annoncé que, dans la future réforme du Parlement, seuls 15% des sièges seraient attribués à la proportionnelle. D’où la colère des centristes, qui voient dans cette annonce un reniement des engagements initiaux du président.

Si Macron a proposé 15% plutôt que 25, c’est vraisemblablement pour ménager les élus LR, et plus précisément Gérard Larcher, président du Sénat, qui a exprimé avec vigueur son hostilité au scrutin proportionnel. 15%, c’est un compromis bancal qui permet d’instiller une petite dose de proportionnelle sans vraiment changer les choses. Pour 15% des députés, cela vaut-il vraiment le coup de modifier la loi électorale ? Je ne pense pas. Le chiffre de 25% était déjà un compromis raisonnable entre la proportionnelle intégrale et le principe majoritaire ; 15%, ce n’est plus un compromis, c’est de la cosmétique. Du gadget électoral.

L’année 2017 a-t-elle été celle du centrisme?

L’année 2017 aura été celle de la recomposition politique. La victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, celle de son mouvement La République En Marche aux législatives, l’effondrement du Parti Socialiste et la « droitisation » de LR ont en effet permis une recomposition du champ politique autour du nouveau président. Emmanuel Macron a réussi à former une majorité « centrale » dépassant le clivage droite/gauche et regroupant des hommes et des femmes issus du centre-gauche et du centre-droit. L’année 2017 aura donc vu naître de façon officielle ce fameux « axe central » qui réunit les progressistes et les modérés de la gauche, de la droite et du centre. La réunification du Parti Radical de Gauche et du Parti Radical valoisien au sein d’un nouveau parti baptisé Mouvement Radical et Social-Libéral atteste, elle aussi, la réalité de cet « axe central ». Par ailleurs, la fondation d’un nouveau parti de centre-droit, Agir, par un groupe de parlementaires « constructifs » issus de LR mais refusant la ligne dure incarnée par Laurent Wauquiez démontre (s’il en était besoin) que l’idée d’un grand parti unique à droite est vouée à l’échec. Reste à savoir si cette recomposition politique est un processus durable ou un simple phénomène conjoncturel lié à la personnalité d’Emmanuel Macron.

Le bilan des huit premiers mois de Macron à l’Elysée est plutôt positif. En 2016, beaucoup ne voyaient dans la popularité de Macron qu’un épiphénomène ; beaucoup pensaient qu’il n’avait aucune chance de remporter l’élection présidentielle. Même après la victoire de Macron au second tour, ses détracteurs s’acharnaient encore à le discréditer en affirmant qu’il n’aurait pas de majorité stable pour gouverner. Macron a réussi à déjouer toutes les prédictions de ses adversaires puisqu’il gouverne aujourd’hui le pays en s’appuyant sur une majorité large et stable à l’Assemblée nationale. Macron a respecté sa « feuille de route » et a mis en place les premières réformes du quinquennat : loi de moralisation de la vie publique, réforme de la fiscalité sur le capital, réforme de la taxe d’habitation, réforme de la CSG, réforme de la fiscalité sur les carburants, assouplissement du Code du Travail, dédoublement des classes de CP dans les REP et REP+, réforme de l’accès à l’université. Pour l’heure, le bilan économique est plutôt encourageant : la politique de Macron inspire confiance aux investisseurs, le taux de chômage poursuit sa baisse et le taux de croissance est de l’ordre de 1,9% sur l’année 2017. La nouvelle année se présente plutôt bien pour le gouvernement avec, en prime, un long répit électoral puisqu’aucune élection ne viendra sanctionner l’exécutif avant le scrutin européen de mai 2019. Il faudra donc maintenir le rythme des réformes en 2018 et, surtout, privilégier les mesures sociales après un début de quinquennat dominé par les réformes libérales.

L’année 2017 a-t-elle été l’année du centrisme ? Depuis la victoire de Macron et la nomination d’Edouard Philippe à Matignon, la France est indiscutablement gouvernée au centre. Macron ne s’est jamais défini lui-même comme un centriste, mais il a réalisé le rêve centriste d’un dépassement du clivage droite/gauche. De plus, Macron est en phase avec les attentes européennes très fortes des centristes : il a placé l’Europe au cœur de sa campagne électorale et a développé, dans son discours de la Sorbonne, les grandes orientations d’une possible relance du projet européen. Le mouvement politique fondé par Macron, La République En Marche, dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale et occupe très largement l’espace politique central, mais doit encore se construire une identité propre s’il aspire à être plus qu’une simple courroie de transmission des projets de l’exécutif. Le MoDem de François Bayrou, qui constitue le deuxième pôle de la majorité, a sans conteste bénéficié de la victoire de Macron : avec une quarantaine de députés et deux représentants au sein du gouvernement, le parti centriste connaît une véritable renaissance. Mais il ne doit cette renaissance qu’à la victoire de Macron et reste dans une position de dépendance vis-à-vis de LREM. En outre, le parti a été fragilisé par les accusations d’emplois fictifs dont il a été la cible et qui ont poussé Bayrou à démissionner du poste de Garde des Sceaux. Lors de son congrès national en décembre 2017, le MoDem a réaffirmé son ancrage dans la majorité présidentielle et son alliance avec LREM ; Bayrou a aussi présenté son parti comme un aiguillon programmatique de la majorité, capable de réorienter la politique gouvernementale dans un sens plus social et de faire émerger de nouvelles propositions dans plusieurs domaines essentiels tels que l’éducation et le développement durable.

Les autres partis centristes, en revanche, n’ont guère bénéficié de la victoire d’Emmanuel Macron : l’Alliance Centriste reste inexistante malgré son ralliement à Macron ; les radicaux sont divisés sur la question de leur participation à la majorité ; quant à l’UDI, elle est en plein délitement depuis la présidentielle. Plombée par la défaite de François Fillon, discréditée par ses querelles internes, l’UDI traverse actuellement la pire crise de son existence. Maintenant que les radicaux valoisiens, l’Alliance Centriste et le mouvement « Les Centristes » d’Hervé Morin ont quitté le navire, Jean-Christophe Lagarde se retrouve à la tête d’une confédération en peau de chagrin dont l’avenir est sérieusement hypothéqué. Lagarde continue de s’imaginer en leader naturel du centre-droit, mais il est manifestement le seul à y croire encore. Finalement, à l’exception notable du MoDem qui se retrouve satellisé par La République En Marche, la victoire du macronisme n’aura pas renforcé les anciens partis centristes. En construisant son propre mouvement politique en dehors des cadres partisans classiques et en opérant un profond renouvellement du personnel politique, Macron n’a-t-il pas, d’une certaine façon, « ringardisé » les partis centristes traditionnels ?

Le Centriloque vous souhaite une excellente année 2018 et vous remercie pour votre fidélité.

Vers un rapprochement Juppé-Macron?

E. Macron et A. Juppé.

Mi-novembre, Alain Juppé a déclaré dans la presse qu’il approuvait la politique européenne d’Emmanuel Macron et qu’il plaidait pour la constitution d’un « grand mouvement central » en vue des élections européennes de 2019. Une grande coalition centrale réunissant les « Constructifs », LREM et le MoDem autour d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe dans la perspective du scrutin européen ne serait pas contre-nature car ces différentes forces politiques sont toutes pro-européennes, elles défendent le marché unique, la monnaie unique, l’acquis de Schengen et approuvent le principe d’une « Europe à deux vitesses » qui permettrait d’approfondir l’Union européenne avec un petit noyau d’Etats-membres. Le Premier Ministre Edouard Philippe est lui-même un ancien juppéiste et a gardé des liens personnels avec le maire de Bordeaux.

Que propose exactement Juppé ? Une simple alliance de circonstances qui se délitera une fois passées les européennes ou une véritable recomposition du champ politique autour d’un grand rassemblement central et pro-européen ? François Bayrou voit dans la déclaration d’Alain Juppé un « acte décisif de la recomposition politique ». Une alliance des modérés de gauche, de droite et du centre marquerait en effet une étape décisive dans l’émergence d’un « axe central » humaniste, libéral et pro-européen. Cet « axe central », dont Juppé est l’une des figures majeures, n’existait que virtuellement avant les élections de 2017, mais la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle et celle de son mouvement, LREM, aux législatives ont dynamité le cadre bipolaire classique et accéléré la recomposition du champ politique. En outre, la victoire annoncée de Laurent Wauquiez à la présidence de LR confirme la dérive identitaire, populiste et souverainiste du parti, et pourrait aboutir à une sécession de son aile modérée.

Mais cette recomposition politique ne sera pas immédiate et ses modalités restent encore incertaines. Pour l’heure, il n’est pas question d’un ralliement de Juppé à Macron : ce que propose l’ancien Premier Ministre, ce sont des « listes communes entre pro-européens » pour le scrutin de 2019. Les juppéistes, eux, rêvent de refonder un grand parti de centre-droit dont Juppé serait le leader naturel, une sorte d’UMP 2.0 débarrassée de son aile droite et refusant toute proximité idéologique avec le Front National. De son côté, Juppé n’exclut pas de quitter Les Républicains en cas de victoire de Wauquiez : le scrutin européen lui en donnerait l’occasion et le prétexte.