Le Petit Mélenchon illustré

Jean-Luc Mélenchon est un homme intellectuellement brillant et un redoutable tribun. Ancien cadre du Parti Socialiste, il fut longtemps conseiller municipal à Massy et participa à la renaissance de cette ville dans les années 80 et 90. Il fut également conseiller général de l’Essonne, sénateur et ministre dans le gouvernement Jospin. Il est actuellement député européen. Désapprouvant la ligne trop modérée du PS, il fonda son propre parti en 2009, le Parti de Gauche, prenant ainsi exemple sur l’ancien social-démocrate allemand Oskar Lafontaine, qui avait fondé « Die Linke » en 2007. Lors de la présidentielle de 2012, Monsieur Mélenchon parvint à rassembler derrière sa candidature une grande partie de l’électorat communiste et de l’électorat d’extrême-gauche, grâce à un discours anticapitaliste, populiste et altermondialiste. Fort de ses 11% de suffrages au premier tour de la présidentielle, il cherche aujourd’hui à se présenter comme un potentiel Premier Ministre, capable de mener une vraie politique de gauche. Monsieur Mélenchon est aussi un grand provocateur, un formidable démagogue et un expert de la manipulation, qui aime les discours enflammés et les « phrases choc ». Mais quand on prend la peine de relire (ou de réécouter) certaines de ses déclarations, il y a de quoi être dérouté, pour ne pas dire franchement atterré. Le leader du Front de Gauche n’a peur de rien: il falsifie l’histoire, malmène l’actualité, multiplie les amalgames et les raccourcis caricaturaux, et fait une utilisation systématiquement galvaudée de certains mots qu’il ne cesse de répéter dans ses interventions publiques. D’une certaine façon, Mélenchon invente son propre langage, un langage qui détourne le sens des mots. La fonction du langage « mélenchonnien » n’est pas de décrire le réel, mais plutôt de le transformer.  Dans la langue mélenchonienne, « austérité » devient un gros mot, « Cuba » désigne un régime démocratique, et le mot « communisme » désigne une idéologie aussi inoffensive que le Mahatma Gandhi… Cet article, intitulé « Le Petit Mélenchon illustré », essaie de décrypter le langage « mélenchonnien » à travers une liste de mots qui, dans la langue de Mélenchon, ont un sens inattendu.

« Austérité » : nom donné à toutes les politiques visant à éviter des crises budgétaires en Europe.

Une politique dite « d’austérité » est une politique qui vise à rééquilibrer le budget d’un Etat en réduisant de façon drastique ses dépenses et en augmentant ses recettes. En d’autres termes, c’est une politique qui consiste à se « serrer la ceinture », le temps que la situation financière s’améliore. On parle aussi de politique de « rigueur budgétaire », mais le terme « austérité », très négativement connoté, présente l’avantage d’effrayer l’opinion publique. D’après Jean-Luc Mélenchon, la politique menée par François Hollande est une politique « d’austérité » comparable à celle que l’Union européenne et le FMI ont imposée aux Grecs et aux Portugais. Selon Monsieur Mélenchon, ces politiques d’austérité étouffent les peuples, asphyxient l’économie et empêchent toute relance de la croissance. En appliquant une politique d’austérité, la France se dirige donc, inexorablement, vers le précipice dans lequel se sont déjà jetés la Grèce et le Portugal… Mais comment peut-on comparer la politique actuelle du gouvernement français aux politiques de redressement qui ont été menées en Grèce ou au Portugal? A vrai dire, parler « d’austérité » en France relève de la plaisanterie: contrairement à la Grèce et au Portugal, la France n’a pas fait exploser la TVA, elle n’a pas réduit le traitement de ses fonctionnaires, ni diminué les pensions de retraite.  Le gouvernement socialiste a même créé des emplois aidés et annoncé une augmentation du nombre de postes d’enseignants: nous sommes donc très loin de cette fameuse « austérité » que Monsieur Mélenchon brandit comme un épouvantail. La situation de la France n’est pas comparable à celle de la Grèce ou du Portugal. La France a une dette publique très préoccupante mais elle n’est pas en faillite, elle attire encore les capitaux étrangers, elle inspire encore confiance aux investisseurs, et elle peut encore emprunter de l’argent à des taux raisonnables sur les marchés. Par conséquent, elle dispose encore d’une marge de manœuvre suffisante pour redresser elle-même ses finances, et ainsi éviter des politiques de rigueur violentes.

« Centre » : force politique qui n’existe pas.

Pour Jean-Luc Mélenchon, le centre n’existe pas. Les centristes sont de droite, mais ils ne l’assument pas. Et Bayrou? Un illusionniste qui, depuis 2007, fait croire à tout le monde qu’il n’est pas de droite. Monsieur Mélenchon considère que la vie politique se réduit à une lutte perpétuelle entre la gauche et la droite. Pour des raisons purement politiciennes, Jean-Luc Mélenchon est obligé d’amalgamer le centre et la droite, car s’il admettait l’existence d’un centre indépendant, il admettrait du même coup la possibilité d’une coalition de centre-gauche incluant le PS, les radicaux de gauche et les centristes, ce qui placerait la « gauche de la gauche » dans une situation d’isolement politique total. Mélenchon a donc tout intérêt à défendre une vision simpliste et manichéenne de la vie politique. Toutes les idées qu’il désapprouve sont « de droite ». L’économie de marché? De droite. Le libre-échange? De droite. L’équilibre budgétaire? De droite, naturellement. Le respect des traités européens? De droite.

« Communiste » : personne qui n’a pas de sang jusqu’au coude.

Les communistes n’ont « pas de sang jusqu’au coude ». Si ce n’est pas une apologie, cela y ressemble étrangement. Les crimes commis par les régimes communistes (entendons par là: les régimes se réclamant explicitement du communisme) sont aujourd’hui largement connus et abondamment documentés. L’URSS est à elle seule responsable de plus de 20 millions de morts, d’après l’historien Stéphane Courtois (Le Livre noir du communisme): déportations dans les camps du Goulag, exécutions sommaires, condamnations à mort à l’issue de procès truqués, famine des années 1930 organisée par les autorités, etc. Aux crimes soviétiques s’ajoutent ceux des autres régimes communistes: on pense, entre autres, aux Tibétains massacrés par le gouvernement communiste chinois, au génocide perpétré au Cambodge par les Khmers Rouges, ou au gouvernement nord-coréen qui affame son peuple. Les communistes français ne sont pas responsables de ces crimes, mais ils en ont été les complices, en prenant la défense des régimes qui les ont commis. Pourquoi Monsieur Mélenchon ferme-t-il les yeux sur tant d’horreurs? Il n’y a qu’une seule explication possible. Jean-Luc Mélenchon est  un « crypto-communiste »: il a les idées d’un communiste, sans en avoir l’étiquette ni le look. Il défend un projet de société fondé sur la rupture avec le capitalisme, sur le dirigisme économique et sur la stigmatisation du patronat. Il s’est allié au Parti Communiste dans le cadre du « Front de Gauche », et les communistes ont soutenu sa candidature à la présidentielle de 2012. Ainsi, pour ne pas froisser une partie de son électorat et certains de ses amis communistes, Monsieur Mélenchon se garde bien de condamner ouvertement les crimes des régimes communistes, et cherche plutôt à les minimiser, voire à les ignorer. Quand un leader d’extrême droite minimise les crimes nazis, il est poursuivi en justice. Mais quand Mélenchon nie les crimes communistes, il est applaudi.

« Cuba » : pays qui n’est pas une dictature.

Selon Monsieur Mélenchon, Cuba n’est pas une dictature, et les Cubains « choisissent librement leurs affaires ».  Inutile de revenir, ici, sur toute l’histoire du régime castriste, régime qui, jusqu’à la fin de la guerre froide, avait toutes les caractéristiques d’une dictature totalitaire: censure, culte de la personnalité, idéologie unique, parti unique, police politique, répression massive et systématique des opposants politiques réels ou supposés, arrestations sur simple dénonciation, exécutions sommaires, camps de concentration dans lesquels on pratiquait une « rééducation par le travail ». Depuis 1959, plus de 100.000 Cubains auraient connu les camps et plus de 15.000 Cubains auraient été fusillés. Le régime castriste s’illustra en particulier dans l’art de la torture physique et psychologique, et mena pendant des années une politique ouvertement homophobe: dans ses discours Castro dénonça l’homosexualité comme une « décadence bourgeoise », et dans les années 1960 de nombreux homosexuels (des deux sexes) furent maltraités et condamnés au travail forcé, pour la seule raison qu’ils étaient homosexuels. Il est vrai que, depuis la fin de la guerre froide, les choses ont évolué: le nombre de prisonniers politiques a diminué et les conditions de vie des prisonniers se sont améliorées. Mais il existe encore des prisonniers politiques à Cuba, la liberté d’expression est toujours inexistante, la presse est toujours muselée, Internet est censuré, de nombreux journalistes croupissent en prison. Ni Fidel Castro ni son frère Raul Castro n’ont exprimé le moindre regret, la moindre repentance pour les crimes commis pendant 60 ans au nom de la Révolution. Curieusement, dès que l’on questionne Monsieur Mélenchon sur Cuba, il ne s’attarde jamais sur l’état des libertés dans ce pays, il préfère condamner avec véhémence l’embargo américain, auquel il attribue tous les échecs économiques du régime castriste. Mais il ne faut pas tout mélanger. L’embargo est une chose, la dictature en est une autre. On peut désapprouver l’embargo américain tout en admettant que Castro soit un dictateur. Le fait que Cuba soit une dictature n’est pas une conséquence de l’embargo!

« Dette publique » : dette que l’on remboursera peut-être un jour, ou pas.

Si Monsieur Mélenchon accède au pouvoir, il dira haut et fort à tous les créanciers de la France que l’Etat ne remboursera pas sa dette. Petit rappel: la dette de l’Etat français s’élève en 2012 à 1.800 milliards d’euros (soit environ 90% de notre PIB). Réduire la dette publique est devenu un impératif vital pour le pays. L’Etat français est désormais obligé d’emprunter sur les marchés financiers pour payer les intérêts de ses précédents emprunts, et pour assurer ses dépenses de fonctionnement (payer les fonctionnaires, faire fonctionner les administrations, financer les hôpitaux, etc.). Si la France renonce à payer ses créanciers et à engager des réformes profondes pour réduire sa dette, elle ne pourra plus emprunter à qui que ce soit, et sera par conséquent dans l’incapacité de payer ses fonctionnaires, d’assurer le fonctionnement de l’Etat et de faire les investissements nécessaires à l’avenir du pays. Bref, la France sera un Etat en faillite.

« Liberté de la presse » : principe nuisible au bon déroulement des meetings du Front de Gauche.

Monsieur Mélenchon se considère comme un grand défenseur des libertés démocratiques. Néanmoins, sa conception de la liberté de la presse est assez particulière. Jean-Luc Mélenchon semble avoir pris en grippe les journalistes du « Petit Journal » de Canal +. Quand une équipe du « Petit Journal » cherche à filmer une manifestation ou un meeting du Front de Gauche, les journalistes sont soit ignorés, soit carrément maintenus à l’égard comme s’ils étaient dangereux. Quand on demande des explications à Monsieur Mélenchon, il n’hésite pas à calomnier lesdits journalistes, et à dire qu’ils ne font pas un vrai travail de journaliste. Mais alors, qu’est-ce qu’un vrai travail de journaliste pour Jean-Luc Mélenchon? Eh bien, quand on est journaliste et que l’on veut faire un reportage sur un homme politique, il faut « prendre rendez-vous », et ne pas « mettre son micro sous le nez des hommes politiques ».

« Hénin-Beaumont » : terre de croisade.

Jean-Luc Mélenchon s’est auto-proclamé ambassadeur de l’antifacisme, grand pourfendeur de l’extrême droite et meilleur adversaire de Marine Le Pen. Hénin-Beaumont est devenu un symbole, une véritable terre de croisade antifasciste. Lors des législatives de 2012, Mélenchon est allé défier Marine Le Pen dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais (circonscription dans laquelle M. Mélenchon n’a jamais résidé ni exercé le moindre mandat). La lutte contre le FN est devenue un véritable fond de commerce pour Jean-Luc Mélenchon. Mais cette stratégie a-t-elle été payante? Pas vraiment. Au plan national, la cote de sympathie du FN n’a jamais été aussi élevée. Au 1er tour des législatives, au niveau national, le FN a obtenu 16% des voix et le Front de Gauche moins de 7%. A Hénin-Beaumont, Marine Le Pen est arrivée en tête au 1er tour avec 42% des suffrages, le candidat socialiste Philippe Kémel est arrivé deuxième avec 23,5%, et M. Mélenchon, qui totalisa 21% des suffrages, a été éliminé dès le 1er tour. Au 2nd tour, Philippe Kémel a obtenu de justesse la victoire, avec 50,11% des voix, face à Marine Le Pen. Monsieur Mélenchon a donc réussi l’exploit de diviser les voix de la gauche sans faire reculer celles de l’extrême droite, dans une circonscription populaire du Pas-de-Calais. Et sur le plan national, la tactique de Mélenchon a exactement le même effet: le Front de Gauche affaiblit le Parti Socialiste, mais n’affaiblit pas l’extrême droite (bien au contraire: les divisions de la gauche profitent électoralement au Front National). Cela nous montre que pour Mélenchon, la politique est une arène, un match de boxe, un spectacle, une mise en scène permanente.

« Mali » : pays dans lequel le peuple doit se libérer tout seul.

Pour Monsieur Mélenchon, l’intervention française au Mali est « discutable ». Depuis une vingtaine d’années les liens entre la France et le Mali se sont fortement resserrés, et la France soutient activement le développement du Mali. Plusieurs entreprises françaises sont installées au Mali, où elles emploient près de 3000 personnes, et contribuent à développer les réseaux de transports et de télécommunications. Le Mali a été pris d’assaut par des groupes jihadistes armés qui contrôlent encore tout le nord du pays, et qui tuent, oppriment et terrorisent la population au nom d’une idéologie criminelle. Plus globalement, ces mouvements islamistes menacent tout le Sahel, et doivent être arrêtés. L’intervention militaire de la France au Mali a été approuvée par l’Union européenne et par une résolution de l’ONU. Et ce sont les Maliens eux-mêmes qui nous ont appelés au secours. Notre intervention était donc tout à fait légitime. Devions-nous laisser des criminels démembrer le Mali, et imposer à ses habitants la Charia? Monsieur Mélenchon considère que la France n’a « aucun intérêt fondamental » à défendre au Mali: les Droits de l’Homme ne sont apparemment pas un « intérêt fondamental » à défendre. D’après le leader du Parti de Gauche, les Maliens doivent régler leurs problèmes « tous seuls », et se « libérer eux-mêmes »; la seule solution, pour Mélenchon, c’est d’aider le peuple malien à « organiser des élections ». Evidemment, la refondation d’un Etat malien stable et démocratique est à moyen terme un objectif incontournable et une condition indispensable au développement du pays. Mais la priorité des priorités était de stopper l’offensive jihadiste et d’empêcher un dépeçage du territoire malien. Ce n’est malheureusement pas en organisant des élections que l’on peut repousser des fanatiques armés qui, il faut bien le dire, ne font pas grand cas de la démocratie.

« Merkhollande »: formule magique transformant les socialistes français en ultra-libéraux.

« Merkhollande » est ce que l’on appelle un mot-valise (Merkel + Hollande). Par ce bon mot, Monsieur Mélenchon essaie de souligner une certaine proximité idéologique entre la chancelière allemande et le président français. « Après Merkozy », dit-il, « on a Merkhollande ». François Hollande, qualifié de « social-libéral », est accusé de cautionner la politique d’austérité voulue par l’Allemagne. Monsieur Mélenchon, très fier de son jeu de mots, le répète à qui mieux mieux dans ses meetings, dans la presse et sur les plateaux télé. « Merkhollande » est devenu, dans la bouche de Mélenchon, une sorte d’incantation. Et à force d’entendre la formule magique, on finit par y croire: Hollande et Merkel, c’est la même chose! Tous les deux sont des ultra-libéraux anti-sociaux qui veulent étouffer les pays les plus fragiles de la zone euro en leur imposant des réformes budgétaires stupides! Pourtant, François Hollande et Angela Merkel n’ont pas la même vision de l’Europe. Hollande plaide pour une politique de relance au niveau européen et pour des « euro-obligations » visant à secourir les pays surendettés de la zone euro. Angela Merkel est, quant à elle, hostile aux euro-obligations, elle refuse toute mutualisation de la dette car à ses yeux cela serait une incitation au laxisme et une pénalisation des Etats financièrement sains. Après l’élection de François Hollande, les relations entre le nouveau président français et la chancelière allemande se sont tendues, et leurs désaccords se sont exacerbés. Les divergences entre Merkel et Hollande sont donc peu négligeables, contrairement à ce que veut faire croire Monsieur Mélenchon. En réalité, Hollande essaie simplement d’honorer les règles budgétaires que tous les Etats européens se sont engagés à respecter. En effet, les traités européens fixent un certain nombre de règles budgétaires indispensables à la survie de la zone euro: le déficit annuel ne doit pas dépasser 3% du PIB, et la dette publique ne doit pas dépasser 60% du PIB. Aujourd’hui, la France ne respecte aucun de ces deux critères, et doit impérativement réduire sa dette. A quoi bon signer des traités et fixer des règles communes, si chaque Etat-membre peut ensuite se dispenser de les appliquer? Petite précision: ces critères budgétaires ont été établis en 1992 par le Traité de Maastricht. A l’époque, Jean-Luc Mélenchon avait défendu ce traité.

« Papandréou »: un « malheureux », un « lâche », un « dégonflé ».

Ce sont bien ces mots méprisants que Monsieur Mélenchon a utilisés pour qualifier l’ancien Premier Ministre grec Georges Papandréou. Ce faisant, le leader du Parti de Gauche a prouvé à tout le monde qu’il avait le sens de la diplomatie d’un véritable homme d’Etat. Mais qu’a-t-il fait, ce Papandréou, pour être insulté de la sorte? Premier ministre d’un pays en faillite miné par la fraude fiscale et par des années de laxisme budgétaire, Papandréou a reconnu la nécessité de faire des réformes structurelles profondes pour sortir la Grèce de la crise, et pour la maintenir dans la zone euro. Ces réformes étaient la contre-partie d’un plan d’aide de plusieurs dizaines de milliards d’euros, accordé par l’Union européenne et le FMI. Papandréou a donc choisi de rester dans la zone euro. Qu’aurait fait Monsieur Mélenchon à sa place? Aurait-il demandé à l’Union européenne une aide financière sans aucune contre-partie? Ou serait-il sorti de la zone euro, après avoir envoyé paître ses partenaires européens? On ne sait pas. Mais il aurait certainement trouvé une solution miraculeuse pour sortir la Grèce de la crise.

« Tibétains » : peuple représentant une sérieuse menace pour le gouvernement chinois.

Jean-Luc Mélenchon aime beaucoup la Chine communiste. Quand on l’interroge sur la répression sanglante menée au Tibet par la République Populaire de Chine, il ne condamne pas le gouvernement chinois, il n’exprime ni solidarité ni compassion vis-à-vis du peuple tibétain, et affirme clairement qu’il n’a pour les Tibétains aucune sympathie. Pourquoi une telle indifférence face au drame tibétain? Premier argument avancé par M. Mélenchon: les moines tibétains sont partisans d’un « Etat théocratique ». Donc, pour Jean-Luc Mélenchon, le fait que le Dalaï Lama défende un Etat théocratique justifie que l’on soit indifférent aux souffrances des Tibétains. Deuxième argument de M. Mélenchon: les Tibétains se sont insurgés contre le gouvernement chinois dans les années 1950. Mais Monsieur Mélenchon oublie de préciser que cette révolte était une protestation contre l’arrivée des troupes chinoises au Tibet et contre les réformes brutales imposées par le gouvernement chinois. Monsieur Mélenchon oublie aussi de préciser que l’insurrection tibétaine a été réprimée dans un bain de sang par l’armée chinoise, poussant le Dalaï Lama à s’exiler en Inde. Troisième argument de M. Mélenchon: ce sont les réformes communistes qui ont aboli le servage au Tibet. Le discours de Jean-Luc Mélenchon est donc exactement le même que celui de la propagande chinoise: les Tibétains sont présentés comme un peuple d’arriérés auxquels les communistes chinois ont apporté le « progrès ». C’est donc au nom du « progrès » que les Chinois ont massacré des Tibétains. Rappelons tout de même que les réformes communistes ont entraîné au Tibet une famine qui a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes en l’espace de 3 ou 4 ans: tel fut le « progrès » apporté par les communistes. Quatrième argument de Monsieur Mélenchon: le Tibet est une province chinoise, qui représente 25% de la superficie totale de la Chine; l’indépendance du Tibet entraînerait donc un démembrement du territoire chinois. Cela signifie donc qu’un gouvernement a le droit d’utiliser la violence et de bafouer les Droits de l’Homme pour éviter qu’une province ne prenne son indépendance (avec le même raisonnement, on pourrait justifier de nombreux massacres, comme ceux perpétrés par Milosevic au Kosovo). Contrairement à ce que semble penser M. Mélenchon, le Tibet n’a pas toujours été une province chinoise: il a longtemps été un Etat indépendant, et n’est devenu un protectorat chinois qu’au XVIIIème siècle. Dans la Chine impériale, les Tibétains jouissaient d’une grande autonomie. A partir de 1950, l’Armée populaire de libération, bras armé des communistes chinois, a occupé le Tibet et imposé à ses habitants des réformes radicales, remettant en cause l’autonomie dont bénéficiait cette province: les terres ont été collectivisées; des dizaines de milliers de colons et de militaires chinois appartenant à la majorité Han ont été installés au Tibet; lors de la Révolution Culturelle (dans les années 1960) les Gardes Rouges ont massacré des moines, détruit et pillé de nombreux lieux de culte et remplacé les bouddhas par des portraits de Mao; pendant 60 ans l’histoire du Tibet ne fut qu’une succession de soulèvements écrasés dans le sang par l’armée chinoise. Des dizaines de milliers de Tibétains ont été tués, et des centaines de milliers ont été déportés et internés dans des camps, ou condamnés aux travaux forcés.

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Le chantage de David Cameron

David Cameron.

David Cameron, Premier Ministre de sa Majesté, vient d’annoncer qu’il envisageait un référendum pour « redéfinir les liens du Royaume-Uni avec l’Union européenne ». Cette annonce a provoqué la stupéfaction et l’inquiétude des chefs d’Etat européens.

Que veut David Cameron? Le Premier Ministre a clairement dit qu’il ne voulait pas voir son pays quitter l’Union européenne. D’ailleurs, il sait très bien qu’une sortie  de l’Union européenne serait contraire aux intérêts économiques du Royaume-Uni. Ce que veut Cameron, c’est réduire (une fois de plus) la contribution britannique aux dépenses communautaires, et « renégocier » certains aspects de l’acquis communautaire qu’il juge trop contraignants pour le Royaume-Uni. Selon lui, l’Union européenne intervient dans des domaines qui devraient uniquement relever des Etats, comme par exemple le droit du travail. David Cameron plaide ainsi pour une Europe à la carte, dans laquelle le Royaume-Uni pourrait prendre ce qui l’intéresse (le marché unique) et se débarrasser de tout le reste. Ce que fait David Cameron, c’est tout simplement du chantage: on veut bien rester, mais il va falloir tout renégocier et prendre en considération toutes nos exigences!

De facto, l’Europe « à la carte » existe déjà. Le Royaume-Uni n’a adhéré ni à l’euro ni aux accords de Schengen, et bénéficie de clauses particulières qui limitent sa contribution au budget européen. Il s’est toujours opposé à tout projet d’harmonisation fiscale et sociale, ainsi qu’à la mise en place d’une instance européenne de régulation des banques. Nous savons qu’une grande partie des Britanniques se méfie de l’Union européenne, et le Parti Conservateur anglais est connu pour son euro-scepticisme. Mais là, vraiment, ça suffit! On ne peut pas tout accepter! L’Europe est en pleine crise, et ce n’est certainement pas ce genre de comportement égoïste qui pourra faire avancer les choses. Au contraire: plus les Etats européens seront solidaires entre eux, mieux l’Europe se portera. La seule Europe que l’on puisse construire, la seule qui vaille la peine d’être bâtie, c’est une Europe politique et intégrée.

Evidemment, l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui n’est pas du tout satisfaisante: elle est trop bureaucratique et doit encore être démocratisée. Mais en acceptant l’idée d’une Europe « à la carte », d’une « Europe forfait » comme chez SFR ou chez Orange, on renonce à toute démocratisation, et on renonce aussi à bâtir une Europe forte et solidaire. Les Etats-membres doivent avancer ensemble. C’est la seule solution si nous voulons résoudre la crise que nous traversons actuellement, et si nous voulons que l’Union européenne puisse peser dans la mondialisation. Nous sommes 27 Etats membres (bientôt 28 avec la Croatie): il ne peut pas y avoir 27 Europe différentes!

Précisons quand même, pour finir, que le point de vue de David Cameron ne fait pas l’unanimité au Royaume-Uni. Le Parti Travailliste (qui est dans l’opposition) a vivement critiqué le discours du Premier Ministre. Le Parti Libéral Démocrate, parti centriste pro-européen allié au Parti Conservateur, a lui aussi critiqué l’annonce de Cameron. Les milieux financiers et patronaux britanniques ont également manifesté leur inquiétude. L’Union européenne ne peut pas (et ne doit pas) se faire sans le Royaume-Uni. Les Britanniques ont besoin de l’Europe,  et ils y ont leur place: un retrait pur et simple serait tout simplement absurde. Partant de ce constat, nous devons rester fermes et ne pas brader l’acquis communautaire sous la pression des conservateurs britanniques. Négocions avec le Royaume-Uni, mais négocions pour avancer, pas pour reculer.

La poussée du centre aux élections israéliennes

Le leader centriste Yaïr Lapid.

C’est la grande surprise des élections législatives israéliennes: le parti centriste Yesh Atid (expression qui signifie « il y a un futur » en hébreu), est arrivé deuxième, derrière l’alliance de droite soutenant le Premier ministre Benjamin Netanyahou. La droite israélienne, composée du Likoud et parti ultranationaliste Israel Beitenou, emporte 31 sièges sur les 120 sièges de la Knesset (l’assemblée israélienne); le parti centriste obtient 19 sièges, et le Parti Travailliste, arrivé troisième, n’obtient que 15 sièges. Benjamin Netanhyahou, bien que victorieux, sort donc très affaibli de ce scrutin, et va devoir s’allier avec les centristes s’il veut une majorité.

Le leader du parti centriste, Yaïr Lapid, est un ancien journaliste qui s’est récemment lancé en politique: son parti a été fondé en avril 2012. Yaïr Lapid a fait essentiellement campagne sur des thèmes de politique intérieure: aide au logement, soutien aux petites entreprises, réforme du système éducatif, réforme de la conscription (Yaïr Lapid veut étendre la conscription aux religieux, qui sont actuellement exemptés du service militaire). Le candidat propose également de modifier les règles du scrutin législatif: en effet, le scrutin proportionnel intégral entraîne un émiettement de la représentation, ce qui oblige les chefs de gouvernement à constituer des majorités composites et fragiles, et à mener des politiques clientélistes pour satisfaire les revendications des petits partis. C’est pourquoi Yaïr Lapid veut augmenter le seuil à partir duquel un parti peut être représenté à la Knesset (6% des voix au lieu de 2% actuellement).

La poussée inattendue du parti centriste Yesh Atid traduit une crise des deux grands partis israéliens: le Likoud (à droite) et le Parti Travailliste (au centre-gauche). Ce score vient également sanctionner la dérive conservatrice et nationaliste de la politique menée par la droite israélienne au cours de la dernière législature. Les classes moyennes israéliennes, fragilisées par la crise économique, ont été séduites par un candidat centriste qui est, certes, inexpérimenté, mais qui a fait le choix de mettre l’accent sur les problèmes économiques et sociaux, et qui propose un programme réformateur ambitieux.

Faut-il se réjouir du succès des centristes en Israël? L’émergence d’un puissant mouvement centriste, laïque et modéré ne peut être qu’une bonne chose pour les Israéliens. Cependant, le succès de Yaïr Lapid pose plusieurs problèmes. Premièrement, son programme, axé sur les questions intérieures, reste très flou sur les questions internationales et sur le problème palestinien: Yaïr Lapid est manifestement favorable au statu quo, et ne considère pas la création d’un Etat palestinien comme une priorité. Deuxièmement, le score élevé de Yesh Atid va obliger Netanyahou à former une majorité hétéroclite, allant des ultranationalistes aux centristes: comment concilier les exigences contradictoires de ces forces politiques si différentes? Troisièmement, Yesh Atid risque de subir le même sort que Kadima, le parti centriste créé en 2005 par  Ariel Sharon, qui disposait de 28 sièges dans la précédente assemblée, mais qui s’est effondré lors de la dernière élection, en n’obtenant que 2 sièges. Chaque élection législative israélienne voit émerger des « partis champignons » qui connaissent un succès éphémère avant de péricliter.

Espérons que les centristes de Yesh Atid joueront un rôle stratégique au sein de la nouvelle majorité, et qu’ils parviendront à infléchir la ligne politique très dure de la droite israélienne.

50 ans après: que reste-t-il du Traité de l’Elysée?

Nous fêtons actuellement les 50 ans du Traité de l’Elysée, un traité historique signé le 22 janvier 1963 par le président français Charles de Gaulle et par le chancelier de RFA Konrad Adenauer. Ce traité a véritablement scellé la réconciliation franco-allemande, et a largement favorisé la coopération entre l’Allemagne et la France:

– le Traité prévoyait une coopération renforcée dans plusieurs domaines: diplomatie, défense, culture, enseignement, recherche scientifique, économie et énergie, aide aux pays en développement, etc.

– il prévoyait aussi des rencontres régulières entre les représentants des deux Etats

– il encourageait également les initiatives permettant un rapprochement entre les deux peuples, et une meilleure connaissance réciproque (par exemple en développant l’enseignement du français en Allemagne, et de l’allemand en France).

Certes, le Traité de l’Elysée ne marque pas le point de départ de la coopération franco-allemande: depuis la fin de la 2nde Guerre mondiale, les deux Etats coopéraient déjà dans plusieurs domaines, notamment dans le cadre de la CEE, de l’OTAN ou encore de la Commission culturelle franco-allemande. Mais ce Traité a donné un formidable coup d’accélérateur à la coopération franco-allemande: au-delà du rapprochement entre les gouvernements, il a permis un rapprochement entre les peuples. Plus qu’un outil de coopération, le Traité de l’Elysée était un symbole de l’amitié franco-allemande. En effet, l’un des enjeux essentiels du Traité était de faire évoluer les représentations que chaque pays avait de l’autre: moins de 18 années s’étaient écoulées depuis la fin de la 2nde Guerre mondiale, les blessures n’étaient pas encore refermées, et les préjugés restaient forts de part et d’autre du Rhin.

Que reste-t-il du Traité de l’Elysée aujourd’hui ? Depuis 1963, la France et l’Allemagne ont considérablement resserré leurs liens. Le Traité de l’Elysée a permis la création  de nouvelles institutions, comme l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) ou l’Université Franco-allemande (UFA). Cette coopération renforcée est également à l’origine de la chaîne de télévision publique Arte. Les mentalités ont considérablement évolué, et les préjugés se sont estompés. Les jeunes générations ont complètement dépassé les a priori de leurs aînés, et l’amitié franco-allemande est aujourd’hui ancrée dans les esprits. Grâce à l’Union européenne, la coopération franco-allemande s’est encore approfondie, et s’est étendue à d’autres domaines (monnaie unique, coopération transfrontalière…). De nos jours, le couple franco-allemand reste un moteur de la construction européenne.

Et pourtant, depuis quelques années, les relations franco-allemandes semblent s’être détériorées. Les derniers sommets européens, sur fond de crise économique et budgétaire, ont exacerbé les divergences entre François Hollande et la chancelière Angela Merkel, notamment sur la question de la dette des Etats européens. Beaucoup de Français imputent la crise de l’Union européenne à l’intransigeance des Allemands, tandis qu’en Allemagne, certains accusent le « laxisme » français. Plusieurs projets industriels importants ont échoué, comme la coopération entre Siemens et Areva. Et pour couronner le tout, dans nos écoles, le nombre d’élèves germanistes a diminué de façon très préoccupante.

Force est donc de constater que le Traité de l’Elysée est dépassé. Il y a beaucoup à faire pour relancer la coopération franco-allemande. Face aux nouveaux défis que les deux pays ont à relever, ne faudrait-il pas un nouveau traité franco-allemand, comme le demandent Jean-Louis Borloo et Jean Arthuis dans une tribune du portail Internet de l’UDI? Il s’agirait, par exemple, de favoriser l’émergence de grands groupes industriels franco-allemands, capables de peser dans la mondialisation. Il faudrait aussi avancer vers une union fiscale franco-allemande. Les projets de coopération culturelle et éducative doivent également être renforcés, et les échanges favorisés. Nos programmes scolaires devraient laisser plus de place à la connaissance de l’Allemagne, de son histoire et de sa culture: il est regrettable que, dans les programmes de l’Education nationale, l’histoire de l’Allemagne soit presque uniquement abordée à travers les deux guerres mondiales et le nazisme! Certes, il y a eu des progrès: les programmes de géographie font désormais la part belle à l’Union européenne et aux coopérations transfrontalières; le nouveau programme d’histoire de Terminale L et ES aborde l’histoire du mouvement socialiste et ouvrier en Allemagne depuis le Reich de Guillaume Ier, et les nouveaux programmes d’ECJS (Education Civique, Juridique et Sociale) offrent, en classe de Première, la possibilité d’une comparaison intéressante entre les institutions politiques de la France et celles de la République Fédérale Allemande. Mais il y a aussi des régressions: ainsi, l’étude de l’Allemagne et de l’Europe rhénane a disparu des programmes de géographie de Terminale.

En ces temps de crise européenne, nous avons, plus que jamais, besoin d’un couple franco-allemand fort et d’une coopération étroite entre l’Allemagne et la France. Espérons que l’année 2013, « année franco-allemande », soit l’occasion de projets concrets, capables de rapprocher les deux nations et de favoriser une coopération efficace dans tous les domaines.

Pourquoi la France devait-elle intervenir au Mali?

L’intervention française au Mali est soutenue par la quasi totalité de l’éventail politique (à l’exception de la « gauche de la gauche »), mais elle ne fait pas l’unanimité dans l’opinion publique: d’après un sondage BVA, 25% des Français n’approuveraient pas cette intervention.

Qu’on se le dise: aucune guerre n’est « naturelle », et aucune intervention militaire à l’étranger ne « va de soi ». Il n’est point de « guerre propre ». Toute guerre implique des morts, des destructions, des blessures graves chez les civils, et entraîne un traumatisme moral et psychologique pour les populations concernées. Notre pays n’engage pas ses forces armées  à la légère sur un territoire étranger. La situation du Mali est une situation d’urgence. Tout le nord du pays est contrôlé par un ensemble de groupes jihadistes lourdement armés, qui terrorisent la population, qui pillent, qui torturent, qui mutilent et qui tuent, au nom d’une idéologie politico-religieuse totalitaire et criminelle. Cet « islamo-gangstérisme » (pour reprendre une expression de Brice Couturier) est extrêmement contagieux, et menace aujourd’hui tout le Sahel : par une sorte d’effet-domino, l’instauration d’une dictature islamiste au Mali ouvrirait la voie à d’autres coups de force, dans d’autres pays. Ce mouvement doit être stoppé.

Certes, la France a des intérêts économiques à défendre au Mali, notamment des intérêts énergétiques. Personne ne le nie. Mais réduire l’intervention française à cet unique enjeu économique, c’est renoncer à comprendre la situation du Mali et du Sahel tout entier.

Pouvions-nous rester indifférents à la situation du peuple malien? Le Mali est une ancienne colonie française (on l’appelait jadis le « Soudan français »). Malgré les soubresauts de son histoire dans la seconde moitié du XXème siècle (indépendance, coups d’Etat, rapprochement avec l’URSS),  le Mali a conservé des liens importants avec notre pays, et s’est fortement rapproché des pays occidentaux durant les dernières années. C’est un pays francophone, qui fournit à la France une grande partie de ses immigrés d’origine sub-saharienne: on estime que plus de 80.000 Maliens vivent en France; dans nos écoles, nombreux sont les élèves d’origine malienne, qui ont des grands-parents, des oncles, des tantes et des cousins restés au Mali. La France aide depuis longtemps le Mali à se développer: les sociétés françaises implantées là-bas emploient près de 3.000 personnes et contribuent au développement des réseaux de transports et de télécommunication. Aujourd’hui, les Maliens nous appellent au secours, ils demandent notre aide pour lutter contre l’offensive jihadiste dans le nord du pays: devions-nous rester sourds à leur appel, et laisser ce pays sombrer dans la violence, l’obscurantisme religieux et le banditisme? Si nous allons au Mali, ce n’est pas pour piller les ressources de ce pays (nous nous sommes déjà allègrement servis à l’époque coloniale), ni pour soutenir un dictateur ou une junte. Si nous intervenons, c’est avant tout pour défendre le peuple malien, pour préserver l’intégrité territoriale du pays, et pour lutter contre un ennemi qui menace tout ce que nous défendons: les Droits de l’Homme, le progrès, la civilisation.

L’intervention de la France a reçu l’aval de ses partenaires européens et de l’ONU: cette intervention n’est donc pas unilatérale, elle est conforme au droit international, elle est légitime! Sur le terrain, la France n’est pas seule: elle est assistée par l’armée malienne et par des soldats des pays voisins, notamment algériens. Mais la France ne doit pas être le seul pays européen présent: le soutien verbal de ses partenaires européens ne suffit pas. L’Union européenne a ici une occasion inespérée de faire bloc derrière la France et de montrer qu’elle est capable d’agir.

Faut-il un référendum sur le mariage pour tous?

Entre 340.000 et 800.000 manifestants ont exprimé à Paris, ce dimanche 13 janvier, leur opposition au mariage pour tous et au droit d’adoption pour les couples homosexuels. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la manifestation a été une réussite: elle a rassemblé beaucoup plus de participants que la dernière manifestation en faveur du mariage pour tous. De plus, elle s’est déroulée dans le calme, sans dérapages homophobes.

Visiblement, la mobilisation contre le mariage pour tous n’est pas un épiphénomène, elle ne se pas limite aux milieux catholiques et à l’extrême droite! Il s’agit d’un mouvement beaucoup plus important qui traduit une inquiétude réelle et profonde. Nous nous trouvons face à un choix crucial, qui touche au fondement même de la société: la famille. Faut-il considérer que les couples homosexuels ont vocation à se marier, à fonder des foyers, et à élever des enfants? que les enfants n’ont pas besoin à la fois d’un père et d’une mère? qu’un enfant élevé par deux hommes ou par deux femmes aura les points de repère qui lui seront nécessaires, et qu’il ne sera pas profondément perturbé? La France n’est sans doute  pas prête pour un tel bouleversement, et on ne peut absolument pas savoir, aujourd’hui, quelles seraient dans 15 ou 30 ans les conséquences de cette réforme: les psychiatres et les psychologues eux-mêmes sont très divisés sur la question. Peut-on prendre le risque? Peut-on faire ce « pari »?

Pour autant, faut-il un référendum, comme le demandent certains opposants au projet? Non, il ne faut pas de référendum, pour au moins deux raisons.

Premièrement, on ne peut pas organiser un référendum sur n’importe quel sujet: cette procédure est réservée aux questions constitutionnelles (quinquennat, traité constitutionnel européen, etc.), ainsi qu’aux grandes réformes économiques et sociales, en particulier celles qui touchent aux services et entreprises publics. C’est ce que dit l’article 11 de notre Constitution: « le Président de la République, sur proposition du Gouvernement (…) ou sur proposition conjointe des deux Assemblées (…), peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent ».  Par conséquent, le référendum ne doit pas se substituer au législateur: si nous élisons des députés, c’est précisément pour qu’ils discutent, amendent et votent les projets de loi.

Deuxièmement, la légalisation du mariage et du droit d’adoption pour les couples homosexuels était dans le programme du candidat Hollande: en élisant François Hollande à la présidence et en lui donnant une majorité, les Français ont validé son programme et ouvert la voie à son application: le président n’a pas à demander « l’autorisation » des Français pour appliquer le programme sur lequel il a été élu! En 1981, François Mitterrand avait annoncé l’abolition de la peine de mort dans son programme, et avait directement fait voter cette réforme par le Parlement, malgré la vigueur des oppositions.

Le président et le gouvernement iront jusqu’au bout: le projet sera soumis aux parlementaires fin janvier. Les élus devront discuter le texte et mesurer toutes ses implications, en prenant en compte les inquiétudes profondes que ce projet suscite au sein de la population française. Mais en attendant que le texte arrive au Parlement, le débat doit se poursuivre dans la société.

Mais qu’ont-ils fait du centre ?…

Soyons lucides: le centre ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui.

Pendant 20 ans (de la fin des années 1970 à la fin des années 1990), l’UDF (Union pour la Démocratie Française) a rassemblé une grande partie des centristes au sein d’un parti puissant et influent, qui était bien représenté à la fois dans les collectivités locales et au Parlement. Mais la création de l’UMP en 2002 a provoqué l’éclatement de l’ancienne UDF: de nombreux élus et militants centristes ont en effet rejoint les rangs du nouveau parti de droite. François Bayrou, refusant que le centre soit absorbé par un super-parti de droite hégémonique, a décidé de garder la « vieille maison » UDF, affaiblie mais toujours debout.

François Bayrou

François Bayrou, président de l’UDF et « 3ème homme » de l’élection présidentielle de 2007, obtient 18% des suffrages au premier tour, mais refuse de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour et ne donne aucune consigne de vote. Nicolas Sarkozy remporte l’élection, et de nombreux élus de l’UDF se rallient au nouveau président. Pour les élections législatives de 2007, François Bayrou décide de « saborder » l’UDF et de lancer un nouveau parti: le Modem (Mouvement Démocrate), qui se veut indépendant et refuse toute alliance avec le PS comme avec l’UMP. En parallèle, Hervé Morin, ancien soutien de François Bayrou, crée son propre parti: le Nouveau Centre, qui se rallie immédiatement à Nicolas Sarkozy. Le Modem, isolé, fait un score très décevant et ne parvient à faire élire que 3 députés, dont François Bayrou. Le Nouveau Centre, grâce à ses alliances avec l’UMP, réussit à faire élire assez de députés pour créer un groupe parlementaire, et participe à la majorité.

Malgré le ralliement de quelques personnalités politiques issues d’autres partis (comme l’écologiste Jean-Luc Bennahmias), le Modem ne parvient pas à s’imposer dans le paysage politique, et François Bayrou a beaucoup de mal à faire entendre sa voix. En 2012, à l’issue d’une campagne terne, Bayrou ne réunit que 9% des suffrages au premier tour de la présidentielle, et refuse à nouveau de se rallier à l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour. Cependant, il critique la « ligne violente » de Sarkozy et annonce qu’à titre personnel, il votera pour François Hollande. M. Hollande est élu, mais le Modem, toujours isolé, fait un score dérisoire aux législatives: les candidats estampillés Modem sont laminés, et François Bayrou perd son siège de député.

A la rentrée 2012, Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, décide de fonder un nouveau parti de centre-droit, l’UDI (Union des Démocrates Indépendants), qui réunit plusieurs petits partis de centre-droit: plusieurs anciens sarkozystes quittent alors l’UMP pour rejoindre l’UDI, dont Chantal Jouanno et Rama Yade.

Bilan des courses: aujourd’hui, la famille centriste est une famille décomposée, désunie et souffrant d’un vrai manque de visibilité. Alors que les idées centristes séduisent une grande partie de l’électorat (entre 15 et 20% selon les études), les responsables centristes sont incapables de s’entendre et de faire cause commune. L’émiettement du centre a pris une tournure dramatique: en effet, les centristes sont dispersés dans près d’une dizaine de partis différents (citons, entre autres, le Modem, le Nouveau Centre, le Parti Radical, la Convention Démocrate, l’Alliance Centriste, Force Européenne Démocrate, Cap 21…), sans parler des centristes qui sont restés à l’UMP. Mais en réalité, le centre est aujourd’hui divisé en deux grandes tendances: d’une part, il y a un centre qui se veut strictement indépendant de la gauche et de la droite, et qui est incarné par le Modem et par François Bayrou. D’autre part, il y a un centre-droit qui est désormais fédéré sous la bannière UDI et qui, tout en revendiquant son indépendance, reste en réalité un allié de la droite.

A présent, beaucoup de sympathisants centristes déboussolés, « orphelins » de l’UDF, se posent cette question: mais qu’ont-ils fait du centre?… La France a, plus que jamais, besoin d’un centre fort, indépendant et unifié. Si tous les centristes se rassemblaient dans un même parti, ils pourraient jouer un rôle de premier plan dans la vie politique et devenir le pivot de nouvelles majorités parlementaires. Mais les divisions sont profondes, et les blessures de ces dernières années ne sont pas encore refermées au sein de la famille centriste. De plus, le système électoral français pénalise lourdement le centre: le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, utilisé lors des législatives, favorise la bipolarisation et marginalise tous les candidats qui ne sont pas alliés au PS ou à l’UMP: ainsi, le PS et l’UMP sont largement sur-représentés à l’Assemblée, mais les centristes sont condamnés à rester une simple « force d’appoint » pour la droite s’ils veulent conserver une représentation parlementaire. De nombreux députés centristes préfèrent rester alliés à l’UMP pour ne pas perdre leur siège, plutôt que de s’engager, comme Bayrou, dans une démarche de rupture, trop hasardeuse.

L’heure est grave. Centristes de tous partis, unissez-vous ! Demandons une dose de proportionnelle aux élections législatives, et formons le grand parti centriste, humaniste et indépendant dont la France a tant besoin !

Faut-il enseigner l’histoire-géo en Terminale Scientifique?

Petit rappel des faits, en trois actes.

Acte 1 : la disparition.

Vincent Peillon.

En 2009, Luc Chatel, ministre de l’Education Nationale, annonce la suppression de l’enseignement obligatoire d’histoire-géographie en Terminale S, et l’instauration d’une épreuve anticipée en fin de Première S; en Terminale S l’histoire-géo doit devenir une simple option facultative. D’après le gouvernement, l’objectif de cette réforme est d’alléger le programme de Terminale S, mais aussi de « revaloriser » les Bac L et ES, en recentrant le Bac S sur les disciplines scientifiques.

De nombreux enseignants, universitaires, intellectuels et hommes politiques se mobilisent contre cette réforme qui prive les élèves scientifiques d’un enseignement indispensable à leur culture générale et à leur construction en tant que citoyens. En effet, l’ancien programme de Terminale S était centré sur le monde contemporain, la mondialisation et la France sous la Vème République: avec la réforme, ces questions essentielles sont partiellement traitées en Première, et se retrouvent « noyées » dans un programme extrêmement vaste; de plus, la Vème République n’est étudiée que jusqu’en 1962. Notons, au passage, que les élèves eux-mêmes, globalement assez attachés à l’histoire-géo, n’ont pas compris le sens de cette réforme.

Mais ce que le gouvernement a omis d’expliquer, c’est que la réforme Chatel avait surtout un objectif budgétaire: réduire le nombre d’heures d’histoire-géographie dans les lycées, et par conséquent, le nombre de postes. Avant la réforme, en filière S, un élève avait 2,5 heures d’histoire-géo par semaine en Première et 2,5 heures en Terminale. Après la réforme, un élève de Première S a 4 heures d’histoire-géo par semaine, mais les heures de Terminale disparaissent. L’option ne représente que 2 h par semaine, mais elle ne concerne généralement qu’un petit groupe d’élèves dans chaque lycée, et dans certains établissements elle n’est même pas suivie.

Curieusement, les contestations suscitées par cette réforme ont été largement ignorées par le gouvernement et par le Président Sarkozy, et M. Chatel a fait passer le texte en force en 2010. La réforme entre en application à la rentrée 2011.

Acte 2 : la détresse.

Dès la rentrée 2011, la mise en application du nouveau programme de Première pose de sérieux problèmes. L’ampleur du programme est telle que les enseignants doivent, le plus souvent, survoler les thèmes abordés sans pouvoir faire les approfondissements qui seraient souhaitables. En histoire, le programme couvre une période qui va du milieu du XIXème siècle à nos jours, et comprend notamment les mutations économiques et sociales, les guerres mondiales, les régimes totalitaires, la guerre froide et les conflits de l’après-guerre froide, le 11 septembre, la colonisation et la décolonisation, la naissance et l’évolution du modèle républicain français. En géographie, le programme comporte quatre grands thèmes: les régions et territoires du quotidien, le territoire français et ses dynamiques actuelles, l’Union européenne, et enfin l’insertion de la France et de l’Europe dans la mondialisation. Le programme prévoit aussi des études de cas de « proximité », difficilement évaluables au Bac. Enfin, l’épreuve de Bac est aussi source de difficultés non négligeables: les consignes sont très floues, les exigences mal définies, et la précision de certains sujets tombés en juin 2012 est totalement inadaptée à l’ampleur du programme. Si l’on voulait écœurer les élèves de l’histoire-géo, on ne s’y prendrait pas autrement!

Mais après l’élection de François Hollande, le nouveau ministre de l’Education nationale, Vincent Peillon, annonce pour la rentrée 2014 le retour de l’histoire-géographie en Terminale S, et par conséquent le rétablissement d’une épreuve de Bac obligatoire en fin de Terminale: soulagement dans les rangs des enseignants! Cependant les modalités de ce rétablissement restent floues.

Acte 3 : la restauration.

Début 2013, c’est officiel, l’histoire-géographie revient en Terminale S, à compter de la rentrée 2014. Mais l’enthousiasme des professeurs retombe vite quand ils prennent connaissance du volume horaire alloué à chaque niveau: 2,5 heures par semaine en Première S et 2 heures en Terminale. Autrement dit, moins d’heures qu’avant la réforme de Luc Chatel. A la rentrée de septembre 2013, le volume horaire sera donc drastiquement réduit en Première (passant de 4 à 2,5 heures), mais les heures de Terminale n’arriveront qu’un an plus tard, en septembre 2014, ce qui augure encore de belles suppressions de postes à la rentrée prochaine.

Essayons de faire le bilan de toute cette affaire. Pour les élèves, il est évident que le rétablissement de l’histoire-géo en Terminale est souhaitable: les élèves doivent quitter l’enseignement secondaire avec un bagage suffisant en sciences humaines, ils ont besoin d’un certain nombre de points de repère historiques, géographiques et culturels qu’ils n’acquièrent pas dans les autres disciplines. Le programme de Première est tellement lourd qu’il en devient totalement délirant, au point de perdre toute lisibilité pour les élèves, et de susciter, chez certains, une forme de dégoût: un élève de Première est moins mature qu’un élève de Terminale, et même à raison de 4 heures par semaine, on ne peut pas étudier correctement en une seule année des questions essentielles qui étaient auparavant abordées sur deux années. Un enseignement sur deux ans est donc, naturellement, plus adapté, plus réaliste, et permet de mettre l’accent, en Terminale, sur les questions et les problématiques les plus directement liées au monde actuel. En outre, le but de la filière S ne doit pas être de former de purs esprits scientifiques, avec un apprentissage « au rabais » en sciences humaines.

Pour les enseignants, en revanche, les bénéfices de la réforme annoncée seront plus limités. Les conditions d’enseignement seront clairement améliorées en Première: il n’y aura plus cette course effrénée contre la montre pour boucler un programme démesuré, débouchant sur une épreuve complexe et mal définie. Mais au final, les postes supprimés en 2011 ne seront pas recréés, et le nombre d’heures sera très limité en Terminale Scientifique: 2 heures d’histoire-géo par semaine, c’est autant que dans les filières technologiques et professionnelles.

Peillon veut-il relancer la « guerre scolaire » ?

Emiles Combes caricaturé par Achille Lemot dans Le Pèlerin (1902).

Emiles Combes caricaturé par Achille Lemot dans Le Pèlerin (1902).

Eric de Labarre, responsable du secrétariat général de l’enseignement catholique, a adressé aux chefs d’établissement privé une lettre pour leur rappeler l’opposition de l’Eglise catholique au mariage gay, mais également pour les inciter à mettre en place des débats sur cette question au sein de leur établissement. Vincent Peillon a qualifié cette lettre de « faute » ; il a aussi réaffirmé la nécessaire neutralité politique de l’école (publique et privée), et a appelé les recteurs d’académie à la plus grande vigilance face à l’organisation de débats sur le mariage gay dans les établissements scolaires. Le ministre de l’Education a déclaré : « il ne faut pas importer dans l’école des débats qui doivent avoir lieu dans la société ». Christine Boutin et une partie de la droite ont sauté sur l’occasion pour attaquer Peillon et dénoncer une « stigmatisation » de l’école privée.

Peillon joue-t-il avec le feu ? Ses déclarations peuvent-elles rallumer la vieille guerre entre école publique et école privée ? Certes, Peillon n’aurait pas dû parler de « faute » : le terme est trop lourd. Eric de La Barre n’a pas commis de faute, il a rappelé la position officielle de l’Eglise catholique sur le mariage. Le fait que l’Eglise soit opposée au mariage gay n’est pas un scoop, tout le monde le savait déjà ! Le caractère confessionnel des écoles catholiques n’a aucun impact sur le contenu des enseignements, car ces écoles sont sous contrat avec l’Etat, elles appliquent les mêmes programmes que les écoles publiques et sont soumises aux mêmes règles en terme de respect de la liberté de conscience des élèves et des personnels : ces établissements n’ont pas vocation à « endoctriner » les élèves. Et d’ailleurs, Eric de Labarre a clairement dit qu’il encourageait les débats entre adultes, et non les débats en classe.

Néanmoins, il est inutile de s’exciter sur les propos du ministre de l’Education. Il n’y aura pas de « guerre scolaire ». Peillon n’a jamais cherché à raviver les vieilles querelles scolaires, ni à « stigmatiser » l’école privée (contrairement à ce que semble penser Madame Boutin). Le ministre de l’Education a simplement rappelé que l’école devait respecter la liberté de conscience de chacun. Cette réaction est compréhensible: quand le représentant officiel de l’enseignement catholique prend publiquement position sur un débat de société, il semble utile que le ministre de l’Education rappelle la nécessité de préserver la neutralité de l’institution scolaire. La droite ne devrait pas monter sur ses grands chevaux pour voler au secours d’un enseignement privé qui n’est ni menacé, ni stigmatisé. Madame Boutin, rassurez-vous: l’époque d’Emile Combes et de la chasse aux congrégations est révolue depuis longtemps.

En revanche, la déclaration de Peillon pose un autre problème, plus global, qui concerne autant l’école publique que l’école privée : celui du rapport entre l’école et la société. Quand le ministre déclare qu’il ne faut pas « importer » dans l’école les débats qui ont lieu dans la société, il y a quelque chose qui m’interpelle en tant que professeur. L’école d’aujourd’hui n’est plus un « sanctuaire républicain » aux murs blancs : depuis des années, on n’a pas cessé d’ouvrir l’école sur l’extérieur, et de faire en sorte qu’elle soit un lieu de débat. On a expliqué aux enseignants que, pour former les futurs citoyens, il fallait les mettre en situation de débat, et les faire réfléchir sur les questions d’actualité. Le rôle de l’éducation civique au collège, et de l’ECJS (éducation civique, juridique et sociale) au lycée est précisément d’organiser des débats argumentés sur des questions en lien avec l’actualité et avec la société française. La déclaration de Vincent Peillon sous-entend que certains débats d’actualité auraient leur place à l’école, et que d’autres débats n’y auraient pas leur place. Comment faire la part des choses ? Où se trouve la limite entre les débats autorisés et les débats « à risque » ? Faut-il exclure de l’école tout débat sur des questions qui peuvent toucher aux convictions religieuses des élèves ? Mais dans ce cas, il faudrait renoncer à la plupart des débats sur les questions sociétales et éthiques (mariage pour tous, procréation médicalement assistée, euthanasie, clonage…), puisque toutes ces questions mettent nécessairement en jeu des convictions religieuses.

Les élèves ont compris que l’école était ouverte sur l’extérieur, et que l’actualité, les médias, les questions de société l’avaient largement investie. Les élèves entendent parler depuis des mois de ce débat sur le « mariage pour tous », ils posent des questions et réclament des débats sur le sujet. Chaque enseignant devra donc faire preuve de la clairvoyance nécessaire pour décider s’il est pertinent d’en débattre en classe, et selon quelles modalités. La solution la plus prudente consiste à répondre sommairement aux questions des élèves en évitant le débat, quitte à frustrer les élèves, et à susciter leur incompréhension (pourquoi débattre sur certains sujets à l’école, et contourner ceux dont tout le monde parle ?). Une autre solution, plus risquée, serait d’organiser un débat sous forme de jeu de rôle, dans lequel les élèves n’expriment pas une opinion personnelle, mais jouent un rôle qu’ils ont préparés en se documentant au préalable et en élaborant une argumentation. C’est plus compliqué, plus difficile à mettre en oeuvre, et ce type de débat risque de tomber à plat si quelques élèves ne jouent pas le jeu.

Mariage gay et homophobie: les catholiques intégristes frappent fort

Tract des Jeunes Civitas

Depuis que François Hollande a annoncé sa volonté de légaliser le « mariage pour tous », l’organisation catholique et royaliste « Civitas » a mené en Île-de-France plusieurs campagnes de tractage contre le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Sur l’un des tracts de cette organisation ô combien progressiste, on peut voir la photo d’un couple d’hommes défilant dans la rue avec les fesses à l’air pendant la Gay Pride. La photo est accompagnée de la question suivante : « Confieriez-vous des enfants à ces gens-là ? ».

Que désigne exactement l’expression « ces gens-là » ? Les deux hommes de la photographie ? Les homosexuels qui participent à la Gay Pride ou à d’autres manifestations de ce genre ? Les homosexuels en général ? Tout le problème se trouve dans cette ambiguïté. Les auteurs du tract font un amalgame grossier entre les deux hommes photographiés et la communauté homosexuelle dans son ensemble, comme si les premiers étaient représentatifs de la seconde. Le message est donc clair : les homosexuels ne peuvent pas être de bons parents parce que ce sont des individus exhibitionnistes et obscènes.

Ce tract est doublement insultant : c’est une insulte aux homosexuels et une insulte au bon sens. Tous les homosexuels de France ne défilent pas dans les rues des grandes villes le jour de la Gay Pride, et certains d’entre eux trouvent même cette manifestation assez lamentable, car elle véhicule une image caricaturale de leur communauté. Utiliser les frasques de la Gay Pride comme argument contre l’homoparentalité est totalement stupide, car en suivant un tel raisonnement, il faudrait aussi considérer les hétéros comme des obsédés sexuels et des exhibitionnistes, étant donné que certains hétéros pratiquent l’échangisme ou participent à des soirées « libertines ». A-t-on déjà envisagé de priver les couples hétérosexuels du droit d’adoption sous prétexte que certains hétéros fréquentaient des clubs échangistes ?

Il est tout à fait normal que le « mariage pour tous » suscite un débat passionné, parce que cette réforme touche au mariage, à l’enfance et à la famille, et parce qu’elle heurte les convictions religieuses de certains. La reconnaissance d’un droit au mariage et à l’adoption pour des couples de même sexe constitue un bouleversement majeur, qui soulève des problèmes essentiels pour l’avenir de notre société. Sur un tel sujet, il doit y avoir un débat, mais un débat raisonnable, argumenté et respectueux des uns et des autres. En amalgamant de façon totalement caricaturale homosexualité et Gay Pride, « Civitas » n’a pas pour objectif de contribuer intelligemment à ce débat mais de nuire à l’image de la communauté homosexuelle, en perpétuant l’assimilation de l’homosexualité à une « déviance » honteuse.

D’ailleurs, les membres de « Civitas » ne semblent pas se rendre compte que leurs tracts homophobes sont contre-productifs, car cette propagande cautionne, d’une certaine façon, l’idée que les adversaires du mariage homosexuel sont homophobes. Il n’est donc pas inutile de rappeler cette chose importante : on peut contester le principe du « mariage pour tous » sans pour autant être homophobe. Ce qui est en jeu dans cette réforme, ce ne sont pas les mœurs ou la place des homosexuels dans la société française, mais bien la définition même du mariage et de la famille. Les amalgames infamants et homophobes de « Civitas » ne font pas avancer le débat, bien au contraire : ils attisent inutilement la haine et l’intolérance. Rappelons, au passage, que le mot latin civitas signifie cité, ou citoyenneté. Cherchez l’erreur.