Les trois réformes de Bayrou

Fr. Bayrou (lesechos.fr)

Dans un entretien accordé au journal Les Echos et publié le 23 octobre, François Bayrou a présenté les trois réformes prioritaires qu’il défendrait s’il gouvernait la France. Premièrement, une réforme de la formation professionnelle: il s’agit de faciliter l’accès à la formation pour les demandeurs d’emploi et les travailleurs peu qualifiés, alors qu’aujourd’hui, paradoxalement, ce sont les salariés les plus qualifiés qui profitent le plus de la formation continue. Deuxièmement, une simplification drastique du Code du travail, notamment l’ouverture de négociations en vue de l’instauration d’un contrat de travail unique pour débloquer le marché du travail. Troisièmement, une réforme fiscale de grande envergure. Il s’agit en effet d’aller vers une fiscalité plus juste, plus transparente et plus simple: prélèvement à la source, rabotage des niches fiscales, universalité de l’impôt sur le revenu compensée par un renforcement de la progressivité pour les revenus les plus modestes. François Bayrou précise que ces réformes seront difficiles et que certaines d’entre elles nécessiteront un référendum, proposé par un gouvernement ayant la confiance des citoyens.

Et si Valls gouvernait avec les centristes?…

La majorité gouvernementale continue de s’étioler. Le volet « recettes » du budget 2015 vient d’être voté de justesse par l’Assemblée nationale: 266 voix pour, 245 voix contre. 39 députés socialistes se sont abstenus, dont deux anciens ministres du gouvernement Valls I (Benoît Hamon et Aurélie Filippetti). Cela signifie que le nombre de députés « frondeurs » a augmenté par rapport au vote de confiance du 16 septembre (ce jour-là, 32 députés socialistes s’étaient abstenus). Si les 39 députés « frondeurs » avaient voté contre le budget au lieu de s’abstenir, le budget aurait été rejeté, ce qui aurait gravement déstabilisé le gouvernement.

La majorité socialiste est donc extrêmement fragilisée: sans le soutien des 17 députés du groupe radical, le gouvernement n’aurait pas eu assez de voix pour faire voter son budget. Pire: ce vote a exacerbé les tensions internes du PS. Certains frondeurs parlent comme s’ils étaient dans l’opposition, Benoît Hamon déclare que la France va vers un « immense désastre démocratique », tandis que Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, qualifie de « déplorable » l’attitude de Monsieur Hamon et de Madame Filippetti. Sans parler de Martine Aubry qui, depuis sa mairie lilloise, torpille le gouvernement Valls et réclame une « réorientation économique ». Bref, la cacophonie atteint des sommets. Après les Verts, l’aile gauche du Parti Socialiste s’est clairement désolidarisée du gouvernement. On serait alors tenté de se poser une question un peu loufoque: puisque la politique du gouvernement Valls a perdu le soutien des socialistes les plus intransigeants, et puisque la majorité ne cesse de se réduire, pourquoi Manuel Valls n’envisagerait-il pas de gouverner avec le centre?

Le groupe UDI compte 29 députés, auxquels s’ajoutent deux députés Modem. Soit 32 députés, autant que les « frondeurs » socialistes qui ont refusé de voter la confiance au gouvernement Valls en septembre. Si Manuel Valls assumait clairement l’orientation sociale-libérale de sa politique, il pourrait ouvrir des négociations avec les centristes en vue d’un pacte de gouvernement. Car il est désormais incontestable que sur les questions socio-économiques, les réformistes modérés du PS, les sociaux-démocrates « rocardiens » comme Valls, les sociaux-libéraux comme Macron, sont plus proches des centristes que de l’aile gauche du PS. Cela permettrait, au passage, de faire éclater une bonne fois pour toutes un PS à bout de souffle et profondément divisé. Bien évidemment, il s’agit d’une simple vue de l’esprit. Un tel scénario est très improbable, parce que le gouvernement continuera d’entretenir la fiction de l’unité. Mais aussi parce que les centristes préfèreront rester bien tranquillement dans l’opposition, pour ne pas se compromettre avec les socialistes, et pour ne pas offusquer l’UMP (n’oublions pas que les députés UDI auront besoin de l’alliance avec l’UMP pour être réélus). Ainsi, la logique du « bloc contre bloc » triomphera envers et contre tout.

La réunification du centre, une utopie?

J.L. Borloo et F. Bayrou en 2013.

J’ai récemment publié un article intitulé « Cartographie politique de la diaspora centriste » pour mettre en évidence l’extrême dispersion de la famille centriste. J’aimerais à présent revenir sur le problème de la réunification du centre. Car le centre n’a pas toujours été dispersé. Dans les années 80 et 90, l’ensemble des partis du centre et du centre-droit était rassemblé au sein de l’UDF (Union pour la Démocratie Française). A cette époque, l’UDF était d’ailleurs la 3e force politique du pays derrière le RPR et le Parti Socialiste : en 1993, elle comptait 215 députés (soit 37% des sièges) et, de 1992 à 1998, c’est une personnalité de l’UDF, René Monory, qui présidait le Sénat. Hélas, les temps ont bien changé.

La mort de l’UDF ressemble à une tragédie en trois actes. Acte 1 : naissance de l’UMP en 2002. De nombreux centristes se rallient au nouveau « super-parti » de Jacques Chirac. François Bayrou, alors président de l’UDF, refuse de rejoindre l’UMP, espérant ainsi préserver l’indépendance du centre. Acte 2 : élection présidentielle de 2007. François Bayrou, qui a obtenu 18% des suffrages au premier tour, provoque un tollé à l’UDF en refusant de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour. Sarkozy remporte l’élection. Acte 3 : élections législatives de 2007. François Bayrou décide de saborder l’UDF et de fonder un nouveau parti, le Modem (Mouvement Démocrate). Ses anciens compagnons de l’UDF lui tournent le dos et rejoignent la majorité présidentielle : Hervé Morin fonde le Nouveau Centre, petit club de parlementaires UDF ralliés à Sarkozy. Le « Modem » de Bayrou, isolé, s’écrase aux législatives. Il aura donc suffi de 5 années pour que l’UDF éclate, après avoir joué un rôle majeur dans la vie politique française pendant près de 25 ans.

Aujourd’hui, les nostalgiques de l’UDF aimeraient voir tous les centristes se rassembler dans un grand parti humaniste et européen capable de concurrencer le PS et l’UMP. Une « UDF.2.0 », en quelque sorte. Plusieurs élus centristes réclament depuis longtemps la réunification du centre : c’est le cas du sénateur Jean Arthuis, ancien ministre de l’Economie et des Finances, qui a lancé en 2008 l’association « Rassembler les Centristes ». Cette association donna naissance en 2009 à un nouveau parti, l’Alliance Centriste, présidée par le même Jean Arthuis. Mais ce parti s’avéra incapable de réunifier le courant centriste. En 2012, Jean-Louis Borloo et Yves Jégo fondèrent l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants), dans le but de rassembler les différents partis centristes opposés à François Hollande et au gouvernement Ayrault (notamment le Parti Radical de Borloo, le Nouveau Centre d’Hervé Morin et l’Alliance Centriste de Jean Arthuis). Une étape décisive a été franchie en 2013 avec « l’Alternative », une alliance conclue entre l’UDI de Borloo et le Modem de Bayrou. Les sénateurs centristes de l’UDI et du Modem siègent actuellement dans le même groupe sénatorial (Union Centriste-UDI), qui compte 43 membres. De même, au Parlement européen, les eurodéputés du Modem et de l’UDI sont affiliés au même groupe (ADLE) et au même parti européen (le PDE, Parti Démocrate Européen). Et pourtant, les obstacles à la réunification du centre sont encore nombreux.

1° L’Alternative n’est qu’une alliance de circonstance et non une structure pérenne et unifiée : le Modem et l’UDI restent deux partis totalement indépendants l’un de l’autre.

2° L’Alternative souffre d’une réelle carence programmatique : Modem et UDI n’ont toujours pas élaboré de projet commun pour la France, et se contentent de mettre en évidence des « valeurs communes ». Or, même si les valeurs sont essentielles, elles ne constituent pas un programme.

3° L’Alternative n’a pas de leader. A l’UDI, aucune personnalité fédératrice n’a émergé depuis le retrait de Jean-Louis Borloo. Quant à François Bayrou, président du Modem, il apparaît indiscutablement comme le centriste le plus populaire en France mais il est très contesté à l’UDI, où certains lui reprochent encore d’avoir voté Hollande en 2012.

4° Le Modem et l’UDI doivent clarifier leur position vis-à-vis de l’UMP. La plupart des responsables de l’UDI considèrent l’UMP comme un partenaire « naturel » et refusent toute alliance avec le PS, mais le Modem et certains membres de l’UDI prônent une indépendance totale vis-à-vis de l’UMP.

5° L’élection présidentielle de 2017 risque de réactiver de vieilles querelles entre les « pro » et les « anti-Sarkozy ». Car si Alain Juppé apparaît aujourd’hui comme le candidat favori des centristes, certaines personnalités de l’UDI sont néanmoins restées proches de l’ancien président. Une candidature de Nicolas Sarkozy en 2017 pourrait donc ruiner tous les efforts mis en œuvre depuis deux ans pour rassembler les centristes.

La réunification du centre, ce n’est donc pas pour tout de suite. Les défis à relever sont immenses. En attendant l’avènement du grand parti « central » et humaniste que beaucoup de centristes appellent de leurs vœux, il faudra malheureusement se contenter d’une alliance précaire entre deux partis qui se méfient l’un de l’autre.

Election du président de l’UDI: les leçons du premier tour

J.C. Lagarde et H. Morin (source: 20minutes.fr)

Jeudi 16 octobre a eu lieu le premier tour de l’élection du futur président de l’UDI. Jean-Christophe Lagarde (qui a obtenu près de 36% des suffrages) et Hervé Morin (31%) se sont qualifiés pour le second tour. Yves Jégo (21%) et Jean-Christophe Fromentin (11%) sont battus. Le deuxième tour aura lieu en novembre. D’après les chiffres communiqués par l’UDI, 16.600 adhérents ont participé au scrutin, sur 28.300 inscrits. Trois leçons peuvent être tirées de ce scrutin.

1° Seuls les candidats véritablement centristes se qualifient

Les deux finalistes, Hervé Morin et Jean-Christophe Lagarde, sont d’authentiques centristes issus de l’ancienne UDF. Ils ont fondé ensemble le Nouveau Centre en 2007, bien que Jean-Christophe Lagarde ait par la suite quitté ce parti pour fonder son propre mouvement (Force Européenne Démocrate). Les deux candidats battus au premier tour, Yves Jégo et Jean-Christophe Fromentin, ne viennent pas du centre mais de la droite : Yves Jégo a d’ailleurs commencé sa carrière au RPR avant de participer à la création de l’UMP en 2002. Le futur président de l’UDI sera donc un vrai centriste, et cela aura de l’importance dans l’identité du parti.

2° Une élection qui ternit l’image de l’UDI

De toute évidence, le premier tour n’aura pas été aussi exemplaire que l’espéraient les chefs de l’UDI. Jean-Christophe Fromentin a dénoncé des dysfonctionnements dans le déroulement du scrutin, de nombreux adhérents n’ont pas pu voter en raison de problèmes techniques, et Yves Jégo a été victime d’une polémique mesquine à propos de ses propriétés foncières. Au lendemain du premier tour, Yves Jégo ne digère pas sa défaite, qu’il a attribue à la campagne de déstabilisation dont il a été la cible quelques jours avant le scrutin. L’UDI prétend vouloir rénover la vie politique française, mais de toute évidence, les coups bas et les irrégularités qui salissent l’image des autres partis existent aussi au pays des centristes.

3° L’échec d’Yves Jégo confirme la crise du Parti Radical

L’UDI avait été créée en 2012 par Jean-Louis Borloo, alors président du Parti Radical. Mais le retrait de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé a ouvert une véritable « crise de succession » chez les radicaux valoisiens. L’élection du nouveau président du PR en juin 2014 fut désastreuse : la victoire de Laurent Hénart fut contestée par sa concurrente Rama Yade, qui dénonça des irrégularités dans l’élection et alla même jusqu’à réclamer l’annulation du scrutin. L’élection du président de l’UDI vient accentuer le « malaise » du Parti Radical : Yves Jégo, membre du PR, président intérimaire de l’UDI après le départ de Borloo, est battu par deux candidats qui ne viennent pas du Parti Radical. Ainsi, le Parti Radical, qui était en quelque sorte la clé de voûte de l’UDI, se retrouve relégué au second plan.

Faut-il expérimenter la « TVA sociale »?

La « TVA sociale » consiste à baisser les cotisations sociales payées par les entreprises et les salariés, et à compenser cette baisse par une augmentation de la TVA : autrement dit, il s’agit de reporter sur les consommateurs une part significative du financement de la Sécurité sociale, afin d’alléger le coût du travail. Cette piste de réforme reste un tabou en France, parce que la TVA est un impôt très impopulaire. A ce jour, la TVA sociale a peu de partisans affichés dans notre pays, et aucun gouvernement n’a osé la mettre en œuvre. Mais dans un contexte de débat sur le financement de la Sécurité Sociale, et au vu de notre situation économique, de notre déficit commercial et de notre marché de l’emploi totalement sclérosé, il ne faut pas fermer la porte trop rapidement à l’idée d’une TVA sociale.

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La TVA sociale divise les principaux partis politiques : à l’UMP, elle a plutôt le vent en poupe, mais quelques voix divergentes l’ont critiquée, notamment Jean-Pierre Raffarin et Christian Estrosi. Chez les centristes, le sénateur Jean Arthuis, ancien ministre de l’Economie et vice-président de l’UDI, est l’un des plus ardents défenseurs de la TVA sociale. Jean-Louis Borloo avait pris position en faveur d’une TVA sociale en 2007. Mais François Bayrou reste très réservé : en 2012, il a parlé d’une « idée dangereuse » qui, selon lui, risquerait de paupériser une partie des salariés et des retraités. Au PS, les partisans d’une TVA sociale sont rares. Le gouvernent Ayrault avait fait un premier pas en créant le CICE (crédit d’impôt compétitivité emploi), mais ce mécanisme complexe n’est que partiellement financé par une hausse de la TVA. Le Ministre des Finances Michel Sapin s’est déclaré opposé à toute nouvelle augmentation de la TVA.

Le principal avantage de la TVA sociale, c’est qu’elle améliorera la compétitivité des entreprises établies en France tout en garantissant le financement de notre système social. Comme l’écrit Jean Arthuis : « De tous les pays de la zone euro, la France est celui où les marges des entreprises sont les plus faibles. Notre système renchérit les coûts du travail et les porte à des niveaux record. Cette obstination, à l’heure de la mondialisation et de la libre circulation à l’intérieur de l’Union européenne, organise méthodiquement la désindustrialisation et les délocalisations d’activités et d’emplois. » La TVA sociale redonnera donc du souffle à nos entreprises et de l’attractivité à notre territoire. Elle contribuera à la lutte contre les délocalisations. Elle encouragera le « made in France » et stimulera les exportations françaises puisqu’elle baissera le prix des produits exportés tout en augmentant celui des produits importés. La TVA sociale constituera par conséquent une véritable mesure de patriotisme économique, totalement compatible avec les Traités européens. Mais la TVA sociale a encore un autre avantage. Elle fera participer l’ensemble des consommateurs au financement de la Sécurité sociale, alors que dans le système actuel, cette charge pèse massivement sur les salariés.

Les TVA sociale est-elle injuste ? Elle est souvent perçue comme telle. En effet, la TVA est un impôt non progressif (les taux de TVA sont les mêmes pour tous les consommateurs, que l’on soit riche ou pauvre). Or, en augmentant la TVA, on pénalise surtout les ménages les plus modestes. Mais la TVA sociale n’est pas si injuste qu’on pourrait le penser. On peut très bien envisager une modulation de la TVA sociale en fonction du type de produits : ainsi, la hausse de la TVA pourrait être faible sur les produits de première nécessité, mais très forte sur les produits dits « de luxe ». Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les cotisations sociales pèsent, elles aussi, très lourdement sur les prix : comme l’écrit Jean Arthuis, « il est facile de fustiger la TVA puisqu’elle apparaît sur le ticket de caisse du supermarché ou la facture de l’artisan. Pour être pédagogues, nous devrions faire figurer sur ces documents, outre la TVA, le montant des cotisations sociales payées en amont. Pour des biens ou des services produits sur notre territoire, il serait ainsi démontré que ces cotisations sont aussi importantes en valeur que la TVA. »

La TVA sociale a toutefois des limites. Rien ne prouve, en effet, que les entreprises françaises vont embaucher ou investir massivement dès que l’on aura baissé leurs charges. Il est même assez probable qu’à court terme, beaucoup d’entreprises vont profiter de la baisse des cotisations pour augmenter leurs marges et non pour embaucher. Par ailleurs, la hausse de la TVA risque d’entraîner une hausse des prix. Les partisans de la TVA sociale se veulent rassurants : selon eux, cette réforme n’aura pas d’effets inflationnistes car la baisse du coût du travail sera, elle aussi, répercutée sur les prix de vente. Toutefois, rien n’obligera les entreprises à baisser leurs prix. De plus, la baisse des cotisations n’aura aucun effet sur le prix des produits importés. Or, dans de nombreux secteurs, la production française est très limitée, voire inexistante (vêtements, téléphones mobiles, ordinateurs, etc.) : dans ces secteurs, les consommateurs n’auront pas d’autre choix que d’acheter des produits importés, dont le prix sera majoré.

La TVA sociale n’est donc pas un remède miracle. C’est plutôt une sorte de pari sur l’avenir. C’est aussi un nouveau contrat social passé avec les entreprises, les salariés et les consommateurs, qui donnera une grande bouffée d’oxygène à toutes les entreprises petites et moyennes qui voudraient embaucher mais qui ne le peuvent pas.

Cartographie politique de la diaspora centriste

Le récent rapprochement du Modem et de l’UDI ne doit pas faire oublier l’extrême dispersion de la famille centriste. La fondation du « Front Démocrate » par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias en septembre 2014 nous rappelle à quel point l’unité du centre est difficile à réaliser. Quels sont les partis qui occupent l’espace politique du centre dans la France de 2014 ? Voici un rapide aperçu de la « diaspora centriste » à l’attention de celles et ceux qui ont un peu de mal à s’y retrouver.

L’UDI, principale formation centriste en France

Hervé Morin.

Avec 30 députés et près de 30.000 adhérents, l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) constitue indiscutablement la première formation centriste du pays. Elle jouit également d’une bonne implantation dans les collectivités locales (près de 300 maires UDI ont été élus ou réélus en 2014, dont ceux de Neuilly, Bobigny, Amiens, Valenciennes et Montélimar). Comme l’ancienne UDF, l’UDI n’est pas un parti unitaire mais une confédération de partis : elle a été fondée en 2012 par Jean-Louis Borloo dans le but de rassembler les partis de centre-droit qui souhaitaient rester indépendants de l’UMP. Les deux principales composantes de l’UDI sont le Nouveau Centre (présidé par Hervé Morin) et le Parti Radical dit « valoisien » (présidé par Laurent Hénart depuis le retrait de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé). D’autres petits partis sont membres de l’UDI : l’Alliance Centriste (fondée par le sénateur Jean Arthuis), FED (Force Européenne Démocrate, petit parti fédéraliste fondé par Jean-Christophe Lagarde et Michel Mercier), Gauche Moderne (parti présidé par l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel), Territoires en Mouvement (parti fondé par le député Jean-Christophe Fromantin), le Parti Libéral Démocrate (fondé par Aurélien Véron) ainsi que plusieurs petites formations écologistes comme France Ecologie et Nouvelle Ecologie Démocrate. Le mouvement Alternative Libérale, qui était initialement un parti politique indépendant, a choisi de s’associer au Nouveau Centre. L’association Gay Lib, qui lutte contre l’homophobie et milite pour l’extension des droits des homosexuels, a quitté l’UMP pour rejoindre l’UDI.

Le Modem

Fr. Bayrou.

Même s’il ne dispose que de deux députés à l’Assemblée Nationale, le Modem (Mouvement Démocrate) reste l’une des principales formations centristes en France grâce à la popularité de son président-fondateur François Bayrou et à son réseau d’élus locaux et européens. Le parti, qui revendique aujourd’hui 35.000 adhérents, se singularise par sa volonté de rénover en profondeur la vie politique française : en créant le Modem sur les ruines de l’UDF en 2007, François Bayrou voulait en effet bâtir un grand parti « central » qui jouerait le rôle de passerelle entre la gauche et la droite, et qui pourrait devenir le pivot de nouvelles majorités réunissant des réformateurs venus de la gauche, de la droite et du centre. Mais le Modem est en crise perpétuelle depuis sa fondation, car le refus des alliances avec le PS et l’UMP a isolé le parti. De plus, le Modem reste dominé de façon écrasante par la figure de François Bayrou et n’a pas réussi à séduire d’autres leaders centristes, de même qu’il s’est montré incapable d’empêcher le départ des quelques personnalités qu’il avait attirées à ses débuts, notamment d’anciens ministres comme Corinne Lepage ou Azouz Begag. Par ailleurs, l’alliance conclue avec l’UDI et l’UMP pour les municipales a suscité de profonds mécontentements dans l’aile gauche du Modem : l’écologiste Jean-Luc Bennahmias, qui incarnait cette aile gauche, vient justement de claquer la porte.

Les centristes de l’UMP

A sa création en 2002, l’UMP avait pour ambition de rassembler tous les courants de la droite et du centre au sein d’un même parti. Que reste-t-il aujourd’hui du courant centriste de l’UMP ? A vrai dire, pas grand-chose. Critiquant la « droitisation » du parti, de nombreux élus centristes de l’UMP ont quitté le navire pour rejoindre l’UDI. Jean Leonetti, Alain Lamassoure et Marc-Philippe Daubresse font partie des derniers parlementaires centristes de l’UMP : ils appartiennent au courant « France moderne et humaniste », le plus europhile de l’UMP. Il existe cependant au sein de l’UMP d’autres mouvements proches du centre. Le mouvement « Ecologie Bleue », fondé par Patrice Hernu, prétend incarner le « pôle écologique de l’UMP » et milite pour une écologie « réaliste et humaniste ». Le mouvement « Les Progressistes », lancé en 2007 par l’ancien socialiste Éric Besson pour soutenir la campagne de Nicolas Sarkozy, milite pour une UMP « ouverte vers le centre et les sociaux-démocrates ». Le PCD (Parti Chrétien-Démocrate) de Christine Boutin, associé à l’UMP, représente quant à lui le courant des chrétiens-sociaux : ce parti se réclame de la démocratie chrétienne mais rejette le fédéralisme européen et défend une vision très conservatrice de la famille et de la société.

Les petits partis indépendants

Corinne Lepage.

En dehors du Modem, de l’UDI et de l’UMP, il existe une nébuleuse de petits partis indépendants qui ne se définissent pas eux-mêmes comme centristes mais qui prétendent dépasser le clivage droite-gauche en réunissant des militants de sensibilités différentes autour de thématiques transpartisanes. C’est le cas de plusieurs partis écologistes indépendants comme Cap 21 (fondé par l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage), Génération Ecologie, le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, le mouvement « La France En Action » ou encore le Front Démocrate (parti écologiste de centre-gauche fondé en septembre 2014 par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias). Le Parti Fédéraliste, qui milite pour une Europe fédérale, n’est pas à proprement parler un parti centriste mais soutient généralement les candidats du centre aux élections locales et nationales.

Les radicaux de gauche : des centristes ?

Le Parti Radical de Gauche est-il un parti centriste ? A priori non, car un mouvement qui revendique son ancrage à gauche ne saurait être qualifié de centriste. Pourtant, sur l’aile droite du PRG, on trouve des hommes dont les positions économiques et sociales sont relativement proches de celles de leurs « cousins » centristes du Parti Radical valoisien. On peut penser par exemple au président du PRG Jean-Michel Baylet. Quoi qu’il en soit, le PRG refuse d’être assimilé au centre : il affirme explicitement son appartenance à la gauche républicaine et reste depuis 40 ans le plus fidèle allié du Parti Socialiste.

Des centristes au PS ?

Gérard Collomb.

Les quelques socialistes qui ont, jadis, plaidé pour une alliance avec le centre et pour une réorientation « sociale-libérale » du PS ont presque tous fait sécession : c’est le cas de Jean-Marie Bockel, qui a fondé en 2007 le mouvement Gauche Moderne, aujourd’hui membre de l’UDI. Il n’en reste pas moins vrai que, sur le plan idéologique, l’aile droite du PS est assez proche du centre. Cette aile droite est incarnée aujourd’hui par des sociaux-démocrates et des sociaux-libéraux comme Emmanuel Macron, Manuel Valls, Gérard Collomb (sénateur et maire de Lyon) ou encore Pascal Lamy, qui prônent une politique de l’offre (simplification du droit du travail, baisse des impôts et des charges patronales, etc.). Mais ces « socialistes de l’offre » ne se considèrent pas comme centristes et revendiquent leur appartenance à la gauche et à la famille socialiste.

Les centristes au Parlement européen : le PDE

Le PDE (Parti Démocrate Européen), présidé par François Bayrou et par le centriste italien Francesco Rutelli, réunit 10 partis centristes européens, dont l’UDI et le Modem. Le PDE défend le fédéralisme européen et milite pour une démocratisation des institutions de l’UE. Il met également l’accent sur l’éducation, la défense des services publics et la protection sociale, et plaide pour l’émergence d’un « modèle social européen ». Au Parlement européen, les députés du PDE font partie du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), qui constitue actuellement le 4e groupe le plus important de cette assemblée.

Front de Gauche et Front National prônent la même politique économique

Une fois n’est pas coutume: je me contente aujourd’hui de citer quelques mots de François Bayrou, sans ajouter quoi que ce soit, parce que tout est dit de la façon la plus claire.

« Aujourd’hui l’extrême-droite et l’extrême-gauche défendent au mot près la même politique économique. Je ne dis pas qu’ils sont d’accord sur tout. Je sais très bien ce que les uns disent sur l’immigration, sur cette manière de chercher à faire flamber les antagonismes et les haines entre Français, entre tous les habitants de notre pays quelles que soient leurs origines. Mais sur le fond de la politique économique, sur ses trois grands chapitres : sortir de l’Union européenne ; sortir de l’euro ; recourir à nouveau aux facilités de la dévaluation et des subventions publiques et des allocations de toute nature, aux augmentations de tout ce qui fait plaisir, et aux diminutions de l’effort, il y a convergence. (…) Or, cette politique-là, la fermeture des frontières, la dépense publique et le retour au franc, la politique de la dette et la politique du déficit, et la dévaluation ressentie comme un bienfait, c’est une politique mortelle pour notre pays. C’est du mensonge et de la folie. »

(François Bayrou, discours de clôture de l’Université de rentrée de Guidel, 21 septembre 2014).

La percée du centre aux sénatoriales

A l’issue des élections sénatoriales partielles du 28 septembre, le groupe UDI-Union Centriste est passé de 32 à 43 sénateurs. François Zocchetto, président du groupe UDI-UC, s’est réjoui de cette forte progression du centre. Parmi les nouveaux sénateurs centristes élus dimanche, on peut notamment citer Élisabeth Doineau (UDI), élue en Mayenne avec près de 65% des suffrages : elle devient ainsi la première femme à être élue sénatrice de la Mayenne.

Curieusement, au lendemain des sénatoriales, on a peu parlé des bons résultats du centre. Les commentateurs ont surtout insisté sur le cas des deux sénateurs Front National. Or, l’entrée du FN à la Chambre Haute a surtout une portée symbolique car dans les faits, les deux sénateurs frontistes n’auront aucun poids. La presse a aussi évoqué, de façon un peu trop simpliste, une « victoire de la droite ». Il s’agit d’un abus de langage. Mathématiquement parlant, la droite n’a pas gagné les élections, car les sénateurs de droite stricto sensu (c’est-à-dire les sénateurs UMP et Divers Droite) totalisent moins de sièges que l’ensemble de la gauche. Etant donné que le groupe UMP ne dispose pas à lui seul de la majorité absolue, il aura besoin des centristes pour obtenir le rejet, l’adoption ou l’amendement d’un texte. Le groupe centriste sera donc véritablement le pivot de la Chambre Haute.

Trois facteurs permettent d’expliquer la percée du centre. Premier facteur : l’impact des municipales de mars 2014. Les grands électeurs étant issus principalement des collectivités territoriales, il est normal que la progression du centre aux municipales se répercute sur la composition du Sénat. Deuxièmement, les centristes ont profité, comme l’UMP, de l’impopularité du président et du gouvernement. Enfin, l’alliance du centre avec l’UMP a favorisé la victoire des candidats centristes. Il faut désormais que les élus centristes aient une conduite exemplaire et qu’ils ne s’enferment pas dans une opposition stérile et systématique, comme le font trop souvent les élus de l’UMP. Les sénateurs centristes devront donc incarner une opposition constructive et responsable, capable de voter des textes équilibrés et réalistes, même lorsque ces textes viennent de la gauche.