Non, la France n’est pas une dictature

Manifestation contre le passe sanitaire à Toulon, 7 août 2021 (AFP).

L’extension du passe sanitaire fait l’objet d’une opposition farouche qui dépasse largement les milieux « antivax » habituels. Nourris par une avalanche de fake news et de rumeurs complotistes sur les réseaux sociaux, galvanisés par quelques artistes en mal de publicité, certains adversaires du passe sanitaire n’hésitent pas à mobiliser des arguments grotesques et des références délirantes pour justifier leur combat : ils se décrivent comme des « résistants », dénoncent une mesure « antidémocratique », qualifient la France de « dictature » et comparent volontiers le passe sanitaire au nazisme, à la ségrégation raciale ou au port de l’étoile jaune. Quelques démagogues sans vergogne, venus de l’extrême droite et de l’extrême gauche, essaient même de récupérer le mouvement d’opposition au passe sanitaire à des fins électoralistes : honte à eux.

Le passe sanitaire n’est pas « antidémocratique ». Et la France n’est pas une « dictature ». L’extension du passe sanitaire a été votée par les députés et les sénateurs puis validée par le Conseil Constitutionnel. Certes, la généralisation du passe sanitaire implique une restriction de certaines libertés individuelles : personne ne le nie. Mais cette restriction est temporaire, et justifiée par des impératifs de santé publique. Dans son avis du 5 août 2021, le Conseil Constitutionnel a estimé que les dispositions relatives à l’extension du passe sanitaire étaient « proportionnées aux risques sanitaires » et conformes à « l’objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé ». Le Conseil Constitutionnel a aussi rappelé que l’extension du passe sanitaire était encadrée par des mesures garantissant l’accès aux soins médicaux et aux biens de première nécessité.

Il est étonnant de constater que l’extension du passe sanitaire suscite en France plus de contestations que le confinement et le couvre-feu, qui étaient pourtant des mesures beaucoup plus liberticides. Deux raisons peuvent expliquer ce paradoxe : tout d’abord, la méfiance d’une partie non négligeable de la population française à l’égard des vaccins ; deuxièmement, le fait que l’extension du passe sanitaire soit perçue comme une « discrimination » envers les non vaccinés.

L’efficacité des vaccins contre le covid est parfaitement démontrée : toutes les données disponibles à ce jour confirment qu’ils atténuent la gravité des symptômes et réduisent significativement les risques d’infection, d’hospitalisation et de décès, même face au variant delta. Quant aux effets indésirables, ils se limitent à des troubles transitoires et tout à fait bénins en comparaison des risques encourus en cas d’infection ; les effets secondaires graves nécessitant une hospitalisation sont rarissimes. Refuser la vaccination par peur des effets secondaires est une attitude irrationnelle car le virus est beaucoup plus dangereux que les vaccins. En France, l’épidémie de covid a fait 112.000 morts en un an et demi, et l’on estime que près de 300.000 personnes souffrent d’un covid long, c’est-à-dire de symptômes persistants. Sans oublier les conséquences économiques, sociales et psychologiques délétères de la pandémie. Qu’on le veuille ou non, la balance bénéfices-risques penche donc très nettement en faveur de la vaccination. Même si les vaccins anti-covid ne sont pas efficaces à 100 %, il est clair que dans un monde où le Sars-CoV-2 circule activement, la vaccination augmente nos chances de rester en bonne santé. En l’absence de traitement efficace contre le covid, la vaccination est notre seule porte de sortie, notre seule chance de retrouver une vie à peu près normale, sans couvre-feu ni confinement.

L’extension du pass sanitaire n’est pas une « discrimination » dans la mesure où le vaccin contre le covid-19 est accessible à tous, gratuitement. Les personnes qui refusent la vaccination font le choix de s’exclure elles-mêmes de la vie sociale : elles ne sont ni des victimes, ni des « résistants ». L’objectif du passe sanitaire n’est pas de stigmatiser les non vaccinés, mais d’inciter un maximum de personnes à se faire vacciner. Pour atteindre l’immunité collective et limiter le risque de voir émerger de nouveaux variants plus dangereux, nous n’avons pas d’autre choix que de vacciner massivement la population. 

Le vrai scandale, ce n’est pas le passe sanitaire ; c’est le fait qu’en France, pays de Louis Pasteur, il faille aujourd’hui recourir à des mesures contraignantes pour que les gens se fassent vacciner contre une maladie qui tue, qui laisse des séquelles, qui déstabilise notre économie et qui menace de faire imploser nos services de réanimation. Cela en dit long sur l’incapacité de l’exécutif à bâtir un consensus autour de sa politique vaccinale. Mais cela révèle aussi quelque chose de beaucoup plus préoccupant : l’extrême défiance d’une partie de nos concitoyens à l’égard des institutions en général, et des institutions scientifiques en particulier. Le mouvement d’opposition au passe sanitaire est plus qu’un simple mouvement d’opposition à la politique sanitaire d’Emmanuel Macron et de son gouvernement : c’est un mouvement anti-système, comme l’était le mouvement des gilets jaunes.