Bayrou, Lagarde: les deux visages du centre

bayrou & lagarde

Deux partis, deux leaders: François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde incarnent la dichotomie du courant centriste en France. Le premier préside le Mouvement Démocrate, parti qu’il a fondé en 2007. Le second préside l’UDI depuis novembre 2014. Quels sont les points communs et les différences entre les deux leaders du centre?

François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde se connaissent bien. Ce sont des centristes « pure souche » issus du CDS (Centre des Démocrates-Sociaux), l’un des partis fondateurs de l’UDF. C’est en 2007 que les soubresauts de la vie politique ont séparé les deux hommes: Jean-Christophe Lagarde apporta son soutien à Nicolas Sarkozy et rejoignit le « Nouveau Centre », contrairement à Bayrou qui refusa de rallier la majorité présidentielle.

Bayrou jouit d’une plus grande notoriété que Lagarde car il a occupé le ministère de l’Education Nationale de 1993 à 1997 et a fait trois campagnes présidentielles, dont celle de 2007 où il obtint 18% des suffrages au premier tour. Jean-Christophe Lagarde est plus jeune, il n’a aucune expérience ministérielle et apparaît encore comme un « homme neuf » aux yeux de beaucoup de Français: avant 2014, il était surtout connu des habitants Seine-Saint-Denis (il est maire de Drancy depuis 2001 et député depuis 2002), mais son élection à la tête de l’UDI lui a donné une stature nationale.

Les deux hommes ont des personnalités opposées: si Bayrou a plutôt l’image d’un homme bienveillant et un peu mou, Lagarde est connu pour son tempérament nerveux et impatient, pour ses formules choc et ses petites phrases assassines à l’encontre de ses adversaires. De l’ambition? Les deux hommes en ont, assurément. Depuis des années Bayrou est convaincu d’avoir une destinée présidentielle. Quant à Lagarde, c’est un redoutable prédateur politique: il a réussi l’exploit de conquérir (et de conserver) une municipalité communiste de la « banlieue rouge » historique. Il a également évincé son rival Hervé Morin (plus connu et plus médiatique que lui) dans la course à la présidence de l’UDI, et ses adversaires le soupçonnent de vouloir utiliser l’UDI comme tremplin pour préparer la future présidentielle.

Sur le fond, les deux hommes défendent à peu près les mêmes idées. Ils sont d’accord sur l’essentiel: fédéralisme européen, défense d’un libéralisme tempéré, promotion d’un courant centriste indépendant… Pourtant, Bayrou et Lagarde ont parfois défendu des positions divergentes. Ainsi, en 2005, Lagarde fit campagne pour le « non » au Traité Constitutionnel européen, pendant que Bayrou et les cadres de l’UDF défendaient activement ce texte: Lagarde justifia son choix en soulignant le manque d’ambition du traité, mais certains virent dans cette posture une volonté de ne pas froisser l’électorat populaire de Seine-Saint-Denis, majoritairement opposé au TCE. Par ailleurs, sur les questions dites « sociétales », les positions de Jean-Christophe Lagarde sont nettement plus libérales que celles de François Bayrou: Lagarde vota en faveur du mariage homosexuel en 2012, et défend la dépénalisation du cannabis.

Bayrou et Lagarde incarnent deux visions différentes du centre. Ils prônent tous deux un centre indépendant, mais Lagarde considère l’UMP comme un partenaire naturel du centre, tandis que Bayrou cherche à bâtir un pôle centriste équidistant de la droite et de la gauche, totalement émancipé des alliances traditionnelles qui unissaient jadis la droite et le centre. Pourtant, François Bayrou s’est déjà dit prêt à soutenir Alain Juppé dès le premier tour de la présidentielle de 2017, alors que Jean-Christophe Lagarde veut une candidature autonome du centre… Les deux leaders centristes vont être confrontés à des choix quasi cornéliens en 2017. Que fera Bayrou si Lagarde et Juppé sont candidats? Soutiendra-t-il le candidat de l’UDI (dont il est plus proche idéologiquement) ou celui de l’UMP (à qui il a déjà promis son soutien)? Et si Nicolas Sarkozy est candidat, Lagarde et Bayrou vont-ils se présenter tous les deux (au risque de disperser les voix du centre) ou vont-ils jouer à « pile ou face » pour déterminer lequel des deux doit représenter le centre? La présence de deux candidats centristes au premier tour serait évidemment suicidaire pour le centre, et favoriserait Marine Le Pen.

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L’UDI vote la censure… et renie ses idées

Lors de sa création en 2012, l’UDI avait promis d’incarner une opposition responsable et constructive, prête à voter les réformes utiles au pays, refusant les postures idéologiques et le systématisme de l’opposition droite/gauche. Malheureusement, nous en sommes loin. Tous les parlementaires de l’UDI s’accordaient à dire que, globalement, la loi Macron allait dans le bon sens: un tiers des députés UDI étaient même décidés à voter cette loi. Hélas, en votant la motion de censure contre le gouvernement Valls, les députés UDI ont encore manqué une occasion d’être courageux et d’affirmer leur différence avec l’UMP. Au lieu de soutenir une réforme qui était conforme à leurs idées, ils ont préféré les postures politiciennes. Au lieu d’agir en conformité avec l’indépendance dont ils se réclament, ils ont agi en bons soldats de l’UMP. Voter la motion de censure alors qu’on est favorable au projet de loi défendu par le gouvernement, voilà une belle hypocrisie… Il faut néanmoins souligner le courage des sept députés UDI (emmenés par Jean-Christophe Fromantin) qui ont affirmé leur indépendance en soutenant la loi Macron et en refusant de voter la motion de censure.

Quand le 49-3 sauve l’UDI d’un vote calamiteux

Manuel Valls le 17 février (source: bfmtv).

Le projet de loi Macron, qui vise à déverrouiller certains secteurs de l’économie française, aurait normalement dû trouver de nombreux soutiens dans les rangs du centre, à défaut d’en trouver sur l’aile gauche du PS. D’ailleurs, les centristes admettent que la loi Macron apporte des avancées, malgré le manque d’ambition du texte. L’ouverture à la concurrence des lignes d’autocar interurbaines? C’est une bonne chose, dit-on à l’UDI. L’augmentation du nombre de dimanches ouvrables dans les zones touristiques? C’est une bonne chose. La simplification des procédures en cas de licenciement collectif? Une bonne chose aussi. Seuls deux volets de la loi Macron suscitent quelques réserves au sein de l’UDI: la réforme des auto-écoles et celle des professions du droit. 

Pourtant, le texte a semé la zizanie chez les parlementaires UDI. Bien avant la séance du 17 février, Jean-Christophe Lagarde avait appelé à voter contre la loi Macron, coupant ainsi l’herbe sous le pied des quelques députés UDI prêts à voter le texte. Le 17 février, au sein du groupe UDI, une dizaine de députés voulaient voter contre la loi Macron, une dizaine de députés voulaient s’abstenir, et sept à huit députés avaient l’intention de voter en faveur du texte… Bref, l’UDI n’a pas été capable d’adopter une ligne claire face à la loi Macron, renvoyant ainsi au pays l’image d’un mouvement centriste divisé, confus et velléitaire. 

Heureusement pour les centristes, le gouvernement a choisi d’utiliser l’article 49-3, ce qui évite aux députés UDI de voter en ordre dispersé. En braves soldats de l’opposition, les députés centristes voteront la motion de censure déposée par l’UMP. Ainsi, le 49-3 sauve l’UDI d’une vote calamiteux sur la loi Macron et permet de restaurer un semblant d’unité dans les rangs de l’opposition… J’aurais préféré que la loi Macron soit soumise au vote de l’Assemblée, parce que ce vote aurait permis aux députés centristes les plus audacieux de marquer leur différence, et de soutenir une réforme qui, globalement, va dans le bon sens.

 

 

Un parti musulman en France: faut-il s’en inquiéter?

L’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français), petit parti né en 2012, fait beaucoup parler de lui depuis qu’il a exprimé, début 2015, son intention de présenter des candidats dans plusieurs cantons aux élections départementales. Les attentats de janvier 2015 et la sortie du roman de Michel Houellebecq Soumission (dans lequel un candidat islamiste remporte l’élection présidentielle française de 2022), ont placé l’UDMF sous le feu des projecteurs malgré le poids tout à fait dérisoire de ce parti. Que faut-il penser de l’UDMF? Faut-il y voir « un pas de plus vers la communautarisation de la France », comme l’affirme un article du Figaro, ou faut-il au contraire y voir la volonté, chez certains musulmans, de promouvoir un islam démocratique, humaniste et modéré?

Soyons clairs: l’existence d’un parti musulman n’est pas incompatible avec les lois et les institutions de la République Française. La laïcité garantit la neutralité religieuse de l’Etat mais n’empêche pas la création de partis confessionnels, dès lors que ces partis respectent la loi. Les statuts de l’UDMF définissent ce parti comme un « parti démocratique et laïque », qui se réclame d’une « philosophie » et non d’une croyance religieuse. D’ailleurs, Nagib Azergui, le fondateur du parti, compare l’UDMF aux partis démocrates-chrétiens européens, tels que le PCD de Christine Boutin en France ou la CDU d’Angela Merkel en Allemagne. L’UDMF se présente en quelque sorte comme la « version musulmane » de la démocratie chrétienne.

Cependant, la comparaison de l’UDMF avec les partis démocrates-chrétiens est à nuancer fortement. Tout d’abord, on ne peut pas mettre sur le même plan une tradition politique ancrée dans l’histoire de l’Europe occidentale et un courant politique récent dont les racines culturelles et philosophiques sont extra-européennes. De plus, l’UDMF s’adresse exclusivement à la communauté musulmane, tandis que les mouvements démocrates-chrétiens ne s’adressent pas à une communauté religieuse en particulier: sur le site de l’UDMF, on peut en effet lire que l’objectif de ce parti est de « permettre aux citoyens musulmans d’apporter une alternative au sein de la société française ». Par ailleurs, les partis démocrates-chrétiens traditionnels prônent des valeurs qui, bien qu’héritées du christianisme, apparaissent aujourd’hui comme des valeurs universelles et largement sécularisées: respect, solidarité, tolérance, défense de la dignité humaine, défense de la famille, etc. L’UDMF, au contraire, met en avant des propositions à caractère communautaire, comme la défense du halal ou le droit de porter le voile à l’école. En ce sens, l’émergence de l’UDMF risque de banaliser et de légitimer certaines revendications communautaires contraires à l’esprit même de la République laïque.

Le double discours véhiculé par l’UDMF a quelque chose de dérangeant: le parti se prétend laïque et modéré mais cautionne en réalité une certaine vision de l’islam, plutôt traditionaliste, alors que de nombreux musulmans français ont soif de modernité. Par conséquent, il n’est pas certain que les musulmans français se reconnaissent dans les idées portées par l’UDMF: de nombreuses musulmanes ne portent pas le voile, et il n’est écrit nulle part dans le Coran que les femmes doivent le faire. En défendant le droit de porter le voile à l’école, l’UDMF joue avec le feu et donne raison à tous les musulmans qui voudraient imposer aux femmes le port du voile partout, et tout le temps, au nom d’une vision intégriste de l’islam.

Cela étant dit, il ne faut pas exagérer le poids ni la portée de l’UDMF: à ce jour, le parti ne revendique que 900 adhérents. L’UDMF ne dispose que d’un seul élu: Hocine Hebbali, conseiller municipal à Bobigny, élu en 2014 après avoir rallié la liste UDI conduite par Stéphane de Paoli… L’UDMF a d’ailleurs dû revoir ses ambitions à la baisse pour les élections départementales, faute de financements. En effet, la parti a annoncé qu’il serait présent uniquement à Marseille, et qu’il renonçait à présenter des candidats en Île-de-France, à Nice et à Strasbourg. Pour l’heure, donc, il est inutile de crier au loup. Accordons à ce parti le « bénéfice du doute », mais restons attentifs à ses propositions ainsi qu’à ses évolutions.

L’UDF, paradis perdu des centristes?

L’UDF (Union pour la Démocratie Française) a joué un rôle de premier plan dans la vie politique hexagonale pendant une vingtaine d’années, de 1978 (date de sa création) à la fin des années 90. Aujourd’hui, beaucoup de centristes nostalgiques de l’UDF regardent cette période comme une sorte d’âge d’or. Il faut en effet rappeler que dans les années 80, l’UDF était la troisième force politique du pays derrière le RPR et le Parti Socialiste. En 1993, l’UDF comptait 215 députés (soit 37% des sièges). Et de 1992 à 1998, le Sénat fut présidé par une personnalité de l’UDF: René Monory. L’UDF fut également un grand pourvoyeur d’élus locaux, de ministres et de secrétaires d’Etat; de 1988 à 1991, elle a même fourni quelques « ministres d’ouverture » aux gouvernements socialistes, comme Jean-Pierre Soisson, qui fut Ministre du Travail dans le gouvernement Rocard. Pourtant, l’UDF n’était pas cet « eldorado centriste » que l’on imagine parfois.

Parti centriste ou auberge espagnole ?

A l’origine, l’UDF n’avait pas vocation à devenir un parti centriste. Lorsque Michel Poniatowski fonda l’UDF en 1978, il voulait réunir au sein d’une même confédération toutes les forces politiques du centre et de la droite libérale pour soutenir l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’ambition des fondateurs de l’UDF était de créer un grand parti de centre-droit, moderne, libéral et pro-européen, à la fois partenaire et concurrent du RPR. Dans les faits, l’UDF était une sorte d’auberge espagnole où cohabitaient des traditions politiques différentes: les radicaux valoisiens, les sociaux-démocrates du MDS, les démocrates-chrétiens du CDS, et les libéraux du Parti Républicain. L’UDF n’était donc pas un parti unifié: il s’agissait plutôt d’un cartel politique dont chaque parti-membre conservait ses structures et son identité. Dans les années 80, le Parti Républicain se convertit aux thèses néolibérales sous l’impulsion d’une nouvelle génération de responsables politiques fascinés par la « révolution conservatrice » de Reagan et Thatcher: c’était l’époque de François Léotard, Alain Madelin et Gérard Longuet, ceux que l’on appelait alors la « bande à Léo ». La « droitisation » du Parti Républicain remit en question la cohérence idéologique de la confédération et créa des tensions que Valéry Giscard d’Estaing, élu président de l’UDF en 1988, eut beaucoup de mal à juguler.

La scission de 1998 et la Nouvelle UDF de Bayrou : cap au centre

Dans les années 90, plusieurs élections divisèrent profondément l’UDF. Lors de la présidentielle de 1995, une partie de l’UDF décida de soutenir la candidature d’Edouard Balladur tandis que l’autre partie soutenait celle de Jacques Chirac. Les régionales de 1998 firent littéralement éclater le parti: en effet, François Bayrou condamna fermement les alliances avec le Front National, s’opposant ainsi à Alain Madelin et au Parti Républicain. La ligne défendue par Bayrou l’emporta: le Parti Républicain de Madelin décida donc de quitter l’UDF pour devenir un parti indépendant rebaptisé « Démocratie Libérale ». Après le départ du Parti Républicain, François Bayrou fut élu président de l’UDF. Il tenta de refonder l’UDF pour en faire un parti unifié, dont l’identité serait désormais clairement celle d’un parti centriste: c’est la « Nouvelle UDF ». L’ambition de Bayrou était alors de constituer un pôle centriste totalement indépendant de la droite, mais certains membres de l’UDF, comme les radicaux valoisiens, contestèrent cette ligne politique et prirent leur distance avec le nouveau président du parti. A l’élection présidentielle de 2002, de nombreux responsables de l’UDF se rallièrent à Jacques Chirac dès le premier tour au lieu de soutenir la candidature de François Bayrou.

Bayrou a-t-il tué l’UDF ?

Certains pensent que les ambitions personnelles de Bayrou ont tué l’UDF. D’autres pensent, au contraire, que les anciens amis de Bayrou sont coupables d’avoir déserté le parti pour sauver leur carrière d’élu. La réalité se trouve sans doute quelque part entre ces deux points de vue. En 2002, Jacques Chirac et Alain Juppé veulent rassembler la droite et le centre au sein d’un même parti: c’est la naissance de l’UMP. De nombreux centristes de l’UDF rejoignent l’UMP, mais François Bayrou refuse d’intégrer ce nouveau parti car il souhaite préserver l’indépendance du centre. En 2007, François Bayrou obtient 18% des suffrages au premier tour de la présidentielle mais provoque un tollé à l’UDF en refusant de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour. Sarkozy remporte la présidentielle, et Bayrou se retrouve isolé. A l’occasion des législatives de 2007, François Bayrou annonce la fondation d’un nouveau parti, le MoDem (Mouvement Démocrate). La plupart de ses anciens compagnons lui tournent le dos et rejoignent la majorité présidentielle : Hervé Morin fonde alors le Nouveau Centre, petit club de parlementaires UDF ralliés à Nicolas Sarkozy. L’UDF tient son dernier congrès en novembre 2007, sous la présidence de François Bayrou: les instances de l’UDF sont alors intégrées à celles du MoDem. En définitive, Bayrou n’a pas réussi à faire de l’UDF le grand parti centriste « libre et indépendant » dont il rêvait: en s’éloignant de la droite et en affirmant l’autonomie du centre, il a heurté l’électorat traditionnel de sa famille politique et provoqué l’incompréhension de ceux qui ont toujours considéré l’UDF comme un parti de centre-droit, allié à la droite républicaine. La grande erreur de Bayrou a été de croire qu’il serait suivi par les cadres de l’UDF dans ses choix d’indépendance: or, de nombreux élus centristes ont préféré rejoindre l’UMP ou le Nouveau Centre pour ne pas perdre leur siège.

L’UDI : une nouvelle UDF ?

A bien des égards, le parti fondé en 2012 par Jean-Louis Borloo ressemble à l’ancienne UDF: l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) est une confédération de partis de centre-droit, qui considèrent la droite comme un « allié naturel ». Le nom du parti n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard car il fait clairement écho à celui de l’UDF. Sur le plan idéologique, le parti réunit différents courants du centre: des radicaux valoisiens, des démocrates-chrétiens et des libéraux. La plupart des responsables de l’UDI sont d’anciens membres de l’UDF, à l’image de Jean-Christophe Lagarde, élu président du parti à la fin de l’année 2014. Mais contrairement à l’UDF, l’UDI ne réunit pas l’ensemble des centristes. Pour que l’ancienne UDF ressuscite, il faudrait que les centristes du MoDem et de l’UMP rejoignent l’UDI, ce qui est, pour l’heure, hautement improbable. Les nostalgiques de l’UDF devront donc être patients car de toute évidence, le grand parti central, humaniste, européen et libéral qu’ils réclament ne verra pas le jour en 2015.

L’éclatement de l’UMP: c’est pour quand?

Entre le PS et le FN, entre un candidat républicain et une candidate d’extrême droite qui a déclaré qu’elle croyait à « l’inégalité des races », l’UMP a choisi de ne pas choisir: cela en dit long sur la crise que traverse le principal parti de la droite française. Durant l’entre-deux-tours de la législative partielle organisée dans le Doubs, l’UMP n’a mené aucune réflexion de fond sur le programme et les valeurs des deux candidats restés en lice: les ténors du parti n’ont parlé que de stratégie politicienne, comme si les idées n’avaient plus aucune espèce d’importance. L’UMP est aujourd’hui un parti profondément fracturé sur le plan idéologique, et préfère éviter les débats de fond pour sauver son unité de façade. 

L’aile modérée, libérale, humaniste et européenne de l’UMP, que l’on pourrait qualifier de « centre droit », est incarnée par des personnalités comme Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin ou Dominique Bussereau, qui ont appelé à faire barrage au Front National au deuxième tour de la législative partielle dans le Doubs. Le reste du parti réunit les tendances les plus dures, qui vont de la droite souverainiste d’Henri Guaino à la droite ultra-sécuritaire et ultra-conservatrice du courant « Droite Populaire » animé par Thierry Mariani et Lionnel Luca. Cette droite « décomplexée » considère qu’il ne faut pas faire barrage au FN. Quant à Nicolas Sarkozy, il voudrait incarner l’impossible synthèse entre les différents courants de l’UMP mais il a de plus en plus de mal à jouer son rôle de « rassembleur ». Les divisions idéologiques de l’UMP sont telles que le parti semble aujourd’hui au bord de l’implosion. D’ailleurs, le mouvement « Droite Populaire » a déjà pris ses distances avec la direction de l’UMP et s’est constitué en parti autonome.

Les fractures de l’UMP, comme celles du PS, laissent entrevoir ce fameux « axe central » que François Bayrou et de nombreux centristes aimeraient voir émerger en France, un axe allant de la gauche sociale-démocrate au centre-droit en passant par les centristes, et qui pourrait constituer le socle d’une majorité nouvelle, réformiste et pragmatique, dont le pays aurait tant besoin. Depuis 30 ans, les alternances à répétition et la guerre perpétuelle de la gauche contre la droite ont conduit la France au bord du gouffre: hélas, c’est à l’extrême droite, et à elle seule, que profite cette situation.

Législative partielle dans le Doubs: où l’on voit que le centre n’est pas la droite

Le candidat de la droite a été battu dès le premier tour de l’élection législative partielle organisée dans la quatrième circonscription du Doubs, laissée vacante par Pierre Moscovici. Le second tour opposera donc le candidat du Parti Socialiste à celui du Front National. Dès l’annonce des résultats du premier tour, l’UDI, bien qu’étant dans l’opposition, a explicitement appelé tous les électeurs de la circonscription à faire barrage à l’extrême droite en votant « pour le seul candidat républicain restant en lice ». Au MoDem, François Bayrou a déclaré qu’il n’aurait « aucune hésitation à voter PS » face au Front National. A l’UMP, en revanche, c’est la confusion: tandis que Bussereau, NKM et Juppé appellent à faire barrage au FN, la plupart des autres ténors du parti tergiversent, hésitent, s’interrogent. Profondément embarrassés par cette élection, les cadres de l’UMP sont incapables d’adopter une position claire et unanime. La plupart d’entre eux ne croient plus au « front républicain » et défendent la ligne du « ni-ni », c’est-à-dire ni PS ni FN. Certains considèrent même qu’il ne faut donner aucune consigne de vote. Pourquoi une telle frilosité? Parce que les responsables de l’UMP savent qu’une partie de leurs électeurs se reportera naturellement sur le candidat du FN. Et parce qu’en appelant à voter PS, l’UMP a peur de se discréditer, et de valider la thèse frontiste de « l’Etat UMPS ». Dont acte. Les centristes, eux, ont préféré la défense de leurs convictions républicaines et humanistes à tout calcul politicien. Ils ont simplement considéré que les valeurs républicaines passaient avant tout le reste, et que la lutte contre l’extrême droite était plus importante que l’opposition droite/gauche. Le centre n’est pas la droite.