Le MoDem est-il encore utile au sein de la majorité?

F. Bayrou et E. Macron en 2017.

Le Mouvement Démocrate a été fondé par François Bayrou en 2007 sur les ruines de l’ancienne UDF. Dès sa création, ce parti a mis en avant des thèmes forts tels que la moralisation de la vie politique, la défense du projet européen et le dépassement du clivage droite-gauche. Le MoDem est longtemps resté en marge de la vie politique française mais la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017 fut une véritable aubaine pour le parti centriste : en soutenant le candidat Macron dès le premier tour de la présidentielle et en faisant alliance avec La République En Marche aux élections législatives, le MoDem est sorti de l’isolement. Avec 46 députés, le parti de François Bayrou dispose désormais de son propre groupe à l’Assemblée nationale et constitue le principal allié du parti présidentiel.

Dès 2017, les élus du MoDem ont cherché à se démarquer de leurs alliés macronistes : ils se sont présentés comme les garants du pluralisme au sein de la nouvelle majorité ; ils ont revendiqué l’héritage politique du centre face au jeune parti présidentiel ; ils voulaient incarner l’aile sociale et humaniste de la majorité face à des élus macronistes réputés plus libéraux. Malgré tout, le parti de François Bayrou n’a jamais vraiment été un pilier de la majorité. Pourquoi ? La première raison est arithmétique : avec plus de 300 députés, La République En Marche dispose à elle seule de la majorité absolue à l’Assemblée nationale et n’a pas besoin des centristes pour voter les réformes. La deuxième raison est judiciaire : le MoDem a été fragilisé par des soupçons de détournement de fonds publics au Parlement européen. François Bayrou, Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez ont quitté le gouvernement dès 2017 suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire et ont été mis en examen fin 2019.

Certes, le gouvernement d’Edouard Philippe compte encore trois membres du MoDem. Mais aucun d’entre eux ne peut être considéré comme un « poids lourd » du gouvernement : Marc Fesneau est chargé des relations avec le Parlement, Jacqueline Gourault est ministre de la Cohésion des Territoires et Geneviève Darrieussecq est secrétaire d’Etat auprès du ministre des Armées. En 2017, les ministres issus du MoDem occupaient des postes beaucoup plus importants dans le premier gouvernement Philippe : François Bayrou était ministre de la Justice, Marielle de Sarnez ministre des Affaires Européennes et Sylvie Goulard ministre des Armées. Il y a donc bien eu une forme de rétrogradation du MoDem au sein de l’équipe gouvernementale.

Le MoDem est-il vraiment utile dans la majorité ? Même si les élus du MoDem sont plutôt discrets, leur contribution au travail de la majorité n’est pas négligeable : ils ont rédigé de nombreux rapports parlementaires et déposé de nombreux amendements depuis le début de la législature. Maud Petit, députée MoDem du Val de Marne, est à l’origine de la loi de 2019 sur l’interdiction des violences éducatives, dite « loi anti-fessée ». Patrick Mignola, patron des députés MoDem, a déposé en 2018 une proposition de loi visant à protéger la propriété intellectuelle pour les éditeurs de services de presse en ligne. Les élus MoDem se sont efforcés d’améliorer les projets de loi portés par le gouvernement d’Edouard Philippe : ainsi, les amendements du MoDem ont permis d’humaniser la loi sur l’asile en améliorant les conditions de rétention des mineurs ; en 2018, un amendement du MoDem a retiré l’huile de palme de la liste des biocarburants, supprimant ainsi les avantages fiscaux dont bénéficiait ce produit.

Les élus du MoDem ont toujours fait preuve de loyauté vis-à-vis de leurs alliés macronistes. Et ils continuent de soutenir, bon an mal an, la politique du gouvernement. Philippe Berta, député MoDem du Gard, a été nommé en 2019 co-rapporteur du projet de loi sur la bioéthique prévoyant, entre autres, l’extension de la PMA. Nicolas Turquois, député MoDem de la Vienne, a été nommé début 2020 co-rapporteur du projet de loi sur la réforme des retraites. Pourtant, face à l’hégémonie du parti présidentiel, les élus du MoDem ont bien du mal à faire entendre leur voix. Le grand projet de réforme institutionnelle porté par François Bayrou et son parti, à savoir l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives, semble être aujourd’hui relégué au fond d’un tiroir de Matignon. Sur la question des retraites, sur celle des violences policières, sur l’éducation et sur bien d’autres sujets, les centristes n’ont pas vraiment pesé dans les débats. Ils n’ont pas été capables d’humaniser la ligne du gouvernement, ni de tempérer l’arrogance technocratique dont l’exécutif a si souvent fait preuve. Ils n’ont pas su défendre leur conception de la démocratie : la transparence, le respect des corps intermédiaires et la recherche du compromis le plus large pour mettre en place les réformes indispensables au pays.

Le malaise est d’ailleurs de plus en plus palpable dans les rangs du parti centriste. Isabelle Florennes, députée des Hauts-de-Seine, a reconnu dans la presse que le MoDem n’était pas assez écouté au sein de la majorité. Le député Jean-Louis Bourlanges, qui est l’une des dernières figures intellectuelles du courant centriste en France, déclarait quant à lui sur France Inter : « On n’aurait pas dû organiser la majorité comme on l’a fait, on n’aurait pas dû écraser les sensibilités politiques ». Le problème, c’est que les députés MoDem sont dans une situation de dépendance à l’égard du parti présidentiel, pour une raison très simple : c’est à lui qu’ils doivent leur élection. Dans ces conditions, il ne faut pas s’attendre à une fronde des parlementaires centristes.

Le « bac Blanquer » est-il un fiasco?

Heurts entre lycéens et policiers devant un lycée de Rennes.

Au mois de janvier, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). Les épreuves se sont plutôt bien déroulées dans l’immense majorité des lycées. Toutefois, de nombreux incidents ont émaillé cette première session d’E3C : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. Dans certains lycées, des policiers sont même intervenus pour lever des blocus et permettre aux élèves de passer leurs épreuves. Les syndicats enseignants, vent debout contre le « bac Blanquer », demandent l’annulation des épreuves et le retrait de la réforme.

Les incidents qui ont perturbé cette première session d’E3C témoignent de la précipitation dans laquelle a été mise en place la réforme du bac. Pour des raisons essentiellement politiques, le gouvernement a voulu que la réforme s’applique dès la rentrée 2019 dans les classes de Première : le nouveau bac ne devait surtout pas interférer sur l’élection présidentielle de 2022 ! Résultat : la réforme est entrée en application dans des conditions ubuesques. Reporter d’un an l’entrée en vigueur du nouveau bac aurait pourtant permis de limiter les dégâts et de laisser aux établissements le temps nécessaire pour s’approprier la réforme. Malheureusement, l’agenda politique a primé sur les considérations pédagogiques les plus élémentaires, et ce sont les élèves qui en paient le prix. Tout ce qu’il faut espérer, à présent, c’est que le ministre de l’Education nationale entende la détresse des enseignants et des élèves.

Les perturbations constatées lors des E3C soulèvent aussi des questionnements légitimes sur le bienfondé du contrôle continu. La réforme du bac a effectivement renforcé le poids du contrôle continu dans la note finale : les E3C représenteront 30% du total des points, et les moyennes trimestrielles 10%. De nombreux enseignants hostiles à la réforme craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu l’examen perde sa valeur nationale et devienne une sorte de « bac local ». Je crois qu’il s’agit là d’un faux problème. Pour que le bac perde sa « valeur », encore faudrait-il qu’il en ait une. Cela fait bien longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur : sur la plateforme Parcoursup, les élèves de Terminale reçoivent leurs premières réponses dès le mois de mai, bien avant les épreuves du bac. Dans les faits, l’enseignement supérieur recrute déjà les élèves sur la base du contrôle continu ! Les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Et les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne sont rien d’autre que des gratifications symboliques. En réalité, tout se joue avant le bac.

Le vrai problème n’est pas tant le contrôle continu en lui-même que l’architecture des nouvelles épreuves du bac. Les E3C présentent plusieurs inconvénients majeurs : outre le fait que ces épreuves sont extrêmement lourdes à organiser pour les établissements, elles complexifient terriblement l’architecture du bac. Pire : les E3C amplifient les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre puisqu’elles encouragent une forme de bachotage permanent : la réforme prévoit en effet que les élèves passent des E3C en milieu de Première, en fin de Première puis en milieu de Terminale. Le Rapport Mathiot, qui a très largement inspiré la réforme du lycée, préconisait un contrôle continu intégral pour les enseignements de tronc commun : autrement dit, seules les moyennes trimestrielles devaient être prises en compte pour ces enseignements. C’est Jean-Michel Blanquer qui a décidé de créer des épreuves intermédiaires pour établir un cadrage commun à tous les établissements, mais également pour limiter les risques de pressions des parents d’élèves sur les enseignants. Pourtant, lorsqu’on voit l’énorme usine à gaz que sont les E3C, on en vient à se demander si le contrôle continu intégral proposé dans le rapport Mathiot n’était pas la solution la plus simple.