Un gouvernement d’ouverture et de compétences

Le premier gouvernement du quinquennat d’Emmanuel Macron est un gouvernement parfaitement paritaire : outre le Premier Ministre Edouard Philippe, la nouvelle équipe gouvernementale compte 11 hommes et 11 femmes.

Ce gouvernement est d’abord un gouvernement d’ouverture qui dépasse les clivages politiques traditionnels en réunissant des personnalités du centre-gauche, du centre et de la droite républicaine. Premier Ministre d’ouverture, le juppéiste Edouard Philippe incarne l’aile modérée du parti Les Républicains. Deux autres poids lourds de la droite sont entrés au gouvernement : Bruno Le Maire, nommé ministre de l’Economie, et Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics. En confiant l’économie et le budget à des hommes de droite, Emmanuel Macron confirme l’orientation libérale de son projet économique et rappelle sa volonté de maîtriser les dépenses publiques. Le gouvernement comporte également deux poids lourds du PS : le maire de Lyon Gérard Collomb, fidèle soutien d’Emmanuel Macron, devient ministre de l’Intérieur, tandis que Jean-Yves Le Drian quitte le ministère de la Défense pour celui des Affaires Etrangères. Richard Ferrand, secrétaire général du mouvement En Marche!, devient ministre de la Cohésion des territoires. Les centristes sont bien représentés dans le nouveau gouvernement : François Bayrou, récompensé pour son ralliement à Macron en février, devient ministre de la Justice, fonction qui lui permettra de porter un projet de loi très attendu sur la « moralisation de la vie publique ». Deux autres personnalités centristes sont entrées au gouvernement : Sylvie Goulard (ex-MoDem ralliée à En Marche!) devient ministre des Armées, et Marielle de Sarnez (vice-présidente du MoDem) devient ministre chargée des Affaires Européennes. On notera également la présence de deux membres du Parti Radical de Gauche : le sénateur Jacques Mézard (à l’Agriculture) et Annick Girardin (à l’Outre-mer). Ce gouvernement pluraliste réunit donc les principaux courants politiques de « l’axe central ». Et l’on ne peut que déplorer l’absence de ministres issus de l’UDI : le parti de Jean-Christophe Lagarde aurait pu intégrer ce gouvernement s’il n’avait pas refusé la main tendue par Emmanuel Macron…

Ce gouvernement incarne aussi une volonté d’ouverture à la société civile : neuf membres de la nouvelle équipe gouvernementale ne sont pas issus du monde politique, notamment le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer (directeur de l’Essec), la ministre de la Santé Agnès Buzyn (médecin), la ministre de la Culture Françoise Nyssen (directrice de la maison d’édition Actes Sud), la ministre du Travail Muriel Pénicaud (issue du monde de l’entreprise) ou encore la ministre des Sports Laura Flessel (ancienne championne olympique d’escrime qui est aussi très investie dans la vie associative). Mais la plus belle « prise » d’Emmanuel Macron n’est autre que Nicolas Hulot, ancien animateur de télévision, grand défenseur de la cause environnementale et créateur de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme : partisan d’une écologie humaniste et pragmatique, il devient ministre d’Etat chargé de la transition écologique. Reste à savoir si Nicolas Hulot est une simple « vitrine » écologique pour Emmanuel Macron ou s’il disposera réellement des moyens nécessaires pour mener une politique écologique ambitieuse : quoi qu’il en soit, en confiant la transition écologique à Nicolas Hulot avec, en prime, un statut de ministre d’Etat, Emmanuel Macron fait un beau pied de nez à tous ceux qui lui ont reproché pendant la campagne de négliger les enjeux environnementaux.

Ce gouvernement est aussi un gouvernement de compétences : Emmanuel Macron n’a pas simplement cherché à « récompenser » des soutiens, il a voulu faire appel à des personnalités hautement qualifiées. Nicolas Hulot est un expert de l’écologie ; pour mener à bien sa mission, il sera secondé par Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports, spécialiste des transports publics et ancienne directrice de la RATP. Le nouveau ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, est un expert des questions éducatives : cet ancien professeur de droit public a été recteur de l’académie de Créteil et Directeur général de l’enseignement scolaire ; il est connu depuis des années pour ses propositions en faveur de l’expérimentation pédagogique et de l’autonomie des établissements scolaires. La ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal, connaît parfaitement le monde universitaire puisqu’elle est présidente de l’Université de Nice-Sophia-Antipolis. La ministre déléguée aux Affaires Européennes, Marielle de Sarnez, est une européiste convaincue et une spécialiste des questions européennes ; elle siège au Parlement européen depuis 1999. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est médecin, chercheuse en hématologie et présidente de la Haute Autorité de la Santé. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a été choisie pour sa grande connaissance du monde de l’entreprise et son expertise en gestion des ressources humaines : elle a exercé de hautes responsabilités dans plusieurs grandes entreprises françaises, notamment dans le groupe Danone où elle a été directrice des ressources humaines pendant 5 ans.

La composition du gouvernement d’Edouard Philippe est presque un sans faute. On peut toutefois regretter l’absence du grand ministère des Droits des Femmes annoncé par Emmanuel Macron : il n’y aura finalement qu’un simple secrétariat d’Etat à l’Egalité entre hommes et femmes, confié à la journaliste Marlène Schiappa qui a certainement toutes les qualités requises pour ce poste mais qui disposera, hélas, de moyens limités. De plus, en confiant Matignon, l’économie et le budget à trois personnalités venues du parti Les Républicains, Macron a pris le risque de froisser l’aile gauche de son électorat, car ce gouvernement « central » donne un peu l’impression de pencher à droite…

Présidentielle: les leçons du premier tour

Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle, avec 23,8% des suffrages pour le premier et 21,5% pour la seconde. Au-delà des chiffres, quels sont les enseignements majeurs qu’il faut tirer de ce scrutin?

Premier enseignement: le succès de l’extrême droite. Pour la deuxième fois de son histoire, le Front National sera présent au second tour d’une élection présidentielle. Marine Le Pen n’arrive certes qu’en deuxième position, mais avec un score plus élevé que son père en 2002. Elle est arrivée en tête dans la plupart des départements du Nord, de l’Est et du Sud-Est de la France. Même si la plupart des candidats éliminés ont appelé à voter Macron pour faire barrage à l’extrême droite au deuxième tour, la défaite de Marine Le Pen n’est pas du tout acquise: la candidate frontiste peut gagner, elle dispose encore d’une importante réserve de voix (notamment chez les électeurs de Fillon) et il est clair qu’une partie des électeurs de Mélenchon préfèreront s’abstenir ou voter blanc plutôt que voter Macron. Le « front républicain » sera donc beaucoup plus fragile qu’en 2002.

Deuxième enseignement: la crise des deux principaux partis de gouvernement. Le candidat de LR et celui du PS ont été éliminés dès le premier tour: aucun des deux grands partis de gouvernement ne sera donc représenté au second tour, situation inédite sous la Cinquième République. La candidature de Fillon a été plombée par les « affaires », ce qui a provoqué l’élimination de la droite dès le premier tour malgré un fort désir d’alternance et une « droitisation » de l’opinion publique. Quant à Benoît Hamon, avec seulement 6,3% des suffrages, il obtient un score historiquement faible pour un candidat socialiste. Les électeurs ont clairement sanctionné le PS: discrédité par le quinquennat de François Hollande, déstabilisé par ses divisions internes et par le ralliement de plusieurs socialistes à Emmanuel Macron, le PS n’a pas réussi à mobiliser les électeurs de gauche autour de son candidat. Benoît Hamon s’est retrouvé pris en étau entre deux candidats plus populaires que lui, Mélenchon et Macron, qui ont littéralement siphonné les voix socialistes. Mais le résultat de ce premier tour confirme aussi la crise des partis politiques en général, et vient valider a posteriori les critiques adressées aux primaires: en effet, comme l’avait dit François Bayrou dès l’été 2016, les candidats désignés à l’issue d’une primaire se situent généralement au point d’équilibre d’un camp politique, et non au point d’équilibre du pays, ce qui réduit leur aptitude à rassembler les Français quand vient le moment de la présidentielle.

Troisième enseignement: la victoire de « l’axe central ». Depuis des années, de nombreux centristes (dont le Centriloque) annoncent l’émergence d’un « axe central » réformiste et pro-européen, allant des sociaux-démocrates du PS aux modérés de LR. La victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de cette présidentielle marque une étape décisive dans l’avènement de cet axe central et confirme que les Français se reconnaissent de moins en moins dans les clivages idéologiques d’hier. Macron est sur le point de faire ce que Bayrou n’a pas réussi à faire en 2007 et en 2012: dépasser le clivage droite-gauche et rassembler les modérés des deux bords. Une page se tourne dans l’histoire de la Cinquième République, et une recomposition majeure du système politique est en train de s’opérer. Le clivage droite-gauche n’est cependant pas mort et pourrait bien ressurgir de façon très nette au moment des législatives: espérons qu’en juin les logiques de clan et d’appareil ne vont pas reprendre le dessus et gâcher cette occasion historique de renouveler les pratiques politiques.

Pour l’heure, la priorité absolue est de faire battre Marine Le Pen au second tour, car une victoire de la candidate frontiste à la présidentielle serait une catastrophe pour la France. Pour ce deuxième tour, les électeurs ont le choix entre deux candidats radicalement opposés: un candidat libéral et europhile partisan d’une France ouverte et intégrée à la mondialisation, et une candidate europhobe, xénophobe, nationaliste et protectionniste, qui rêve d’une économie et d’une société fermées. J’espère sincèrement que les Français résisteront à la vague populiste qui déferle sur l’Europe, et qu’ils montreront au reste du monde leur attachement au projet européen et aux valeurs dont la République française est le symbole.

E. Macron et M. Le Pen.

La « bande des quatre », recomposition ou décomposition du système politique français?

En cette fin de campagne présidentielle saturée de sondages d’opinion, quatre candidats sont au coude à coude et obtiennent chacun environ 20% des intentions de vote : Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon. Ces quatre candidats incarnent quatre offres politiques bien distinctes : une droite national-populiste (Marine Le Pen), un centre social-libéral et européen (Macron), une droite économiquement libérale et socialement très conservatrice (Fillon) et une gauche antilibérale et antieuropéenne (Mélenchon). Sommes-nous en train d’assister à une remise en cause du clivage droite-gauche et à une recomposition durable du paysage politique hexagonal ?

Ce quatuor de présidentiables, que certains commentateurs ont surnommé la « Bande des Quatre », n’est pas sans rappeler ce que le politologue Maurice Duverger appelait le « quadrille bipolaire » dans les années 1980. A cette époque, la vie politique française était en effet dominée par quatre grands partis : le PCF (extrême gauche), le PS (gauche), l’UDF (centre-droit) et le RPR (droite). Mais la situation actuelle est très différente. Le « quadrille bipolaire » des années 80-90 ne remettait pas en cause le clivage droite/gauche traditionnel puisqu’il opposait une coalition de gauche (PS et PCF) à une coalition de droite (RPR et UDF) : ces deux coalitions relativement stables ont permis des alternances droite/gauche au sommet de l’Etat pendant une vingtaine d’années. Or, la campagne présidentielle de 2017 brouille les repères et les clivages politiques traditionnels : seuls Mélenchon et Fillon assument un positionnement idéologique s’inscrivant dans les cadres classiques de la « gauche » et de la « droite ». Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont plus difficiles à classer car ils cherchent à dépasser le clivage droite/gauche. En fait, dans cette présidentielle, on constate que les clivages politiques varient selon les questions envisagées. Sur l’économie, par exemple, Fillon et Macron sont plutôt libéraux tandis que Le Pen et Mélenchon sont antilibéraux, étatistes et protectionnistes. Sur les questions sociétales, en revanche, Mélenchon et Macron défendent une vision plus ouverte et plus progressiste, tandis que Le Pen et Fillon défendent une vision beaucoup plus conservatrice.

Il ne faut pas oublier que la campagne présidentielle met en avant des candidatures individuelles, et non des partis politiques. Or, il existe un gros décalage entre l’offre politique de la présidentielle et la façon dont s’organise le système partisan français. Le Parti Socialiste, même fortement divisé, reste à ce jour le premier parti politique à gauche : or, son candidat officiel, Benoît Hamon, ne fait même plus partie des favoris de la présidentielle et plafonne désormais à 9% des intentions de vote. Le Front National a peu d’élus locaux et ne dispose à ce jour que de deux députés à l’Assemblée nationale (dont un non encarté) alors que sa candidate, Marine Le Pen, est donnée en tête des intentions de vote. Le mouvement de Macron « En Marche ! » n’est pas un parti politique à proprement parler et ne dispose à ce jour d’aucun groupe parlementaire ; d’ailleurs, les nombreux socialistes ralliés à Macron n’ont pas démissionné du PS. Quant à la « France Insoumise » de Jean-Luc Mélenchon, c’est une nébuleuse qui demeure assez peu structurée et peu centralisée. Parmi les quatre candidats favoris, seul François Fillon bénéficie de l’appui d’un parti puissant et structuré adossé à de vastes réseaux d’élus, mais cela ne doit pas faire oublier les divisions profondes qui rongent Les Républicains : le parti de droite est en effet tiraillé entre une aile « dure » qui soutient Fillon bec et ongles et une aile « modérée » qui avait soutenu Juppé lors de la primaire et qui, au fond, ne croit plus tellement à la victoire de Fillon.

La recomposition du système partisan français dépendra du résultat de la présidentielle et des législatives, mais il ne faut pas sous-estimer l’extraordinaire capacité de résistance des grands partis politiques. Ainsi, une victoire d’Emmanuel Macron entraînerait certainement un éclatement du Parti Socialiste ; mais si Macron est battu, il n’est pas impossible que les socialistes pro-Macron finissent par rentrer dans le rang et que le PS survive à la crise majeure qu’il est en train de traverser, en annonçant une énième « refondation ». Il est encore trop tôt pour parler d’une recomposition durable du champ politique français : en réalité, la campagne électorale est surtout révélatrice d’une « décomposition » du système politique : la grande popularité de Macron, de Mélenchon et de Le Pen est symptomatique d’un rejet des partis traditionnels. François Hollande a joué, peut-être sans le vouloir, un rôle déterminant dans cette décomposition : sa politique a brouillé les repères idéologiques de la gauche, exacerbé les divisions au sein du PS et favorisé la montée de candidats populistes comme Le Pen et Mélenchon. Quant à Macron, il peut apparaître comme un héritier du « hollandisme », à une différence près : Hollande pensait pouvoir mener une politique social-démocrate en s’appuyant sur une majorité de gauche ; Macron a pris acte des divisions de la gauche et entend gouverner en s’appuyant sur ce fameux « axe central » qui va de la gauche réformiste à la droite modérée en passant par les centristes.

F. Fillon, E. Macron, J.L. Mélenchon et M. Le Pen.

Mais quand le PS va-t-il éclater ?

Le PS est le parti de la synthèse molle et de l’ambiguïté permanente. Malgré les profondes fractures idéologiques qui auraient dû le faire éclater depuis longtemps, le PS résiste, contraint et forcé de maintenir son unité de façade pour conserver son statut de principal parti de gauche. Pourtant, entre une aile gauche étatiste et antilibérale, et une aile droite qui oscille entre social-démocratie et social-libéralisme, le divorce est largement consommé. L’aile gauche du PS pourrait sans nul doute gouverner avec le Front de Gauche, et l’aile droite avec les centristes : il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que la majorité soit si mal en point. Heureusement, entre ces deux tendances, il y a le « ventre mou » du parti, opportuniste et inconstant, qui accepte aujourd’hui ce qu’il dénonçait hier et qui avale des couleuvres à longueur de temps pour sauver l’unité du PS depuis que Valls est à Matignon.

Le PS doit clarifier sa ligne idéologique, ou éclater. Ce parti a été fondé en 1969 lors du Congrès d’Issy-les-Moulineaux, sur les ruines de l’ancienne SFIO : depuis cette date, il n’a jamais été véritablement refondé. Les socialistes vivent encore dans la fiction de la synthèse mitterrandienne et refusent d’opérer les arbitrages qui permettraient de clarifier la ligne du parti. Le PS est-il pour l’insertion de la France dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle ? Est-il pour une Europe forte et intégrée ? Est-il pour la monnaie unique et les critères de Maastricht ? Est-il pour une simplification du droit du travail et une flexibilisation du marché de l’emploi ? Est-il pour la maîtrise des dépenses publiques ? Est-il pour la baisse des charges sur les entreprises ? Est-il pour l’augmentation de l’âge de départ à la retraite ? Est-il pour une régulation renforcée de l’immigration et un durcissement de la lutte contre l’immigration illégale ? Aujourd’hui, on n’en sait rien. Ce qui est plutôt gênant pour un parti de gouvernement.

Pour que les citoyens s’y retrouvent, il faudrait que le PS éclate une bonne fois pour toutes. Le système partisan français ne correspond plus aux clivages politiques réels. Aujourd’hui, nous avons en France une gauche antilibérale (qui correspond au Front de Gauche ainsi qu’à l’aile gauche du PS et d’Europe-Ecologie-Les Verts), un centre libéral et pro-européen (qui correspond peu ou prou à ce fameux « axe central » qui va des sociaux-démocrates du PS aux modérés de LR en passant par les centristes du MoDem et de l’UDI), et enfin, une droite « lepéno-zemmourienne », souverainiste, conservatrice et ethnocentriste (allant de l’aile droite de LR au Front National). Mais le système électoral français favorise la bipolarisation à outrance de la vie politique : il maintient des clivages politiques artificiels et perpétue la domination des deux principaux partis de gouvernement. Deux partis qui, d’ailleurs, n’inspirent plus tellement confiance aux Français.

Le Parti Socialiste est donc toujours debout. Il ressemble de plus en plus à un parti-zombie qui traîne la patte, mais il est toujours debout. Les pseudo-frondeurs du PS contestent la politique de Valls mais refusent de voter la censure du gouvernement car, au fond, ils ne veulent pas que le Parti Socialiste explose. Le Premier Secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, qui incarne à merveille la synthèse molle du socialisme à la française, défend quant à lui l’idée d’une « grande primaire de la gauche » et affirme que le Parti Socialiste est la « colonne vertébrale » de la gauche française. Comme si le PS pouvait encore être la « colonne vertébrale » de quelque chose.

J.C. Cambadélis.

Vers un « tripartisme » à la française ?

On appelle « tripartisme » une situation dans laquelle trois partis dominent la vie politique d’un pays. Le parti de Marine Le Pen, arrivé en tête au premier tour des régionales de décembre 2015, est devenu un acteur incontournable du jeu politique et remet en cause la suprématie du PS et de l’ex-UMP (rebaptisée Les Républicains). Peut-on parler aujourd’hui d’un « tripartisme » à la française ?

Il est vrai que le paysage politique français semble désormais s’organiser autour de trois grandes forces politiques : le PS, Les Républicains et le Front National. En réalité, il ne faudrait pas parler de « tripartisme » mais plutôt de « tripartition » ou de « tripolarisation », car ce ne sont pas trois partis mais trois blocs qui sont en concurrence : un bloc de centre-gauche composé du PS et de ses alliés, un bloc de centre-droit composé du parti Les Républicains et de ses alliés centristes, et un bloc d’extrême droite composé du FN et du « Rassemblement Bleu Marine », une organisation politique étroitement liée au FN mais distincte de ce dernier. La gauche radicale se retrouve marginalisée, et les petits partis indépendants obtiennent des scores dérisoires qui ne leur permettent pas de jouer un rôle politique significatif. 

Il faut cependant relativiser ce schéma tripartite, car l’isolement du FN et son incapacité à conquérir des exécutifs régionaux en décembre 2015 nous montrent que ce parti n’est pas encore considéré comme un parti « normal » et qu’il continue de susciter beaucoup de crainte. Par ailleurs, nous voyons bien que les deux principaux partis de gouvernement, le PS et LR, sont profondément fracturés idéologiquement : l’aile gauche du Parti Socialiste conteste la politique « social-libérale » du gouvernement Valls, et la stratégie du « ni PS ni FN » défendue par Nicolas Sarkozy a exacerbé les divisions internes de LR, entre une aile « modérée » qui souhaite faire barrage au Front National et une aile « dure » qui rejette le principe d’un front anti-FN. Emmanuel Rivière, directeur du pôle politique de l’institut TNS Sofres, parle de « tripartisme bancal » pour désigner cette situation politique.

A ce tripartisme bancal, Emmanuel Rivière oppose une autre forme de tripartisme qui correspondrait davantage aux clivages politiques actuels et qui exprimerait des choix clairs pour les électeurs : une gauche antilibérale proposant un véritable changement de système économique, un centre libéral, réformiste et pro-européen (qui correspondrait peu ou prou à ce fameux « axe central » dont parle François Bayrou), et enfin, une droite souverainiste, conservatrice et ethnocentriste. Mais un tel système supposerait l’éclatement du PS et de LR. En effet, le pôle de gauche dont parle Emmanuel Rivière correspond à l’aile gauche du PS, à l’aile gauche des Verts et au Front de Gauche ; le pôle central réunirait les modérés de LR, les centristes de l’UDI et du MoDem, les sociaux-démocrates et les « sociaux-libéraux » du PS et les écologistes réformistes. Quant à la droite conservatrice et souverainiste, elle réunirait l’aile droite de LR et le Front National ainsi que d’autres petits partis souverainistes de droite.

Dans L’Etat de l’opinion 2016 (publié aux éditions du Seuil par l’institut TNS Sofres), Emmanuel Rivière écrit : « Le tripartisme (…) issu des urnes du mois de décembre n’est satisfaisant pour personne. Il ressemble plus à une étape vers une nécessaire recomposition qu’à l’avènement d’un système durable. Reste à savoir combien de temps le conservatisme des appareils parviendra à maintenir le statu quo, au risque d’accentuer le divorce avec des électeurs qui ne s’y retrouvent décidément plus dans la manière dont s’organise l’offre politique ». Hélas, les appareils politiques ont déjà plus d’une fois montré leur extraordinaire capacité de résistance au changement : en France, les recompositions politiques se font souvent dans la douleur, à l’issue de crises majeures et traumatisantes.

Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen.

Bonne année 2016

Pour toute une génération, l’année 2015 représentait le futur, car c’est en l’an 2015 que le jeune Marty MacFly, héros d’un célèbre film de science-fiction des années 80, découvre à quoi ressemble le futur. Mais l’année 2015 est déjà terminée : le futur appartient déjà au passé, et nous avons tous pris un méchant coup de vieux. 

Si un jeune des années 80 avait été projeté en 2015 grâce à une machine à voyager dans le temps, il aurait sans doute été surpris de voir que, dans le futur, tout le monde avait en permanence les yeux fixés sur des écrans et que les rues étaient remplies de gens étranges faisant la conversation au kit mains libres de leur téléphone portable. Notre voyageur venu du passé aurait découvert un monde hyperconnecté, « internetisé », « googlisé ». Une société plus ouverte, plus cosmopolite, et plus inégalitaire aussi. Un monde plus instable et plus anxiogène, exposé à la menace d’un terrorisme islamiste globalisé frappant n’importe où, n’importe quand, n’importe qui. L’année 2015 aura été, à plus d’un titre, une annus horribilis. En France, elle a commencé dans le bain de sang de Charlie Hebdo et s’est achevée dans la tuerie du Bataclan et le séisme politique des élections régionales. L’année 2016 sera-t-elle celle du sursaut et de l’espérance retrouvée ? Celle qui verra la France renouer avec la croissance et l’emploi ? Celle qui verra Daesh s’effondrer et la paix progresser au Proche-Orient ? Celle qui verra les Etats réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et s’engager résolument dans la préparation de l’après-pétrole ?

Vue du centre, l’année 2015 aura été celle des renoncements. Incapables de s’unir pour former des listes centristes autonomes aux élections régionales de décembre, les responsables de l’UDI et du MoDem se sont finalement ralliés aux Républicains dès le premier tour, y compris dans les régions où la tête de liste LR incarnait l’aile dure du parti. Ainsi, en Auvergne-Rhône-Alpes, les centristes ont accepté de faire alliance avec Laurent Wauquiez, dont ils avaient pourtant critiqué le discours souverainiste et xénophobe. Une fois de plus, les combines d’appareil l’ont emporté sur les principes. L’indépendance que l’on aime tant revendiquer à l’UDI et au MoDem a été sacrifiée sur l’autel de la realpolitik. Les centristes peuvent-ils exister politiquement sans être alliés à la droite ? En 2015, la réponse a été claire : c’est non. Il faudra qu’en 2016 les centristes clarifient leur stratégie : veulent-ils bâtir un pôle centriste véritablement indépendant de la droite, ou préfèrent-ils rester les auxiliaires dociles du parti de Nicolas Sarkozy ? Quelques jours avant la fin de l’année, François Bayrou prenait de nouveau ses distances avec Les Républicains et réaffirmait son ambition de construire un « centre fort et indépendant » et de dépasser les clivages politiques traditionnels.

Mais les lignes sont en train de bouger. A droite, le changement de nom de l’UMP n’a été qu’une manœuvre purement cosmétique visant à camoufler les divisions idéologiques de ce parti, dont l’aile modérée entend faire barrage au FN et dont l’aile dure prône la doctrine mortifère du « ni ni ». A gauche, Europe-Ecologie-Les Verts a éclaté : l’aile gauche du parti a rompu avec le gouvernement, provoquant ainsi l’exaspération puis le départ des modérés. Le Parti Socialiste est profondément fracturé : pendant que les frondeurs du PS réclament un coup de barre à gauche, Manuel Valls et d’autres leaders socialistes envisagent de plus en plus sérieusement une ouverture de la majorité vers le centre. Jean-Pierre Raffarin et François Fillon ont proposé au gouvernement de travailler avec l’opposition sur le dossier de l’emploi. Sondage après sondage, on constate que les personnalités politiques préférées des Français sont des centristes ou des modérés qui sont idéologiquement proches du centre, comme Juppé, Valls ou Macron. Le fameux « axe central » dont rêvent Bayrou et de nombreux centristes n’est-il pas en train d’émerger lentement ?

Le Centriloque vous remercie pour votre fidélité, et vous souhaite une très bonne année 2016.

Bonne année (1)

Les modérés de droite et de gauche peuvent travailler ensemble

Faire travailler ensemble des modérés de gauche et de droite sur les réformes nécessaires au pays : François Bayrou et de nombreux centristes défendent cette idée depuis longtemps. Déjà, lors de la présidentielle de 2007, Bayrou avait proposé de rassembler des personnalités du centre, de la gauche et de la droite au sein d’un gouvernement d’union nationale. A l’époque, on lui avait ri au nez… Or, l’idée semble désormais dans l’ère du temps. Après le séisme des régionales de décembre 2015, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a déclaré que la droite républicaine devait « travailler avec le gouvernement » pour combattre le chômage et le FN. Manuel Valls a réagi de façon enthousiaste à cette proposition. A droite comme à gauche, d’autres voix commencent à s’élever pour demander une collaboration entre l’opposition et la majorité sur le dossier de l’emploi. Un autre ancien Premier ministre, François Fillon, a d’ailleurs déclaré qu’il allait « faire des propositions » au Président de la République.

La proposition de Jean-Pierre Raffarin n’a rien d’aberrant : sur les questions socio-économiques, il est clair que Valls et Macron sont beaucoup plus proches d’un Raffarin, d’un Juppé ou d’un Bayrou que d’un Mélenchon. Par ailleurs, le Front National est en train de dynamiter le paysage politique français : la principale fracture idéologique, aujourd’hui, n’est plus celle qui oppose la gauche à la droite, mais celle qui oppose les partis républicains, modérés et pro-européens à l’extrême droite populiste, nationaliste et europhobe. Le clivage droite/gauche est devenu obsolète face aux défis majeurs auxquels est confronté notre pays, qu’il s’agisse de l’emploi, de la compétitivité, de la transition énergétique ou de la lutte contre le terrorisme djihadiste. Les modérés de gauche et de droite ont intérêt à travailler ensemble car ils sont d’accord sur l’essentiel : « l’axe central » que Bayrou et de nombreux centristes appellent de leurs vœux est bel-et-bien en train d’émerger.

Pour l’heure, il n’est pas encore question d’un gouvernement d’union nationale ni d’une « grande coalition » à l’allemande mais simplement d’une plate-forme collaborative permettant à l’opposition de travailler avec le gouvernement et la majorité sur des propositions concrètes visant à relancer l’emploi (simplification du droit du travail, soutien aux investissements, soutien aux PME et aux exploitants agricoles, etc.). C’est un bon début. Hélas, que de temps perdu ! Il aura fallu attendre que le nombre de chômeurs dépasse les 5 millions et que le Front National arrive en tête au premier tour des régionales pour qu’enfin les modérés de gauche et de droite acceptent de faire une « trêve » et de travailler ensemble.

Mais rien n’est gagné, car le PS et Les Républicains sont des partis profondément divisés. A droite, l’aile « dure » des Républicains refuse tout dialogue avec le gouvernement. Nicolas Sarkozy défend la stratégie de l’affrontement et la ligne mortifère du « ni PS ni FN ». Au Parti Socialiste, ce n’est pas mieux : certains réclament un virage à gauche et prônent l’ouverture de la majorité vers le Front de Gauche et Europe-Ecologie-Les Verts. Le Premier Secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, nous a ressorti son projet de « grande alliance populaire », une sorte de grande coalition de gauche allant des centristes aux communistes, dont le PS serait la « colonne vertébrale ». Comme si le PS pouvait encore être la « colonne vertébrale » de quelque chose. Comme si les communistes et les amis de Mélenchon (antilibéraux et anti-européens) pouvaient s’entendre avec les centristes (libéraux et pro-européens). Ouvrons les yeux : il n’y aura pas de véritable recomposition du champ politique tant que le PS et LR n’auront pas éclaté.

J.P. Raffarin.

« L’axe central », réalité ou illusion?

Cela fait plusieurs années que François Bayrou milite pour la constitution d’un « axe central » réunissant les centristes et les modérés de gauche et de droite pour mettre en place les réformes nécessaires au pays, sur la base du compromis le plus large possible. Cet « axe central » irait des sociaux-démocrates du PS et des écologistes modérés aux libéraux de LR, en passant par les centristes du MoDem et de l’UDI. Il s’agirait donc d’une « majorité d’idées », qui dépasserait les clivages politiques traditionnels.

Cet « axe central » existe au moins virtuellement, dans l’opinion publique. C’est en tout cas l’enseignement que l’on peut tirer de plusieurs sondages récents. D’après un sondage réalisé début octobre 2015 par l’institut Elabe pour le quotidien Les Echos, les trois personnalités politiques qui ont l’image la plus positive appartiennent à ce fameux « axe central » : il s’agit d’Alain Juppé (48% des sondés considèrent qu’il a une image positive), d’Emmanuel Macron (37%) et de François Bayrou (35%). Alain Juppé incarne l’aile modérée, humaniste et européenne de LR ; Emmanuel Macron incarne plutôt la gauche « sociale-libérale » ; quant à François Bayrou, il demeure à ce jour la figure la plus populaire du centre. Selon un autre sondage réalisé par l’IFOP pour Paris Match, les quatre personnalités politiques préférées des Français seraient Alain Juppé, François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin et Manuel Valls. Et d’après un sondage TNS-SOFRES pour Le Figaro Magazine, les trois premières places du classement des personnalités politiques les plus appréciées seraient occupées par Alain Juppé, Christine Lagarde et Emmanuel Macron.

Qu’on le veuille on non, la plupart des Français apprécient les personnalités politiques modérées, et se méfient des personnalités « clivantes » comme Nicolas Sarkozy, Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Les citoyens se reconnaissent davantage dans les personnalités plus consensuelles : ainsi, de nombreux Français de gauche ont une image positive d’Alain Juppé, et de nombreux Français de droite ont une image positive de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron. Cette confiance que les Français accordent aux personnalités « centristes » ou modérées doit être accueillie comme une bonne nouvelle dans le contexte actuel, marqué par une recrudescence des discours extrémistes et populistes et par une montée spectaculaire du FN.

Cela dit, le résultat de ces différents sondages doit évidemment être relativisé. Tout d’abord, ce ne sont que des sondages. De plus, comme l’a écrit Jean-Louis Pommery, directeur du CREC (Centre de Recherche et d’Etude du Centrisme), cela ne veut pas forcément dire que nos compatriotes souhaitent que ces diverses personnalités gouvernent ensemble, et cela ne veut pas dire non plus que les Français souhaitent les voir diriger la France : on peut avoir une opinion positive de quelqu’un sans avoir l’intention de voter pour lui. Pour qu’un jour cet « axe central » se concrétise, il faudrait que l’une de ces personnalités accède à la présidence de la République et fasse le choix de former un gouvernement d’ouverture incluant des personnalités du centre-gauche, du centre et du centre-droit. 

http://www.lecentrisme.com/2015/10/une-semaine-en-centrisme-laxe-central.html

F. Bayrou

Axe central ou tripartisme ?

Les centristes ont doublé leur nombre de conseillers départementaux : l’UDI, qui revendique entre 450 et 500 conseillers à l’issue du second tour, apparaît comme la troisième force politique du pays, derrière l’UMP et le PS mais devant le PCF et le FN. Cela dit, les centristes n’ont aucune raison de pavoiser, car leur succès n’aurait pas été possible sans alliance avec l’UMP. Par ailleurs, les bons résultats de l’alliance UMP-UDI-MoDem aux départementales s’expliquent surtout par un vote sanction contre le PS : comme l’a déclaré François Bayrou, les résultats des départementales sont une sanction « brutale » pour la majorité, mais pas encore un « vote d’adhésion » aux forces de l’opposition. Enfin, avec une abstention qui avoisine les 50%, on peut difficilement parler d’un basculement des électeurs vers la droite et le centre.

Certains observateurs voient dans le résultat des départementales un renforcement du « tripartisme », situation dans laquelle la vie politique serait dominée par trois forces concurrentes : le PS et ses alliés, l’UMP et ses alliés, et le Front National. Cette vision doit être nuancée car l’extrême gauche n’est pas hors-jeu, bien au contraire. Elle a d’ailleurs obtenu plus d’élus que le Front National : ainsi, le PCF revendique plus de 160 conseillers départementaux en métropole, tandis que le FN, privé d’alliances et pénalisé par le scrutin binominal à deux tours, obtient 62 conseillers. Mais si l’on examine le poids électoral réel de chaque formation politique au premier tour, on constate clairement que trois « blocs » dominent : UMP-UDI-MoDem (29% des suffrages), FN (25%) et PS (22%). Ce « tripartisme » n’est pas forcément une bonne chose pour les centristes. Il est vrai qu’à court terme, l’alliance avec l’UMP permet aux centristes d’obtenir de bons scores et de faire élire un nombre satisfaisant de conseillers départementaux. Mais à moyen terme, cette alliance maintient les centristes dans une situation de dépendance à l’égard de la droite, et les empêche de se démarquer.

De plus, le tripartisme compromet sérieusement l’émergence de « l’axe central » que Bayrou appelle de ses vœux, et qui rassemblerait les sociaux-démocrates du PS, les modérés de l’UMP et les centristes de l’UDI et du MoDem. Cette alliance des modérés face aux populismes de gauche comme de droite apparaît comme la seule formule permettant de mener, sur la base du compromis le plus large possible, toutes les réformes nécessaires au pays. Or, le scrutin binominal à deux tours, tout comme le scrutin uninominal à deux tours utilisé lors des législatives, empêche l’émergence de cet « axe central » et oblige les petits partis à s’allier au PS ou à l’UMP, sous peine de marginalisation. La montée du FN, au lieu de favoriser le rapprochement des modérés de gauche et de droite, ne fait que renforcer les vieilles logiques de clan. Les seules alternatives proposées aux électeurs pour contrer la montée du FN sont, d’une part, le « rassemblement de la gauche », et d’autre part, le « rassemblement de la droite et du centre ». Pendant des décennies, nous avons cru à la fiction d’une France coupée en deux ; nous croyons désormais à celle d’une France coupée en trois.

L’éclatement de l’UMP: c’est pour quand?

Entre le PS et le FN, entre un candidat républicain et une candidate d’extrême droite qui a déclaré qu’elle croyait à « l’inégalité des races », l’UMP a choisi de ne pas choisir: cela en dit long sur la crise que traverse le principal parti de la droite française. Durant l’entre-deux-tours de la législative partielle organisée dans le Doubs, l’UMP n’a mené aucune réflexion de fond sur le programme et les valeurs des deux candidats restés en lice: les ténors du parti n’ont parlé que de stratégie politicienne, comme si les idées n’avaient plus aucune espèce d’importance. L’UMP est aujourd’hui un parti profondément fracturé sur le plan idéologique, et préfère éviter les débats de fond pour sauver son unité de façade. 

L’aile modérée, libérale, humaniste et européenne de l’UMP, que l’on pourrait qualifier de « centre droit », est incarnée par des personnalités comme Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin ou Dominique Bussereau, qui ont appelé à faire barrage au Front National au deuxième tour de la législative partielle dans le Doubs. Le reste du parti réunit les tendances les plus dures, qui vont de la droite souverainiste d’Henri Guaino à la droite ultra-sécuritaire et ultra-conservatrice du courant « Droite Populaire » animé par Thierry Mariani et Lionnel Luca. Cette droite « décomplexée » considère qu’il ne faut pas faire barrage au FN. Quant à Nicolas Sarkozy, il voudrait incarner l’impossible synthèse entre les différents courants de l’UMP mais il a de plus en plus de mal à jouer son rôle de « rassembleur ». Les divisions idéologiques de l’UMP sont telles que le parti semble aujourd’hui au bord de l’implosion. D’ailleurs, le mouvement « Droite Populaire » a déjà pris ses distances avec la direction de l’UMP et s’est constitué en parti autonome.

Les fractures de l’UMP, comme celles du PS, laissent entrevoir ce fameux « axe central » que François Bayrou et de nombreux centristes aimeraient voir émerger en France, un axe allant de la gauche sociale-démocrate au centre-droit en passant par les centristes, et qui pourrait constituer le socle d’une majorité nouvelle, réformiste et pragmatique, dont le pays aurait tant besoin. Depuis 30 ans, les alternances à répétition et la guerre perpétuelle de la gauche contre la droite ont conduit la France au bord du gouffre: hélas, c’est à l’extrême droite, et à elle seule, que profite cette situation.