Bayrou fait alliance avec Macron

Dans la conférence de presse qu’il a tenue au siège du MoDem ce mercredi 22 février à 16 heures 30, François Bayrou a officiellement annoncé son choix de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. Il a également fait une « offre d’alliance » à Emmanuel Macron tout en posant certaines conditions, notamment une « loi de moralisation de la vie publique » et l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives pour améliorer la représentativité du Parlement. Emmanuel Macron s’est empressé d’accepter l’offre de François Bayrou.

Le président du MoDem est souvent décrit comme un homme pourvu d’un égo démesuré, animé d’une ambition dévorante et obsédé par l’élection présidentielle : certains de ses anciens amis, comme Hervé Morin et Jean Lassalle, avaient même affirmé qu’il serait candidat en 2017. En renonçant à une quatrième candidature à la présidentielle, Bayrou a cependant démontré qu’il savait faire passer l’intérêt général avant ses ambitions personnelles. En vérité, le choix qu’il vient de faire est celui de la lucidité : ses chances de victoire à la présidentielle étaient extrêmement faibles et sa candidature aurait entraîné une dispersion des suffrages qui, in fine, aurait fragilisé les candidats modérés face à l’extrême droite.

Les diagnostics de Bayrou sur l’état de la France ont toujours été d’une grande justesse : on ne peut pas en dire autant de ses pronostics électoraux. Tous les scénarios envisagés par Bayrou se sont effondrés les uns après les autres ! Le président du MoDem avait d’abord soutenu Juppé à la primaire de la droite, en pariant sur un affrontement Juppé-Sarkozy au second tour : or, la victoire inattendue de François Fillon à la primaire a compromis toute la stratégie de Bayrou. Il avait ensuite parié sur un essoufflement de la campagne d’Emmanuel Macron, ce qui lui aurait permis de revenir dans la course en se présentant comme le candidat naturel du centre : les enquêtes d’opinion montrent cependant que l’engouement des Français pour Macron est durable et que ce dernier est au coude-à-coude avec Fillon dans les intentions de vote.

Le ralliement de Bayrou à Macron n’avait rien d’évident, mais il est cohérent. En public, Bayrou a longtemps critiqué Macron en le dépeignant comme le « candidat de la finance » et en dénonçant la vacuité de son bilan à Bercy. Mais en coulisses, des rumeurs circulaient déjà depuis quelques semaines sur une possible alliance entre les deux hommes. Macron est clairement le candidat dont les idées se rapprochent le plus de celles de Bayrou. Et même si Macron ne se revendique pas « centriste », il se situe bien au centre de l’échiquier politique, il séduit de nombreux électeurs centristes et il apparaît aujourd’hui comme le seul candidat capable de faire ce que Bayrou a essayé de faire pendant quinze ans : dépasser les clivages politiques traditionnels pour bâtir une « majorité d’idées ». La campagne actuelle de Macron ressemble d’ailleurs étrangement à celle qu’avait menée Bayrou à la présidentielle de 2007 puisqu’elle met en avant les mêmes thèmes : dépassement du clivage droite-gauche, moralisation de la vie politique, « déverrouillage » de l’économie, défense du projet européen.

Lors des présidentielles de 2002, 2007 et 2012, François Bayrou a tenté, sans succès, de porter un projet humaniste et d’incarner une « troisième voie » entre les candidats du PS et de l’UMP. Le ralliement de Bayrou à Macron montre cependant qu’une recomposition politique s’opère et qu’un « axe central » est bel et bien en train d’émerger. Cette fois, la campagne est vraiment commencée, et de vrais choix sont en jeu.

F. Bayrou.

F. Bayrou.

Résolution Française: présentation du dernier livre de François Bayrou

F. Bayrou.

F. Bayrou.

Avant même d’avoir pris sa décision sur une éventuelle candidature à la présidentielle, François Bayrou a publié début février un livre intitulé Résolution française. Simple essai politique ou véritable programme présidentiel ? A première vue, Résolution Française ne constitue pas un programme politique : Bayrou ne dévoile pas ici un catalogue de mesures techniques mais plutôt un ensemble de grandes orientations. De ces grandes orientations découlent cependant plusieurs propositions concrètes autour desquelles pourrait se construire un futur programme présidentiel.

L’auteur développe d’abord sa vision de la France et de « l’âme française ». Pour Bayrou, ce qui définit l’identité française depuis la Révolution, c’est la résistance à toutes les formes de tyrannie, comme le dit d’ailleurs le premier couplet de la Marseillaise. Or, d’après l’auteur, cet esprit de résistance demeure vital aujourd’hui car, dans le contexte d’une mondialisation débridée, la France doit résister à la « tyrannie de l’argent » et refuser le modèle de société ultralibéral qui se caractérise par le culte de l’argent et le creusement permanent des inégalités sociales. Bayrou est souvent décrit par la presse comme une sorte de « Cassandre » au discours catastrophiste, mais la vision de la France qu’il développe est profondément optimiste : pour lui, la France n’est pas en déclin ; elle est simplement bloquée et découragée. Elle dispose d’atouts majeurs qui joueront un rôle décisif dans les décennies à venir : son territoire, sa vitalité démographique, sa main d’œuvre qualifiée, ses entreprises puissantes, ses services publics performants et son haut niveau de protection sociale. Bayrou rappelle d’ailleurs son attachement au « modèle social français » fondé sur la solidarité, un modèle qui doit être considéré « comme une chance et non comme une charge », à condition que l’on accepte les réformes nécessaires pour assurer la pérennité de ce modèle.

Selon Bayrou, le redressement du pays doit s’appuyer sur trois piliers : « unité, énergie et vision ». « L’unité » désigne la cohésion nationale et passe donc par la lutte contre toutes les fractures sociales, culturelles et idéologiques du pays. Bayrou dénonce les discours clivants qui dressent les Français les uns contre les autres. Il développe une vision apaisée de l’immigration et de l’islam tout en réaffirmant la nécessité de défendre une laïcité stricte, seule condition garantissant la liberté de conscience et de culte. Il considère la question du financement des lieux de culte comme un enjeu majeur et souhaite que l’Etat puisse, dans le respect de la loi de 1905, aider les musulmans de France à mieux organiser le financement de leur culte : il défend notamment l’idée d’une « contribution sur la certification halal », qui serait mise en place et recouvrée par les autorités musulmanes avec le soutien de l’Etat, sur le même modèle que la certification casher au sein de la communauté juive. Pour restaurer la cohésion de la nation, Bayrou est favorable à la mise en place d’un « service civil universel » de plusieurs semaines, pour tous les jeunes Français qui sortent de l’enseignement secondaire : il s’agirait d’un service « en uniforme » qui permettrait de transmettre une formation civique approfondie et des compétences utiles à la collectivité (missions en milieu scolaire, en milieu hospitalier ou en maison de retraite, découverte de la vie associative, etc.).

Le deuxième pilier, « l’énergie », consiste à libérer toutes les forces vives du pays, à encourager l’initiative privée, la recherche, la création, l’innovation et l’esprit d’entreprise. Bayrou critique les dérives d’un État français dont la boulimie réglementaire et les pesanteurs bureaucratiques découragent trop souvent les initiatives individuelles : l’Etat doit « libérer » et non « étouffer ». C’est pourquoi l’auteur considère la simplification des procédures administratives comme une condition indispensable au « réveil » du pays. L’Education Nationale joue, elle aussi, un rôle clé dans la libération des énergies françaises : Bayrou rappelle son amour de l’école et son estime pour le métier d’enseignant (qu’il a lui-même exercé pendant dix ans). L’auteur juge nécessaire de revaloriser le traitement des professeurs et de respecter leur liberté pédagogique. Il souhaite recentrer l’enseignement primaire sur la transmission des savoirs fondamentaux, notamment la maîtrise de la langue. Il rappelle son attachement à la « culture humaniste » et aux langues anciennes ainsi que son opposition vigoureuse à la réforme du collège, accusée d’accentuer les inégalités et d’encourager la fuite vers l’enseignement privé.

Le troisième pilier, la « vision », consiste à proposer aux citoyens une vision claire du rôle que la France doit avoir en Europe et dans le monde. Bayrou souhaite préserver la capacité de projection, l’influence diplomatique et le rayonnement culturel de la France dans le monde. La France doit rester un pays indépendant, capable de dialoguer avec les grandes puissances du monde sans pour autant « s’aligner » sur elles. Bayrou rappelle également son engagement en faveur d’une Europe politique : selon Bayrou, le Brexit va renforcer le rôle de la France au sein de l’Union européenne et offrir au gouvernement français une occasion historique de réorienter le projet européen. Pour que l’UE fonctionne de façon plus transparente, Bayrou propose que les délibérations du Conseil européen soient publiques. L’auteur prône une coopération européenne accrue dans le domaine de la défense et de la lutte antiterroriste. Il considère aussi que l’Union européenne doit devenir un acteur clé de la lutte contre le chômage : pour cela, il faut redéfinir le mandat de la BCE en ajoutant à ses missions la recherche du plein emploi et le soutien à l’activité économique. Enfin, la France et l’Europe doivent devenir exemplaires en matière de développement durable, en soutenant plus que jamais le développement des pays pauvres et en défendant avec fermeté, en Europe et dans le monde, la réduction continue et irréversible de toutes les productions et de toutes les activités présentant un risque climatique, sanitaire ou industriel pour l’humanité.

Dans Résolution Française, Bayrou expose aussi une « méthode » : il réaffirme notamment sa préférence pour les transformations progressives plutôt que pour les ruptures brutales. Il souligne le rôle essentiel de la négociation dans l’élaboration des réformes et insiste sur la nécessité d’associer plus étroitement les citoyens à l’exercice du pouvoir. Ce faisant, l’auteur critique le fameux mythe des « cent jours » selon lequel un président nouvellement élu aurait la capacité de réformer le pays de fond en comble dès le début de son mandat, en deux ou trois mois seulement (comme prétend le faire François Fillon). Bayrou développe également sa conception de la fonction présidentielle : soucieux de renouer avec l’esprit gaullien de la Cinquième République, l’auteur rappelle que le président de la République est le représentant de tous les Français et qu’il doit, par conséquent, se tenir « au-dessus de la mêlée politicienne » ; Bayrou accuse d’ailleurs Nicolas Sarkozy et François Hollande d’avoir « dévoyé » la fonction présidentielle en se comportant comme des « chefs de clan ». En outre, l’auteur accorde une grande importance à la parole présidentielle : le chef de l’Etat ne doit pas parler comme un expert ; son rôle est d’abord de proposer au pays une « vision » et de définir les grandes priorités de la politique nationale ; pour cela, il doit s’adresser aux citoyens dans une langue élégante et limpide, libérée des formules creuses et des jargons technocratiques.

Parmi les propositions novatrices avancées par François Bayrou dans Résolution Française, on retiendra tout d’abord l’idée d’un « droit à la communauté » : inspiré de certaines constitutions africaines, ce principe consiste à reconnaître à la nation un « droit collectif à porter un modèle de société au travers du temps » ; il s’agit en quelque sorte de sanctuariser dans la loi française une identité collective qui serait fondée, entre autres, sur la liberté d’expression, l’égalité des sexes et la laïcité. Bayrou conçoit ce « droit à la communauté » comme une réponse possible aux questionnements et aux angoisses actuels sur l’identité nationale. Par ailleurs, Bayrou propose la reconnaissance d’un « droit à la première expérience professionnelle » pour tous les jeunes afin de favoriser leur insertion sur le marché de l’emploi ; cette première expérience se ferait dans le cadre d’un dispositif ad hoc, plus souple qu’un CDD, et serait soutenue par des fonds publics. La référence aux 35 heures doit être conservée dans le Code du Travail, non pas comme durée légale du travail mais comme seuil d’activation des heures supplémentaires ; Bayrou souhaite que le taux de majoration des heures supplémentaires soit maintenu à 25% pour tous les salariés et propose d’octroyer aux entreprises des baisses de charges sur toutes les heures supplémentaires effectuées, ce qui permettrait de valoriser le travail des salariés sans coût supplémentaire pour l’employeur. Bayrou souhaite aussi introduire plus de souplesse et de simplicité dans le système de protection sociale : il plaide notamment pour un système de retraites « à la carte ». Il s’agit de remplacer tous les régimes de retraite existants par un système de retraite unique tenant compte de la pénibilité des tâches professionnelles mais également de certaines formes d’engagement non professionnel qui, actuellement, n’ouvrent aucun droit social. Ce système prendrait la forme d’un « compte-épargne retraite » par points. Bayrou souhaite aussi remplacer tous les minimas sociaux existants par une « allocation sociale unique », calculée en fonction de la situation de chaque bénéficiaire.

Que les sympathisants de François Bayrou se rassurent : le chef du MoDem reste fidèle aux idées qu’il a défendues pendant les dix dernières années. Tous les fondamentaux du « bayrouisme » sont présents dans l’ouvrage, à commencer par la défense du pluralisme : l’auteur réaffirme par exemple sa volonté d’introduire une dose de proportionnelle dans les scrutins législatifs pour améliorer la représentativité du Parlement. Il veut aussi protéger l’indépendance de la presse en limitant drastiquement les processus de concentration dans le secteur des médias et en garantissant une stricte séparation entre le pouvoir médiatique et les grands intérêts financiers : pour cela, Bayrou propose la création d’une haute autorité indépendante sur le même modèle que le CSA. Bayrou continue aussi de plaider pour la formation d’un gouvernement d’unité nationale regroupant les modérés de la gauche, de la droite et du centre pour mettre en œuvre, sur la base du compromis le plus large possible, les réformes nécessaires au pays. Le retour à l’équilibre budgétaire, autre thème cher à François Bayrou, est considéré comme une obligation morale vis-à-vis des générations futures et doit permettre de restaurer l’indépendance de la France en la libérant du diktat des marchés financiers : « il n’existe pas de souveraineté si l’on est obligé d’emprunter pour vivre ». D’après l’auteur, la simplification et la rationalisation des services administratifs de l’Etat et des collectivités permettront de réduire les dépenses de fonctionnement, et de revenir à l’équilibre budgétaire en 10 ans.

Le projet politique développé dans Résolution Française est un projet humaniste et équilibré qui s’inscrit dans une pensée à la fois libérale et sociale : libérale parce que l’économie a besoin de liberté pour s’épanouir, et sociale parce que la finalité de l’action politique doit rester le bien-être de tous et la réduction des inégalités. Dans ce livre, Bayrou réaffirme également sa fibre démocrate-chrétienne, notamment lorsqu’il critique l’individualisme et le culte de l’argent. On peut déplorer que la question environnementale soit peu abordée dans l’ouvrage : Bayrou n’avance aucune proposition concrète pour favoriser la transition énergétique et ne prend pas clairement position sur une question aussi essentielle que l’avenir du nucléaire. On peut également s’étonner de la rhétorique « anti-système » qui caractérise l’ouvrage de François Bayrou et dans laquelle certains voient une forme de populisme. Cela n’est d’ailleurs pas nouveau chez Bayrou : en 2007, déjà, il avait capté une partie du vote protestataire en promettant de moraliser la vie politique et de faire éclater un système partisan totalement sclérosé. Mais les solutions que Bayrou avance n’ont rien de « populiste » : au contraire, elles sont lucides et relativement modérées. En outre, Bayrou ne rejette pas les élites politiques (dont il fait lui-même partie) : il souhaite changer les règles du jeu et dépasser les clivages politiques traditionnels pour faire émerger des « majorités d’idées », une ambition aujourd’hui partagée par Emmanuel Macron…

La préférence nationale, pierre angulaire du programme du FN

La « préférence nationale » (également appelée « priorité citoyenne ») consiste à réserver prioritairement aux citoyens français l’accès au marché du travail, à l’éducation et à certains avantages tels que les logements sociaux. Cette idée occupe une place centrale dans le programme du Front National, et Marine Le Pen souhaite l’inscrire dans la Constitution.

La préférence nationale pose le problème de l’égalité des droits entre citoyens français et résidents étrangers. Il faut tout d’abord rappeler que l’égalité totale des droits entre nationaux et résidents étrangers n’existe pas. En France, certains droits sont réservés aux détenteurs de la nationalité française, comme le droit de vote et le droit d’éligibilité. En outre, certains types d’emploi sont fermés aux étrangers. Les « emplois de souveraineté », c’est-à-dire les professions qui participent de manière directe à l’exercice des prérogatives de la puissance publique, sont depuis longtemps réservés aux citoyens français, notamment dans l’armée, la fonction publique et la magistrature. Il est tout à fait normal que les citoyens d’un Etat jouissent de droits plus étendus que les résidents étrangers : si la loi française ne réservait pas certaines prérogatives aux citoyens français, alors l’idée même de nation serait vidée de toute signification. Ce qui doit être dénoncé, en revanche, c’est le fait d’utiliser le principe de la « préférence nationale » pour mettre les étrangers au ban de la société française et pour les priver des droits économiques et sociaux les plus élémentaires. La « préférence nationale » telle qu’elle est proposée par le Front National est injuste et discriminatoire : si elle était appliquée, elle priverait les résidents étrangers de tout ce qui est nécessaire à leur intégration. Les étrangers qui résident et travaillent légalement en France paient des impôts et versent des cotisations sociales au même titre que les citoyens français, ils ont donc droit aux mêmes prestations. 

Mais la politique de « préférence nationale » préconisée par le FN n’est pas seulement injuste : elle est également inutile. Cette politique ne résoudrait pas la crise du logement, elle ne ferait pas baisser le chômage et n’améliorerait en aucune façon le quotidien des Français. La préférence nationale repose en fait sur des postulats erronés que le Front National présente comme des vérités parfaitement établies. Premièrement, le FN et une grande partie de ses électeurs considèrent que les étrangers « prennent » le travail des Français, et qu’il suffit d’écarter les étrangers du marché du travail pour faire baisser mécaniquement le taux de chômage des nationaux. Ce postulat mensonger participe d’un vieux fantasme xénophobe en total décalage avec la réalité. Il faut en effet rappeler que plusieurs secteurs d’activité ont besoin de la main d’œuvre immigrée car ils peinent à recruter parmi les nationaux : c’est notamment le cas du BTP, du textile et de la sécurité. Sans immigration légale, de nombreux patrons de ces différents secteurs devraient mettre la clé sous la porte. En revanche, dans les professions qui ne sont pas « sous tension », il est déjà très difficile d’embaucher un étranger non communautaire, et les employeurs qui en font la demande essuient généralement un refus de l’administration. Il est donc faux de dire que les étrangers « prennent » le travail des Français. 

Deuxième postulat erroné : le FN prétend que l’Etat en fait « plus » pour les étrangers que pour les citoyens français. Le parti de Marine Le Pen dénonce en effet une « préférence étrangère », c’est-à-dire une discrimination positive en faveur des résidents étrangers : d’après le FN, les étrangers auraient plus facilement accès que les Français aux logements sociaux, aux aides sociales et aux soins médicaux. Il s’agit, là aussi, d’un fantasme puisque les étrangers ne bénéficient d’aucun avantage particulier par rapport aux Français. Au contraire, tous les indicateurs montrent que les étrangers non communautaires cumulent les handicaps économiques et sociaux : ils ont un niveau d’étude inférieur à celui des Français, ils sont plus touchés par le chômage, ils occupent les emplois les moins qualifiés et les logements les plus précaires dans les quartiers les plus défavorisés. Sans parler des discriminations à l’embauche dont ils sont victimes. En matière de logement, il n’existe aucune « préférence étrangère ». Seuls les demandeurs d’asile ont droit à un hébergement d’urgence le temps que leur dossier soit examiné. Cette mesure est d’ailleurs une obligation inscrite dans la Convention de Genève sur les réfugiés.

En résumé, la « préférence nationale » préconisée par le FN n’a aucune justification sociale ou économique. Elle est injuste et dangereuse dans la mesure où son application rendrait encore plus difficile l’intégration des étrangers. Il s’agit d’une mesure purement idéologique dont l’objectif est de mettre les étrangers au ban de la société. Hélas, le débat sur l’immigration est trop souvent parasité par ce genre de fantasmes xénophobes et par des slogans démagogiques en décalage total avec la réalité. La préférence nationale, solution simpliste et radicale à des problèmes complexes, illustre bien la façon dont le Front National instrumentalise le thème de l’immigration pour flatter les instincts les plus vils du corps électoral : la peur de l’autre, la haine et le repli sur soi.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen.