« Loi travail » modifiée: quelles améliorations?

Sous la pression des syndicats, de l’opinion publique et d’une partie de la majorité, le gouvernement a revu sa copie et présenté une nouvelle version de la « loi travail » lundi 14 mars. Les changements apportés sont-ils significatifs ? Difficile à dire, tant les réactions face au nouveau texte sont contradictoires. Les syndicats réformistes sont satisfaits car ils estiment que le projet de loi a été purgé de ses éléments les plus contestables. La droite et le patronat dénoncent une « reculade » qui dénature le texte initial. Les opposants au texte jugent les modifications marginales et continuent de réclamer le retrait pur et simple du projet de loi.

Finalement, trois changements significatifs ont été apportés à la loi El Khomri. Tout d’abord, le plafonnement des indemnités prud’homales a été supprimé : le barème sera indicatif, et non obligatoire. Le texte initial pénalisait les salariés qui avaient peu d’ancienneté dans leur entreprise et qui, en cas de licenciement abusif, auraient vu leurs indemnités revues à la baisse. Deuxièmement, le licenciement économique est mieux encadré dans la nouvelle version du texte : les multinationales ne peuvent pas mettre en difficulté volontairement leur filiale française pour justifier un licenciement économique. Troisièmement, le « forfait jour » ne pourra pas être imposé aux salariés par les patrons de TPE-PME et devra nécessairement passer par un accord collectif. En outre, le gouvernement a décidé d’augmenter le plafond du « compte personnel de formation » pour les salariés sans diplômes et d’élargir la « garantie jeunes », un dispositif destiné à renforcer l’accompagnement des jeunes décrocheurs sans emploi ni formation.

Les mesures relatives à l’assouplissement du temps de travail journalier ainsi qu’à la rémunération des heures supplémentaires demeurent inchangées : une entreprise peut, dans le cadre d’un accord collectif, augmenter le temps de travail journalier des salariés jusqu’à 12 heures (au lieu de 10 actuellement) et baisser le taux de majoration des heures supplémentaires à 10% (au lieu de 25%) ; les accords collectifs devront être signés par des organisations syndicales représentant au moins 50% des salariés ou, à défaut, être ratifiés par un référendum d’entreprise. Les autres avancées majeures, telles que la reconnaissance d’un « droit à la déconnexion », ne sont pas remises en cause.

La nouvelle version de la « loi travail » est donc plus équilibrée que le texte initial : le gouvernement a réintroduit de la sécurité pour les salariés sans remettre en cause les principales mesures de flexibilisation du temps de travail. Ce projet de loi, qui s’inscrit dans une logique de « flexisécurité », devrait permettre aux entreprises de s’adapter plus facilement aux changements de conjoncture économique tout en offrant de nouveaux droits aux salariés, et en leur donnant un rôle clé dans l’élaboration de nouvelles normes en matière d’organisation du temps de travail dans l’entreprise.

Hillary Clinton est-elle centriste ?

La démocratie américaine a toujours été structurée par le bipartisme : le Parti Démocrate et le Parti Républicain dominent la vie politique de façon écrasante et laissent peu d’espace pour l’émergence de forces politiques alternatives. Il n’existe pas aux Etats-Unis de grand parti centriste, mais il existe un courant centriste à l’intérieur des deux partis dominants : en fait, l’espace politique du centre est occupé par les Républicains et les Démocrates les plus modérés.

Hillary Clinton, épouse de l’ancien président Bill Clinton, appartient au courant centriste du Parti Démocrate : elle incarne la « troisième voie » théorisée par le sociologue britannique Anthony Giddens et mise en pratique par Bill Clinton et les New Democrats dans les années 90. Les New Democrats ont voulu proposer une alternative au néolibéralisme triomphant des années Reagan et aux lourdeurs bureaucratiques du « big government ». Ils ont développé une offre politique nouvelle axée sur le retour à l’équilibre budgétaire, la défense des classes moyennes, le soutien à l’innovation, la responsabilisation des individus et l’égalité des chances. Bill Clinton a « gouverné au centre » en faisant preuve d’un certain pragmatisme et en recherchant toujours le compromis le plus large, quitte à s’appuyer sur l’aile modérée du Parti Républicain pour faire voter certaines réformes.

Une victoire de Hillary Clinton à la primaire du Parti Démocrate semble se profiler : le « Super Tuesday » du 1er mars a confirmé l’avance de Clinton sur son challenger Bernie Sanders. L’ex-Première Dame a de nombreux atouts : son expérience du pouvoir, sa proximité avec Barak Obama, sa popularité auprès des jeunes et des minorités latino et afro-américaine. Elle séduit aussi l’électorat féminin car elle pourrait devenir la première femme présidente des Etats-Unis. Sa campagne électorale pour la primaire est surtout axée sur la défense des classes moyennes, la lutte contre les inégalités et le soutien aux petites et moyennes entreprises. Hillary Clinton met en avant le thème de la justice fiscale (elle souhaite augmenter l’imposition sur les très hauts revenus) et plaide également pour un contrôle plus strict des armes individuelles, thème très sensible en raison des fréquentes fusillades qui surviennent aux Etats-Unis.

Hillary Clinton est actuellement la seule candidate centriste dans la course à la Maison Blanche : le « socialiste » Bernie Sanders appartient à l’aile gauche du Parti Démocrate et tient un discours « antisystème », le populiste républicain Donald Trump mène une campagne scandaleusement démagogique, Ted Cruz et Marco Rubio représentent l’aile ultraconservatrice du Parti Républicain. Quant au Républicain John Kasich, il incarne une droite plutôt modérée mais n’a aucune chance de remporter la primaire de son parti. Si l’ancien maire de New York Michael Bloomberg ne se présente pas comme candidat indépendant, Hillary Clinton sera sans nul doute la seule candidate à occuper l’espace politique du centre, malgré un discours assez marqué à gauche sur les questions sociales : d’ailleurs, elle est attaquée à la fois par Bernie Sanders (qui l’accuse d’être trop proche de Wall Street et des lobbys) et par les Républicains (qui la traitent de gauchiste). Espérons que la dynamique favorable à Hillary Clinton se confirmera : l’élection d’une modérée à la tête de la première puissance mondiale est le scénario le plus souhaitable.