Villes moyennes en péril

En cette fin de campagne municipale, j’ai voulu consacrer un billet aux villes moyennes françaises. On appelle « villes moyennes » les villes-centres qui comptent entre 20.000 et 100.000 habitants. Ces villes moyennes regroupent environ 1/4 de la population française. Préfectures et sous-préfectures, villes de garnison, anciennes villes industrielles en reconversion, elles ont une situation très différente de celle des grandes métropoles, puisqu’elles se caractérisent par une surreprésentation du secteur public et des emplois administratifs, et par une dévitalisation progressive des centres-villes anciens au profit d’une périphérie dynamique (zones franches urbaines, zones commerciales, quartiers pavillonnaires périurbains). Du milieu du XIXème siècle à la fin des Trente Glorieuses, les villes moyennes françaises ont prospéré car elles ont bénéficié de l’industrialisation et de l’exode rural. Mais de nombreuses villes moyennes sont aujourd’hui en déclin : il s’agit d’un déclin à la fois démographique (recul de la population) et économique (suppressions d’emplois, fermeture d’entreprises).

Dans un article intitulé « Les villes moyennes, espaces en voie de disparition » et paru dans Libération le 13 mars 2014, les géographes Daniel Béhar et Philippe Estèbe analysent les causes de cette crise des villes moyennes. Tout d’abord, ces villes sont victimes du processus de métropolisation. En effet, la population et les emplois ont tendance à se concentrer dans les grandes villes (plus attractives), au détriment des villes moyennes. Deuxième facteur explicatif : la désindustrialisation qui, depuis une trentaine d’années, frappe de plein fouet de nombreuses villes moyennes de Normandie, du Nord-Pas-de-Calais, de Picardie et de Champagne-Ardenne. Troisième facteur : après avoir été choyées dans les années 1970, les villes moyennes sont aujourd’hui délaissées par l’Etat : la décentralisation, la révision générale des politiques publiques, la réforme des cartes judiciaire, militaire et hospitalière, ont conduit l’Etat à concentrer les moyens sur les capitales régionales au détriment des autres villes. La politique universitaire illustre elle aussi le délaissement des villes moyennes : après avoir favorisé l’émergence de petites universités dans les années 80 et 90, l’Etat a changé de stratégie et cherche, depuis le début des années 2000, à renforcer les grands pôles universitaires au nom de la compétitivité. De plus, la politique de la ville tend à concentrer les aides à la rénovation urbaine sur les quartiers les plus en difficulté (les « zones urbaines sensibles », ou ZUS), qui se trouvent principalement dans les banlieues des grandes villes.

Daniel Béhar et Philippe Estèbe proposent une typologie des villes moyennes françaises. Certaines villes moyennes sont intégrées dans un « système métropolitain » polarisé par la capitale régionale, et se retrouvent en quelque sorte « satellisées » : c’est le cas, par exemple, de Saint-Nazaire (dans l’aire d’influence nantaise) ou de Riom (dynamisée par Clermont-Ferrand). D’autres villes moyennes, plus éloignées des métropoles et des capitales régionales, ont gardé une certaine emprise sur leur bassin parce qu’elles ont su rester (ou redevenir) attractives grâce à une activité industrielle, commerciale, culturelle ou touristique, à l’image de Rodez et de son musée Soulages. La dernière catégorie est celle des villes moyennes en déclin situées principalement dans des espaces de vieille industrie et d’agriculture extensive, à l’image de nombreuses villes de Normandie (comme Alençon), du Nord-Pas-de-Calais (Lens, Béthune), de Picardie (Saint-Quentin) et de Champagne-Ardenne (Charleville-Mézières).

Basilique de Saint-Quentin (Aisne).

J’ai de la peine pour ces nombreuses villes moyennes qui assistent, impuissantes, à la paupérisation d’une partie de leurs habitants, et pour ces nombreux centres-villes qui se meurent à petit feu, victimes de la crise et du désengagement de l’Etat. Mais rien n’est irrémédiable. Pour défendre leurs intérêts et leur spécificité, et pour tenter de penser leur avenir, de nombreuses villes moyennes françaises se sont réunies au sein de la « Fédération des villes moyennes », rebaptisée « Villes de France » en 2014. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, voici un lien vers le site officiel de cette organisation.

http://www.villesdefrance.fr/

 

Municipales : le premier tour, vu du centre

Les grandes leçons du scrutin

Marine Le Pen et Steeve Briois.

Quatre leçons peuvent être tirées de ce premier tour. Tout d’abord, une abstention record (plus de 38%). Deuxièmement : la percée du Front National. A Hénin-Beaumont, Steeve Briois est élu maire dès le premier tour. Le FN arrive en tête dans une quinzaine de villes (Perpignan, Fréjus, Forbach, Avignon, Béziers, etc.), et pourrait se maintenir au second tour dans près de 200 villes. Troisième leçon : la droite et le centre réalisent de bons scores. Plusieurs ténors de l’UMP sont réélus dans leur fief dès le premier tour, comme Alain Juppé à Bordeaux, Jean-François Copé à Meaux, Eric Woerth à Chantilly ou Xavier Bertrand à Saint-Quentin. L’UMP menace également de prendre plusieurs grandes villes au PS, comme Toulouse ou Strasbourg. Quatrième leçon : un net recul de la gauche. Le PS perd la ville de Niort dès le premier tour et arrive deuxième dans plusieurs grandes villes actuellement gérées par la gauche (Toulouse, Strasbourg, Angers, Reims, etc.). Si Laurent Fabius (à Grand-Quevilly) et Michel Sapin (à Argenton-sur-Creuse) sont réélus dès le premier tour, en revanche plusieurs barons du PS ont été mis en ballotage, comme Gérard Collomb à Lyon et Martine Aubry à Lille. A Paris, la candidate socialiste Anne Hidalgo arrive deuxième derrière NKM, mais reste favorite pour le second tour. Mais c’est à Marseille que le PS a subi sa plus grosse « claque » électorale, puisque le candidat socialiste Patrick Mennucci arrive troisième derrière l’UMP et le FN. Quoi qu’en dise la rue de Solferino, le PS a donc bel-et-bien été sanctionné au premier tour. La gauche a également été victime de l’abstention élevée.

Les bons résultats du centre

A. Juppé et Fr. Bayrou à Pau.

Plusieurs centristes sont élus dès le premier tour : Hervé Morin à Epaignes, André Santini à Issy-les-Moulineaux, Jean-Christophe Lagarde à Drancy ou encore Yves Jégo à Montereau-Fault-Yonne. A Pau, François Bayrou arrive en tête : le président du Modem, qui a déjà tenté sans succès de prendre la mairie à deux reprises, pourrait bien gagner son pari cette fois-ci puisqu’il a récolté plus de 40% des voix au premier tour, mais rien n’est joué car son concurrent socialiste David Habib a des réserves de voix pour le second tour. Les succès du centre doivent cependant être relativisés, car les bons résultats des candidats centristes s’expliquent en grande partie par l’alliance avec l’UMP : à Pau, l’UMP n’a présenté aucun candidat face à Bayrou, et le maire de Bordeaux Alain Juppé s’est rendu personnellement sur place pour soutenir le centriste. A Bordeaux, l’UDI et le Modem ont fait campagne aux côtés d’Alain Juppé, réélu dès le premier tour avec 60% des voix. A Paris, l’UDI et le Modem ont soutenu Nathalie Kosciusko-Morizet : Marielle de Sarnez (vice-présidente du Modem) et Chantal Jouanno (vice-présidente de l’UDI) ont fait campagne avec la candidate UMP. En revanche, les candidats centristes qui n’ont pas conclu d’alliance avec l’UMP dès le premier tour ont été battus, comme Pierre Coinaud à Limoges. Le centre ne sort donc pas renforcé de ce premier tour : il est toujours dépendant de la droite, aussi bien localement que nationalement. Et n’oublions pas que dans certaines villes, les municipales ont profondément divisé le camp centriste : ainsi, à Marseille, Bayrou et l’UDI ont soutenu le maire UMP Jean-Claude Gaudin, tandis que Jean-Luc Bennahmias et l’aile gauche du Modem ont choisi de soutenir le candidat socialiste Patrick Mennucci.

L’enjeu de l’entre-deux-tours : accepter ou refuser le « front républicain »

Yves Jégo.

La question centrale qui se pose désormais aux centristes et à la droite est la suivante : que faire dans les villes où la gauche est arrivée en tête au premier tour et où le second tour oppose la gauche, la droite et le FN dans le cadre d’une triangulaire ou d’une quadrangulaire ? Faut-il maintenir coûte que coûte les candidats du centre et de la droite, au risque de faire élire un maire frontiste ? Ou faut-il accepter la logique du « front républicain » et s’unir à la gauche pour barrer la route au FN ? L’UMP a d’ores-et-déjà fait savoir qu’elle refusait le front républicain : c’est la règle du « ni PS ni FN » qui l’emporte. Pour Jean-François Copé, aucun désistement ne peut être envisagé en faveur de la gauche. Le président de l’UMP appelle les électeurs du FN à reporter leur vote sur la droite au second tour afin de ne pas favoriser la gauche. Les électeurs du FN entendront-ils cet appel au « vote utile » ? Rien n’est moins sûr, et la stratégie de l’UMP pourrait bien s’avérer suicidaire dans les villes où la gauche est arrivée en tête. Du côté des centristes, l’idée d’un « front républicain » au second tour semble mieux acceptée. L’UDI appelle ses candidats à se désister en faveur de la gauche pour faire barrage au FN. Avant l’élection, Yves Jégo avait déjà déclaré qu’au second tour, les candidats du centre devaient tout faire pour empêcher l’élection de maires frontistes, quitte à se désister en faveur de candidats socialistes. Cependant, la posture d’Yves Jégo ne fait pas l’unanimité à l’UDI, et d’autres personnalités du mouvement, comme Hervé Morin, ont exprimé de fortes réticences à l’idée d’un rapprochement avec la gauche. Tous les centristes devraient normalement être prêts à dépasser, localement, le clivage traditionnel droite/gauche pour faire barrage au Front National. Quand une mairie est à deux doigts de tomber dans les mains du FN, la victoire de la gauche n’est-elle pas un moindre mal ? Quoi qu’il en soit, les candidats centristes pourront difficilement suivre la ligne défendue par Jégo et l’UDI, car ils sont « prisonniers » de leur alliance avec l’UMP. De plus, la stratégie du front républicain comporte un inconvénient majeur : en s’alliant à la gauche, les candidats du centre et de la droite risquent d’alimenter la confusion des électeurs et de donner au FN des arguments pour dénoncer les « connivences » entre les partis traditionnels (c’est le fameux thème de « l’UMPS » cher à Marine Le Pen). A priori, le seul point sur lequel le centre et l’UMP sont d’accord, c’est le refus de toute alliance avec un candidat frontiste au second tour. Pour le reste, ce sera du cas par cas : tout dépendra de la situation locale et du rapport de force entre la gauche et la droite.

L’Ukraine amputée

Soldats russes en Crimée (francetv.info).

La Crimée, désormais, est une province russe. Poutine, à l’insu du gouvernement de Kiev et en dépit des pressions occidentales, vient d’annexer ce territoire qui, depuis 50 ans, faisait partie intégrante du territoire ukrainien. Le référendum du 16 mars a été organisé dans la plus totale illégalité: cette procédure n’est pas conforme à la constitution ukrainienne, le vote a été organisé par un gouvernement régional putschiste sans l’accord du gouvernement ukrainien et sous la pression de l’armée russe, le scrutin s’est déroulé dans un contexte d’occupation militaire russe et d’intense propagande anti-ukrainienne et anti-occidentale, et le secret des urnes n’a pas été respecté (absence d’enveloppes, urnes transparentes). Mais ce qui est plus grave, c’est que l’annexion de la Crimée remet en cause le principe de l’inviolabilité des frontières: si l’on accepte l’annexion de la Crimée, on admet aussi que n’importe quelle province ayant des velléités indépendantistes puisse faire sécession par simple référendum. Pour justifier cette annexion devant la communauté internationale, Poutine a brandi le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et a comparé la Crimée au Kosovo. Mais l’argument est irrecevable: la Crimée n’est pas le Kosovo. L’indépendance du Kosovo, comme celles de la Croatie, de la Slovénie, de la Bosnie et du Monténégro, est le résultat d’un long processus de désagrégation de l’ex-Yougoslavie: rien de comparable en Ukraine. En outre, l’intervention de l’OTAN au Kosovo en 1999 était justifiée par une urgence humanitaire, à savoir les crimes de masse commis par le gouvernement serbe de Slobodan Milosevic à l’encontre des Albanais du Kosovo. Or, les habitants de Crimée, qu’ils soient pro-russes ou pro-ukrainiens, n’ont jamais été inquiétés par le gouvernement ukrainien. En revanche, depuis le rattachement de la Crimée à la Russie, des mesures de répression contre les militants pro-ukrainiens ont été mises en œuvre. Poutine se moque bien du droit international. Le jour où les Tchétchènes demanderont l’indépendance à la Russie, nous verrons bien si Poutine défend le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et s’il accorde au peuple tchétchène la possibilité d’organiser un référendum… En réalité, Poutine détourne le droit international de façon à servir ses intérêts et à justifier une politique expansionniste visant l’annexion pure et simple de toutes les provinces russophones. Après la Crimée, Donetsk?

Faut-il supprimer les avantages fiscaux du diesel?

La situation alarmante de la pollution atmosphérique en Île-de-France a relancé le débat sur le diesel. En région parisienne, les moteurs diesel sont responsables de 50% de la pollution aux particules fines, particules qui favorisent les pathologies respiratoires (inflammation des bronches, asthme, etc.). Or, les véhicules diesel bénéficient depuis 30 ans d’une fiscalité avantageuse : à la pompe, le litre de gasoil coûte en moyenne 15% moins cher que le litre de Sans Plomb. Aujourd’hui, les véhicules diesel représentent plus de 70% du parc automobile français, une exception européenne. Pour mettre en place une fiscalité vraiment écologique, le gouvernement devrait logiquement remettre en cause les avantages fiscaux du diesel, qui sont aberrants d’un point de vue environnemental.

Cependant, il ne faut pas aligner brutalement la taxation du diesel sur celle de l’essence, car une telle mesure serait injuste vis-à-vis des Français : pendant 30 ans, le gouvernement a tout fait pour inciter les Français à acheter des moteurs diesel. Si les avantages consentis au diesel étaient supprimés du jour au lendemain, les millions de Français qui ont investi dans un véhicule diesel auraient le sentiment d’être floués. Les ménages n’ont pas à être « punis » pour les erreurs des gouvernements. De plus, les constructeurs automobiles français sont aujourd’hui des champions du diesel : supprimer les avantages fiscaux du diesel porterait un coup dur à une industrie qui est déjà en difficulté. Il faut au contraire que l’Etat favorise, par des mesures de soutien et d’accompagnement, la transition de l’industrie automobile française vers des normes plus propres. Rappelons aussi que les nouveaux véhicules diesel, dotés de filtres à particules, sont nettement moins polluants que les anciens. Enfin, rappelons que les véhicules diesel ne sont pas les seuls responsables de la pollution aux particules fines : en dehors des grandes agglomérations, 70% des particules fines émises dans l’atmosphère proviennent de l’industrie et de l’agriculture. Pénaliser les automobilistes qui roulent au diesel ne résoudrait donc pas le problème de la pollution aux particules.

A terme, la fiscalité du diesel doit être alignée sur celle de l’essence, mais il faut que cet alignement s’effectue en douceur, de façon progressive. L’Etat, qui a encouragé le développement des moteurs diesel, doit supporter une part de cet effort. Au lieu de ramener la taxation du diesel au même niveau que celle de l’essence, l’Etat pourrait faire converger progressivement les deux régimes de taxation vers un niveau intermédiaire, ce qui impliquerait du même coup une légère baisse de la taxation sur l’essence. Il ne faut pas non plus négliger le fait que, dans les années à venir, les véhicules diesel seront de moins en moins attractifs par rapport aux modèles essence. En effet, le prix du carburant n’est pas le seul élément qui pèse dans le choix de la motorisation : d’autres facteurs entrent en compte, notamment la consommation du moteur. Or, les constructeurs ont déjà pris des initiatives pour développer des moteurs essence plus sobres, moins gourmands en carburant, notamment en réduisant les cylindrées des citadines. Sans oublier que les nouvelles normes européennes d’émission (les normes « Euro 6 »), applicables au 1er septembre 2014 pour les automobiles particulières, seront très sévères pour les moteurs diesel et pourraient entraîner, selon certains experts, une augmentation d’environ 1000 euros du prix des véhicules diesel neufs.

Le bilan des mairies FN

Dans les années 90, quatre villes françaises ont été gérées par un maire FN : Orange, Marignane, Toulon et Vitrolles. A l’approche des municipales de 2014, Marine Le Pen essaie de faire oublier la gestion calamiteuse des anciennes municipalités frontistes, et va même jusqu’à faire croire aux électeurs que le frontisme municipal fut exemplaire. En réalité, les maires FN ont été incapables de lutter efficacement contre les problèmes d’insécurité, bien qu’ils aient été élus sur des programmes ultra-sécuritaires. Leur mandat fut marqué par de nombreuses irrégularités : malversations et détournements de fonds, clientélisme, favoritisme, etc. Les maires FN, qui dénonçaient les pratiques immorales de leurs prédécesseurs, ont donc basculé dans les mêmes travers. De plus, les maires FN de Toulon et de Vitrolles ont mené des politiques sociales et culturelles absolument scandaleuses. Voici donc un petit rappel historique à l’attention de celles et ceux qui ont la mémoire courte et qui se disent que, finalement, le FN pourrait être une alternative crédible pour leur ville en 2014…

Orange (Vaucluse)

Jacques Bompard est maire d’Orange depuis maintenant 19 ans. Elu en 1995 sous l’étiquette FN, il a quitté le parti frontiste en 2005 pour s’affilier au MPF (le parti de Philippe de Villiers). Jacques Bompard a géré sa ville de façon plutôt pragmatique, et n’a jamais vraiment appliqué les idées du Front national (notamment en matière de « préférence nationale »). Il a en fait administré sa ville comme un maire de droite assez conservateur. La priorité de M. Bompard, en 1995, était l’embellissement du centre-ville. Sur le plan budgétaire, le bilan de Jacques Bompard est plutôt bon : la ville a réussi à réduire sa dette tout en baissant les impôts locaux, mais pour y parvenir, le maire a dû tailler dans les dépenses sociales, notamment en supprimant les cars de ramassage pour les centres aérés. Le bilan de Jacques Bompard a aussi ses points noirs, notamment en matière de sécurité : la délinquance a augmenté à Orange (vols, cambriolages et dégradations). En outre, le maire a refusé toute participation de la ville d’Orange à une intercommunalité : la commune a donc dû financer toute seule tous les équipements et tous les travaux dont elle avait besoin. Enfin, la réputation du maire a été entachée par une affaire de népotisme, quand le neveu de l’épouse de Jacques Bompard a été nommé à la tête de l’office du tourisme de la ville.

Marignane (Bouches-du-Rhône)

Daniel Simonpiéri a été élu maire en 1995 sous l’étiquette FN, puis réélu en 2001 sous l’étiquette du MNR (le parti d’extrême droite créé par Bruno Mégret). Il a été battu aux municipales de 2008, sous l’étiquette UMP. Comme à Orange, la politique municipale fut assez pragmatique, et l’équipe de Daniel Simonpiéri n’a pas vraiment mis en application les idées du FN. Mais la gestion de Marignane fut calamiteuse : endettement, hausse des impôts locaux, abandon des projets de rénovation du centre-ville, remplacement d’un projet de centre de loisirs par un supermarché…

Toulon (Var)

Jean-Marie Le Chevallier fut maire de Toulon de 1995 à 2001. Contrairement aux maires de Marignane et d’Orange, la gestion de Jean-Marie Le Chevallier a été très idéologique, et le maire de Toulon est resté fidèle aux thèses du Front National, comme le montre la sordide « Affaire de la Fête du Livre » : en 1996, lors de la Fête du Livre de Toulon, le maire critiqua ouvertement l’hommage rendu à Marek Halter, écrivain juif d’origine polonaise, sous prétexte que ce dernier avait une « vision internationaliste » incompatible avec la défense de la nation et de la culture française… Le maire exigea aussi que, lors de la Fête du livre, plusieurs maisons d’édition d’extrême droite soient représentées, telles que Difralivre. La gestion de la ville de Toulon par l’équipe de M. Le Chevallier fut désastreuse : la dette a explosé, et l’association « Jeunesse Toulonnaise », créée par la mairie pour organiser des colonies de vacances, fut si bien gérée qu’elle fut mise en liquidation judiciaire en 1999. Par ailleurs, le maire s’est retrouvé au cœur de plusieurs scandales : détournement de fonds du service jeunesse, discrimination à l’embauche, propos diffamatoires, favoritisme dans l’attribution du marché des cantines scolaires. Jean-Marie Le Chevallier fut également condamné en 2003 pour subornation de témoins dans l’affaire du meurtre de son directeur de cabinet.

Vitrolles (Bouches-du-Rhône)

Bruno et Catherine Mégret.

Catherine Mégret, l’épouse de Bruno Mégret, fut élue maire de Vitrolles en 1997 sur des arguments essentiellement sécuritaires. Elle fut réélue en 2001 sous l’étiquette du MNR mais l’élection fut annulée par le Conseil d’Etat. De toute évidence, c’est à Vitrolles que la gestion frontiste fut la plus marquée idéologiquement : Catherine Mégret a mené une politique ultra-sécuritaire, défendu la « préférence nationale » et mené une véritable guerre contre la diversité culturelle. Une prime de 5000 francs fut créée pour « tout enfant né de parents européens » (la justice annula cette prime jugée discriminatoire). En outre, la mairie supprima de façon arbitraire les subventions versées aux associations jugées hostiles au FN : l’affaire la plus médiatisée fut celle du « Sous-Marin ». Le Sous-Marin est un café-musique associatif accueillant plusieurs jeunes artistes engagés contre le FN et la nouvelle équipe municipale ; en octobre 1997, prétextant que le Sous-Marin programmait une « musique de dégénérés développant les mauvais instincts de la jeunesse », la mairie supprima brusquement les subventions dont bénéficiait cette association et fit murer le local par un huissier. Une semaine plus tard, la municipalité de Vitrolles fut condamnée pour effraction et pour entrave à la liberté d’association… Pour finir, rappelons que le Tribunal Administratif de Marseille condamna plusieurs limogeages abusifs d’agents administratifs de la mairie, et que Bruno Mégret fut condamné en 2007 pour avoir détourné l’argent de la commune afin de financer sa campagne pour les présidentielles.