LREM perd la majorité absolue à l’Assemblée nationale

Cédric Villani.

Un nouveau groupe parlementaire a vu le jour au mois de mai à l’Assemblée nationale : baptisé « Ecologie Démocratie Solidarité », ce groupe est constitué de 17 députés dont 7 macronistes dissidents qui avaient déjà pris leurs distances avec le parti présidentiel, à l’instar de Cédric Villani. Avec 288 sièges, le groupe LREM perd donc la majorité absolue, qui est de 289 sièges.

Malgré les annonces hyperboliques de certains médias sur « l’explosion du groupe LREM », il s’agit d’un non-événement politique puisque, dans les faits, la création de ce nouveau groupe parlementaire ne change guère la donne au Palais Bourbon. Le gouvernement dispose toujours d’une confortable majorité comprenant les 288 députés du groupe LREM, les 46 députés du groupe MoDem et les 7 députés affiliés au mouvement Agir. En outre, la démarche initiée par les députés du groupe « Ecologie Démocratie Solidarité » manque de lisibilité. Le moment choisi pour lancer ce nouveau groupe – en pleine crise sanitaire – ne semble guère opportun, et le positionnement de ces 17 députés, « ni dans la majorité ni dans l’opposition », est on ne peut plus ambigu (même si, en réalité, tout groupe parlementaire qui n’appartient pas à la majorité se retrouve de facto dans l’opposition).

Cela dit, la naissance de ce nouveau groupe parlementaire n’est pas une bonne nouvelle pour LREM : bien que cette scission ne modifie pas fondamentalement les rapports de forces entre majorité et opposition à l’Assemblée nationale, elle témoigne d’un certain malaise au sein du mouvement macroniste. Le groupe LREM a en effet connu plusieurs défections depuis le début de la mandature, passant ainsi de 314 à 288 députés. Le malaise est surtout palpable au sein de l’aile gauche du parti présidentiel, qui ne se reconnaît pas dans la ligne libérale du gouvernement et qui réclame une politique sociale et environnementale plus ambitieuse. Les prochains mois seront donc déterminants pour l’avenir de la majorité : si le gouvernement parvient à réorienter sa politique dans un sens plus social et plus écologique pour préparer l’après-covid 19, il pourra éviter de nouvelles défections qui fragiliseraient la majorité présidentielle et hypothèquerait sérieusement la fin du quinquennat.

L’Europe, les nations et la paix

Chaque 9 mai, la Journée de l’Europe commémore la « Déclaration Schuman » du 9 mai 1950. Dans cette fameuse déclaration inspirée par Jean Monnet, le ministre français des Affaires Etrangères Robert Schuman proposa de mettre en commun les productions française et allemande de charbon et d’acier, en fusionnant les marchés nationaux et en plaçant la production des deux pays sous le contrôle d’une haute autorité commune. Pour Schuman, cette Europe du charbon et de l’acier devait être la première étape vers l’union politique. Elle devait permettre de consolider la réconciliation franco-allemande et d’assurer aux nations européennes une paix durable, au lendemain d’un conflit qui plongea le continent européen dans l’horreur. La « Déclaration Schuman » déboucha sur la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) en 1951 puis de la CEE (Communauté économique européenne) en 1957, un marché commun réunissant la France, la RFA, les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique et l’Italie. Puis la CEE est devenue l’Union européenne, et l’Europe s’est élargie vers le nord, vers le sud et vers l’est.

Pour un Européen du XXIème siècle, la paix est une évidence, elle relève de la normalité : les guerres européennes appartiennent au passé. Mais ce n’était pas le cas au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : il a fallu réconcilier la France et l’Allemagne, deux nations que l’on considéra longtemps comme des « ennemis héréditaires ». Il a fallu convaincre les citoyens et les dirigeants européens que la coopération économique était le soubassement nécessaire de la paix. La construction européenne a rendu la guerre impossible en Europe parce qu’elle a rendu les nations européennes interdépendantes économiquement et parce qu’elle a posé le cadre de coopérations toujours plus étroites entre les Etats. Les institutions européennes ont favorisé le dialogue permanent entre les gouvernements européens, ce qui a permis de régler pacifiquement les différends qui, autrefois, se réglaient par l’intimidation et par les armes. La paix européenne est un succès géopolitique formidable que le monde entier nous envie. En 70 ans, aucun conflit n’a jamais opposé deux Etats membres de la communauté européenne, et l’Union européenne est aujourd’hui perçue par le reste du monde comme un havre de stabilité.

Cette année, la Journée de l’Europe survient dans un contexte particulièrement délicat. Jamais le projet européen n’a été fragilisé comme il l’est aujourd’hui : après la crise des migrants et le Brexit, c’est le choc du coronavirus qui ébranle tout l’édifice communautaire en exacerbant les divergences entre les Etats membres. Les europhobes prophétisent déjà la dislocation de l’Union européenne. Nous n’en sommes pas là, fort heureusement. Je pense que l’Union européenne survivra à la crise du coronavirus comme elle a survécu à la crise de 2008. Je crois même que cette crise est une occasion historique de relancer la construction européenne par des mesures fortes : assouplir les critères de Pacte de stabilité de la zone euro pour permettre aux Etats de financer des politiques de relance économique ; renforcer le Mécanisme de Solidarité Européenne (MES) pour aider financièrement les Etats les plus durement touchés par la crise ; étendre les prérogatives de la BCE pour lui permettre de soutenir la croissance et l’emploi ; mettre en place un taux d’intérêt unique pour l’ensemble de la zone euro sur le marché obligataire et peut-être, à terme, mutualiser une partie des dettes souveraines par le biais d’un organisme supranational capable d’émettre des « eurobonds » ; mettre en œuvre un Green Deal européen ambitieux pour créer de nouveaux leviers de croissance et réussir la transition énergétique. Pour sauver l’Europe, les idées ne manquent pas. Ce qui manque, c’est la volonté politique.