Laïcité d’apaisement ou laïcité de combat

C’est avec une grande émotion que j’ai appris, vendredi 16 octobre, la décapitation de Samuel Paty, ce professeur d’histoire-géographie dont le seul tort a été d’enseigner la liberté d’expression à ses élèves. Toutes mes pensées vont à la famille de Samuel Paty, à ses proches, à ses élèves, à ses collègues, et au monde enseignant tout entier. Car c’est bien l’école de la République qui a été visée ce jour-là.

L’effroyable assassinat de Samuel Paty n’est pas un acte isolé perpétré par un fanatique solitaire : cet acte barbare est l’aboutissement d’une véritable campagne de dénigrement et de calomnie menée par une poignée de parents d’élèves, avec le soutien d’un prédicateur islamiste connu des services de renseignement depuis 15 ans. Cet assassinat s’inscrit dans un contexte bien précis : l’essor de l’islamisme en France et la remise en cause de la laïcité dans les écoles.

Cela fait près de 20 ans que des fonctionnaires et des élus dénoncent l’influence croissante de l’islamisme dans les écoles. En 2004, le fameux rapport Obin soulignait déjà la multiplication des atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires : visibilité croissante des signes religieux, demande de menus halal dans les cantines, refus de la mixité en cours d’EPS, refus d’entrer dans un édifice chrétien lors d’une sortie scolaire, absentéisme massif lors des fêtes de l’aïd, prosélytisme religieux de la part d’élèves musulmans pendant la période du ramadan, banalisation des insultes antisémites, contestation de certains enseignements pour des motifs religieux, moraux ou idéologiques, etc. Pourtant, le ministère de l’Education nationale a longtemps ignoré le problème, parce qu’il ne fallait pas stigmatiser tel territoire, telle confession ou telle communauté. Il ne fallait pas faire de vagues. Pendant tout ce temps, les enseignants et les établissements ont assisté, impuissants, à la déstabilisation de l’école laïque, sans aucun soutien de leur hiérarchie. Nous payons aujourd’hui le prix de 20 années d’inaction et de déni face à l’islamisme qui gangrène nos quartiers et nos écoles.

Plus que jamais, la France doit défendre avec fermeté ses valeurs républicaines, à commencer par la laïcité. Mais de quelle laïcité parle-t-on ? Car deux conceptions de la laïcité semblent s’opposer : une laïcité d’apaisement, plus « inclusive », et une laïcité de combat, plus intransigeante car opposée à toute forme d’expression religieuse dans les écoles. A vrai dire, cette opposition me semble assez artificielle, voire nocive. La laïcité est précisément ce qui permet à toutes les confessions de cohabiter pacifiquement et sur un pied d’égalité dans l’espace public : elle garantit à chacun la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire. Mais la laïcité est aussi un combat, car elle est constamment attaquée par ceux qui la refusent ou qui ne la comprennent pas, notamment à l’école. Et c’est justement parce qu’elle est menacée qu’il faut la consolider.

Qu’est-ce que la laïcité à l’école ? C’est d’abord la neutralité des établissements et des personnels, condition indispensable au respect de la liberté de conscience des élèves. Contrairement à ce qui a pu être affirmé ici ou là par quelques internautes ignares ou quelques commentateurs malveillants, Samuel Paty n’a pas manqué à son devoir de neutralité religieuse : en montrant des caricatures de Mahomet parues dans Charlie Hebdo, il n’a pas cherché à faire l’apologie du fameux journal satirique ni à heurter la sensibilité religieuse de ses élèves musulmans, il a simplement voulu les faire réfléchir sur la liberté de la presse : en aucun cas ces caricatures n’exprimaient l’opinion personnelle du professeur.

La laïcité à l’école, c’est aussi la neutralité religieuse des élèves eux-mêmes. Car les élèves sont des individus en construction, des citoyens en devenir ; ils sont vulnérables et influençables. Le devoir de l’école est donc de les protéger contre toute forme de prosélytisme et contre toute pression religieuse. La fameuse loi de 2004 sur les signes religieux n’a pas pour objectif de stigmatiser les élèves de confession musulmane, encore moins de les mettre au ban de la communauté scolaire, mais de préserver cette nécessaire neutralité religieuse de l’école : cette loi, fruit d’un long débat public, a mis un coup d’arrêt à la multiplication des incidents liés au voile islamique dans les collèges et les lycées publics. Elle permet aussi d’éviter, dans l’enceinte de l’école, toute forme de pression ou d’intimidation exercée à l’encontre des jeunes filles musulmanes qui choisissent de ne pas porter le voile. Contrairement à ce qu’affirment certains de ses détracteurs, la loi de 2004 n’est pas une loi contre les religions, elle ne vise pas à effacer toute forme de religiosité chez les élèves : elle impose plutôt un devoir de discrétion religieuse, en interdisant les signes ostentatoires et en autorisant le signes discrets. Cette loi est là pour nous rappeler que la religion est une affaire privée et que, par conséquent, les croyances religieuses des élèves n’ont pas à être exhibées dans l’espace scolaire.

La laïcité à l’école, c’est également la neutralité des contenus et des programmes. L’école publique ne dispense aucun enseignement à caractère religieux ; elle transmet des savoirs profanes, libres de tout dogme et de toute morale religieuse. Mais cette neutralité des contenus a pour corolaire l’interdiction de contester un enseignement pour des motifs religieux. Ainsi, nul ne peut contester une théorie scientifique au motif qu’elle heurte ses croyances religieuses ; nul ne peut contester un fait historique au motif qu’il contredit tel ou tel dogme religieux. Or, accuser un professeur d’avoir manqué de respect aux croyances de ses élèves parce qu’il a montré en classe des caricatures de Mahomet constitue une atteinte grave à la laïcité, car cela revient à censurer le contenu d’un cours pour des raisons religieuses alors même que le cours en question s’inscrivait dans le respect des programmes officiels et des valeurs républicaines. Si l’on accepte aujourd’hui de censurer des contenus jugés blasphématoires par certains croyants offusqués, alors on finira par accepter, dans 10, 15 ou 20 ans, que des élèves croyants boycottent un cours de SVT sur la théorie de l’évolution ou un cours d’histoire sur la naissance de l’islam. En tolérant pareilles dérives, nous ferions courir à l’école républicaine un péril mortel.

Une idée pour le jour d’après: le revenu universel

En pleine épidémie de coronavirus, alors que l’économie française tourne au ralenti et que 10 millions de salariés sont au chômage partiel, nous avons besoin d’une réponse audacieuse et ambitieuse à la crise sociale majeure qui s’annonce : cette réponse pourrait être la mise en place d’un « revenu universel », entendu ici comme un revenu de base alloué à tous les individus, de façon inconditionnelle. Pour les plus fragiles, ce revenu constituerait un filet de sécurité ; pour les autres, il s’agirait plutôt d’un complément de revenu.

Comme l’a dit le philosophe Abdennour Bidar, le revenu universel est une « utopie réaliste ». Il s’agit en effet d’une mesure très concrète et relativement simple à mettre en œuvre. C’est aussi une mesure transpartisane, qui trouve des promoteurs aussi bien à gauche qu’à droite et au centre. La gauche y voit un instrument de redistribution des richesses et un puissant facteur d’émancipation ; les libéraux y voient plutôt un moyen de flexibiliser le marché du travail et de simplifier le système des aides sociales. Le coût d’une telle prestation serait certes colossal pour la collectivité, mais n’oublions pas que ce coût serait en partie compensé par les économies réalisées grâce à la simplification de notre système social. Certains s’offusquent à l’idée que l’on verse un revenu de base à des gens qui vivent dans l’aisance : cette objection est légitime, mais il s’agit là d’un problème assez périphérique par rapport aux enjeux réels d’une telle réforme puisque, de toutes façons, les allocataires les plus riches reverseront à l’Etat sous forme d’impôts des sommes bien plus importantes que celles qu’ils recevront. Certains voient aussi dans ce dispositif une incitation à la paresse. C’est oublier que le revenu universel représentera juste une allocation de base et qu’il sera cumulable avec n’importe quel revenu d’activité : pour les chômeurs, le revenu universel constituera une incitation à travailler puisque le retour à l’emploi se traduira par une forte hausse de revenus.

Lors de la présidentielle de 2017, le socialiste Benoît Hamon avait proposé la création d’un revenu universel baptisé « RUE » (revenu universel d’existence). Le RUE de Benoît Hamon posait toutefois de gros problèmes, à commencer par son financement : le candidat socialiste n’envisageait aucune rationalisation du système social existant et voulait financer le RUE grâce à la « lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale » ; or, une telle source de financement est par définition incertaine car il n’existe aucune solution miraculeuse pour faire disparaître la fraude et l’évasion fiscales du jour au lendemain. En outre, Benoît Hamon concevait son « revenu universel d’existence » uniquement comme un moyen d’augmenter le pouvoir d’achat des étudiants et des travailleurs précaires, et non comme un véritable outil d’émancipation susceptible de transformer radicalement et durablement notre rapport au travail.

A ce jour, aucun gouvernement dans le monde n’a tenté de mettre en place un revenu véritablement universel versé sans conditions : les seules expériences menées jusqu’à présent, notamment en Californie et en Finlande, concernent l’instauration d’un revenu de base pour les chômeurs. Le « revenu universel d’activité » défendu par Emmanuel Macron est assez proche du système testé en Finlande : il s’agit d’une allocation unique destinée à remplacer plusieurs allocations existantes, dont le RSA et la prime d’activité. Un tel dispositif aurait des avantages certains. Notre système de protection sociale comporte une multitude de prestations relevant d’administrations différentes : une telle complexité génère des injustices car de nombreuses personnes éligibles à certaines aides sociales n’en font pas la demande, soit par découragement, soit par ignorance. Le taux de non-recours est estimé à 30% pour le RSA, et à 50% pour la prime d’activité. Une allocation sociale unique permettrait donc de simplifier considérablement le dédale des prestations sociales. Mais le « revenu universel d’activité » voulu par Emmanuel Macron ne doit pas être confondu avec un véritable revenu universel : il est d’abord conçu comme une mesure de simplification administrative et de lutte contre la pauvreté.

Un revenu véritablement universel, versé à tout le monde sans conditions, induirait un changement de paradigme tout à fait salutaire pour faire face aux bouleversements économiques et technologiques à venir. Les carrières professionnelles sont de plus en plus imprévisibles ; le travail précaire occupe, hélas, une place croissante au sein des sociétés développées. Nous ne retrouverons jamais une situation de plein emploi comme celle que nous avons connue pendant les Trente Glorieuses. De nombreux économistes pensent même que les innovations technologiques vont entraîner une raréfaction du travail dans les pays développés : dans les décennies à avenir, des centaines de métiers vont disparaître, y compris des métiers qualifiés. Même si de nouveaux viviers d’emplois sont en train d’émerger avec la révolution numérique et la transition énergétique, nul ne sait, à l’heure actuelle, si ces nouveaux emplois seront en mesure de compenser les destructions massives d’emplois provoquées par l’automatisation de la production et le développement des algorithmes. Dans ces conditions, la mise en place d’un revenu universel de base pourrait, à terme, s’imposer à l’ensemble des sociétés post-industrielles.

Le monde d’après ne sera pas forcément très différent du monde d’avant

Face au choc du coronavirus, chacun voit midi à sa porte. Nous avons tendance à interpréter la crise actuelle comme une validation de l’idéologie dans laquelle nous croyons. Les souverainistes prophétisent la dé-mondialisation et le retour des frontières. Les mondialistes affirment que seule une reprise des échanges mondiaux pourra nous sortir du marasme économique. Les europhobes annoncent l’éclatement de l’Union européenne. Les europhiles espèrent un grand saut fédéral. Les anticapitalistes se persuadent que le capitalisme est à l’agonie. Les écologistes radicaux pensent que l’heure de la déconsommation et de la décroissance est arrivée. Les étatistes réclament une relance économique à grands coups de nationalisations et de dépenses publiques. Les libéraux plaident pour des baisses massives d’impôts et de charges afin d’aider les entreprises à relancer leur activité.

Bien malin celui qui peut dire aujourd’hui de quels changements accouchera la crise du coronavirus. Des changements, il y en aura sans doute. Mais nous serions naïfs de penser que la crise actuelle va faire naître un monde nouveau. Les gens ne vont pas, du jour au lendemain, renoncer à leur mode de vie et à leurs habitudes de consommation. La frustration générée par le confinement risque même d’avoir l’effet inverse : une volonté de consommer, de voyager, de rattraper le temps perdu. La crise du coronavirus ne va pas non plus jeter à terre le capitalisme globalisé : tôt ou tard, l’économie mondiale se relèvera, le commerce international redémarrera. On ne doit pas sous-estimer la résilience du système capitaliste, ni son extraordinaire capacité à surmonter ses propres contradictions. Après la crise, le monde ne sera pas forcément très différent de celui que nous connaissions avant le coronavirus.

Les réalités économiques se rappelleront bientôt à nous de façon brutale. En Europe, les mesures d’urgence vont coûter très cher : un jour ou l’autre il faudra payer la facture. Même si la Banque Centrale Européenne rachète une partie des obligations émises par les Etats membres, et même si une partie des dettes publiques sont annulées (ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour), l’ardoise restera chargée. Et les Etats européens les plus touchés devront consentir des efforts importants pour maîtriser leur déficit et pour éviter une flambée des taux d’intérêt sur le marché obligataire. Le bout du tunnel est encore loin.

Avant d’imaginer des lendemains qui chantent, il y a quelque chose dont on peut se réjouir dès à présent : nous n’avons pas basculé dans le chaos. Malgré le confinement, les chaînes d’approvisionnement en produits de première nécessité n’ont pas été rompues. La continuité des services publics est assurée. Notre système de soins, bien que fragilisé par des décennies d’austérité budgétaire, a tenu le coup grâce à la mobilisation extraordinaire des personnels soignants. La cohésion sociale n’a pas volé en éclats : au contraire, les Français font preuve d’un sang-froid et d’un pragmatisme assez remarquables ; ils acceptent le confinement et s’adaptent comme ils peuvent à cette situation inédite ; ils inventent de nouvelles pratiques et de nouvelles solidarités ; ils font preuve d’humour et de créativité. Nous avons développé toute une « culture du confinement » qui sera sans doute éphémère mais qui, dans l’instant présent, nous aide à traverser l’épreuve de l’épidémie.

Pas de révolution en perspective, donc. Mais une belle leçon de résilience collective qui montre que, malgré tout, nous continuons à faire société.

La solidarité européenne mise à mal par le coronavirus

A. Merkel et E. Macron.

Les gouvernements européens sont profondément divisés face à l’épidémie de covid-19. Alors que les Etats les plus touchés – Italie, Espagne et France en tête – réclament un effort de solidarité, l’Allemagne et ses alliés s’opposent à la création d’un « instrument de dette commun » chargé d’émettre des emprunts européens (les fameux « coronabonds ») pour assurer le financement des mesures de lutte contre la crise. L’Allemagne préfère utiliser le MES (Mécanisme européen de stabilité), un dispositif moins ambitieux créé en 2012 pour aider les Etats en situation de crise financière.

Les gouvernements européens n’ont manifestement pas tiré les leçons de la crise des dettes souveraines de 2010. A l’époque, déjà, bon nombre d’économistes et de responsables politiques réclamaient une mutualisation partielle des dettes souveraines ; à l’époque, déjà, l’Allemagne avait dit non. A l’époque, déjà, le chacun-pour-soi l’avait emporté, pour le plus grand bonheur des populistes et des nationalistes de tout poil qui rêvent de déconstruire l’Europe.

Tout cela nous montre que l’Union européenne reste une Europe des Etats. Ce sont les gouvernements nationaux qui pilotent l’Union, qui la font avancer ou qui la bloquent. Une fois encore, les égoïsmes nationaux jouent contre la solidarité communautaire. Face à des Etats incapables de surmonter leurs divisions, les institutions supranationales ont joué leur rôle, tant bien que mal, dans le cadre des compétences que les traités leur donnent. La Commission européenne a suspendu les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de financer des mesures d’urgence contre la crise. Elle a aussi créé la toute première réserve commune de matériel médical de protection, et débloqué une subvention exceptionnelle pour accélérer la mise au point d’un vaccin européen. De son côté, la Banque Centrale Européenne a déclenché un plan d’urgence destiné à racheter massivement des titres de dette publique et privée afin de soutenir les économies de la zone euro.

La crise du coronavirus rend nécessaire un nouveau saut fédéral : la zone euro a besoin d’un budget commun et d’un organisme capable de lever des fonds sur les marchés financiers. Si les Etats européens sont incapables d’avancer ensemble face à la crise que nous traversons, il ne faudra pas s’étonner de voir les forces nationalistes et europhobes devenir majoritaires au sein de l’Union dans un avenir relativement proche.

Face à une crise comme celle du coronavirus, aucune décision ne va de soi

Dans les situations de crise grave, la tentation de faire « tomber des têtes » est compréhensible mais elle n’est pas toujours rationnelle. On peut légitimement reprocher au gouvernement un manque d’anticipation dans sa gestion de l’épidémie de covid-19. La décision de mettre la France en confinement a été prise tardivement et les tests de dépistage auraient dû être généralisés dès le début de la crise. Le gouvernement a manqué de réactivité, c’est indéniable. Mais n’oublions pas que, depuis le début de la crise, le gouvernement doit agir au jour le jour, à la lumière de données scientifiques incomplètes et en constante évolution. La maladie s’est propagée à une vitesse vertigineuse : tout le monde a été pris de court. Les épidémiologistes de salon et les infectiologues auto-proclamés ont tout loisir d’adresser des cartons rouges à l’exécutif pour sa « mauvaise gestion » de la crise : un peu d’humilité ne nous ferait pas de mal. Il est facile d’affirmer, après-coup, que l’Etat « aurait dû » faire ceci ou cela. Mais lorsqu’on est en responsabilité, face à l’imprévu et sans recul sur les événements, aucune décision ne va de soi.

Comme l’explique le constitutionnaliste Olivier Duhamel, le gouvernement doit agir à l’aune de trois impératifs : un impératif sanitaire (protéger la population contre le virus), un impératif économique (éviter l’effondrement de notre système productif) et un impératif démocratique (préserver les libertés autant que possible). Dans une démocratie, les décisions importantes requièrent un minimum de consensus. La décision de stopper brutalement l’économie et de placer en quarantaine tout un pays de 67 millions d’habitants aurait été jugée totalement disproportionnée si le gouvernement l’avait prise au moment où la France ne comptabilisait que 200 personnes infectées par le coronavirus.

Le gouvernement a été vivement critiqué pour avoir maintenu le premier tour des élections municipales. Or, dans les jours qui ont précédé le premier tour, la situation sanitaire n’était pas encore alarmante et le maintien du scrutin faisait l’objet d’un large consensus, à la fois scientifique et politique. Le Comité Scientifique chargé de conseiller l’exécutif n’avait pas recommandé l’annulation du premier tour des municipales. Par ailleurs, une grande partie de l’opposition avait demandé le maintien du scrutin au motif que la démocratie locale ne devait pas être mise entre parenthèses : certains élus disaient même que le report de l’élection serait un « coup d’État ». Mais au lendemain du premier tour, le consensus s’est inversé : ceux-là mêmes qui avaient demandé son maintien se sont mis à déplorer son non-report. Quelles que soient les décisions prises par le gouvernement, on trouvera toujours des Français pour lui reprocher d’avoir mal agi.

Le gouvernement actuel ne peut, à lui seul, endosser l’entière responsabilité de la crise. La polémique autour des masques de protection est, sur ce point, assez révélatrice. La pénurie de masques est-elle imputable à l’inaction du gouvernement Philippe, comme on se plaît à le répéter ad nauseam sur les réseaux sociaux ? En partie, oui. Edouard Philippe a lui-même reconnu que le gouvernement avait sous-estimé la consommation de masques FFP2. Mais la pénurie s’explique aussi par les choix des gouvernements précédents. Depuis 2013, en effet, les stocks de masques de l’Etat ne sont plus renouvelés. Ce changement de stratégie ne paraissait pas aberrant à l’époque puisque l’énorme production chinoise était censée garantir la sécurité de nos approvisionnements. Personne n’avait imaginé que l’économie chinoise pourrait un jour être paralysée par une épidémie et que la chaîne d’approvisionnement pourrait être interrompue. C’est pourtant ce qui est arrivé.

Les choix du gouvernement actuel ont aussi été influencés par un lourd précédent : le scandale des vaccins contre la grippe H1N1. En 2010, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot fut accusée d’avoir sur-réagi face à l’épidémie de grippe H1N1. A l’époque, le gouvernement avait surestimé l’ampleur de l’épidémie et commandé en urgence 94 millions de doses de vaccin : quelques semaines plus tard, il résilia la moitié des commandes. L’épidémie fut beaucoup moins virulente que prévu et seuls 5 millions de Français furent vaccinés ; une partie des vaccins livrés à la France fut même revendue à l’étranger. On parlait alors d’un véritable « scandale d’Etat ». Depuis cette affaire, l’Etat fait donc preuve d’une certaine prudence avant d’engager les deniers publics sur des commandes massives de médicaments ou de matériel médical. On peut raisonnablement penser que le gouvernement actuel a voulu éviter une nouvelle « affaire Bachelot ».

Une fois la crise terminée, l’heure du bilan viendra. Certains responsables politiques vont devoir rendre des comptes. « On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur », lançait Emmanuel Macron à ses ministres début mars. Et si des têtes doivent tomber, elles tomberont. Mais pour l’heure, notre priorité doit rester la lutte contre le covid-19. Les procès en incompétence ne sont d’aucun secours pour affronter la crise que nous traversons.

Confinement: une épreuve nécessaire dont nous pouvons sortir grandis

Face aux catastrophes, il est toujours facile d’accuser le gouvernement de ne pas avoir agi, d’avoir agi trop tard, d’en avoir trop fait ou pas assez fait. Il est toujours facile de s’improviser expert en tout et en rien, et de produire des jugements a posteriori, quand la catastrophe est déjà là. Mais je ne crois pas que d’autres gouvernants eussent fait beaucoup mieux dans les mêmes circonstances. L’évolution de l’épidémie était imprévisible : le gouvernement a dû gérer la crise au jour le jour, guidé par les recommandations des scientifiques. Fermer les commerces et les écoles et mettre en confinement tout un pays de 67 millions d’habitants n’était pas une décision évidente. Les conséquences d’une mesure aussi radicale seront très lourdes, tant sur l’économie du pays que sur la vie des individus. Prendre une telle décision requiert de la lucidité, du courage et du sang-froid.

Certains gouvernements européens ont refusé le confinement : ils ont choisi de laisser circuler le virus pour éviter une paralysie de l’économie et pour développer une « immunité collective », quitte à sacrifier les individus les plus fragiles. C’est le choix qu’ont fait le Royaume-Uni et les Pays-Bas. La France, elle, a refusé cette logique darwinienne : elle a préféré adopter des mesures coercitives pour endiguer l’épidémie et sauver un maximum de vies. La France a choisi sa population plutôt que son économie. Elle a choisi la protection plutôt que la sélection naturelle. Et c’est tout à son honneur. Certes, le coût sera colossal, pour notre économie comme pour les deniers publics. Mais c’est le prix à payer pour sauver des dizaines de milliers de vies. C’est le prix de la dignité.

Le confinement sera une épreuve pour les Français, en particulier pour les travailleurs indépendants qui voient leur activité s’effondrer, pour les salariés en télétravail qui doivent garder leurs enfants, pour les salariés qui se retrouvent au chômage partiel ou qui redoutent un licenciement, pour toutes les femmes victimes de violences conjugales, pour tous les Français qui occupent un logement exigu ou insalubre, pour tous ceux qui vivent seuls et loin de leurs proches. Mais il faut aussi espérer que cette quarantaine accouchera de changements heureux, de comportements positifs et de solidarités nouvelles. Nous pouvons sortir grandis de cette épreuve. Voilà peut-être une occasion de consacrer plus de temps à la vie de famille, à la cuisine, au repos, à la lecture, à la vie spirituelle et aux loisirs sains, loin de nos frénésies de consommation habituelles. Voilà peut-être aussi une occasion de penser au dévouement de tous ceux qui sont « au front » : personnels soignants, policiers, pompiers, militaires et services de secours. Voilà une occasion de réfléchir à l’importance de nos services publics et de notre système de santé, qui sont notre bien commun le plus précieux dans pareilles circonstances.

Nous traversons une crise historique dont nous ne mesurons pas encore toutes les implications sur notre mode de vie, notre mobilité, notre rapport au travail et à la consommation. Nul ne sait dans quelle mesure cette expérience nous transformera en tant que société. Mais il est certain qu’elle laissera des traces indélébiles et qu’elle remettra en question certains de nos paradigmes. Bon courage à tous. Et surtout, n’oublions pas les fameux « gestes barrières » : il n’a jamais été aussi simple de sauver des vies.

Face au coronavirus: l’union (presque) sacrée

Les mesures particulièrement strictes qui ont été mises en place par le gouvernement français pour endiguer l’épidémie de Covid-19 sont dictées par la propagation extrêmement rapide du virus et par une augmentation inquiétante du nombre de décès chez nos voisins italiens.

Les mesures adoptées ont d’abord pour objectif de sauver des vies : d’après les simulations réalisées par le comité scientifique qui conseille l’Elysée, en l’absence de toute mesure d’endiguement, l’épidémie pourrait tuer jusqu’à 500.000 personnes en France dans l’hypothèse la plus pessimiste. Limiter la propagation est également nécessaire pour empêcher l’implosion de notre système hospitalier, qui est déjà au bord de l’asphyxie : en dépit du dévouement remarquable des personnels soignants, nos hôpitaux ne pourront pas accueillir l’ensemble des patients qui seront dans un état grave lors du pic de l’épidémie. Mais l’enjeu n’est pas seulement sanitaire. La radicalité des mesures adoptées s’explique aussi par la volonté d’éviter une nouvelle crise financière globale comparable à celle de 2008 : la confiance des marchés financiers dépend en effet de la capacité des gouvernements à endiguer rapidement l’épidémie.

La France est donc en état de guerre. Nous sommes en guerre contre le Covid-19. Une sorte d’union sacrée s’est instaurée, malgré la campagne des municipales et les débats houleux autour de la réforme des retraites. Toutes les forces politiques de l’opposition ont fait preuve de retenue et de responsabilité, en apportant leur soutien aux mesures d’exception du gouvernement. Toutes les forces de l’opposition, à l’exception notable du Rassemblement National qui surfe littéralement sur l’angoisse de nos concitoyens et saute sur la moindre occasion de polémiquer, dénonçant tantôt un manque d’anticipation, tantôt l’insuffisance des mesures adoptées. Le parti de Marine Le Pen aurait sans doute fait beaucoup mieux s’il avait dû gouverner le pays face à une telle crise…

L’épidémie de coronavirus est un vrai test pour nos démocraties. La Chine a stoppé la propagation du virus par des mesures autoritaires et brutales : cette épidémie est l’occasion, pour les démocraties, de prouver leur capacité à surmonter une crise sanitaire majeure sans renier leurs valeurs, et sans basculer dans l’autoritarisme. Cela suppose évidemment que chacun fasse preuve de discipline et de responsabilité, en appliquant les « gestes barrières », en limitant ses déplacements au plus strict nécessaire et en évitant tout contact avec des personnes à risque. Dans le moment grave que nous traversons, le chacun pour soi est impossible : c’est le civisme qui nous sauvera et nous permettra de rebondir.

49-3, le pire scénario possible

Edouard Philippe.

Faute d’avoir su bâtir un consensus autour d’une réforme capitale pour l’avenir du pays, le gouvernement fait passer en force le projet de loi sur les retraites en activant l’article 49-3 de la Constitution : c’est le pire des scenarii que l’on pouvait envisager. Le 49-3 a été utilisé de nombreuses fois sous la Cinquième République, aussi bien par la gauche que par la droite, mais c’est la première fois qu’il est utilisé sur un projet de loi aussi important que l’actuelle réforme des retraites. Or, une réforme aussi cruciale ne devrait jamais être mise en place dans un tel climat de défiance.

Pour autant, il ne faudrait pas dédouaner l’opposition de toute responsabilité dans le désastre législatif auquel nous assistons. Car les députés communistes et LFI ont tout fait pour pousser le gouvernement à utiliser le 49-3. Ils ont déposé plus de 40.000 amendements dans le seul but de bloquer le travail parlementaire : la plupart de ces amendements sont de simples amendements rédactionnels qui n’ont aucun impact sur le contenu du texte. Si chacun des amendements était discuté en séances, il faudrait certainement plus d’un an aux députés pour voter le projet de loi en première lecture, en y consacrant tout leur temps, sans examiner d’autres textes en parallèle : cela n’était tout simplement pas concevable.

Certes, le droit d’amendement est un droit constitutionnel, indispensable au travail parlementaire. Mais lorsque des élus irresponsables déposent des milliers d’amendements absurdes pour empêcher le débat sur les questions de fond, le droit d’amendement s’en trouve dévoyé, et le travail parlementaire est entravé. L’obstruction, ce n’est pas la démocratie. L’article 49-3 était malheureusement le seul moyen de mettre un terme à ce jeu ridicule pour que le texte puisse arriver au Sénat et pour que le travail parlementaire puisse continuer dans des conditions normales.

Réforme des retraites: l’immense gâchis

Dans un avis publié le 24 janvier, le Conseil d’Etat sanctionne sévèrement le projet de réforme des retraites : la plus haute juridiction dénonce notamment la précipitation du gouvernement, le manque de lisibilité du projet, les garanties insuffisantes quant au financement du futur système de retraites, le recours abusif aux ordonnances et le risque d’inconstitutionnalité de certaines mesures. Les critiques du Conseil d’Etat fournissent des arguments solides aux adversaires de la réforme et viennent amplifier la défiance des Français envers l’exécutif.

La réforme des retraites était une occasion historique de rendre notre système de retraite plus juste, plus redistributif et plus lisible. Une occasion historique d’adapter notre système de retraite aux nouvelles réalités du monde du travail, de mieux prendre en compte les carrières discontinues et de corriger – au moins en partie – les inégalités salariales entre hommes et femmes. Une occasion historique de restaurer la confiance des citoyens dans notre système par répartition. D’ailleurs, en proposant la mise en place d’un système universel à points, Emmanuel Macron n’a fait que reprendre à son compte une proposition déjà défendue depuis une dizaine d’années par la CFDT ainsi que par de nombreux économistes, dont Thomas Piketty lui-même. Une telle réforme, si cruciale pour l’avenir du pays, aurait pu faire l’objet d’un consensus assez large dans la société civile et dans une partie du monde syndical.

Mais lorsqu’on voit la tournure que prennent les choses, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment d’un immense gâchis. Les syndicats ont leur part de responsabilité dans ce gâchis, tout particulièrement les syndicats dits contestataires qui, depuis le début, rejettent en bloc la réforme et refusent le principe d’un système universel de retraite. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : le gouvernement lui-même est en train de gâcher sa propre réforme. Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont cru qu’ils pouvaient refonder entièrement notre système de retraite en seulement deux ans : à titre de comparaison, les Suédois ont mis vingt ans pour basculer vers un système de retraite universel à points. De plus, le gouvernement s’est arc-bouté sur des mesures budgétaires telles que l’âge d’équilibre, ce qui a donné aux Français le sentiment que la réforme avait pour objectif principal de réaliser des économies. Le retrait « provisoire » de l’âge pivot dans le projet de loi ne résout pas le problème, loin de là, puisque l’introduction d’un âge d’équilibre dans le futur système de retraite n’a pas été abandonnée.

Plus généralement, la méthode employée par le gouvernement est un échec total car une réforme aussi importante que celle-ci ne peut pas être menée à son terme dans un climat de défiance. Or, il est clair qu’Edouard Philippe n’a pas réussi à fédérer les Français autour de la réforme des retraites. Comme l’écrivait très justement dans une tribune du Monde l’économiste Antoine Bozio, maître de conférences à l’EHESS et spécialiste des retraites : « L’échec de la construction d’un consensus, tant sur le diagnostic que sur les solutions, est patent. Alors que le projet initial était de redonner confiance dans la pérennité de notre système par répartition, le gouvernement a réussi à obscurcir toutes les avancées sociales possibles d’un tel système. »

Pourtant, il existait des solutions qui auraient permis de restaurer la confiance et de sauver la réforme des retraites : abandonner le principe de l’âge pivot, reporter la réforme de quelques mois pour prendre le temps nécessaire au débat démocratique et à l’amélioration du texte, associer davantage les partis d’opposition à l’élaboration de la réforme, renforcer les garanties apportées aux mères de famille et aux carrières hachées, améliorer la prise en compte de la pénibilité, communiquer des chiffres clairs et des simulations précises pour permettre aux Français d’évaluer les avantages et les inconvénients du nouveau système par rapport à l’ancien. Au lieu de cela, l’exécutif s’apprête à faire passer aux forceps une réforme mal ficelée, dans un climat de contestation et de défiance généralisée. Oui, décidément, c’est un immense gâchis.

Retraites: faut-il renoncer à l’âge pivot?

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

La mise en place d’un système de retraite universel n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire. La France compte actuellement 42 régimes de retraite différents : notre système de retraite est à la fois complexe et injuste car les règles varient considérablement d’une profession à l’autre. Mais surtout, notre système n’est plus adapté aux réalités sociales du XXIe siècle. Le monde du travail évolue à une vitesse vertigineuse à cause de la mondialisation et des progrès technologiques. Certaines professions vont disparaître dans les décennies à venir ; d’autres vont connaître des bouleversements majeurs. Les parcours professionnels sont de plus en plus imprévisibles, les reconversions de plus en plus fréquentes, et les carrières de plus en plus hachées.

A la place des 42 régimes de retraite existants, il faut créer un régime de retraite universel fonctionnant par points. Ce système devra garantir à tous les actifs un taux de remplacement acceptable. Il devra garantir une pension décente à ceux qui ont perçu de faibles revenus tout au long de leur carrière. Ce système devra aussi prendre en compte la pénibilité, selon des règles et des critères communs à l’ensemble des assurés. Certes, le projet du gouvernement est largement perfectible et de nombreux éléments doivent encore être clarifiés. Mais le principe d’un régime universel à points doit être conservé. Cette réforme est capitale pour l’avenir du pays car elle rendra notre système de retraite plus simple et plus égalitaire.

La volonté qu’a Edouard Philippe de préserver l’équilibre financier des caisses de retraite avant le basculement vers un système à points est tout à fait légitime. Mais à force de vouloir imposer à tout prix l’idée d’un « âge pivot », le Premier Ministre a fini par crisper les syndicats réformistes et par mettre en danger la réforme elle-même. Il serait tout à fait regrettable que l’obstination d’Edouard Philippe fasse échouer la négociation. Pour sauver la réforme des retraites, il semble donc nécessaire que le gouvernement consente à faire un geste fort : renoncer à l’âge pivot, tout simplement.

Une réforme aussi importante que la réforme des retraites ne peut être mise en place que dans un climat de confiance, avec le soutien des syndicats réformistes. Or, l’âge pivot est catégoriquement rejeté par la CFDT, syndicat majoritaire, ouvert à la négociation et favorable depuis des années à l’idée d’un système de retraite universel. De plus, en s’obstinant à défendre le principe d’un âge pivot, le Premier Ministre envoie un signal très négatif aux organisations syndicales car il sous-entend que ces dernières seront incapables de gérer correctement le futur système de retraite. Faisons confiance au paritarisme : les partenaires sociaux sauront prendre les bonnes décisions et préserver la viabilité du système à points.

La réforme des retraites est avant tout une réforme systémique : son objectif principal est de mettre en place un régime universel de retraite, et non de réaliser des économies. Or, l’âge pivot crée de la confusion dans le débat et donne aux Français le sentiment que la retraite à points n’est qu’un prétexte pour les faire travailler plus longtemps. Abandonner l’âge pivot permettrait donc de clarifier les enjeux de la réforme. D’ailleurs, l’âge pivot n’était pas inscrit dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron, ni dans le programme de LREM aux élections législatives. Emmanuel Macron s’est engagé à mettre en place un système universel à points : l’idée d’un âge d’équilibre n’est apparue que plus tard, avec le rapport Delevoye.

Il n’y a pas d’urgence absolue qui rende nécessaire la mise en place d’un âge pivot avant la fin du quinquennat. Les conclusions du Conseil d’Orientation des Retraites sont loin d’être alarmistes et, comme l’a fort bien expliqué le démographe Hervé Le Bras dans une tribune du journal Le Monde, le vieillissement de la population ne menace pas à court terme le financement des retraites. En outre, l’Etat dispose d’importants fonds de réserve qui pourront être utilisés, si besoin, pour combler temporairement le déficit des retraites.

Tôt ou tard, de nouvelles réformes paramétriques seront nécessaires pour assurer le financement de nos retraites : repousser l’âge de départ à la retraite, augmenter la durée de cotisation, peut-être même augmenter les taux de cotisation. Mais dans l’immédiat, les ajustements paramétriques ne sont pas la priorité. La seule urgence, pour le gouvernement, c’est de reprendre les négociations avec les syndicats sur des bases plus sereines pour sauver ce qui constitue le cœur de la réforme, à savoir le basculement vers un système universel à points dans lequel chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits à l’ensemble des assurés.