Mort de Dominique Baudis: une grande figure du centrisme nous a quittés

Dominique Baudis est mort le 10 avril 2014 d’un cancer. Cet homme était d’abord un grand journaliste et un spécialiste de l’audiovisuel : il fut reporter au Liban dans les années 70, puis correspondant de TF1 au Moyen-Orient. De 2001 à 2007, il présida le CSA, où il créa la TNT (Télévision Numérique Terrestre) et lutta activement contre la pornographie. Il présida aussi l’Institut du Monde Arabe pendant deux ans, de 2007 à 2009. La carrière politique de Dominique Baudis fut marquée par son engagement centriste, au sein de l’UDF. Toulouse était sa passion : il fut maire de la ville rose pendant 18 ans (prenant ainsi la succession de son père Pierre Baudis) et député de la Haute-Garonne ; il contribua largement à faire de Toulouse la grande métropole du Sud-Ouest que nous connaissons aujourd’hui. Européen convaincu, Dominique Baudis fut également président des Jeunes Centristes Européens, député européen et vice-président de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement européen. Au début des années 2000, il fut impliqué, bien malgré lui, dans une sordide affaire criminelle, l’Affaire Alègre : Dominique Baudis fut en effet accusé de viol, d’actes pédophiles et de meurtre par deux prostituées liées au réseau de prostitution mis en place par le violeur et tueur en série toulousain Patrice Alègre. Accusé de crimes affreux, traîné dans la boue par de simples rumeurs largement relayées dans la presse régionale et nationale, Dominique Baudis dut se battre pour sauver son honneur. Finalement, l’enquête fit voler en éclats les accusations ; les deux prostituées se rétractèrent et furent condamnées pour  dénonciations calomnieuses. Bien qu’innocenté par la justice, et malgré les nombreux soutiens qu’il reçut dans le monde politique, Dominique Baudis resta profondément marqué par les accusations odieuses dont il fut la cible. La dernière fonction qu’il exerça fut celle de Défenseur des Droits, un poste créé en 2008 que l’ancien maire de Toulouse fut le premier à occuper. Le rôle du Défenseur des Droits est de défendre et de conseiller les citoyens en conflit avec l’administration : soucieux de lutter contre les injustices, Dominique Baudis remplit sa mission avec le sérieux et la passion qu’on lui connaissait.

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Succès centristes aux municipales

F. Bayrou à Pau.

Le second tour des municipales a confirmé les bonnes performances des centristes au premier tour. Pas de « raz-de-marée » centriste, certes, mais des scores très honorables à l’échelle nationale, et quelques belles victoires locales comme celle de François Bayrou à Pau. A l’issue du second tour, 29 villes de plus 30.000 habitants ont un maire UDI ou Modem. Certaines de ces villes ont été prises à la gauche, comme Amiens, Laval, Niort, Nancy, Bobigny et, bien sûr, Pau. L’UDI a conquis 53 municipalités auparavant administrées par la gauche, soit 1/3 des villes conquises par l’opposition. En nombre de sièges, le centre est désormais la troisième force politique du pays dans les municipalités, devant le Front National. L’alliance entre le Modem et l’UDI a donc porté ses fruits : « l’Atlernative » de Borloo et Bayrou vient de passer avec succès son premier test éléctoral.

En outre, la stratégie de « front républicain » préconisée par l’UDI et le PS durant l’entre-deux-tours a fonctionné : dans les villes où un front républicain a été mis en place, le FN a été battu, comme à Perpignan, où le désistement du candidat socialiste en faveur du maire sortant UMP a permis de battre le candidat frontiste Louis Aliot. En revanche, les villes remportées par le Front National au second tour sont des villes où les candidats de gauche et de droite ont refusé tout désistement et toute fusion de listes, comme à Béziers, Fréjus ou Villers-Cotterêts. Ces résultats viennent donc valider la stratégie défendue par les centristes, alors que l’UMP avait clairement refusé la logique du front républicain.

Le succès incontestable du centre aux municipales ne doit cependant pas être interprété comme la renaissance d’un courant centriste puissant et unifié. En effet, les candidats centristes ont bénéficié du « vote sanction » contre l’actuelle majorité. De plus, la plupart des maires et des conseillers municipaux centristes ont été élus grâce à leur alliance avec l’UMP : sans cette alliance, il est évident que le centre aurait obtenu des résultats décevants. La question qui se pose donc à présent pour les centristes est celle de leurs relations avec l’UMP : les centristes peuvent-ils rester indépendants de la droite si leurs victoires locales sont obtenues dans le cadre d’alliances avec l’UMP ?