Simone Veil, une centriste historique

Il y a 40 ans, Simone Veil, alors Ministre de la Santé, prononçait un discours historique à l’Assemblée Nationale pour défendre la loi autorisant l’IVG, loi qu’elle avait elle-même préparée et qui portera son nom. Cette loi, on le sait, a suscité des passions d’une rare violence. Mais c’était une loi nécessaire, à une époque où l’avortement était encore considéré comme un crime en France et où, chaque année, des milliers de femmes se faisaient avorter clandestinement, au péril de leur vie, quand elles ne pouvaient pas le faire à l’étranger. L’importance de cette loi est d’autant plus grande aujourd’hui que certains Etats, au sein même de l’Union européenne, cherchent à limiter l’accès à l’IVG. Mais Simone Veil n’a pas seulement été la « ministre de l’IVG ». Son histoire personnelle fut marquée par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, puisqu’elle fut déportée à Auschwitz-Birkenau en 1944, à l’âge de 16 ans. Simone Veil fut également une femme du centre et une Européenne convaincue. Dès 1974 elle apporta son soutien à Valéry Giscard d’Estaing, dont elle partageait les ambitions réformatrices. En 1979, elle mena la liste UDF aux élections européennes et devint la présidente du premier Parlement européen élu au suffrage universel. Durant toute sa carrière, elle défendit la construction européenne et combattit l’extrême droite, en dénonçant notamment les alliances locales entre la droite et le Front National dans les années 80 et 90. Refusant toute vision sectaire de la politique, elle n’hésita pas à dépasser les clivages traditionnels et à défendre des positions qui heurtaient les majorités auxquelles elle appartenait. L’exemple le plus éloquent est sans aucun doute la loi sur l’IVG, qui fut combattue par une grande partie de la droite et votée grâce aux voix de la gauche. En 2012, bien que retirée de la vie politique, Simone Veil participa au congrès fondateur de l’UDI, aux côtés de Jean-Louis Borloo, réaffirmant ainsi sa fibre centriste. Simone Veil incarne, en somme, un certain courage politique et une liberté qui font cruellement défaut à la plupart de nos responsables politiques aujourd’hui.

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Le centre selon Sarkozy

Lors de son meeting à Angers, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté de constituer un rassemblement avec le centre. Et de préciser: « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir ». Dans le public, un sympathisant s’exclame alors: « Honte à Bayrou! ». Et Sarkozy répond: « Vous avez donc compris ». Sarkozy accuse Bayrou d’être une girouette… Etrange accusation de la part d’un homme qui change de convictions comme de chemise, et qui annonce tout et son contraire en fonction de l’auditoire qu’il a en face de lui. Bayrou, lui, est resté constant depuis 2007: constant dans ses convictions, constant dans ses projets, constant dans son opposition à Nicolas Sarkozy, et constant dans sa volonté de bâtir un pôle centriste indépendant de la droite.

La petite phrase de Sarkozy en dit long sur l’image qu’il a du centre et sur l’estime qu’il nourrit pour cette famille politique. « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir », cela veut dire: un centre vassalisé. Un centre toujours d’accord. Un centre qui serait là simplement pour soutenir la politique voulue par l’UMP. Nous voyons bien ce que représente le centre aux yeux de Sarkozy: une excroissance de la droite, une force d’appoint, une réserve de voix. Sarkozy méprise les centristes et se moque bien de leurs idées, mais il a besoin d’eux pour reconquérir le pouvoir. Petite précision utile: pendant que Monsieur Sarkozy faisait le tour du monde pour donner de grandes conférences facturées 200.000 euros, François Bayrou, lui, élaborait des propositions pour son pays, bâtissait une alliance avec l’UDI de Jean-Louis Borloo, faisait campagne aux municipales à Pau et participait à la campagne des européennes.

Les centristes ont gagné la bataille des idées, mais pas celle des urnes

Aujourd’hui, les idées centristes sont majoritaires en France. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à défendre la construction européenne, à une époque où la droite française, gaulliste et souverainiste, se méfiait de l’Europe. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à défendre la décentralisation, à une époque où la droite française était encore étatiste et centralisatrice. N’oublions pas que les centristes ont été les premiers à prôner un libéralisme économique tempéré, face à une droite française attachée aux monopoles et à la planification gaullienne. Or, que constate-t-on ? Au cours des trente dernières années, une grande partie de la droite s’est convertie au libéralisme économique, à la décentralisation et à l’Europe : comme l’écrit Alexandre Vatimbella, directeur du CREC (Centre de Recherches et d’Etudes du Centrisme), « c’est la droite qui penche vers le centre, et non l’inverse ».

La gauche s’est, elle aussi, réapproprié les idées centristes. N’oublions pas ce qu’était le Parti Socialiste à la fin des années 70 : un parti jacobin et anticapitaliste qui pensait pouvoir émanciper les individus et faire disparaître les inégalités à grands coups de nationalisations et de dépenses publiques. Aujourd’hui, une grande partie de la gauche française a fini par accepter l’économie de marché, la lutte contre les déficits publics, le soutien au monde de l’entreprise et la nécessité de concilier solidarité et compétitivité : cette gauche réformiste, celle de Jacques Delors et de Michel Rocard, celle de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron, une gauche qualifiée parfois de « sociale-libérale », s’est en fait ralliée aux principes que défendait le centre depuis des décennies.

A mesure que la gauche et la droite se « centrisaient », les centristes ont donc vu leur poids électoral se réduire comme peau de chagrin. La banalisation des idées centristes n’a pas profité aux partis centristes. Concrètement, cela signifie qu’une majorité de Français approuvent les idées du centre et ont une bonne image des centristes, mais que cette sympathie ne se transforme pas en suffrages, puisque lors des scrutins nationaux les formations centristes dépassent rarement les 10%. Les centristes sont appréciés pour leur personnalité et leurs idées mais ne sont pas perçus comme capables de gouverner. La leçon qu’il faut tirer de cette situation paradoxale, c’est que les centristes doivent prioritairement améliorer leur crédibilité. Cela passe, bien sûr, par l’élaboration d’un projet politique lisible, articulé sur des mesures concrètes. Mais les centristes doivent aussi se démarquer, en affirmant leur spécificité par rapport à la droite et à la gauche de gouvernement. Or, ce qui fait la spécificité des centristes, ce n’est pas un corpus d’idées générales et de principes abstraits, mais plutôt une volonté de renouveler en profondeur la pratique politique, de dépasser les clivages traditionnels et de rompre avec la logique du « bloc contre bloc ».

Jean-Christophe Lagarde, nouveau président de l’UDI

Jean-Christophe Lagarde vient d’être élu président de l’UDI, succédant ainsi à Jean-Louis Borloo. A l’issue d’un deuxième tour sous tensions, le député-maire de Drancy a obtenu 53,5% des suffrages. Son concurrent, Hervé Morin, a reconnu sa défaite mais compte bien garder un rôle de premier plan au sein de l’UDI. Jean-Christophe Lagarde est bien connu des habitants de Seine-Saint-Denis mais peu connu des Français en général. Ses convictions centristes sont incontestables: Lagarde a fait ses premières armes au CDS (Centre des Démocrates Sociaux) et présidé le mouvement des Jeunes UDF dans les années 90. En 2007, il a rejoint le Nouveau Centre d’Hervé Morin, qu’il a quitté en 2012 pour fonder son propre parti, Force Européenne Démocrate. Sur le plan économique, Jean-Christophe Lagarde incarne l’idéal centriste du « juste équilibre » entre libéralisme et solidarité. Sur les questions de société, il défend des positions très libérales puisqu’il a voté la loi sur le mariage pour tous et pris position en faveur d’une dépénalisation du cannabis. Par ailleurs, Lagarde est un pro-européen qui défend ouvertement le fédéralisme. Il considère l’UMP comme un partenaire naturel du centre mais dit aussi que l’UDI doit rester strictement indépendante et que le centre doit affirmer la spécificité de ses valeurs et de son programme pour se démarquer de la droite. Le nouveau président de l’UDI a de précieux atouts, à commencer par son image de tribun et de conquérant: maire de Drancy depuis 2001, il a en effet réussi l’exploit de conquérir (et de conserver) une municipalité communiste historique de la Seine-Saint-Denis. Mais Jean-Christophe Lagarde est aussi une personnalité controversée. Ses méthodes brutales et ses déclarations assassines à l’encontre de ses adversaires semblent en contradiction avec les vertus de modération et d’équilibre qu’il prétend incarner. De plus, il est parfois décrit comme un carriériste sans scrupules. Certains l’accusent de clientélisme à Drancy et le soupçonnent de vouloir utiliser la présidence de l’UDI pour servir ses ambitions présidentielles. Espérons que Jean-Christophe Lagarde saura se montrer à la hauteur du défi qui l’attend: renforcer le poids du centre et faire de l’UDI un parti moderne, crédible, capable de répondre aux attentes de la société française et de proposer un nouveau modèle social et politique.

L’axe Juppé-Bayrou: réalités et limites

A. Juppé et F. Bayrou à Pau.

Le rapprochement de François Bayrou et d’Alain Juppé n’est un secret pour personne, surtout depuis que le maire de Pau s’est dit prêt à soutenir la candidature de son homologue bordelais à la présidentielle de 2017. Le centriste Bayrou et le gaulliste Juppé se connaissent bien, et depuis longtemps. Bayrou a d’ailleurs été Ministre de l’Education Nationale dans le gouvernement Juppé de 1995 à 1997. Les deux hommes sont amis. Et ils se ressemblent, non pas physiquement mais intellectuellement. Ce sont deux agrégés de lettres classiques partageant le même goût pour la littérature et l’histoire. Le modèle de Juppé, c’est Montesquieu, son compatriote bordelais, le moderne, l’homme des Lumières. Le modèle de Bayrou, c’est Henri IV, son compatriote béarnais, le rassembleur, le pragmatique.

Si Bayrou soutient Juppé, c’est d’abord par amitié. C’est également par loyauté, car Juppé l’a soutenu à Pau lors des municipales de mars 2014. Mais c’est aussi parce que, sur le fond, les deux hommes partagent les mêmes valeurs, humanistes, républicaines et libérales (au sens politique du terme). Alain Juppé incarne le courant modéré, humaniste et européen de l’UMP ; en ce sens, il est politiquement proche du centre, et séduit d’ailleurs largement l’électorat centriste. C’est une personnalité plus rassurante et moins « clivante » que Nicolas Sarkozy. Sur de nombreux sujets, les idées de Bayrou et celles de Juppé sont convergentes. Les deux hommes plaident pour une réduction du nombre de parlementaires et défendent le non-cumul des mandats. Ils souhaitent libérer le marché de l’emploi en simplifiant le Code du Travail. Ils prônent la modération fiscale, en particulier l’allègement de la fiscalité sur les classes moyennes. Ils sont pour l’assouplissement des 35 heures, la réduction des dépenses publiques, le retour à l’équilibre budgétaire. Ils défendent l’instauration de quotas d’immigration européens et veulent améliorer la lutte contre l’immigration illégale en renforçant les moyens de l’agence Frontex et en favorisant la création d’un corps de Garde-côtes européens, à condition que ces mesures s’accompagnent d’une politique ambitieuse de co-développement en direction des principaux pays d’émigration.

Cependant, Bayrou et Juppé divergent sur plusieurs questions importantes. Sur les retraites, par exemple : Alain Juppé veut un recul progressif à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite ; Bayrou défend un régime unique de retraite par points prenant en compte la pénibilité et la maternité, et permettant d’individualiser l’âge de départ à la retraite. Autre divergence : la TVA sociale, qui consiste à baisser les cotisations sociales et à compenser cette baisse par une augmentation de la TVA, afin d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises. Juppé est favorable à cette idée, qu’il préfère qualifier de « TVA compétitivité » ; Bayrou, en revanche, a pris position contre la TVA sociale qui, selon lui, risquerait de « paupériser » une partie de la population. En ce qui concerne les institutions, Bayrou veut les refonder, et n’exclut pas l’idée d’une « Sixième République » renforçant les pouvoirs du Parlement. Alain Juppé, en bon gaulliste, est plus attaché à la Cinquième République. François Bayrou défend l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives afin d’améliorer la représentativité de l’Assemblée ; Juppé est plus réservé, car il pense qu’un scrutin proportionnel empêcherait d’obtenir des majorités stables. Bayrou est un fédéraliste ; Juppé est certes favorable à l’Europe mais ne défend pas l’idée d’une Europe fédérale et privilégie le renforcement des coopérations entre Etats membres. Enfin, Bayrou plaide pour la formation d’un gouvernement « d’union nationale » allant de la gauche sociale-démocrate au centre-droit ; Juppé récuse toute alliance avec la gauche et préconise une alliance classique de la droite et du centre.

Reste encore une question épineuse. Quid en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de l’UMP? Si Nicolas Sarkozy est désigné comme candidat de la droite à la prochaine présidentielle, il ne fait aucun doute qu’Alain Juppé se rangera derrière lui, car les deux hommes appartiennent à la même famille politique. En revanche, François Bayrou, qui s’est opposé à Nicolas Sarkozy en 2007 et en 2012, ne soutiendra probablement pas l’ancien président dans sa troisième course à l’Elysée. Bayrou a déjà désigné son champion pour 2017 : ce sera Juppé. Une victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de l’UMP serait sans doute le pire scénario pour le président du Modem.

Ce jour qui a changé le visage de l’Europe

Il y a 25 ans, l’Europe changeait de visage. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, les Berlinois de l’Est passaient librement à l’Ouest, et le Mur de la Honte commençait à vaciller sous les pioches et les marteaux. La chute du Mur de Berlin referma le long cycle de conflits européens ouvert en 1914. Elle permit la réunification de l’Allemagne et relança la construction européenne: en 1992, le Traité de Maastricht donnait naissance à l’Union européenne et posait les bases de la monnaie unique. La chute du Mur de Berlin a aussi ouvert la voie d’un processus inédit et spectaculaire d’unification politique du continent européen: en effet, après avoir subi 50 ans de dictature communiste, les pays d’Europe centrale et orientale sont devenus des démocraties et ont presque tous rejoint l’Union européenne. Cela doit nous faire réfléchir sur l’importance des valeurs que partagent les nations européennes, au-delà des fractures infligées par les accidents de l’histoire. Au risque de tomber dans un certain idéalisme, n’ayons pas peur de rappeler quelles sont ces valeurs qui constituent le socle même du projet européen: les Droits de l’Homme, la démocratie, la liberté, la paix, la solidarité.

En Allemagne, les conséquences de la réunification furent assez paradoxales: en effet, l’ex-RDA fut « occidentalisée », absorbée par la RFA, englobée dans l’économie sociale de marché, intégrée à l’OTAN et à la Communauté européenne. Mais la réunification a aussi entraîné une « orientalisation » de l’Allemagne. En effet, dans les années 90, l’Allemagne s’est réaffirmée comme une puissance continentale dominant la « Mitteleuropa ». Elle s’est aménagé un gigantesque hinterland industriel en délocalisant massivement vers des pays tels que la République Tchèque et la Hongrie, et en affirmant son rôle d’interface entre l’Europe de l’Est et la Mer du Nord. Elle a pu ainsi devenir le véritable centre de l’Union européenne. Mais le plus important n’est pas là: ce qui est remarquable, c’est surtout la stabilité de la démocratie allemande. Le modèle de la République Fédérale, élaboré par et pour les Allemands de l’Ouest sur les ruines du nazisme, s’est parfaitement greffé sur l’Allemagne de l’Est et n’a jamais été remis en cause depuis la réunification. D’ailleurs, de nombreuses personnalités politiques de la République Fédérale sont issues des Lander de l’Est, à commencer par la chancelière Angela Merkel et le président de la République Joachim Gauck.

A l’heure où les nationalismes et les populismes se réveillent un peu partout en Europe, n’oublions pas tout le chemin parcouru depuis 1989: l’unification du continent européen, l’extension de la démocratie en Europe centrale et orientale, et l’enrichissement des pays de l’Est qui ont rejoint l’Union européenne. A l’heure où certains rêvent de déconstruire l’Europe, n’oublions pas la grande leçon de ces 25 dernières années: ce qui unit les nations européennes est plus important que ce qui les oppose.

« Lib-Dems »: les centristes d’outre-Manche dans la tourmente

Nick Clegg, président du Parti libéral-démocrate.

Les Libéraux-Démocrates (Lib-Dems) constituent la troisième force politique du Parlement britannique. Idéologiquement, ces centristes d’outre-Manche diffèrent assez peu de leurs homologues du continent : ils défendent un libéralisme tempéré et sont de fervents partisans de la construction européenne (le Parti libéral-démocrate est d’ailleurs favorable à une adhésion du Royaume-Uni à l’euro). Les Lib-Dems passent aussi pour de grands défenseurs de l’environnement, dans un pays où il n’existe pas de puissant parti écologiste comme les Verts en Allemagne ou en France. Au Parlement européen, les députés Lib-Dems siègent au sein du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), groupe centriste et fédéraliste auquel participent également les eurodéputés français de l’UDI et du Modem.

Fondé en 1988, le Parti libéral-démocrate voulait incarner une « 3e voie » entre le Parti travailliste et le Parti conservateur. Mais dans une démocratie habituée au bipartisme, la petite formation centriste a eu beaucoup de mal à s’imposer face aux deux partis dominants. Au milieu des années 90, la fondation du New Labour par Tony Blair impulsa une réorientation centriste et libérale du Parti travailliste : pour marquer leur différence avec le New Labour, les Lib-Dems décidèrent alors d’opérer un virage à gauche, en proposant notamment d’augmenter les dépenses publiques dans l’Education ou de revenir sur la privatisation des chemins de fer. Cette stratégie fut payante électoralement : les Lib-Dems captèrent une partie de l’électorat travailliste et augmentèrent significativement leur nombre de sièges à la Chambre des Communes. Mais en 2004, ils changèrent à nouveau de stratégie : pariant sur un repositionnement à gauche du Parti travailliste après le départ de Tony Blair, les Lib-Dems décidèrent de reconquérir l’espace politique du centre et publièrent un nouveau manifeste mettant en avant des thèses plus libérales : c’est la « révolution du livre orange ».

A l’issue des élections de 2010 (remportées par le Parti conservateur), les Lib-Dems acceptèrent de former une coalition gouvernementale avec les « Tories » de David Cameron. Le président du Parti libéral-démocrate, Nick Clegg, fut alors nommé vice-Premier Ministre. En acceptant une coalition avec les conservateurs, Nick Clegg espérait « ancrer le gouvernement au centre » et infléchir la politique de Cameron dans un sens plus progressiste. Mais très vite, de nombreux désaccords apparurent entre Conservateurs et Lib-Dems : David Cameron imposa aux centristes des mesures d’austérité dont ces derniers ne voulaient pas, comme la hausse de la TVA, la hausse des droits d’inscription universitaires ou la réduction des allocations sociales. Sous la pression des conservateurs, Nick Clegg dut également abandonner son projet de réforme de la Chambre des Lords. De nombreux électeurs du Parti libéral-démocrate se sentirent trahis et en 2012, les Lib-Dems subirent une lourde défaite aux élections locales. L’Europe est une autre source de tensions entre Lib-Dems et Conservateurs depuis que David Cameron s’est dit favorable à l’organisation d’un référendum sur la sortie de l’Union européenne, au grand dam de Nick Clegg et de son parti pro-européen.

Malgré tout, Nick Clegg n’envisage pas de démissionner de son poste de vice-Premier Ministre, car il estime être plus utile dans le gouvernement que dans l’opposition, et il sait très bien que David Cameron a besoin des Lib-Dems pour gouverner. Le leader centriste espère toujours qu’il va réussir à influencer la politique de Cameron, par exemple en imposant l’idée d’une taxation des grandes fortunes pour lutter contre le déficit public. A l’approche des élections générales de 2015, le Parti libéral-démocrate est confronté à la plus grave crise d’identité de son histoire. Nick Clegg mise en fait sur le redressement économique du Royaume-Uni pour redorer le blason de son parti. Mais rien n’est gagné. En 2015, le verdict des urnes risque encore d’être sévère pour les Lib-Dems car ils sont impopulaires, usés par l’exercice du pouvoir et incapables de peser sur les choix politiques de leurs alliés conservateurs.