Une idée pour le jour d’après: le revenu universel

En pleine épidémie de coronavirus, alors que l’économie française tourne au ralenti et que 10 millions de salariés sont au chômage partiel, nous avons besoin d’une réponse audacieuse et ambitieuse à la crise sociale majeure qui s’annonce : cette réponse pourrait être la mise en place d’un « revenu universel », entendu ici comme un revenu de base alloué à tous les individus, de façon inconditionnelle. Pour les plus fragiles, ce revenu constituerait un filet de sécurité ; pour les autres, il s’agirait plutôt d’un complément de revenu.

Comme l’a dit le philosophe Abdennour Bidar, le revenu universel est une « utopie réaliste ». Il s’agit en effet d’une mesure très concrète et relativement simple à mettre en œuvre. C’est aussi une mesure transpartisane, qui trouve des promoteurs aussi bien à gauche qu’à droite et au centre. La gauche y voit un instrument de redistribution des richesses et un puissant facteur d’émancipation ; les libéraux y voient plutôt un moyen de flexibiliser le marché du travail et de simplifier le système des aides sociales. Le coût d’une telle prestation serait certes colossal pour la collectivité, mais n’oublions pas que ce coût serait en partie compensé par les économies réalisées grâce à la simplification de notre système social. Certains s’offusquent à l’idée que l’on verse un revenu de base à des gens qui vivent dans l’aisance : cette objection est légitime, mais il s’agit là d’un problème assez périphérique par rapport aux enjeux réels d’une telle réforme puisque, de toutes façons, les allocataires les plus riches reverseront à l’Etat sous forme d’impôts des sommes bien plus importantes que celles qu’ils recevront. Certains voient aussi dans ce dispositif une incitation à la paresse. C’est oublier que le revenu universel représentera juste une allocation de base et qu’il sera cumulable avec n’importe quel revenu d’activité : pour les chômeurs, le revenu universel constituera une incitation à travailler puisque le retour à l’emploi se traduira par une forte hausse de revenus.

Lors de la présidentielle de 2017, le socialiste Benoît Hamon avait proposé la création d’un revenu universel baptisé « RUE » (revenu universel d’existence). Le RUE de Benoît Hamon posait toutefois de gros problèmes, à commencer par son financement : le candidat socialiste n’envisageait aucune rationalisation du système social existant et voulait financer le RUE grâce à la « lutte contre la fraude fiscale et l’évasion fiscale » ; or, une telle source de financement est par définition incertaine car il n’existe aucune solution miraculeuse pour faire disparaître la fraude et l’évasion fiscales du jour au lendemain. En outre, Benoît Hamon concevait son « revenu universel d’existence » uniquement comme un moyen d’augmenter le pouvoir d’achat des étudiants et des travailleurs précaires, et non comme un véritable outil d’émancipation susceptible de transformer radicalement et durablement notre rapport au travail.

A ce jour, aucun gouvernement dans le monde n’a tenté de mettre en place un revenu véritablement universel versé sans conditions : les seules expériences menées jusqu’à présent, notamment en Californie et en Finlande, concernent l’instauration d’un revenu de base pour les chômeurs. Le « revenu universel d’activité » défendu par Emmanuel Macron est assez proche du système testé en Finlande : il s’agit d’une allocation unique destinée à remplacer plusieurs allocations existantes, dont le RSA et la prime d’activité. Un tel dispositif aurait des avantages certains. Notre système de protection sociale comporte une multitude de prestations relevant d’administrations différentes : une telle complexité génère des injustices car de nombreuses personnes éligibles à certaines aides sociales n’en font pas la demande, soit par découragement, soit par ignorance. Le taux de non-recours est estimé à 30% pour le RSA, et à 50% pour la prime d’activité. Une allocation sociale unique permettrait donc de simplifier considérablement le dédale des prestations sociales. Mais le « revenu universel d’activité » voulu par Emmanuel Macron ne doit pas être confondu avec un véritable revenu universel : il est d’abord conçu comme une mesure de simplification administrative et de lutte contre la pauvreté.

Un revenu véritablement universel, versé à tout le monde sans conditions, induirait un changement de paradigme tout à fait salutaire pour faire face aux bouleversements économiques et technologiques à venir. Les carrières professionnelles sont de plus en plus imprévisibles ; le travail précaire occupe, hélas, une place croissante au sein des sociétés développées. Nous ne retrouverons jamais une situation de plein emploi comme celle que nous avons connue pendant les Trente Glorieuses. De nombreux économistes pensent même que les innovations technologiques vont entraîner une raréfaction du travail dans les pays développés : dans les décennies à avenir, des centaines de métiers vont disparaître, y compris des métiers qualifiés. Même si de nouveaux viviers d’emplois sont en train d’émerger avec la révolution numérique et la transition énergétique, nul ne sait, à l’heure actuelle, si ces nouveaux emplois seront en mesure de compenser les destructions massives d’emplois provoquées par l’automatisation de la production et le développement des algorithmes. Dans ces conditions, la mise en place d’un revenu universel de base pourrait, à terme, s’imposer à l’ensemble des sociétés post-industrielles.

Pourquoi il faut s’attendre à une nouvelle offensive des « antivax »

L’efficacité des vaccins est prouvée depuis longtemps. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la vaccination de masse a fait reculer de façon spectaculaire plusieurs maladies infectieuses mortelles et hautement contagieuses qui, autrefois, faisaient des ravages. Dans les années 1950, en Europe, on mourait encore de la tuberculose, de la coqueluche, de la diphtérie et de la poliomyélite. Ces maladies, nous avons fini par les oublier car elles ont quasiment disparu dans les pays développés. Nous avons oublié que la diphtérie provoquait la mort par suffocation, que la coqueluche tuait les nourrissons dans d’abominables quintes de toux et que la poliomyélite entraînait une paralysie des membres inférieurs et du système respiratoire. Nous avons oublié que les maladies infectieuses étaient la première cause de mortalité en Europe jusqu’au milieu du XXe siècle. Qu’on le veuille ou non, la vaccination de masse marque un progrès majeur dans l’histoire de l’humanité.

Pourtant, un mouvement anti-vaccination a émergé en Europe et en Amérique du Nord à partir des années 90 : les militants antivax prétendent que les vaccins sont inefficaces, voire dangereux. Ils dénoncent un « lobby du vaccin » et contestent le principe de la vaccination obligatoire. Certains vont même jusqu’à présenter la vaccination des nourrissons comme une maltraitance. La rhétorique anti-vaccin bascule souvent dans la théorie du complot : pour bon nombre de militants antivax, la vaccination ne servirait qu’à enrichir les laboratoires pharmaceutiques. Mais certains militants antivax vont beaucoup plus loin dans le délire complotiste et affirment que les vaccins sont des armes biologiques destinées à décimer la population mondiale. En fouillant dans les poubelles du web, on peut même trouver des publications ahurissantes qui pourraient faire sourire si elles ne concernaient pas un sujet aussi grave : des sites complotistes affirment par exemple que les vaccins comportent des nano-robots capables de modifier le comportement des individus.

La propagande antivax est d’autant plus sournoise qu’elle mélange parfois des contre-vérités à d’authentiques données scientifiques. Comme le disait Paul Valéry, « le mélange de vrai et de faux est plus toxique que le faux ». Il existe par exemple un débat sur les sels d’aluminium qui entrent dans la composition des vaccins. Depuis maintenant un siècle, des sels d’aluminium sont employés comme adjuvants dans les vaccins car l’aluminium permet d’augmenter l’efficacité des vaccins en stimulant la réaction immunitaire de l’organisme : la plupart des spécialistes considèrent les sels d’aluminium comme inoffensifs mais certains chercheurs pensent le contraire. Les recherches du Professeur Romain Gherardi, spécialiste des maladies neuromusculaires, ont montré que chez une très petite minorité d’individus ayant des prédispositions génétiques, l’aluminium des vaccins pouvait entraîner des lésions musculaires appelées myofasciites à macrophages. La plupart des patients chez qui cette pathologie a été diagnostiquée souffrent de troubles du sommeil et de troubles cognitifs mais, à ce jour, aucun lien n’a pu être scientifiquement établi entre ces différents troubles et l’aluminium des vaccins. Pour l’OMS, rien ne justifie une interdiction de l’aluminium vaccinal car une telle décision réduirait considérablement l’efficacité des vaccins et pourrait avoir de lourdes conséquences sanitaires à l’échelle mondiale. Mais cela n’empêche pas les antivax d’affirmer que les vaccins entraînent des troubles neurologiques graves et irréversibles.

La propagande antivax est dangereuse car elle a des effets réellement néfastes sur la population. Elle entretient en effet la confusion dans l’opinion publique et alimente la méfiance envers les vaccins. On sait depuis longtemps qu’une bonne couverture vaccinale est indispensable pour stopper la propagation des virus et empêcher l’apparition de nouveaux foyers épidémiques. Or, durant les vingt dernières années, la méfiance croissante envers les vaccins a entraîné une dégradation de la couverture vaccinale et favorisé la résurgence de plusieurs maladies qui avaient presque disparu en Europe, comme la tuberculose, la coqueluche et la rougeole ; un retour de la diphtérie a même été constaté en Russie. Les rumeurs antivax provoquent parfois de véritables paranoïas collectives : ainsi, au début des années 2000, une épidémie de rougeole a démarré au Royaume-Uni parce que les gens croyaient, à tort, que le vaccin ROR favorisait l’autisme.

Face à la crise sanitaire mondiale déclenchée par le coronavirus, les antivax lancent de nouvelles offensives qui pourraient avoir, elles aussi, de funestes conséquences. Depuis le début de l’épidémie nous assistons sur Internet à une recrudescence des rumeurs et des fake news au sujet des vaccins. Selon une rumeur abondamment relayée sur les réseaux sociaux et les sites complotistes, le milliardaire Bill Gates aurait déclaré que les vaccins servaient à « réduire la population mondiale » : cette fake news vient en fait d’une déformation assez grossière des propos tenus par le fondateur de Microsoft sur les conséquences démographiques de la vaccination dans les pays en développement. Selon une autre rumeur, totalement fausse elle aussi, la Fondation Bill Gates financerait un vaccin contre le covid-19 pour implanter dans les individus vaccinés des puces électroniques permettant un traçage de la population… Malheureusement, quand une rumeur est lancée, il est difficile de l’arrêter : le fact-checking et la parole des experts ne pèsent plus très lourd face au racolage complotiste. Le jour où un vaccin contre le covid-19 sera mis en circulation, il y a fort à parier que la communauté antivax dénoncera encore un gigantesque complot destiné à empoisonner ou à surveiller la population mondiale.

Comme l’explique le sociologue Gérald Bronner, le développement d’Internet a entraîné une « dérégulation du marché de l’information ». Aujourd’hui, les authentiques données scientifiques se retrouvent en concurrence avec les théories les plus folles : des centaines de sites web cherchent à vous convaincre, en avançant des arguments pseudo-scientifiques, que la Terre est plate, que le réchauffement climatique est un mythe, que les vaccins sont inefficaces ou que les dinosaures n’ont jamais existé. Dans ce grand bazar de l’information qu’est devenu le web, les pires théories côtoient les travaux les plus brillants, et chacun fait son petit marché en glanant, ici ou là, quelques idées qui le conforteront dans ses croyances et dans ses préjugés.

Le monde d’après ne sera pas forcément très différent du monde d’avant

Face au choc du coronavirus, chacun voit midi à sa porte. Nous avons tendance à interpréter la crise actuelle comme une validation de l’idéologie dans laquelle nous croyons. Les souverainistes prophétisent la dé-mondialisation et le retour des frontières. Les mondialistes affirment que seule une reprise des échanges mondiaux pourra nous sortir du marasme économique. Les europhobes annoncent l’éclatement de l’Union européenne. Les europhiles espèrent un grand saut fédéral. Les anticapitalistes se persuadent que le capitalisme est à l’agonie. Les écologistes radicaux pensent que l’heure de la déconsommation et de la décroissance est arrivée. Les étatistes réclament une relance économique à grands coups de nationalisations et de dépenses publiques. Les libéraux plaident pour des baisses massives d’impôts et de charges afin d’aider les entreprises à relancer leur activité.

Bien malin celui qui peut dire aujourd’hui de quels changements accouchera la crise du coronavirus. Des changements, il y en aura sans doute. Mais nous serions naïfs de penser que la crise actuelle va faire naître un monde nouveau. Les gens ne vont pas, du jour au lendemain, renoncer à leur mode de vie et à leurs habitudes de consommation. La frustration générée par le confinement risque même d’avoir l’effet inverse : une volonté de consommer, de voyager, de rattraper le temps perdu. La crise du coronavirus ne va pas non plus jeter à terre le capitalisme globalisé : tôt ou tard, l’économie mondiale se relèvera, le commerce international redémarrera. On ne doit pas sous-estimer la résilience du système capitaliste, ni son extraordinaire capacité à surmonter ses propres contradictions. Après la crise, le monde ne sera pas forcément très différent de celui que nous connaissions avant le coronavirus.

Les réalités économiques se rappelleront bientôt à nous de façon brutale. En Europe, les mesures d’urgence vont coûter très cher : un jour ou l’autre il faudra payer la facture. Même si la Banque Centrale Européenne rachète une partie des obligations émises par les Etats membres, et même si une partie des dettes publiques sont annulées (ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour), l’ardoise restera chargée. Et les Etats européens les plus touchés devront consentir des efforts importants pour maîtriser leur déficit et pour éviter une flambée des taux d’intérêt sur le marché obligataire. Le bout du tunnel est encore loin.

Avant d’imaginer des lendemains qui chantent, il y a quelque chose dont on peut se réjouir dès à présent : nous n’avons pas basculé dans le chaos. Malgré le confinement, les chaînes d’approvisionnement en produits de première nécessité n’ont pas été rompues. La continuité des services publics est assurée. Notre système de soins, bien que fragilisé par des décennies d’austérité budgétaire, a tenu le coup grâce à la mobilisation extraordinaire des personnels soignants. La cohésion sociale n’a pas volé en éclats : au contraire, les Français font preuve d’un sang-froid et d’un pragmatisme assez remarquables ; ils acceptent le confinement et s’adaptent comme ils peuvent à cette situation inédite ; ils inventent de nouvelles pratiques et de nouvelles solidarités ; ils font preuve d’humour et de créativité. Nous avons développé toute une « culture du confinement » qui sera sans doute éphémère mais qui, dans l’instant présent, nous aide à traverser l’épreuve de l’épidémie.

Pas de révolution en perspective, donc. Mais une belle leçon de résilience collective qui montre que, malgré tout, nous continuons à faire société.

Réforme du bac: et si on supprimait les E3C?

Outre la suppression des traditionnelles séries L, ES et S, la réforme du bac a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. En janvier 2020, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). De nombreux incidents ont émaillé cette première session : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. En raison du confinement, la deuxième session d’E3C prévue en avril-mai a été purement et simplement annulée. Ne faut-il pas tirer les leçons de toutes ces péripéties en supprimant les E3C ?

Les épreuves communes de contrôle continu ont été assez mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride située à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les E3C présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser ; elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer des E3C en milieu et en fin de Première puis en cours de Terminale. Supprimer les E3C permettrait donc de laisser « respirer » les établissements et les élèves. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer. 

Supprimer les E3C permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. Le contrôle continu représente actuellement 40% de la note globale, à raison de 30% pour les E3C et 10% pour les moyennes de bulletin. Les épreuves terminales représentent 60% de la note globale, à raison de 10% pour les épreuves anticipées de français, 32% pour les épreuves de spécialité, 14% pour le « grand oral » et 4% pour la philosophie. Au bout du compte, les coefficients sont si complexes que la note finale perd son sens. En supprimant les E3C, on peut envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité (choisis par les élèves) et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et grand oral).

Enfin, la suppression des E3C permettrait de simplifier le calendrier des épreuves, qui est lui aussi d’une grande complexité. En Première les élèves passent leurs E3C en janvier-février puis en avril-mai, ainsi que les épreuves anticipées de français en juin-juillet. La carte des E3C varie d’une session à l’autre : lors de la première session les élèves passent l’histoire-géographie et les langues vivantes, mais lors de la session d’avril-mai viennent s’ajouter l’enseignement scientifique et la spécialité abandonnée en Terminale. L’année suivante, les élèves doivent passer leurs épreuves trimestrielles d’EPS, leur troisième session d’E3C en cours d’année, les enseignements de spécialité en avril-mai puis la philosophie et le grand oral en juin. Non seulement ce calendrier est illisible, mais il entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd.

Supprimer les E3C ne veut pas dire supprimer le contrôle continu : je pense qu’il faut une part de contrôle continu au bac. Je parle ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble des années de Première et de Terminale. La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. De nombreux enseignants craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu le bac perde sa valeur nationale. Il s’agit là d’un faux problème : cela fait longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur. De fait, les établissements du supérieur recrutent déjà sur la base du contrôle continu. Soyons honnêtes : les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats. En réalité, tout se joue avant le bac. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu : les professeurs sont capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves, en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

La solidarité européenne mise à mal par le coronavirus

A. Merkel et E. Macron.

Les gouvernements européens sont profondément divisés face à l’épidémie de covid-19. Alors que les Etats les plus touchés – Italie, Espagne et France en tête – réclament un effort de solidarité, l’Allemagne et ses alliés s’opposent à la création d’un « instrument de dette commun » chargé d’émettre des emprunts européens (les fameux « coronabonds ») pour assurer le financement des mesures de lutte contre la crise. L’Allemagne préfère utiliser le MES (Mécanisme européen de stabilité), un dispositif moins ambitieux créé en 2012 pour aider les Etats en situation de crise financière.

Les gouvernements européens n’ont manifestement pas tiré les leçons de la crise des dettes souveraines de 2010. A l’époque, déjà, bon nombre d’économistes et de responsables politiques réclamaient une mutualisation partielle des dettes souveraines ; à l’époque, déjà, l’Allemagne avait dit non. A l’époque, déjà, le chacun-pour-soi l’avait emporté, pour le plus grand bonheur des populistes et des nationalistes de tout poil qui rêvent de déconstruire l’Europe.

Tout cela nous montre que l’Union européenne reste une Europe des Etats. Ce sont les gouvernements nationaux qui pilotent l’Union, qui la font avancer ou qui la bloquent. Une fois encore, les égoïsmes nationaux jouent contre la solidarité communautaire. Face à des Etats incapables de surmonter leurs divisions, les institutions supranationales ont joué leur rôle, tant bien que mal, dans le cadre des compétences que les traités leur donnent. La Commission européenne a suspendu les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de financer des mesures d’urgence contre la crise. Elle a aussi créé la toute première réserve commune de matériel médical de protection, et débloqué une subvention exceptionnelle pour accélérer la mise au point d’un vaccin européen. De son côté, la Banque Centrale Européenne a déclenché un plan d’urgence destiné à racheter massivement des titres de dette publique et privée afin de soutenir les économies de la zone euro.

La crise du coronavirus rend nécessaire un nouveau saut fédéral : la zone euro a besoin d’un budget commun et d’un organisme capable de lever des fonds sur les marchés financiers. Si les Etats européens sont incapables d’avancer ensemble face à la crise que nous traversons, il ne faudra pas s’étonner de voir les forces nationalistes et europhobes devenir majoritaires au sein de l’Union dans un avenir relativement proche.