Tous contre Macron ?

Comme on pouvait s’y attendre, le débat du 20 mars entre les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle a été marqué par une avalanche d’attaques personnelles contre Emmanuel Macron. Fillon l’a présenté comme l’héritier du hollandisme et lui a reproché d’être « un coup à gauche, un coup à droite ». Hamon l’a dépeint comme le candidat des lobbys et Marine Le Pen l’a décrit comme le candidat du communautarisme en faisant croire qu’il avait pris position en faveur du burkini (ce que Macron n’a jamais fait). Curieusement, c’est le candidat de la France Insoumise qui s’est montré le plus courtois envers Macron…

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Macron est devenu la cible principale de ses adversaires. A leurs yeux, l’ancien ministre de l’Economie représente un danger majeur puisque tous les sondages d’opinion lui sont très favorables. En raison de son positionnement central, Macron parvient à capter une partie non négligeable de l’électorat du PS et des Républicains. Voyant leur hégémonie ébranlée par un candidat jeune et populaire que personne, pourtant, ne connaissait il y a cinq ans, les deux principaux partis paniquent et ne savent plus quoi faire pour détourner leurs électeurs de Macron. Mais le candidat s’est bien défendu : il a exposé son programme et a répondu aux attaques avec fermeté sans jamais basculer lui-même dans la caricature, les petites phrases et les attaques ad personam. Certains espéraient un effondrement du candidat lors du débat : il n’en a rien été.

Bien avant le débat du 20 mars, Macron avait déjà été la cible de multiples attaques de la part du PS, du FN et des Républicains. On a d’abord prétendu que Macron n’avait « pas de programme », ce qui est faux puisque le candidat d’En Marche ! a publié début mars un programme complet et chiffré, dont il avait d’ailleurs commencé à présenter les principales mesures dès la fin de l’année 2016. On prétend maintenant que ce programme est « incohérent » : là encore, ce reproche est d’une grande mauvaise foi. Le programme d’Emmanuel Macron est un programme équilibré et cohérent, d’inspiration social-libérale, structuré autour de quelques axes clairs tels que le déverrouillage de l’économie française, la protection des travailleurs, la hausse du pouvoir d’achat, la transition numérique, la consolidation du projet européen et la moralisation de la vie politique. Peu importe que les mesures défendues par Macron soient « de gauche » ou « de droite » pourvu qu’elles soient justes et réalistes. On cherche aussi à discréditer Macron en faisant de lui le candidat de la banque et des lobbys ou en allumant des polémiques ridicules autour d’une affaire de favoritisme dans laquelle Macron n’est même pas impliqué personnellement. Ce genre de méthodes ne fait pas honneur à celles et ceux qui en font usage.

E. Macron et Marine Le Pen lors du débat du 20 mars.

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La dangereuse complaisance des candidats face à Marine Le Pen

Pendant que Monsieur Fillon attaque Monsieur Macron et Monsieur Hamon, pendant que Monsieur Hamon tacle Monsieur Macron et Monsieur Fillon, et pendant que Monsieur Macron fait tout pour se démarquer de Messieurs Fillon et Hamon, Madame Le Pen poursuit tranquillement sa campagne en surfant sur les sondages qui, pour la plupart d’entre eux, la placent en tête du premier tour. Il semble que les principaux candidats républicains préfèrent s’étriller les uns les autres plutôt que d’attaquer frontalement la candidate frontiste sur ses idées et sur son programme, alors que Madame Le Pen représente pour la France une menace beaucoup plus sérieuse que n’importe quel autre candidat.

Certes, Hamon, Fillon et Macron déclarent tous les trois que leur principal adversaire est « l’extrême droite ». Mais leurs flèches contre la candidate frontiste sont d’une étonnante mollesse : en réalité, Hamon, Fillon et Macron ont des mots plus durs les uns envers les autres qu’envers Madame Le Pen. Les candidats républicains ont déjà pris acte, sans le dire, de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, comme s’il s’agissait d’un scénario inévitable. Par conséquent, Hamon, Fillon et Macron se disputent la deuxième place, celle du candidat qui fera « barrière » à l’extrême droite : chacun des trois hommes a donc intérêt à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le deuxième tour.

Ce calcul politique est pourtant très contestable, car en laissant Marine Le Pen faire campagne sereinement, les autres candidats contribuent à lui ouvrir les portes du deuxième tour alors qu’il est encore possible de lui faire barrage dès le premier tour. En outre, même si les sondages donnent Marine Le Pen battue au second tour quel que soit son adversaire, nous ne devons pas considérer sa défaite comme acquise : nous ignorons ce qui peut arriver d’ici le mois de mai, nous ignorons comment vont évoluer les intentions de vote, nous ignorons quels seront les aléas de la campagne. Laisser Marine Le Pen accéder au second tour, c’est lui donner la possibilité de remporter la présidentielle. La France de 2017 n’est plus celle de 2002, et Marine Le Pen n’est pas Jean-Marie Le Pen : si une victoire de Jean-Marie Le Pen semblait hautement improbable en 2002, on ne peut pas en dire autant de sa fille en 2017. En renonçant à battre la candidate frontiste dès le premier tour, les candidats républicains font un pari dangereux pour la France.

Marine Le Pen (source: L’Express).

Présidentielle : l’avènement du centre ?

L’offre politique semble désormais se clarifier dans cette pré-campagne surréaliste. A gauche, la rivalité entre Mélenchon et Hamon est désormais actée : aucun des deux hommes ne renoncera à sa candidature, quitte à entraîner une dispersion des voix et, sans doute, une défaite de la gauche dès le premier tour. Au centre, le ralliement de François Bayrou à Emmanuel Macron a consolidé la position du fondateur d’En Marche, qui assume clairement son positionnement « central » et souhaite faire éclater les clivages politiques traditionnels. A droite, Fillon reste dans la course et l’hypothèse d’une candidature d’Alain Juppé est définitivement enterrée. A l’extrême droite, Marine Le Pen semble ignorer les affaires qui lui collent à l’arrière-train et poursuit sa campagne tambour battant.

Les électeurs français auront donc le choix entre cinq projets clairement différenciés : le programme de rupture de Mélenchon, le programme utopique de Benoît Hamon, le programme social-libéral et pro-européen de Macron, le programme thatchérien de Fillon, et le programme démagogique, protectionniste et anti-européen de Marine Le Pen. Dans cette configuration, Emmanuel Macron dispose d’un large espace politique entre Fillon et Hamon. Le candidat d’En Marche séduit déjà les électeurs du centre : il peut également séduire une partie des électeurs socialistes qui ne se reconnaissent pas dans le projet de Benoît Hamon, et une partie des électeurs de centre-droit qui ont soutenu Juppé lors de la primaire et qui ne croient plus en Fillon.

Si Marine Le Pen accède au second tour de la présidentielle, il faudra que son adversaire soit capable de rassembler autour de lui une grande partie des électeurs de droite, de gauche et du centre pour faire barrage à l’extrême droite. Si c’est Benoît Hamon qui affronte Marine Le Pen au deuxième tour, un front anti-FN sera quasi impossible à construire car de nombreux électeurs de droite préfèreront s’abstenir ou voter blanc, voire voter Le Pen, plutôt que de voter Hamon. Si c’est Fillon qui affronte la présidente du FN au second tour, il aura bien du mal à mobiliser les électeurs de gauche. Emmanuel Macron apparaît donc à ce jour comme le candidat le plus apte à rassembler un front anti-FN au second tour de la présidentielle. Même si certains électeurs de Fillon refusent de voter pour lui et préfèrent se noyer dans la vague « bleu marine » au second tour, le candidat d’En Marche pourra compter sur d’importantes réserves de voix à gauche, au centre et au centre-droit.

Une victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle serait assurément une rupture. Pas une rupture « thatchérienne » comme celle que promet Fillon. Mais une rupture civique. Une rupture avec trente-cinq années de bipolarisation à outrance rythmées par les alternances droite-gauche et dominées par des clivages politiques obsolètes. Une victoire de Macron pourrait permettre la renaissance d’un grand mouvement politique « central », libéral, social, réformiste et européen. Elle permettrait aussi d’ouvrir un certain nombre de chantiers vitaux pour l’avenir de notre pays : la moralisation de la vie politique, la réforme de nos institutions, la modernisation de notre économie et la démocratisation de l’Union européenne. Certes, Macron doit encore lever certaines ambiguïtés : avec qui gouvernera-t-il s’il est élu ? sur quelle majorité s’appuiera-t-il ? quelles seront les priorités de son quinquennat ? Mais la perspective d’une France gouvernée au centre, libérée d’un bipartisme étouffant et de la guerre perpétuelle que se livrent depuis trop longtemps une gauche et une droite qui ne savent même plus qui elles sont, a quelque chose de jubilatoire.

F. Bayrou et E. Macron (source: Le Point).