Mais pour qui se prennent les sarkozystes?

165 élus sarkozystes ont publié dans le JDD une tribune dénonçant la « stratégie opportuniste » de François Bayrou, c’est-à-dire son choix de soutenir Juppé sans exclure l’éventualité de sa propre candidature en 2017 en cas de victoire de Sarkozy à la primaire. Les auteurs de la tribune reprochent au leader centriste de s’immiscer dans la primaire de la droite après avoir favorisé la victoire de François Hollande en 2012. Les signataires appellent aussi à une alternance « solide, franche et visible », par opposition à « une alternance molle », celle que Juppé incarne et qui serait, selon les auteurs, issue de « petites combinaisons de partis ».

Commençons par corriger certaines contre-vérités. Tout d’abord, Bayrou ne s’est pas immiscé dans la primaire de la droite. Il a, au contraire, fait le choix de ne pas y participer car il conteste le principe même de cette élection. Bayrou a simplement déclaré que Juppé était à ses yeux le meilleur candidat pour incarner l’alternance en 2017. Par ailleurs, contrairement à ce qu’affirment les partisans de Sarkozy, Bayrou n’a pas fait gagner Hollande en 2012. Le président du MoDem n’a donné aucune consigne de vote à ses électeurs au second tour de la présidentielle de 2012, il n’a conclu aucun pacte avec Hollande, mais a simplement déclaré qu’à titre personnel il voterait pour le candidat socialiste. Hollande n’avait d’ailleurs pas besoin de Bayrou pour gagner la présidentielle compte tenu de l’immense impopularité de Sarkozy.

Rendre Bayrou responsable de la défaite de Sarkozy en 2012 est une tactique assez mesquine mais bien commode pour éviter de rechercher les véritables raisons de cette défaite. Le premier responsable de la défaite de Sarkozy à la présidentielle de 2012, c’est Sarkozy lui-même. Les Français avaient de nombreuses bonnes raisons de congédier le président sortant : un bilan économique médiocre, une politique éducative absolument désastreuse, une incapacité à enrayer la spirale de la dette publique, un discours clivant, agressif et démagogique, un style « bling bling » et arrogant, sans oublier les zones d’ombre qui entourent le financement de sa campagne électorale de 2007. Le second tour de la présidentielle de 2012 a été un référendum anti-Sarkozy : il est clair que de nombreux électeurs ont voté Hollande par dépit et par antisarkozysme. Mais cela, Sarkozy et ses partisans ne peuvent pas l’admettre. Alors on préfère cogner sur Bayrou, ça ne coûte pas cher et ça défoule.

A vrai dire, les attaques ad personam contre Bayrou n’ont guère d’importance : le mépris des sarkozystes pour le président du MoDem n’était un secret pour personne. A travers Bayrou, c’est en fait Juppé lui-même que les sarkozystes essaient de déstabiliser. Cette tribune pathétique en dit long sur l’impuissance et l’anxiété de Nicolas Sarkozy et de ses lieutenants face à la popularité d’Alain Juppé. Largement distancé dans les sondages par le maire de Bordeaux, Sarkozy ne sait plus quoi faire pour tenter de nuire à son principal rival. Il cherche alors à présenter Juppé comme le représentant d’une droite « molle » qui se compromet avec Bayrou.

Mais le plus lamentable, c’est qu’il y ait, parmi les signataires de ce texte, une dizaine de parlementaires UDI, dont Maurice Leroy et François Sauvadet, anciens soutiens de Bayrou convertis au sarkozysme par peur de perdre leur siège. La présence de ces hommes-là dans un parti centriste est une anomalie : ces parlementaires n’ont plus rien à faire au centre et auraient dû prendre leur carte chez les Républicains depuis longtemps. Comment peut-on se dire centriste et soutenir Sarkozy contre Juppé ? Comment peut-on se dire centriste et préférer la ligne dure de Sarkozy à la ligne modérée de Juppé ? Comment peut-on reprocher à Bayrou son opportunisme quand on est soi-même l’incarnation de l’opportunisme politique dans toute sa splendeur ?

F. Bayrou (source: Le Point)

F. Bayrou (source: Le Point)

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UMP rebaptisée « Les Républicains ». Mais de qui se moque-t-on?

Source: 20 Minutes.

En proposant de remplacer le nom « UMP » par « Les Républicains », Nicolas Sarkozy fait une véritable OPA sémantique sur la République. Aucun parti politique ne saurait incarner, à lui seul, la République, ses valeurs et ses institutions. L’UMP n’est pas plus républicaine que le PS, les Verts, les centristes ou le Parti de Gauche. La République est un bien commun, et non une étiquette politique.

Certes, d’autres partis politiques français ont déjà porté des noms faisant référence explicitement à la République: pensons au MRP (Mouvement Républicain Populaire), à l’UDR (Union pour la Défense de la République), aux Républicains Indépendants, au RPR (Rassemblement pour la République), au PR (Parti Républicain) et, plus récemment, au MRC (Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement) ou encore à « Debout la République » (le parti créé par Nicolas Dupont-Aignan). Mais dans chacun de ces exemples, la République est associée à un autre terme, à une autre idée. En choisissant comme nom « Les Républicains » sans aucun autre qualificatif, l’UMP s’approprie l’idée même de République et suggère que ses membres ne sont pas simplement des Républicains, mais les seuls véritables républicains. Ce choix prétentieux risque de brouiller un peu plus le débat politique, et de compliquer la tâche des enseignants qui doivent expliquer à leurs élèves ce qu’est le modèle républicain français tout en abordant la question du pluralisme politique.

Le changement de nom de l’UMP ne correspond pas à une refondation du parti ni même à un changement d’identité. Il s’agit d’un choix purement stratégique: les responsables du parti veulent se débarrasser du nom « UMP », devenu trop encombrant car lié à plusieurs affaires peu glorieuses et souvent tourné en dérision par Marine Le Pen lorsqu’elle évoque « l’Etat UMPS ». Mais ce choix reflète surtout un manque total d’imagination et un vide idéologique: l’UMP, tiraillée par les tensions entre ses courants internes (conservateurs, gaullistes, libéraux, centristes) n’a aucun projet fédérateur. Incapable de renouveler ses idées, elle fait donc diversion par un nouveau packaging. C’est pathétique.

La défaite de la pensée.

Comme on pouvait s’y attendre, Nicolas Sarkozy vient d’être élu à la tête de l’UMP. Hélas, tout recommence comme avant, car le nouveau Sarkozy n’est guère différent de l’ancien, et ses méthodes n’ont pas changé.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire de l’opportunisme sur les idées: Sarkozy défend aujourd’hui ce qu’il critiquait hier, et inversement. En 2012 il défendait l’Aide Médicale d’Urgence, mais en 2014 il n’a pas de mots assez durs pour critiquer ce dispositif jugé trop coûteux et trop attractif pour les migrants clandestins. Après avoir assuré qu’il ne voulait pas abroger le mariage pour tous, il promet l’abrogation sous la pression des militants surexcités du mouvement Sens Commun. Le discours s’adapte en permanence à l’auditoire: Sarkozy n’a pas de convictions à défendre. Ce ne sont pas les idées qui l’intéressent, mais le pouvoir.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire de la démagogie sur la raison. Car chez Sarkozy la vérité importe peu. Sur la délinquance, le nombre de fonctionnaires, le fichier d’empreintes génétiques, la théorie du genre, comme sur des tas d’autres sujets, c’est une avalanche de déclarations démagogiques, d’approximations et de contre-vérités. Depuis 2007, Nicolas Sarkozy ne cesse de répéter que « 50% des faits de délinquance » sont dus à « 5% des délinquants », une statistique erronée qui généralise de façon abusive les résultats d’une enquête sociologique menée en 2001 sur la délinquance des adolescents. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a aussi brillé par ses déclarations grotesques sur les enseignants qui, selon l’ancien chef de l’Etat, « ne travaillent que deux jours par semaine ». Mensonge éhonté, une fois de plus, car pour un professeur certifié assurant 18 heures de cours par semaine, il est techniquement, règlementairement et physiquement impossible d’enchaîner neuf heures de cours sur la même journée. Sans oublier que le temps de travail d’un enseignant ne se limite pas au temps qu’il passe devant ses élèves. Ce mensonge en dit long sur le mépris de Monsieur Sarkozy pour le monde enseignant.

La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la victoire du cynisme sur l’éthique: Sarkozy prône l’ouverture au centre mais recycle sans vergogne les idées du Front National sur l’immigration, l’Islam, l’identité nationale, et même sur l’Europe et sur Schengen. Une stratégie qui, on le sait, ne fait que renforcer les thèses du FN en les banalisant: je rappelle au passage que Marine Le Pen a mobilisé plus d’électeurs au premier tour de la présidentielle de 2012 que son père au second tour de la présidentielle de 2002.

En plébiscitant Nicolas Sarkozy une nouvelle fois, les militants de l’UMP ont donc refusé la prudence, la nuance, la complexité du réel. Ils ont choisi la simplicité du discours manichéen qui divise et qui stigmatise, qui amalgame et qui trompe. Ils ont opté pour une vision totalement cynique et désintellectualisée de la politique. La victoire de Nicolas Sarkozy, c’est la défaite de la pensée.

Quand Sarkozy fait du charme aux centristes

Nicolas Sarkozy a toujours méprisé les centristes mais il sait que, sans eux, la victoire sera difficile pour la droite en 2017. L’ancien président essaie donc de séduire les centristes, et va même jusqu’à proposer une « fusion » de l’UMP avec l’UDI pour battre la gauche et le FN en 2017. Ne soyons pas dupes : ce que souhaite Nicolas Sarkozy, c’est briser l’alliance conclue entre l’UDI et le Modem, et éliminer le centre en tant que force politique indépendante. Nicolas Sarkozy se moque bien des centristes et de leurs idées : seule la victoire l’intéresse. Il n’a jamais incarné les valeurs humanistes du centre. Le projet de société qu’il a défendu en 2007 comme en 2012 n’est pas celui du centre. Opposer les Français les uns aux autres, ce n’est pas la vision du centre. Recycler les idées du FN pour draguer les électeurs de Marine Le Pen, ce n’est pas la philosophie du centre.

L’idée d’une « fusion UMP-UDI » (qui serait plutôt, en réalité, une absorption de l’UDI par l’UMP) est absurde. Le centre n’est pas à vendre. Si l’UDI a été créée, c’est précisément parce que de nombreux élus centristes ont désapprouvé la droitisation de l’UMP pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Comme le disait récemment François Bayrou, « le grand parti de la droite et du centre est une illusion ». L’UMP a échoué dans sa tentative de rassembler les différents courants de la droite et du centre. Ce qui n’a pas marché hier ne marchera pas demain. L’UMP doit donc assumer ce qu’elle est réellement : un parti de droite, avec son identité, ses valeurs et ses leaders. Bruno Le Maire, principal concurrent de Nicolas Sarkozy pour la présidence de l’UMP, récuse d’ailleurs toute idée de fusion avec le centre et assume clairement le positionnement de son parti à droite. Une alliance entre l’UDI et l’UMP reste possible, mais une fusion n’est ni logique, ni souhaitable. Les centristes seront toujours plus forts à l’extérieur de l’UMP qu’à l’intérieur.

Saint Nicolas, ne t’en fais pas, ils prient pour toi

Les responsables politiques français inquiétés par la justice ont pour habitude de crier au complot, et Nicolas Sarkozy manipule mieux que quiconque l’art de la victimisation. Chez les militants sarkozystes les plus fervents, qui ont mis leur esprit critique au placard pour mieux se vautrer dans l’idolâtrie, l’innocence de l’ex-Président de la République est beaucoup plus qu’une simple présomption, elle relève de la foi: on « croit » à l’innocence de Nicolas Sarkozy parce qu’il ne peut pas être coupable, parce que c’est un homme droit, parce qu’il est le sauveur de la France, parce qu’il doit revenir en politique et parce que des magistrats machiavéliques de gauche instrumentalisés par le gouvernement socialiste veulent sa peau. Les sarkozystes de base font rarement dans la nuance. Ne t’en fais pas Saint Nicolas le martyr, ils prient pour toi… Nicolas Sarkozy est-il traité comme un justiciable ordinaire? C’est la grande question médiatique du moment. La réponse est non. Nicolas Sarkozy n’est pas traité comme un simple justiciable. Pas parce qu’il serait victime d’un « acharnement judiciaire » comme le répètent ses adorateurs, mais parce qu’il a pu, contrairement aux justiciables ordinaires, clamer haut et fort son innocence lors d’une interview complaisante retransmise à une heure de grande écoute sur TF1. Ne t’en fais pas, Saint Nicolas, les Français ont entendu ta parole.