Quatre candidats en lice pour la présidence de l’UDI

Quatre candidats sont officiellement en compétition pour l’élection du président de l’UDI en octobre. Pour beaucoup d’observateurs, un centriste est un centriste, et les différents leaders de l’UDI sont parfaitement interchangeables. Pourtant, comme l’ont souligné Alexandre Vatimbella et Jean-Louis Pommery, responsables du CREC (Centre de Recherche et d’Etude du Centrisme), les quatre candidats incarnent quatre postures bien distinctes, et cette élection pourrait avoir un impact non négligeable sur le devenir du parti. Voici donc une présentation synthétique des quatre personnalités qui briguent la présidence de l’UDI.

1. Hervé Morin, le chef de clan.

Fonctions: maire d’Epaignes, député et conseiller général de l’Eure, président du Nouveau Centre. Sa ligne politique: Morin défend une vision assez libérale de l’économie. C’est aussi un atlantiste, qui n’a jamais caché son amitié envers les Etats-Unis lorsqu’il était ministre de la Défense: il fut d’ailleurs, avec Nicolas Sarkozy, l’un des artisans du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN en 2009. Son positionnement par rapport à l’UMP: bien qu’il prétende incarner un centrisme indépendant, Hervé Morin est resté l’allié indéfectible de l’UMP pendant toute la présidence de Nicolas Sarkozy (le ralliement de Morin à Sarkozy en 2007 fut d’ailleurs la cause de sa rupture avec Bayrou). En fondant le Nouveau Centre en 2007, Morin s’est imposé comme un véritable « chef de clan » auprès des ex-Bayrouistes ralliés à Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui encore, Morin est favorable à une alliance avec l’UMP, car il considère ce parti comme le partenaire « naturel » du centre. Pour Hervé Morin, l’UDI doit être une sorte de nouvelle UDF, alliée au principal parti de droite. Ses atouts: son expérience au ministère de la Défense (de 2007 à 2010) et sa notoriété. Hervé Morin est une figure incontournable au centre car il est le fondateur du Nouveau Centre, principale composante de l’UDI. Ses handicaps: son soutien constant à Nicolas Sarkozy de 2007 à 2012 pourrait déplaire à certains centristes et nuire à son image de fédérateur.

2. Yves Jégo, le transfuge de l’UMP.

8763a-6a00d83451648969e20120a9623acf970b-800wi

Fonctions: député de Seine-et-Marne et maire de Montereault-Fault-Yonne. Yves Jégo est devenu président intérimaire de l’UDI en avril 2014 après le départ de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé, mais il a démissionné de cette fonction pour pouvoir présenter sa candidature à la présidence du parti. Sa ligne politique: Yves Jégo est plutôt libéral sur les questions économiques mais également sur les questions sociétales (il a voté la loi sur le mariage pour tous). Vigoureusement opposé au Front National, il a défendu la tactique du « front républicain » au second tour des municipales de 2014 en appelant les candidats centristes à se désister en faveur des candidats de gauche les mieux placés, pour faire barrage au FN dans les triangulaires. Son positionnement par rapport à l’UMP: Yves Jégo a un parcours politique assez complexe. Membre du RPR puis de l’UMP, il a soutenu Nicolas Sarkozy en 2007. Il a rejoint le Parti Radical de Jean-Louis Borloo en 2009, et a quitté l’UMP en 2011 pour fonder l’UDI avec Borloo. Aujourd’hui, il défend l’indépendance de l’UDI mais il est favorable à un partenariat avec l’UMP. Ses atouts: Yves Jégo est l’héritier légitime de Jean-Louis Borloo. Ses handicaps: Yves Jégo n’apparaît pas comme un authentique centriste mais plutôt comme un homme de droite modéré, déçu du sarkozysme et de l’UMP. D’ailleurs, sa binôme Chantal Jouanno est elle aussi une transfuge de l’UMP.

3. Jean-Christophe Lagarde, l’Européen.

Fonctions: député de Seine-Saint-Denis et maire de Drancy. Sa ligne politique: sur le plan économique, Jean-Christophe Lagarde est sans doute le moins libéral des quatre candidats et incarne en quelque sorte l’idéal centriste du « juste équilibre » entre libéralisme économique et solidarité. Sur les questions de société, il défend des positions très libérales puisqu’il a voté la loi sur le mariage pour tous et pris position en faveur d’une dépénalisation du cannabis. Par ailleurs, Lagarde est un pro-européen qui défend ouvertement le fédéralisme. Son positionnement par rapport à l’UMP: Lagarde défend une ligne de stricte indépendance vis-à-vis de l’UMP et considère que le centre doit affirmer la spécificité de ses valeurs et de son programme pour se démarquer de la droite. Ses atouts: comme Hervé Morin, Jean-Christophe Lagarde est un authentique centriste issu de l’UDF. Après avoir soutenu la candidature de François Bayrou à la présidentielle de 2007, il a rejoint le Nouveau Centre d’Hervé Morin, puis il a fondé son propre parti en 2012, FED (Force Européenne Démocrate), un petit parti centriste et fédéraliste. Ses handicaps: Lagarde est un personnage assez difficile à cerner car ses déclarations parfois très dures à l’encontre de l’UMP ou des socialistes semblent en contradiction avec les vertus de modération et d’équilibre qu’il prétend incarner.

4. Jean-Christophe Fromentin, le démocrate-chrétien.

Fonctions: député des Hauts-de-Seine et maire de Neuilly. Sa ligne politique: Jean-Christophe Fromentin est un personnage atypique au sein de l’UDI. C’est un homme de droite, un démocrate-chrétien qui défend des positions très libérales sur les questions économiques et une vision assez conservatrice de la famille et de la société (il a vigoureusement combattu la loi sur le mariage pour tous). Ce côté conservateur distingue Jean-Christophe Fromentin de ses trois concurrents. Autre particularité: Fromentin est le seul candidat qui souhaite transformer l’UDI en parti unifié, tandis que ses concurrents préfèrent que l’UDI reste une confédération de partis. Son positionnement par rapport à l’UMP: Jean-Christophe Fromentin se méfie de l’UMP. En 2008, il a présenté sa candidature à la mairie de Neuilly sous l’étiquette « divers droite » pour protester contre le parachutage du candidat UMP David Martinon. Il souhaite aujourd’hui faire de l’UDI un grand parti de centre-droit capable de concurrencer directement l’UMP. Ses atouts: Jean-Christophe Fromentin est un entrepreneur, très apprécié dans le monde de l’entreprise et les milieux financiers. Il apparaît aussi comme un spécialiste des questions liées à la mondialisation et à la réforme territoriale. Ses handicaps: comme Yves Jégo, Jean-Christophe Fromentin n’est pas un centriste, mais un homme de droite, ce qui pourrait nuire à sa crédibilité.

Conclusion. Quatre candidats, quatre personnalités, quatre orientations différentes. Seuls deux candidats sont d’authentiques centristes (Hervé Morin et Jean-Christophe Lagarde): les deux autres (Yves Jégo et Jean-Christophe Fromentin) viennent de la droite. Sur la question des rapports avec l’UMP, les positions divergent: Jean-Christophe Lagarde et Jean-Christophe Fromentin veulent que l’UDI soit un parti strictement indépendant de l’UMP, tandis qu’Hervé Morin et Yves Jégo défendent l’idée d’un partenariat « naturel ». Enfin, Jean-Christophe Fromentin se démarque de ses trois concurrents par ses positions plus conservatrices face aux questions de société, et par sa volonté de transformer l’UDI en un grand parti unifié.

Publicités

Valls 2: un gouvernement sans majorité?

La démission du gouvernement Valls 1 illustre (s’il en était besoin) les fractures du PS et l’incapacité de la gauche à mettre en œuvre les réformes dont le pays a besoin. Le tableau que nous offrent les socialistes est affligeant : un Président qui bat des records d’impopularité deux ans seulement après son élection, un Premier Ministre qui n’a pas le soutien de son parti, une coalition de « frondeurs » au Parlement, un Ministre de l’Economie qui démissionne après avoir lancé des attaques virulentes contre le chef de l’Etat, et un Ministre de l’Education Nationale qui démissionne une semaine avant la rentrée scolaire. Il faut néanmoins reconnaître un mérite à Manuel Valls et à François Hollande : ils ont fait le choix d’un gouvernement plus cohérent et plus homogène pour mener une véritable « politique de l’offre », incarnée par le nouveau Ministre de l’Economie Emmanuel Macron et axée sur le soutien aux entreprises et à l’investissement. Cette voie est sans doute la plus réaliste. Le problème, c’est que Manuel Valls n’a pas la majorité qui lui permettrait de mener à bien sa politique. Remaniement après remaniement, la majorité s’est étiolée : après l’éviction des Verts, c’est désormais l’aile gauche du PS qui sort du gouvernement. Pour mettre en œuvre la ligne économique qu’il défend, Valls doit s’appuyer sur l’aile droite du PS, qui est minoritaire. Et si le Premier Ministre ne trouve pas de majorité pour gouverner, Hollande n’aura plus qu’une seule issue : la dissolution.

Il y a 100 ans, soudain, la guerre…

Il y a tout juste un siècle, l’Europe était en train de basculer dans une guerre d’une ampleur et d’une violence inouïes. Le 1er août 1914, la France décrétait la mobilisation générale face à l’imminence d’une guerre germano-russe. Le même jour, l’Allemagne décidait elle aussi la mobilisation générale, et le 3 août, elle attaquait la France. La suite, nous la connaissons : 10 millions de morts, des dizaines de millions de blessés, de mutilés de guerre et de réfugiés, et une Europe en ruines, hantée par le souvenir traumatisant d’un conflit durant lequel des Etats prospères avaient mis toute leur puissance industrielle au service de la mort et de la destruction.

Ce conflit atroce nous a appris plusieurs choses. Il nous a montré qu’une guerre pouvait éclater n’importe quand, n’importe où, sans que personne ne la veuille. Certes, les tensions en Europe étaient fortes avant 1914, les nationalismes étaient exacerbés, et les grandes puissances européennes s’étaient préparées à l’éventualité d’une guerre. Ainsi, en 1913, la France avait allongé de deux à trois ans la durée du service militaire, et l’Etat-major avait élaboré le fameux Plan XVII. Mais à l’été 1914, personne ne s’attendait à voir toute l’Europe basculer dans la guerre, en l’espace de quelques jours seulement, après l’assassinat d’un archiduc autrichien à Sarajevo. Personne n’imaginait que la guerre aurait une telle ampleur, une telle brutalité, et qu’elle durerait quatre longues années.

Ce conflit nous a aussi montré la nécessité d’une union des Etats européens pour le maintien de la paix. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des politiciens, des intellectuels, des militants pacifistes, des hommes d’affaires et des chefs d’entreprise ont œuvré à la réconciliation franco-allemande et à la coopération économique entre Etats européens. Ce ne fut pas chose facile à cause des rancœurs et des frustrations, à cause de l’humiliation des vaincus, à cause des multiples contentieux territoriaux nés des traités de paix. Mais à la fin des années 1920, la paix semblait assurée en Europe, et les relations franco-allemandes étaient à peu près normalisées. En 1926, le ministre français des Affaires Etrangères Aristide Briand et son homologue allemand Gustav Stresemann avaient même reçu conjointement le Prix Nobel de la Paix. Puis il y eut la crise, le retour des égoïsmes nationaux et des réflexes protectionnistes, l’effondrement économique de l’Allemagne, l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, la Guerre d’Espagne, le réarmement généralisé, et finalement, une nouvelle guerre mondiale, qui s’avéra plus meurtrière et plus barbare que la première.

Comme Robert Schuman le dira en 1950, « l’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre ». N’oublions jamais que la construction européenne est née du désastre des deux guerres mondiales, et de la nécessité de bâtir une paix durable en Europe. N’oublions jamais tout le chemin parcouru depuis 1914.

Bataille de la Somme (1916).

Le Centriloque s’absente quelques temps mais revient fin août, avec un programme chargé: la rentrée du gouvernement, l’élection du futur président de l’UDI, les malheurs de nos amis centristes d’outre-Manche, la TVA sociale, sans compter les surprises que l’actualité nous réservera. Bon mois d’août à tous.