Réforme de l’accès à l’université: vers la sélection des étudiants?

Source: Libération.fr

Le projet de loi « relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants » prévoit de mettre un terme à l’injustice des tirages au sort, de supprimer la plateforme APB (Admission post-bac) et d’instaurer une nouvelle plateforme baptisée « Parcoursup » sur laquelle les élèves pourront effectuer 10 vœux non hiérarchisés dès le mois de janvier. Mais le texte a suscité de vives critiques à gauche : certains y voient en effet l’instauration d’une « sélection » à l’entrée des universités. Jean-Luc Mélenchon, leader autoproclamé de l’opposition, dénonce la réforme avec véhémence et réclame une augmentation du nombre de places dans les universités.

Le projet de loi instaure-t-il vraiment une sélection à l’entrée des universités ? Même si le gouvernement s’en défend, on peut effectivement parler d’une forme de sélection. Pour chaque licence, des « attendus » seront définis au niveau national; dans les filières non sélectives, les universités n’auront pas le droit de refuser des candidats si des places restent vacantes, mais elles pourront fixer des conditions à l’entrée d’un élève qui n’a pas tous les prérequis exigés: elles auront notamment la possibilité de proposer un parcours pédagogique personnalisé pour favoriser la réussite de l’élève, par exemple une « année préparatoire » de mise à niveau avant l’entrée en licence. Si le nombre de places est insuffisant, les universités pourront donner la priorité aux élèves dont le parcours, la motivation et le projet sont les plus cohérents par rapport à la formation choisie, ce qui revient, de facto, à sélectionner les élèves.

Si la réforme rend effectivement possible une forme de sélection dans les licences ayant une capacité d’accueil insuffisante, cette sélection demeure toutefois très limitée et très encadrée. De plus, le texte réaffirme clairement le droit d’accès aux études supérieures pour tout bachelier. Autrement dit, chaque bachelier pourra entrer à l’université, quel que soit le bac dont il est titulaire et quels que soient les résultats obtenus, mais les bacheliers qui ont les dossiers les plus fragiles n’obtiendront pas nécessairement les formations ni les universités qu’ils auront demandées. Dans chaque académie, une « commission d’accès au supérieur » sera chargée de proposer une formation aux candidats qui n’ont obtenu aucun de leurs vœux, en fonction des vœux initiaux et des résultats au bac. Si la filière proposée est éloignée du domicile du candidat, des chambres en résidence universitaire pourront être réservées en priorité. 

Il est navrant d’entendre certains élus pousser des hurlements d’indignation dès que l’on parle de sélection à l’université. Dans les faits, la sélection existe déjà depuis longtemps à l’université : il s’agit d’une sélection par l’échec. Près de 40% des étudiants inscrits en licence quittent l’université sans aucun diplôme : cette situation est inacceptable. Depuis trop longtemps, on laisse entrer à l’université des élèves qui n’ont aucune chance d’y réussir. C’est contre cet immense gâchis qu’il faut agir. Augmenter le nombre de places en licence ne règlera pas le problème. Jean-Luc Mélenchon a tort : ce n’est pas un problème de places, mais un problème d’orientation. C’est pourquoi le gouvernement a renforcé l’accompagnement des élèves de Terminale dans l’élaboration de leur projet post-bac.

Autrefois, le baccalauréat servait à sélectionner les élèves aptes à suivre des études supérieures : il n’y avait donc pas besoin de sélection à l’entrée des universités. Mais de nos jours, avec des taux de réussite avoisinant les 90%, le bac a perdu sa fonction de sélection : bien qu’il soit encore considéré comme le « premier diplôme de l’enseignement supérieur », dans la pratique, le bac ne sert plus qu’à valider un certain nombre de compétences acquises au lycée. Il n’est donc pas aberrant que, même dans les filières non sélectives, les universités françaises aient un droit de regard sur le recrutement de leurs étudiants.

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Le Parti Radical enfin réunifié

Sylvia Pinel et Laurent Hénart.

Samedi 9 décembre 2017, date anniversaire de la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat, les Radicaux de gauche et les Radicaux valoisiens ont officiellement voté leur réunification lors d’un congrès extraordinaire. L’événement est passé totalement inaperçu en raison des obsèques de Johnny Hallyday mais il a son importance, au moins sur le plan symbolique, puisqu’il marque la renaissance du plus vieux parti de France.

Le Parti Radical a vu le jour en 1901, en pleine Affaire Dreyfus. Initialement situé au centre-gauche, il défendait la République, la laïcité, les Droits de l’Homme et pouvait compter sur le soutien d’une classe moyenne en plein essor. Véritable pivot de la vie politique française, il a participé à d’innombrables coalitions gouvernementales sous la Troisième et sous la Quatrième République. C’est en 1972 qu’a eu lieu le divorce, quand l’aile gauche, minoritaire, a quitté le parti historique pour fonder le Mouvement des Radicaux de Gauche et signer le fameux « Programme Commun de la Gauche » aux côtés du PS et du PCF. Cette scission a fait basculer au centre le parti historique, dit « valoisien », dont le siège national est situé place de Valois dans le 1er arrondissement de Paris.

La scission du Parti Radical est en fait la conséquence du processus de bipolarisation qui s’est opéré sous la Cinquième République après le départ de Charles de Gaulle. L’aile gauche du parti fut en quelque sorte « aimantée » par le Parti Socialiste : pendant 45 ans, les Radicaux de Gauche sont en effet restés de fidèles alliés du PS. Quant aux « Valoisiens », ils se sont durablement alliés à la droite républicaine et ont participé à la création de l’UDF en 1978, de l’UMP en 2002 puis, sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo, à la fondation de l’UDI en 2012. Mais la victoire d’Emmanuel Macron en 2017, la « droitisation » de LR et l’effondrement du PS ont créé les conditions favorables à une recomposition de la vie politique autour d’un « axe central » et rendu possible une réunification des Radicaux. Sur le fond, cette réunification apparaît comme une évidence car les deux branches de la famille radicale ont toujours partagé les mêmes valeurs et les mêmes convictions progressistes, républicaines et européennes, ainsi qu’un amour profond de la démocratie locale.

Le Parti Radical réunifié, qui porte désormais le nom de « Mouvement Radical », sera provisoirement codirigé par Laurent Hénart (président du Parti Radical valoisien) et Sylvia Pinel (présidente du PRG), jusqu’à ce qu’une élection interne désigne un nouveau leader. Pour autant, l’avenir du parti reste incertain car il va devoir se faire une place dans un espace central déjà bien occupé par LREM, le MoDem et les « Constructifs ». Les Radicaux vont aussi devoir trancher une question délicate mais néanmoins essentielle : seront-ils dans la majorité présidentielle ou dans l’opposition ?

Johnny s’en est allé…

Johnny est mort alors que nous le pensions immortel. C’est une part de la France qui semble disparaître avec lui, car Johnny était sans conteste la plus grande star de la scène musicale française. Les chiffres sont vertigineux : 55 ans de carrière, 110 millions de disques vendus dans le monde, 180 tournées, 3200 concerts, 40 disques d’or. Johnny Hallyday fut un extraordinaire « passeur » de musique puisqu’il a popularisé le rock’n’roll en France, en interprétant des versions françaises de hits américains. Mais il a su, tout au long de sa carrière, se renouveler et s’adapter aux goûts du public en faisant appel à de brillants auteurs et compositeurs tels que Jean-Jacques Goldman, Michel Berger ou Zazie. Johnny était aussi une « bête de scène » qui déployait une énergie extraordinaire lors de chacun de ses concerts. Il méritait largement l’hommage national que le président de la République a décidé de lui offrir.

Les liens entre Johnny Hallyday et la politique ont fait couler beaucoup d’encre. Johnny était-il un artiste engagé ? Pas vraiment, dans la mesure où les paroles de ses chansons étaient totalement apolitiques. Les interviews du chanteur, tout comme ses chansons, avaient cette espèce de neutralité, de vacuité rassurante (savamment entretenue par Johnny lui-même) qui ont largement contribué à sa popularité. Certes, Johnny avait beaucoup de sympathie pour Jacques Chirac, auquel il apporta son soutien lors de la campagne présidentielle de 1988 en interprétant, sur scène et en présence du candidat, « On a tous quelque chose en nous de Jacques Chirac ». De même, en 2007, il apporta son soutien à Nicolas Sarkozy. Faut-il en conclure que Johnny était de droite ? En réalité, les liens que le chanteur a noués avec Chirac ou Sarkozy relevaient davantage de l’amitié personnelle que du compagnonnage politique. Johnny Hallyday n’a jamais pris publiquement position sur les questions politiques. Il faisait de la musique pour tout le monde ; on se rappelle d’ailleurs le concert qu’il donna en 1985 à la Fête de l’Huma, où il fut ovationné.

La mort de Johnny Hallyday laisse un vide immense que personne ne pourra combler, car Johnny était la dernière idole française. Je n’ai jamais été fan de Johnny mais, comme la plupart des Français, j’ai souvent dans la tête certaines de ses chansons que j’apprécie énormément : Quelque chose de Tennessee, Toute la musique que j’aime, J’oublierai ton nom, etc. Avec la mort de Simone Veil, de Jeanne Moreau, de Jean Rochefort, de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday, la France aura perdu en 2017 de véritables icônes, des symboles de la culture et « l’âme » françaises.