Macron peut-il être le candidat des centristes ?

E. Macron.

E. Macron.

Emmanuel Macron séduit incontestablement l’électorat centriste. Son positionnement social-libéral assumé, son europhilie, sa volonté de « déverrouiller » l’économie française et de dépasser les clivages politiques traditionnels ne laissent pas indifférents les sympathisants du centre. Le problème, c’est que Macron n’est pas centriste. En tout cas, il ne s’est jamais réclamé de ce courant politique. L’ancien ministre de François Hollande se définit lui-même comme un « homme de gauche » et un « libéral » et mais ne revendique aucun héritage idéologique précis. En fait, Macron aime surtout se définir en « négatif », c’est-à-dire en expliquant ce qu’il n’est pas : il n’est pas socialiste, il n’est pas conservateur, et ce n’est pas un homme d’appareil.

Emmanuel Macron occupe l’espace politique laissé vacant par les centristes. La victoire de François Fillon à la primaire de la droite a en effet libéré un espace pour une éventuelle candidature centriste en 2017, mais François Bayrou ne semble pas encore décidé à se lancer dans la bataille. Quant aux petits barons de l’UDI, ils ont presque tous fait allégeance à François Fillon par opportunisme, au mépris des militants UDI qui n’ont pas été consultés sur ce ralliement. Les sondages montrent d’ailleurs que Macron est en train de siphonner l’électorat centriste : il est crédité de 13 à 18% des intentions de vote alors que Bayrou oscille entre 6 et 8%.

La plupart des propositions dévoilées par Emmanuel Macron sont tout à fait compatibles avec les idées centristes. Pour améliorer la compétitivité des entreprises, Macron veut notamment transformer le CICE en baisses de charges permanentes. Pour réduire l’écart entre les salaires bruts et les salaires nets, le candidat propose de supprimer les cotisations maladie et chômage des salariés, et de les remplacer par une hausse de la CSG : cette mesure est loin d’être absurde car la CSG, prélevée à la fois sur les salaires, les retraites et les revenus du capital, a une base beaucoup plus large que les cotisations salariales.

En matière d’emploi, les réformes préconisées par Macron s’inscrivent dans une logique de « flexi-sécurité » tout à fait acceptable pour les centristes. Pour encourager l’esprit d’entreprise et fluidifier le marché du travail, Macron veut par exemple étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants, aux auto-entrepreneurs et aux salariés qui ont démissionné : ce qui apparaît en filigrane derrière cette réforme de l’assurance chômage, c’est l’ébauche d’un « revenu universel de base » alloué par l’Etat et pouvant être complété par des assurances privées. Mais pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique en proposant un véritable « revenu universel » qui remplacerait tous les minimas sociaux existants, comme l’expérimente actuellement le gouvernement finlandais ?

En matière d’éducation, les pistes avancées par Macron sont pertinentes : il veut donner une autonomie accrue aux écoles primaires et réformer la carte scolaire pour favoriser la mixité sociale. Afin de rendre plus attractives les écoles des quartiers prioritaires, le candidat veut garantir aux professeurs de ces établissements une plus grande liberté pédagogique et une rémunération majorée. Macron a tout à fait raison de privilégier l’école primaire et de concentrer les efforts sur les établissements les plus en difficulté ; on aimerait cependant savoir ce qu’il propose pour l’enseignement secondaire, où les enjeux sont de taille.

En définitive, le programme de Macron est intéressant mais inabouti. On reste un peu sur sa fin : Macron avait promis une « révolution » aux Français mais les propositions qu’il a dévoilées jusqu’à présent n’ont pas grand-chose de révolutionnaire. Macron a entretenu le suspense pendant si longtemps autour de son programme que l’on s’attendait à des mesures beaucoup plus novatrices et ambitieuses. Le programme d’Emmanuel Macron est à l’image de la « loi Macron » adoptée en 2015 : il va dans le bon sens mais il manque d’audace. De plus, ce programme est encore flou sur plusieurs sujets essentiels tels que la défense, l’Europe, la transition énergétique ou la réduction de la dette publique.

Cela dit, les insuffisances du programme d’Emmanuel Macron ne justifient aucunement les attaques acerbes des dirigeants centristes contre ce candidat. Bayrou dépeint Macron comme une « image virtuelle » qui « parle mais n’agit pas ». Le président du MoDem cherche aussi à discréditer Macron en le présentant comme le candidat des élites financières. A l’UDI, ce n’est guère mieux : après avoir courtisé Macron, Jean-Christophe Lagarde critique désormais sans réserve le programme du candidat. En fait, si les leaders centristes font preuve d’une telle animosité envers Macron, ce n’est pas parce qu’ils sont en désaccord avec les idées portées par ce candidat mais parce qu’ils voient en lui un concurrent. Le succès de Macron déstabilise les partis centristes et contrarie fortement les projets de Bayrou et de Lagarde pour 2017. Quand Macron semait la zizanie au sein du gouvernement Valls, il avait toute la sympathie des centristes ; maintenant qu’il s’affirme comme un candidat crédible, il est perçu comme un danger.

Macron peut-il être le candidat des centristes à la présidentielle ? Oui, à condition qu’il propose aux Français un programme plus ambitieux et plus abouti. Si François Bayrou renonce à présenter sa candidature et si aucune autre personnalité centriste « officielle » ne se lance dans la campagne, alors Macron pourrait bien être le candidat le plus « centro-compatible » de la présidentielle. D’ailleurs, les jeunes UDI ne s’y sont pas trompés : en novembre, juste après le second tour de la primaire de la droite, 130 élus et militants du mouvement UDI Jeunes ont refusé de soutenir Fillon et se sont ralliés spontanément à Macron…

Le Centriloque souhaite à tous ses lecteurs de bonnes fêtes et adresse aux Allemands une pensée émue et fraternelle après le terrible attentat qui a frappé Berlin le 19 décembre. Lorsqu’un Etat de l’Union européenne est pris pour cible, c’est l’Union toute entière qui est atteinte et qui doit faire bloc pour défendre ses valeurs humanistes et pour combattre la barbarie djihadiste.

Le « hollandisme », qu’est-ce que c’est ?

F. Hollande (source: Europe 1).

F. Hollande (source: Europe 1).

Lorsque François Hollande a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession en 2017, j’ai été soulagé. Pour que le pays avance, il faut en effet tourner la page de ce quinquennat qui a tant déçu les Français. Mais il est encore trop tôt pour dresser le bilan du « hollandisme ». L’annonce de la non-candidature de Hollande a eu le même effet qu’une démission : tout se passe comme si Hollande n’était déjà plus président. Le 10 décembre, un article du Monde annonçait même la « mort prématurée du hollandisme ». Pourtant, François Hollande est toujours président de la République. Il va rester à l’Elysée jusqu’en mai 2017 : six mois de présidence, ce n’est pas rien. De plus, le choix lucide et courageux de ne pas se représenter en 2017 va permettre à Hollande d’achever sereinement son mandat, puisqu’il est désormais libéré de toute préoccupation électoraliste. Certes, aucune grande réforme ne sera votée d’ici la fin du quinquennat, mais Hollande reste le garant des institutions, le chef des armées et le représentant de la France dans un contexte international ô combien difficile.

J’ai souvent été critique à l’égard de la politique menée par François Hollande, mais je n’ai jamais basculé dans le « Hollande-bashing ». Je ne me suis jamais permis d’attaquer Hollande sur sa personne. Je n’ai jamais pensé qu’il n’était « pas à la hauteur » ou qu’il n’avait pas « l’étoffe » d’un chef d’Etat. En 2012, comme de nombreux centristes, j’ai voté Hollande au second tour de la présidentielle, beaucoup plus par anti-sarkozysme que par adhésion au programme du candidat socialiste. Aujourd’hui encore, j’assume totalement ce choix. D’ailleurs, je ne peux pas dire que François Hollande m’a déçu, vu que je n’attendais pas grand-chose de lui dès le départ. En dépit des renoncements et des erreurs qui ont marqué son quinquennat, je pense que François Hollande n’a pas été un si mauvais président qu’on le dit. Hollande a de grandes qualités : c’est un humaniste et un progressiste viscéralement attaché aux valeurs républicaines. C’est aussi un pragmatique, un homme d’ouverture, de dialogue et de compromis. Et quand je pense aux crises terribles qu’il a dû affronter depuis 2012 à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières, je me dis que d’autres responsables politiques n’auraient sans doute pas fait beaucoup mieux à sa place dans de telles circonstances.

Qu’est-ce donc que le « hollandisme » ? Difficile à dire. Ce n’est pas une doctrine politique, ni même un corpus d’idées bien définies. A mes yeux, le hollandisme pourrait être défini comme un réformisme prudent qui accorde au dialogue social un rôle tout à fait essentiel. François Hollande est l’héritier de Jacques Delors : c’est un authentique social-démocrate, réformiste et europhile. Mais ce qui manque à François Hollande, c’est une vision de la France. Hollande n’a pas su proposer aux Français un projet global et fédérateur. Il n’a pas su élaborer une feuille de route claire sur des sujets aussi fondamentaux que l’éducation, la fiscalité ou la transition énergétique, d’où l’image d’incohérence et d’improvisation que renvoie son quinquennat. Au bout du compte, Hollande n’a pas réformé grand-chose ; il a surtout essayé de s’adapter aux circonstances, en trahissant parfois ses ambitions initiales mais en restant toujours fidèle à ses valeurs et à ses principes. Le hollandisme est un opportunisme politique, un « chiraquisme de gauche » en quelque sorte. A ceci près que Jacques Chirac avait la capacité très gaullienne de rassembler au-delà des frontières de sa famille politique. François Hollande, lui, n’a pas réussi à rassembler : au contraire, il a exacerbé les fractures à l’intérieur de sa propre famille politique.

La grande erreur de François Hollande a été de croire qu’il pouvait mener une politique social-démocrate après avoir été élu sur un programme clairement marqué à gauche, à l’issue d’une campagne elle aussi très à gauche. On se souvient du discours du Bourget et des imprécations de Hollande contre le « monde de la finance ». On se souvient des promesses du candidat sur la mutualisation des dettes européennes, la « taxe à 75% » et le droit de vote des étrangers aux municipales. Ces promesses non tenues ont aujourd’hui un goût amer pour de nombreux électeurs de gauche. En outre, Hollande ne disposait pas de la majorité nécessaire pour mener la politique réformiste dans laquelle il croyait : prisonnier d’un Parti Socialiste archaïque et d’une gauche profondément divisée, Hollande a été contraint de naviguer à vue, face à une opinion publique qui n’a cessé de se « droitiser » à cause de la menace terroriste et de la « crise des migrants ». Quant à l’opposition, elle n’a clairement pas été à la hauteur de la situation : au lieu d’avoir une attitude constructive, la droite a préféré accabler l’exécutif et faire de la surenchère anti-Hollande pour préparer l’alternance en 2017.

Le moment venu, il faudra évidemment dresser le bilan du quinquennat Hollande, avec le recul nécessaire, non pour faire le procès de François Hollande, non pour l’accabler, mais pour tirer les leçons de ses échecs et de ses renoncements. Le fossé que l’on peut constater entre les ambitions initialement affichées par François Hollande et la réalité de son quinquennat doit aussi nous faire réfléchir dans la perspective des élections à venir : qu’il soit de gauche ou de droite, un candidat qui se fait élire sur la base d’un programme très ambitieux finit toujours par trahir une partie de ses engagements. Les programmes les plus séduisants sont d’abord faits pour gagner une élection, rarement pour être appliqués à la lettre.