Une famille centriste bientôt rassemblée?…

Après des décennies de division, la famille centriste serait-elle enfin sur le point de se rassembler ? Plusieurs indices peuvent en tout cas le laisser penser. Les Radicaux de gauche et les Radicaux « valoisiens » ont exprimé leur intention de fusionner pour reconstituer un grand Parti Radical unifié. A l’UDI, malgré les fractures internes et la guerre des chefs qui oppose Lagarde et Morin depuis le départ de Borloo, l’idée d’un grand parti centriste unifié fait son chemin ; Jean-Christophe Lagarde n’exclut d’ailleurs pas un rapprochement avec le MoDem de Bayrou.

Deux facteurs peuvent expliquer cette dynamique de rassemblement au centre. Tout d’abord, la victoire de Macron à la présidentielle a dynamité les clivages politiques traditionnels et donné une vraie légitimité au discours centriste. Deuxièmement, le durcissement du parti Les Républicains a précipité le divorce entre la droite et l’UDI. La victoire annoncée de Laurent Wauquiez à la présidence de LR confirme la droitisation du parti sur les questions identitaires et sécuritaires : dans ces conditions, les centristes de l’UDI ne considèrent plus Les Républicains comme un « allié naturel ».

Il est encore trop tôt pour savoir si ce processus de rassemblement est solide et s’il va véritablement accoucher de quelque chose. En 2014, le MoDem et l’UDI avaient déjà tenté une ébauche de rassemblement avec « L’Alternative », une éphémère coalition centriste conclue à la va-vite pour proposer des listes communes aux élections européennes : comme on pouvait s’y attendre, ce rapprochement n’a pas fait long feu et les divergences entre l’UDI et le MoDem en matière de stratégie électorale ont rapidement repris le dessus.

Même si les centristes parviennent à se rassembler durant les mois ou les années qui viennent, plusieurs questions délicates pourraient hypothéquer cette fragile unité. Première question : quelle forme prendra ce rassemblement ? Parti unitaire ou fédération de partis autonomes ? Deuxième question : sur quelle base programmatique ? Même si tous les centristes sont à peu près d’accord sur l’essentiel, des divergences demeurent sur les questions économiques et sociales. Troisième question sensible : quelles relations avec les autres forces politiques, notamment avec La République En Marche ? Si le MoDem a choisi de s’inscrire pleinement dans la majorité présidentielle en s’alliant avec le mouvement de Macron, ce n’est pas le cas de l’UDI.

Quoi qu’il en soit, le Centriloque ne peut que se réjouir devant cette volonté affichée de rassemblement car il faut reconstituer dans notre pays un courant centriste fort, unifié et indépendant. La montée des populismes de gauche et d’extrême droite ainsi que les multiples menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir du projet européen montrent que nous avons, plus que jamais, besoin du centre et des valeurs libérales et humanistes dont il est porteur.

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Macron: sauveur ou fossoyeur des centristes?

E. Macron (source: Le Figaro).

Bien qu’il soit souvent qualifié de « centriste » dans la presse étrangère, Emmanuel Macron ne s’est jamais défini comme tel et n’a jamais appartenu à l’une des familles politiques « historiques » du centrisme français. Mais il revendique un positionnement « central » et son projet politique est totalement compatible avec les valeurs et les idées centristes, tant par son orientation social-libérale et pro-européenne que par son ambition de dépasser le clivage droite/gauche. La victoire de Macron est donc une victoire idéologique du centrisme.

Pour autant, peut-on dire que la victoire de Macron a renforcé les centristes ? Cela n’a rien d’évident. Car Macron a, d’une certaine façon, dépossédé les centristes de leurs idées. La République En Marche est devenue cette grande force politique centrale que les centristes n’ont jamais réussi à bâtir à cause de leurs divisions. Le macronisme est en quelque sorte un centrisme « débarrassé » des partis et des leaders centristes. Avec 314 députés, le groupe LREM détient la majorité absolue à l’Assemblée nationale et n’a pas besoin de l’appoint des voix centristes pour faire passer les réformes. De plus, aucune personnalité majeure de la famille centriste n’est présente au gouvernement depuis la démission de François Bayrou et Marielle de Sarnez, les deux poids lourds du MoDem.

Peut-on dire que les partis centristes ont bénéficié de la victoire de Macron ? Le MoDem connaît une renaissance incontestable, mais fragile. Avec 42 députés, le parti de François Bayrou a pu constituer, pour la première fois de son histoire, un groupe parlementaire. Mais le succès électoral du MoDem est artificiel puisqu’il repose uniquement sur son alliance avec LREM, ce qui place les députés MoDem dans un rapport de dépendance à l’égard du parti présidentiel. En outre, le parti de Bayrou a été fragilisé par des soupçons d’emplois fictifs après la présidentielle.

Quant à l’UDI, elle n’a tiré aucun bénéfice de la victoire de Macron. Le parti présidé par Jean-Christophe Lagarde est en plein désarroi : miné par les divisions internes, plombé par son ralliement à Fillon lors de la présidentielle et prisonnier de son alliance avec Les Républicains lors des législatives, ce parti n’a pu faire élire que 18 députés. L’attitude de l’UDI vis-à-vis du président de la République est assez ambiguë : après avoir critiqué Macron sans ménagement, Jean-Christophe Lagarde et les autres députés UDI ont finalement rejoint le groupe des « Constructifs », qui veut incarner une opposition bienveillante prête à voter les réformes allant dans le « bon sens ». Mais ce n’est pas la première fois que l’UDI nous fait le coup de l’opposition constructive : en 2012, déjà, les députés UDI avaient affirmé qu’ils ne tomberaient pas dans l’opposition systématique et qu’ils soutiendraient les bonnes réformes. Nous avons vu le résultat : les députés UDI se sont enfermés dans une opposition stérile à la politique de François Hollande pour préparer, avec leurs alliés de droite, l’alternance de 2017.

On peut s’interroger sur l’avenir de l’UDI, qui est désormais un parti sans cohésion, sans projet, et dont plus personne ne comprend la ligne politique. Jean-Christophe Lagarde se verrait bien en leader d’un grand parti centriste rénové : il a en effet l’ambition de bâtir une « nouvelle force politique transpartisane » regroupant centre-gauche et centre-droit. Mais Lagarde n’est pas Borloo : il n’a pas la légitimité nécessaire pour construire une telle force politique. La mission semble d’autant plus périlleuse que cette « nouvelle force transpartisane » existe déjà : elle s’appelle La République En Marche, et Jean-Christophe Lagarde n’en fait pas partie…

Les micro-partis centristes qui se sont ralliés à Emmanuel Macron n’ont pas vraiment tiré profit de leur stratégie. L’Alliance Centriste, parti fondé par l’ancien ministre Jean Arthuis, a rompu avec l’UDI après avoir choisi de soutenir Emmanuel Macron pour la présidentielle ; compte tenu de son poids politique insignifiant, cette formation n’a aucune influence dans la nouvelle majorité. Même constat pour Génération Citoyens, le mouvement présidé par le député européen Jean-Marie Cavada : malgré son ralliement à Macron lors de la présidentielle, ce mouvement n’a aucun rôle dans la majorité ; de plus, la ligne pro-Macron défendue par Jean-Marie Cavada pendant la présidentielle a provoqué des divisions au sein de Génération Citoyens, hypothéquant sérieusement l’avenir de ce micro-parti.

En créant une force politique nouvelle qui réunit différentes sensibilités politiques allant du centre-gauche au centre-droit, en axant son projet sur le thème du renouvellement de la vie politique, en faisant entrer à l’Assemblée nationale et au gouvernement de nouveaux visages issus de la société civile, Macron a relégué au second plan les appareils politiques et les figures traditionnelles de la famille centriste. En définitive, Macron n’a pas tué les centristes : il les a ringardisés.

Macron peut-il être le candidat des centristes ?

E. Macron.

E. Macron.

Emmanuel Macron séduit incontestablement l’électorat centriste. Son positionnement social-libéral assumé, son europhilie, sa volonté de « déverrouiller » l’économie française et de dépasser les clivages politiques traditionnels ne laissent pas indifférents les sympathisants du centre. Le problème, c’est que Macron n’est pas centriste. En tout cas, il ne s’est jamais réclamé de ce courant politique. L’ancien ministre de François Hollande se définit lui-même comme un « homme de gauche » et un « libéral » et mais ne revendique aucun héritage idéologique précis. En fait, Macron aime surtout se définir en « négatif », c’est-à-dire en expliquant ce qu’il n’est pas : il n’est pas socialiste, il n’est pas conservateur, et ce n’est pas un homme d’appareil.

Emmanuel Macron occupe l’espace politique laissé vacant par les centristes. La victoire de François Fillon à la primaire de la droite a en effet libéré un espace pour une éventuelle candidature centriste en 2017, mais François Bayrou ne semble pas encore décidé à se lancer dans la bataille. Quant aux petits barons de l’UDI, ils ont presque tous fait allégeance à François Fillon par opportunisme, au mépris des militants UDI qui n’ont pas été consultés sur ce ralliement. Les sondages montrent d’ailleurs que Macron est en train de siphonner l’électorat centriste : il est crédité de 13 à 18% des intentions de vote alors que Bayrou oscille entre 6 et 8%.

La plupart des propositions dévoilées par Emmanuel Macron sont tout à fait compatibles avec les idées centristes. Pour améliorer la compétitivité des entreprises, Macron veut notamment transformer le CICE en baisses de charges permanentes. Pour réduire l’écart entre les salaires bruts et les salaires nets, le candidat propose de supprimer les cotisations maladie et chômage des salariés, et de les remplacer par une hausse de la CSG : cette mesure est loin d’être absurde car la CSG, prélevée à la fois sur les salaires, les retraites et les revenus du capital, a une base beaucoup plus large que les cotisations salariales.

En matière d’emploi, les réformes préconisées par Macron s’inscrivent dans une logique de « flexi-sécurité » tout à fait acceptable pour les centristes. Pour encourager l’esprit d’entreprise et fluidifier le marché du travail, Macron veut par exemple étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants, aux auto-entrepreneurs et aux salariés qui ont démissionné : ce qui apparaît en filigrane derrière cette réforme de l’assurance chômage, c’est l’ébauche d’un « revenu universel de base » alloué par l’Etat et pouvant être complété par des assurances privées. Mais pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique en proposant un véritable « revenu universel » qui remplacerait tous les minimas sociaux existants, comme l’expérimente actuellement le gouvernement finlandais ?

En matière d’éducation, les pistes avancées par Macron sont pertinentes : il veut donner une autonomie accrue aux écoles primaires et réformer la carte scolaire pour favoriser la mixité sociale. Afin de rendre plus attractives les écoles des quartiers prioritaires, le candidat veut garantir aux professeurs de ces établissements une plus grande liberté pédagogique et une rémunération majorée. Macron a tout à fait raison de privilégier l’école primaire et de concentrer les efforts sur les établissements les plus en difficulté ; on aimerait cependant savoir ce qu’il propose pour l’enseignement secondaire, où les enjeux sont de taille.

En définitive, le programme de Macron est intéressant mais inabouti. On reste un peu sur sa fin : Macron avait promis une « révolution » aux Français mais les propositions qu’il a dévoilées jusqu’à présent n’ont pas grand-chose de révolutionnaire. Macron a entretenu le suspense pendant si longtemps autour de son programme que l’on s’attendait à des mesures beaucoup plus novatrices et ambitieuses. Le programme d’Emmanuel Macron est à l’image de la « loi Macron » adoptée en 2015 : il va dans le bon sens mais il manque d’audace. De plus, ce programme est encore flou sur plusieurs sujets essentiels tels que la défense, l’Europe, la transition énergétique ou la réduction de la dette publique.

Cela dit, les insuffisances du programme d’Emmanuel Macron ne justifient aucunement les attaques acerbes des dirigeants centristes contre ce candidat. Bayrou dépeint Macron comme une « image virtuelle » qui « parle mais n’agit pas ». Le président du MoDem cherche aussi à discréditer Macron en le présentant comme le candidat des élites financières. A l’UDI, ce n’est guère mieux : après avoir courtisé Macron, Jean-Christophe Lagarde critique désormais sans réserve le programme du candidat. En fait, si les leaders centristes font preuve d’une telle animosité envers Macron, ce n’est pas parce qu’ils sont en désaccord avec les idées portées par ce candidat mais parce qu’ils voient en lui un concurrent. Le succès de Macron déstabilise les partis centristes et contrarie fortement les projets de Bayrou et de Lagarde pour 2017. Quand Macron semait la zizanie au sein du gouvernement Valls, il avait toute la sympathie des centristes ; maintenant qu’il s’affirme comme un candidat crédible, il est perçu comme un danger.

Macron peut-il être le candidat des centristes à la présidentielle ? Oui, à condition qu’il propose aux Français un programme plus ambitieux et plus abouti. Si François Bayrou renonce à présenter sa candidature et si aucune autre personnalité centriste « officielle » ne se lance dans la campagne, alors Macron pourrait bien être le candidat le plus « centro-compatible » de la présidentielle. D’ailleurs, les jeunes UDI ne s’y sont pas trompés : en novembre, juste après le second tour de la primaire de la droite, 130 élus et militants du mouvement UDI Jeunes ont refusé de soutenir Fillon et se sont ralliés spontanément à Macron…

Le Centriloque souhaite à tous ses lecteurs de bonnes fêtes et adresse aux Allemands une pensée émue et fraternelle après le terrible attentat qui a frappé Berlin le 19 décembre. Lorsqu’un Etat de l’Union européenne est pris pour cible, c’est l’Union toute entière qui est atteinte et qui doit faire bloc pour défendre ses valeurs humanistes et pour combattre la barbarie djihadiste.

Macron: allié ou rival des centristes?

Macron est-il centriste ?

Le positionnement social-libéral d’Emmanuel Macron, ses efforts pour « déverrouiller » l’économie et sa volonté de dépasser le clivage droite/gauche font de lui une figure désormais incontournable de ce fameux « axe central » qui va des sociaux-démocrates du PS aux modérés de LR. Cela dit, l’ex-ministre de l’Economie est encore difficile à cerner politiquement car il n’a, pour l’instant, pas de projet clair pour le pays : on connaît surtout ses positions sur les questions économiques, mais il n’a développé aucune vision globale de la France ni de l’Europe ; on ignore ses positions sur les questions sociétales ou sur la politique étrangère. Les ambiguïtés de sa démarche politique n’arrangent rien à l’affaire. Son mouvement « En Marche ! » est un objet politique non identifié : cette structure n’est pas un véritable parti politique et se présente plutôt comme une plate-forme visant à faire travailler ensemble des gens venus d’horizons différents sur les réformes nécessaires au pays. Mais dans les faits, « En Marche ! » ressemble davantage à une sorte de fan club de Macron. Lorsqu’il a fondé « En Marche ! », Emmanuel Macron a déclaré que son mouvement n’avait pas vocation à devenir une écurie présidentielle ; or, les ambitions présidentielles de Macron sont désormais incontestables.

La main tendue de l’UDI

Depuis qu’il a quitté le gouvernement, Emmanuel Macron est courtisé par le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde. Il est vrai que les deux hommes partagent la même volonté de débloquer l’économie française et de renouveler la vie politique. Lagarde a clairement fait savoir qu’il souhaitait dialoguer avec Macron : « Macron a plus de points communs avec nous qu’avec Aubry, Hamon et Montebourg (…), il est au centre gauche et nous au centre droit ; nous avons vocation à nous parler. » Lagarde aurait sans doute bien aimé voir l’ancien ministre de l’Economie rejoindre l’UDI. Mais la « macronmania » qui semble s’être emparée de l’UDI n’est pas sans contradictions : ceux-là mêmes qui n’ont jamais pardonné à Bayrou d’avoir voté Hollande en 2012 courtisent aujourd’hui un ancien ministre de François Hollande. De plus, Lagarde et les ténors de l’UDI ont critiqué la loi Macron, dont ils déploraient le manque d’ambition, mais ne tarissent désormais pas d’éloges à l’égard de son auteur. N’y a-t-il pas là une grande part d’opportunisme ? Par cette main tendue à Macron, Jean-Christophe Lagarde ne cherche-t-il pas à « domestiquer » un rival potentiel et à redynamiser une confédération centriste ravagée par les divisions internes ?

La méfiance de Bayrou

François Bayrou, quand à lui, multiplie les attaques contre Emmanuel Macron. D’après Bayrou, le succès de Macron est un trompe-l’œil. Le président du MoDem considère Macron comme un « hologramme », une « image virtuelle » qui « parle mais n’agit pas ». Pire, Bayrou a estimé que derrière la potentielle candidature de Macron en 2017, il y avait « de grands intérêts financiers » qui « veulent avoir le pouvoir politique ». Bayrou voit donc Macron comme un allié de la finance et comme l’incarnation d’une dangereuse confusion du pouvoir politique et du pouvoir économique. Sur le fond, cette posture de Bayrou est cohérente par rapport aux idées qu’il défend depuis longtemps : le président du MoDem a toujours exprimé sa méfiance à l’égard du pouvoir financier ; en 2007, il dénonçait déjà les conflits d’intérêt, les copinages et collusions entre élites politiques et financières, et prêchait déjà la séparation du pouvoir politique et du pouvoir économique. A l’époque, ce discours contestataire aux accents populistes avait fait mouche et avait permis à Bayrou d’obtenir le score exceptionnel de 18% au premier tour de la présidentielle. Mais les charges de Bayrou contre Macron ont aussi une autre explication : Bayrou se considère comme le leader naturel du centre et a sans doute peur de voir un nouveau venu lui voler la vedette sur son propre terrain.

E. Macron.

E. Macron.

La présidentielle est-elle une machine à broyer le centre?

La présidentielle est indéniablement la reine des élections sous la Cinquième République, mais les centristes ont longtemps nourri à son égard une certaine méfiance. De Gaulle définissait l’élection présidentielle comme la « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Or, les centristes sont très attachés aux corps intermédiaires et au parlementarisme. Quand De Gaulle a instauré l’élection du président au suffrage universel direct en 1962, bon nombre de centristes ont accueilli avec inquiétude cette révision constitutionnelle dont la conséquence prévisible serait une personnalisation accrue du pouvoir.

Pourtant, la présidentielle au suffrage universel direct n’a pas toujours été défavorable aux candidats centristes. En 1965, le démocrate-chrétien Jean Lecanuet rassembla 15% des suffrages au premier tour, un score plus qu’honorable pour cet « outsider » qui osa défier De Gaulle. En 1969, le sénateur centriste Alain Poher mit en ballotage le candidat gaulliste Georges Pompidou. Valéry Giscard d’Estaing remporta la présidentielle de 1974 malgré le soutien très timoré que lui apportèrent les gaullistes au second tour. Même si Giscard ne s’est jamais réclamé du centre, il considérait que la France devait être « gouvernée au centre ». Son programme réformiste, libéral et européen était largement en phase avec les idées centristes, et les partis centristes de l’époque se sont ralliés à lui spontanément dès le premier tour.

Mais depuis la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, aucun candidat centriste n’a réussi à se qualifier pour le second tour d’une présidentielle : Raymond Barre a été battu au premier tour en 1988, tout comme François Bayrou en 2002, en 2007 et en 2012. Sans parler de la présidentielle de 1995, à laquelle aucun candidat centriste n’a concouru. Il faut dire que la présidentielle n’avantage guère les centristes car elle contribue dans une large mesure à la bipolarisation de la vie politique française : le deuxième tour oppose généralement un candidat de gauche à un candidat de droite, ce qui oblige les centristes à choisir leur camp. Par ailleurs, la montée en puissance du Front National entraîne un réflexe de « vote utile » au premier tour, ce qui pénalise les candidats issus des petites formations politiques.

Il y eut pourtant un « moment Bayrou » à l’élection présidentielle de 2007. Le candidat centriste réalisa une percée inattendue au premier tour : avec 18% des suffrages exprimés, Bayrou arriva en troisième position et fit trembler de peur les deux favoris, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Mais Bayrou ne donna aucune consigne de vote à ses électeurs pour le second tour : une partie d’entre eux vota Royal, une autre partie vota Sarkozy, et le reste vota blanc. Isolé politiquement, Bayrou ne tira donc aucun bénéfice de son score exceptionnel du premier tour. Persuadé qu’il devait conquérir l’Elysée pour réorganiser le champ politique autour d’un centre puissant et rénové, Bayrou se présenta de nouveau à la présidentielle en 2012 mais n’atteignit même pas la barre des 10% au premier tour. Pire : son soutien à François Hollande au second tour provoqua l’exaspération de nombreux centristes et aggrava son isolement.

Hélas, la présidentielle de 2017 plonge déjà les centristes dans un embarras considérable. A l’UDI, c’est la cacophonie : certains veulent une candidature autonome du centre à la présidentielle et refusent que l’UDI participe à la primaire de la droite ; certains souhaitent que l’UDI soit représentée par un candidat unique à la primaire ; d’autres, comme Hervé Morin, refusent le principe d’une candidature unique et veulent que chacune des composantes de l’UDI puisse présenter un candidat lors de la primaire. L’eurodéputé Jean Arthuis a annoncé en février 2016 que son micro-parti, l’Alliance Centriste, présenterait un candidat lors de la primaire. A l’issue d’un congrès de l’UDI à Versailles en mars 2016, les adhérents ont voté à 67% contre une participation à la primaire de la droite, mais le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a déclaré qu’un nouveau vote aurait lieu dans l’hypothèse où un accord serait conclu avec Les Républicains…

Du côté du MoDem, ce n’est guère mieux. François Bayrou ne veut pas participer à la primaire de la droite mais il n’est pas sûr d’être candidat en 2017 : il a déclaré qu’il soutiendrait Alain Juppé dès le premier tour si le maire de Bordeaux était désigné comme candidat ; en revanche, si c’est Nicolas Sarkozy qui remporte la primaire à droite, Bayrou ne le soutiendra pas et pourrait être lui-même candidat. De façon totalement inattendue, le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle a déclaré en mars 2016 qu’il serait candidat à la prochaine présidentielle : le dernier député « bayrouiste » s’est mis en congé du MoDem et a pris ses distances avec François Bayrou, dont il désapprouve les « calculs politiques » pour 2017. Ce député atypique au fort accent pyrénéen est surtout connu pour la grève de la faim qu’il avait entreprise en 2006 afin d’empêcher la délocalisation d’une usine implantée sur sa commune, et pour la grande marche qu’il avait effectuée en 2013 à travers tout le pays. Jean Lassalle ne croit pas en Juppé, qu’il qualifie de « mort-vivant de la politique ». Lorsque les journalistes l’interrogent sur sa « rupture » avec Bayrou, Lassalle dédramatise et déclare avec humour : « Rien n’empêchera François Bayrou de me rejoindre au mois de décembre quand il en aura fini avec Alain Juppé ».

Bref, à l’approche de la prochaine présidentielle, le centre apparaît comme profondément fracturé. A aucun moment les leaders centristes n’ont envisagé d’organiser une « primaire du centre », à laquelle auraient pu concourir Bayrou, Lagarde ou Morin. Tout se passe comme si les leaders centristes n’y croyaient plus. Tout se passe comme s’ils s’étaient résignés à n’être que des spectateurs de la présidentielle, attendant patiemment que la droite leur tende la main. Les centristes ne se pensent plus vraiment comme une force politique autonome. Dans leur tête, ils ont déjà perdu la bataille. Cela est regrettable.

Jean Lassalle et François Bayrou.

La position des centristes face aux mesures anti-terroristes

Les responsables centristes ont estimé que François Hollande s’était montré à la hauteur de la situation depuis les attentats du 13 novembre, et ont apporté leur soutien au projet de loi prévoyant le prolongement de l’état d’urgence et l’extension du régime des assignations à résidence.

Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et député-maire de Drancy, a pris la parole à l’Assemblée nationale pour défendre le projet de loi prolongeant l’état d’urgence et modifiant la loi de 1955. « Nous avons déjà perdu beaucoup de temps mais nous nous réjouissons des mesures annoncées et prises par le gouvernement ces derniers jours car elles rejoignent celles que nous avions proposées au Chef de l’Etat au mois de janvier. Nous approuvons la prolongation de l’état d’urgence car nous n’avons malheureusement pas le choix. Nous proposons, car la situation l’impose, de permettre au parlement de renouveler l’état d’urgence avant son terme, sans avoir à repasser par la case décret. » Le président de l’UDI a cependant regretté que le projet de loi n’aille pas plus loin : il souhaite que l’assignation à résidence puisse être contrôlée au moyen d’un bracelet électronique, et a réclamé « des mesures de droit commun pour lutter sans discontinuer contre le terrorisme, sans avoir à mettre en œuvre un régime d’exception. » Jean-Christophe Lagarde propose également la création d’une « garde nationale équipée, entraînée, formée, encadrée », capable de relayer les forces de l’ordre pour la surveillance des lieux publics. Sur le plan international, M. Lagarde demande au Président de la République une réunion d’urgence des pays de l’OTAN et l’adoption d’une stratégie commune visant à éradiquer Daesh en Syrie et en Irak, y compris par des opérations au sol : « Nous devrons hélas participer à une coalition internationale, sans exclusive ni préalable, en allant aider au sol les Kurdes, les Irakiens qui pour l’instant se battent bien seuls pour libérer leur territoire de cette barbarie. »

François Bayrou, président du MoDem et maire de Pau, appelle à « l’union sacrée » et au dépassement des clivages partisans : « il y a des moments, des instants et des événements dont la gravité exigerait que le monde politique se dépasse ». Il a également critiqué le comportement de certains députés de droite qui, mardi, ont hué le Premier Ministre à l’Assemblée nationale. François Bayrou défend depuis plusieurs mois la création d’une « garde nationale » préposée à la surveillance des lieux publics : « Nous avons des armées extrêmement spécialisées, professionnalisées. Ces armées sont utilisées pour crapahuter au pied des monuments publics. Ce sont des compétences qui ne sont pas utilisées comme elles devraient l’être. Ces fonctions de surveillance des monuments publics et des lieux sensibles devraient être attribuées à une garde nationale ». Pour constituer cette garde nationale, François Bayrou propose de remettre en activité d’anciens réservistes et de faire appel à des citoyens volontaires. Le président du MoDem est favorable au durcissement du régime des assignations à résidence, mesure qu’il avait d’ailleurs soutenue lorsqu’il avait été reçu à l’Elysée le 14 novembre.

Ecologie et centrisme: les rendez-vous manqués

Ecologie et centrisme sont étroitement liés. Les centristes se définissent comme des humanistes : or, l’écologie politique est un humanisme car elle considère l’environnement comme un bien commun de l’humanité. De plus, l’écologie est fondée, comme le centrisme, sur le principe de responsabilisation des individus : chacun doit, au quotidien et selon ses capacités, prendre part aux efforts que requièrent la protection de l’environnement et la préservation des ressources de la planète. Les centristes sont attachés au principe de « saine gestion » et prônent la lutte contre les déficits budgétaires : or, ce principe de « saine gestion » s’applique aussi à l’environnement. Nous avons le devoir de léguer aux générations futures une dette publique supportable, mais également une planète habitable. Enfin, l’écologie est transpartisane, car les enjeux environnementaux dépassent les clivages politiques traditionnels (même si les écologistes se situent majoritairement à gauche de l’échiquier politique). L’écologie devrait donc logiquement occuper une place de première importance dans le discours et le programme des partis centristes. Pourtant, ce n’est pas le cas.

Plusieurs centristes ont déjà cherché à promouvoir une écologie humaniste, réaliste et pragmatique. Lors de la campagne présidentielle de 2007, François Bayrou a mis l’accent sur les thématiques environnementales et sur les « obligations morales » des générations actuelles envers les générations futures. Lorsqu’il a créé le MoDem après la présidentielle de 2007, Bayrou avait l’ambition de fonder un grand parti centriste, écologiste et pro-européen. A ses débuts, le MoDem a d’ailleurs attiré quelques personnalités écologistes comme Corinne Lepage (fondatrice de Cap 21) et les anciens « Verts » Jean-Luc Bennahmias et Yann Wehrling. Hélas, Corinne Lepage et Jean-Luc Bennahmias ont tous deux quitté le MoDem parce qu’ils désapprouvaient la stratégie électorale de Bayrou. Aujourd’hui, malgré un discours fortement axé sur le développement durable et la « croissance verte », le parti de François Bayrou peine à s’imposer comme une force de proposition crédible en matière d’écologie.

Jean-Louis Borloo a tenté, lui aussi, de fonder un grand parti centriste et écologiste. Cet ancien membre de Génération Ecologie est connu pour ses convictions écologistes et pour son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique. En 2011, alors qu’il était Ministre de l’Environnement dans le gouvernement Fillon, il a créé l’ARES (Alliance Républicaine, Ecologiste et Sociale), une confédération regroupant plusieurs petits partis centristes de la majorité. Mais l’expérience a tourné court car l’ARES est restée un simple « satellite » de l’UMP. A l’issue des élections législatives de 2012, Borloo a remis sur les rails son projet de confédération écolo-centriste en créant l’UDI, un parti de centre-droit qui se dit partisan d’une «  écologie responsable et porteuse d’emplois durables ». Mais depuis que Jean-Louis Borloo s’est retiré de la vie politique en 2014, il faut bien avouer que l’écologie n’a plus vraiment de porte-parole crédible au sein de cette formation politique.

Plusieurs écologistes de centre-gauche ont eux aussi essayé de créer un parti écologiste modéré. En 2014, Jean-Luc Bennahmias quitta le MoDem et créa le « Front Démocrate », un micro-parti écologiste de centre-gauche allié au PS. Plus récemment, à la rentrée 2015, le député François de Rugy et le sénateur Jean-Vincent Placé, démissionnaires du parti Europe-Ecologie-Les Verts dont ils contestaient la dérive gauchiste, décidèrent de fonder un nouveau mouvement baptisé « Ecologistes ! ». Au même moment, les deux hommes annoncèrent la création de l’UDE (Union des Démocrates et Ecologistes), une fédération réunissant différents partis écologistes modérés, notamment « Ecologistes ! », le Front Démocrate de Jean-Luc Bennahmias et Génération Ecologie. François de Rugy définit l’UDE comme une nouvelle force « écologiste, réformiste, de centre-gauche », capable de soutenir l’action gouvernementale et de mettre en œuvre une écologie pragmatique refusant tout dogmatisme.

UDI ? UDE ? La ressemblance n’a rien d’une coïncidence. Même si les écologistes de l’UDE sont favorables à une alliance avec le PS, ils n’excluent pas pour autant un éventuel rapprochement avec l’UDI, ainsi qu’avec le MoDem. Après tout, des écologistes ayant une « sensibilité centriste » peuvent s’entendre avec des centristes ayant une « sensibilité écologiste ». L’UDE pourrait alors jouer le rôle de passerelle entre le centre-gauche et le centre-droit, favorisant ainsi l’émergence de ce fameux « axe central » que de nombreux centristes appellent de leurs vœux. A moins que l’UDE ne soit qu’un simple cartel électoral permettant à une poignée d’élus écologistes d’entrer au gouvernement lors d’un prochain remaniement et de conserver leur siège en 2017…

F. de Rugy et J.V. Placé.

Parti Radical: le plus vieux parti de France

Fondé en 1901, le Parti Radical est le plus ancien parti politique français. Initialement situé à gauche, il s’est finalement retrouvé au centre-droit de l’échiquier politique. Revenons brièvement sur le destin de ce parti historique.

Les origines du radicalisme en France

L. Gambetta

Le radicalisme est apparu dans la première moitié du XIXe siècle. Les premiers radicaux étaient des républicains, défenseurs du suffrage universel, de la liberté de la presse et de la laïcité, mais aussi partisans d’une politique sociale ambitieuse. Ils voulaient démocratiser les institutions et transformer la société en profondeur, d’où leur nom de « radicaux ». Dans les années 1840, ils représentaient l’aile gauche de l’opposition à la Monarchie de Juillet. Après la révolution de 1848 et la proclamation de la Deuxième République, ils participèrent brièvement au gouvernement mais entrèrent en conflit avec les « républicains modérés » sur les questions économiques et sociales. Sous le Second Empire (1852-1870), les radicaux étaient aux avant-postes de l’opposition républicaine. En 1869, Léon Gambetta, candidat radical aux élections législatives, prononça un célèbre discours connu sous le nom de « programme de Belleville » et prônant la Séparation des Eglises et de l’Etat, la liberté de la presse et la liberté d’association, l’école gratuite, laïque et obligatoire. Avec la chute de Napoléon III puis la mise en place de la Troisième République, les radicaux s’affirmèrent peu à peu comme une force politique de premier plan, républicaine, anticléricale et anticolonialiste. Sensibles aux inégalités sociales mais refusant la lutte des classes, ils furent progressivement « poussés » vers le centre-gauche de l’échiquier politique par les socialistes.

Un parti incontournable sous la Troisième République

E. Herriot

E. Herriot

Le Parti Radical vit le jour en 1901, en pleine Affaire Dreyfus, peu de temps après le vote de la loi proclamant la liberté d’association: c’est en effet cette fameuse loi de 1901 qui permit l’émergence des premiers véritables partis politiques en France. A l’origine, le nom exact du parti était « Parti Républicain, Radical et Radical-socialiste », mais très tôt, on l’appela simplement « Parti Radical ». Situé au centre-gauche, le Parti Radical s’est vite affirmé comme un parti de gouvernement, pragmatique et responsable, profondément attaché au régime républicain et au parlementarisme. Il défendait la laïcité, la petite propriété, les libertés individuelles, et pouvait compter sur le soutien de classes moyennes en plein essor. Ce parti a largement dominé la vie politique sous la Troisième République: les radicaux ont été ardemment dreyfusards, ils ont œuvré à la Séparation des Eglises et de l’Etat, ils ont instauré l’impôt sur le revenu et soutenu les grandes réformes sociales du Front Populaire. Le Parti Radical a participé à d’innombrables coalitions gouvernementales, tantôt avec les socialistes, tantôt avec le centre-droit, quitte à passer pour un parti opportuniste. Il a fourni quelques unes des personnalités les plus emblématiques de la Troisième République : Emile Combes, Edouard Herriot, Edouard Daladier et bien d’autres. Le « Tigre » Georges Clemenceau est longtemps resté proche du Parti Radical bien qu’il n’en ait jamais été membre. Dans les années 30, le mouvement des Jeunes-Turcs, animé par une nouvelle génération de militants radicaux tels que Pierre Mendès-France, voulait réformer en profondeur le système économique et politique : ces Jeunes-Turcs, qui incarnaient alors l’aile gauche du parti, prônaient une intervention accrue de l’Etat dans l’économie pour lutter contre la crise et humaniser le capitalisme, notamment par la nationalisation des grands monopoles privés dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie. Toutes ces idées, jugées anticonformistes dans l’entre-deux-guerres, allaient finalement triompher au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le déclin

P. Mendès-France

P. Mendès-France

Sous l’Occupation, plusieurs membres du Parti Radical s’engagèrent activement dans la Résistance, à l’image de Pierre Mendès-France ou Jean Zay, sans oublier Jean Moulin, qui avait débuté sa carrière politique sous l’étiquette radicale. Mais sous la Quatrième République, le poids électoral du parti recula face à la concurrence de nouveaux partis politiques issus de la Résistance, comme le MRP. De 1947 à 1951, pour contrer les gaullistes et les communistes, le Parti Radical forma, avec la SFIO et le MRP, une coalition gouvernementale appelée « Troisième Force », qui allait du centre-gauche au centre-droit. Mais en 1951, le débat sur l’école privée mit un terme à la « Troisième Force »: en effet, les socialistes et les radicaux s’opposèrent aux lois qui prévoyaient d’octroyer des bourses d’Etat aux élèves inscrits dans les écoles privées, comme le souhaitaient les démocrates-chrétiens du MRP. Dans les années 1950, Pierre Mendès-France voulut réaffirmer l’ancrage du Parti Radical à gauche et conclut en 1956 une alliance avec les socialistes, le « Front Républicain », que la crise algérienne fit rapidement voler en éclats. En 1958, les radicaux s’opposèrent au retour du Général de Gaulle et à la nouvelle constitution. La mise en place de la Cinquième République et la victoire de Charles de Gaulle à la présidentielle de 58 renvoyèrent durablement le Parti Radical dans l’opposition et précipitèrent son déclin électoral.

La scission de 1972 et le basculement au centre

J.J. Servan-Schreiber

J.J. Servan-Schreiber

A la fin des années 60, le journaliste Jean-Jacques Servan-Schreiber (« JJSS ») arrive à la tête du Parti Radical et entreprend de le moderniser en s’inspirant des sociaux-démocrates suédois. JJSS défend l’économie de marché, la décentralisation et la construction européenne, refuse toute alliance avec le Parti Communiste et préconise un rapprochement avec le centre. Mais cette stratégie centriste provoque la colère de l’aile gauche du parti, favorable à une alliance avec les socialistes et les communistes. C’est pour cela qu’en 1972, l’aile gauche, minoritaire, se sépare du parti historique pour fonder le Mouvement des Radicaux de Gauche, qui signera le Programme Commun de la gauche avec le PS et le PC. La scission de 1972 fait donc basculer au centre le parti historique, désormais désigné comme le Parti Radical « valoisien » (car son siège national est situé place de Valois, à Paris). Sous l’impulsion de Servan-Schreiber, le Parti Radical valoisien se rapproche des partis centristes. Pour préparer les élections législatives de 1973, JJSS crée le Mouvement Réformateur, une coalition de partis centristes voulant incarner une troisième voie entre le socialo-communisme et la droite gaulliste conservatrice. Après la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à la présidentielle de 1974, les radicaux apportent leur soutien aux grandes réformes giscardiennes telles que la loi Veil sur l’IVG.

De l’UDF à l’UDI

J.L. Borloo

J.L. Borloo

En 1978, les radicaux valoisiens participent à la fondation de l’UDF (Union pour la Démocratie Française), qui réunit alors tous les partis du centre et du centre-droit soutenant l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’UDF permet aux radicaux de sortir de l’isolement et de participer à toutes les coalitions gouvernementales RPR/UDF dans les années 80 et 90. Mais à la fin des années 90, les radicaux prennent leur distance avec le nouveau président de l’UDF, François Bayrou, qui souhaite constituer un pôle centriste indépendant de la droite. En 2002, le Parti Radical décide de s’associer à l’UMP tout en conservant ses propres structures. Jean-Louis Borloo accède à la présidence du Parti Radical en 2007 et soutient la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Mais en 2011 le Parti Radical quitte l’UMP, dont il désapprouve la droitisation. Après la victoire de la gauche en 2012, et afin d’éviter une marginalisation du Parti Radical, Jean-Louis Borloo fonde l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants), une nouvelle confédération réunissant les partis centristes de l’opposition. Jean-Louis Borloo est élu président de l’UDI en 2012, mais en 2014 il est hospitalisé à cause d’une pneumonie aiguë et annonce son retrait de la vie politique. Après le départ inattendu de Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart est élu président du parti en juin 2014 face à Rama Yade.

La Parti Radical aujourd’hui : un parti centriste ?

Le Parti Radical valoisien présente aujourd’hui toutes les caractéristiques d’un parti centriste : il est favorable au fédéralisme européen, il est attaché aux corps intermédiaires et au rôle des collectivités locales, il veut replacer l’homme au centre de l’économie, il prône un juste équilibre entre solidarité et compétitivité, et refuse toute compromission avec les partis extrémistes et populistes. Pour faire simple, on peut dire que le radicalisme valoisien représente aujourd’hui l’un des principaux courants du centrisme français. Mais paradoxalement, les radicaux ne se qualifient jamais eux-mêmes de centristes : d’ailleurs, Jean-Louis Borloo se définit comme « républicain social » et emploie rarement l’adjectif « centriste ». Pourquoi une telle précaution de langage ? Sans doute pour mieux réaffirmer la spécificité et l’identité du parti face aux autres formations centristes et face à la droite. Car le Parti Radical revendique fièrement son statut de parti historique, viscéralement laïc et républicain, intimement lié à l’histoire de la République Française depuis plus d’un siècle.

Bayrou, Lagarde: les deux visages du centre

bayrou & lagarde

Deux partis, deux leaders: François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde incarnent la dichotomie du courant centriste en France. Le premier préside le Mouvement Démocrate, parti qu’il a fondé en 2007. Le second préside l’UDI depuis novembre 2014. Quels sont les points communs et les différences entre les deux leaders du centre?

François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde se connaissent bien. Ce sont des centristes « pure souche » issus du CDS (Centre des Démocrates-Sociaux), l’un des partis fondateurs de l’UDF. C’est en 2007 que les soubresauts de la vie politique ont séparé les deux hommes: Jean-Christophe Lagarde apporta son soutien à Nicolas Sarkozy et rejoignit le « Nouveau Centre », contrairement à Bayrou qui refusa de rallier la majorité présidentielle.

Bayrou jouit d’une plus grande notoriété que Lagarde car il a occupé le ministère de l’Education Nationale de 1993 à 1997 et a fait trois campagnes présidentielles, dont celle de 2007 où il obtint 18% des suffrages au premier tour. Jean-Christophe Lagarde est plus jeune, il n’a aucune expérience ministérielle et apparaît encore comme un « homme neuf » aux yeux de beaucoup de Français: avant 2014, il était surtout connu des habitants Seine-Saint-Denis (il est maire de Drancy depuis 2001 et député depuis 2002), mais son élection à la tête de l’UDI lui a donné une stature nationale.

Les deux hommes ont des personnalités opposées: si Bayrou a plutôt l’image d’un homme bienveillant et un peu mou, Lagarde est connu pour son tempérament nerveux et impatient, pour ses formules choc et ses petites phrases assassines à l’encontre de ses adversaires. De l’ambition? Les deux hommes en ont, assurément. Depuis des années Bayrou est convaincu d’avoir une destinée présidentielle. Quant à Lagarde, c’est un redoutable prédateur politique: il a réussi l’exploit de conquérir (et de conserver) une municipalité communiste de la « banlieue rouge » historique. Il a également évincé son rival Hervé Morin (plus connu et plus médiatique que lui) dans la course à la présidence de l’UDI, et ses adversaires le soupçonnent de vouloir utiliser l’UDI comme tremplin pour préparer la future présidentielle.

Sur le fond, les deux hommes défendent à peu près les mêmes idées. Ils sont d’accord sur l’essentiel: fédéralisme européen, défense d’un libéralisme tempéré, promotion d’un courant centriste indépendant… Pourtant, Bayrou et Lagarde ont parfois défendu des positions divergentes. Ainsi, en 2005, Lagarde fit campagne pour le « non » au Traité Constitutionnel européen, pendant que Bayrou et les cadres de l’UDF défendaient activement ce texte: Lagarde justifia son choix en soulignant le manque d’ambition du traité, mais certains virent dans cette posture une volonté de ne pas froisser l’électorat populaire de Seine-Saint-Denis, majoritairement opposé au TCE. Par ailleurs, sur les questions dites « sociétales », les positions de Jean-Christophe Lagarde sont nettement plus libérales que celles de François Bayrou: Lagarde vota en faveur du mariage homosexuel en 2012, et défend la dépénalisation du cannabis.

Bayrou et Lagarde incarnent deux visions différentes du centre. Ils prônent tous deux un centre indépendant, mais Lagarde considère l’UMP comme un partenaire naturel du centre, tandis que Bayrou cherche à bâtir un pôle centriste équidistant de la droite et de la gauche, totalement émancipé des alliances traditionnelles qui unissaient jadis la droite et le centre. Pourtant, François Bayrou s’est déjà dit prêt à soutenir Alain Juppé dès le premier tour de la présidentielle de 2017, alors que Jean-Christophe Lagarde veut une candidature autonome du centre… Les deux leaders centristes vont être confrontés à des choix quasi cornéliens en 2017. Que fera Bayrou si Lagarde et Juppé sont candidats? Soutiendra-t-il le candidat de l’UDI (dont il est plus proche idéologiquement) ou celui de l’UMP (à qui il a déjà promis son soutien)? Et si Nicolas Sarkozy est candidat, Lagarde et Bayrou vont-ils se présenter tous les deux (au risque de disperser les voix du centre) ou vont-ils jouer à « pile ou face » pour déterminer lequel des deux doit représenter le centre? La présence de deux candidats centristes au premier tour serait évidemment suicidaire pour le centre, et favoriserait Marine Le Pen.

L’UDI vote la censure… et renie ses idées

Lors de sa création en 2012, l’UDI avait promis d’incarner une opposition responsable et constructive, prête à voter les réformes utiles au pays, refusant les postures idéologiques et le systématisme de l’opposition droite/gauche. Malheureusement, nous en sommes loin. Tous les parlementaires de l’UDI s’accordaient à dire que, globalement, la loi Macron allait dans le bon sens: un tiers des députés UDI étaient même décidés à voter cette loi. Hélas, en votant la motion de censure contre le gouvernement Valls, les députés UDI ont encore manqué une occasion d’être courageux et d’affirmer leur différence avec l’UMP. Au lieu de soutenir une réforme qui était conforme à leurs idées, ils ont préféré les postures politiciennes. Au lieu d’agir en conformité avec l’indépendance dont ils se réclament, ils ont agi en bons soldats de l’UMP. Voter la motion de censure alors qu’on est favorable au projet de loi défendu par le gouvernement, voilà une belle hypocrisie… Il faut néanmoins souligner le courage des sept députés UDI (emmenés par Jean-Christophe Fromantin) qui ont affirmé leur indépendance en soutenant la loi Macron et en refusant de voter la motion de censure.