Pourquoi le programme économique du FN est absurde et suicidaire

A l’époque de Jean-Marie Le Pen, le Front National s’intéressait peu à l’économie car l’immigration et l’insécurité constituaient son principal fonds de commerce. Jean-Marie Le Pen n’a jamais eu de véritable programme économique ; dans les années 80, il a repris à son compte certaines thèses ultralibérales du président américain Ronald Reagan : le programme de Le Pen en matière économique se résumait alors à des baisses d’impôts massives et à des imprécations récurrentes contre les syndicats, le « fiscalisme » et « l’Etat prédateur ». Puis, dans les années 90, Jean-Marie Le Pen est devenu un adversaire acharné du Traité de Maastricht et du marché unique européen : partisan d’une libéralisation de l’économie française, il critiquait violemment la libéralisation du marché européen. Après son arrivée à la tête du FN, Marine Le Pen a voulu doter son parti d’un programme économique plus consistant, afin de montrer que le FN était désormais prêt à gouverner le pays. Abandonnant la doxa libérale de son père, Marine Le Pen s’est entourée de quelques technocrates pour bâtir un programme économique à l’orientation résolument dirigiste et protectionniste : ce programme, qui a pour mot d’ordre le « patriotisme économique », s’articule autour de quelques mesures phares telles que le retour au franc.

Le minimum que l’on puisse exiger d’un programme économique, c’est qu’il soit cohérent, surtout s’il est porté par un parti qui prétend à l’exercice du pouvoir. Le programme économique du FN est-il cohérent ? Non. Soucieux de plaire aux consommateurs et aux producteurs, le parti de Marine Le Pen promet aux uns des baisses de prix, et aux autres des prix minimum garantis. Soucieux de plaire aux petits patrons comme aux ouvriers, le FN veut à la fois plus d’Etat, et moins d’Etat. Il promet ainsi de « libérer les entreprises des lourdeurs administratives et des contrôles tatillons », tout en multipliant les contraintes et les obligations nouvelles qui nécessiteront des contrôles supplémentaires et qui perturberont fortement la stratégie des entreprises : le FN veut en effet instaurer un contrôle des prix et obliger les entreprises à embaucher prioritairement « des séniors et des jeunes issus des filières professionnelles » ; il veut aussi appliquer aux entreprises le principe de la préférence nationale : « les entreprises se verront inciter à prioriser l’emploi, à compétences égales, des personnes ayant la nationalité française ».

Si le programme économique du FN pêchait seulement par son incohérence, il n’y aurait pas de quoi s’inquiéter. Le vrai problème, c’est qu’il s’agit d’un programme suicidaire. Le parti préconise un « protectionnisme intelligent » reposant sur une hausse des droits de douane et sur des quotas d’importation à l’encontre des pays qui concurrencent la France de façon déloyale, notamment la Chine et « certains pays d’Europe de l’Est ». Il faut tout d’abord souligner que ces mesures sont inapplicables, puisque la politique commerciale est une compétence exclusivement communautaire : pour instaurer unilatéralement des mesures protectionnistes, la France doit donc sortir de l’Union européenne. En outre, de telles mesures pénaliseraient considérablement les entreprises françaises qui s’approvisionnent à l’étranger, en alourdissant leurs coûts de production et en les obligeant à revoir complètement leurs filières d’approvisionnement. Cette politique entraînerait aussi, de la part des pays lésés, des mesures de rétorsion qui pénaliseraient nos exportations et fermeraient de nombreux débouchés aux entreprises françaises. La Chine est devenue un partenaire commercial et industriel incontournable pour la France : elle offre un débouché majeur aux industries françaises du luxe et de l’agroalimentaire, elle représente 25% des parts de marché d’Airbus et accueille près de 1.600 entreprises françaises sur son territoire. Si la France décidait toute seule de s’engager dans une guerre commerciale contre la Chine, nous aurions beaucoup à y perdre.

Non content de plomber les entreprises françaises les plus compétitives en fermant nos frontières, le FN multiplie les imprécations contre les firmes du CAC 40 et promet de surtaxer les grands groupes. Marine Le Pen veut en effet augmenter l’impôt sur les sociétés et mettre en place un prélèvement de 15% sur les bénéfices des grands groupes, afin de soutenir les PME-PMI par le biais d’un fonds spécial dédié à la réindustrialisation de la France : rien de tel pour encourager la fuite des capitaux ! Le FN oppose de façon caricaturale les grandes firmes aux PME, oubliant au passage que les PME sont étroitement liées aux firmes, et que les grands groupes contribuent à faire vivre tout un réseau de fournisseurs et de sous-traitants.

Le FN souhaite aussi abandonner les accords de Schengen et rétablir des contrôles permanents sur l’ensemble des frontières terrestres de la France : cette mesure pénaliserait évidemment les transporteurs, les touristes et les quelque 350.000 travailleurs transfrontaliers qui résident en France. Dans une étude publiée en février 2016, l’agence France Stratégie estime qu’un rétablissement des contrôles aux frontières coûterait à la France entre 1 et 2 milliards d’euros par an à court terme, un chiffre qui prend en compte uniquement le recul de la fréquentation touristique et le ralentissement des flux de marchandises : il faudrait y ajouter les coûts liés à la remise en service des postes-frontières ainsi que les conséquences à long terme sur les échanges, la croissance et l’investissement.

Le programme économique du FN est un véritable catalogue de mesures inflationnistes. La hausse des droits de douane se traduirait inévitablement par des hausses de prix : si la France décidait de surtaxer tous les produits chinois, comme souhaite le faire Marine Le Pen, cela gonflerait le prix des vêtements, des jouets, des ordinateurs et des téléphones portables qui sont fabriqués en Chine et que nous importons par millions chaque année. C’est donc, au bout du compte, le consommateur français qui paierait la facture du « protectionnisme intelligent » de Marine Le Pen. Le Front National veut également sortir de l’euro, revenir au franc et mener une politique de « dévaluation compétitive » pour doper les exportations de la France : Marine Le Pen propose ainsi de dévaluer le franc de 20%. Il est vrai qu’une dévaluation monétaire pourrait temporairement stimuler nos exportations, mais les effets positifs escomptés à court terme seraient vite annulés par les dévaluations que nos partenaires commerciaux ne manqueraient pas de mettre en application à leur tour. Et pour les ménages français, la facture sera salée : une dévaluation de 20% du franc va renchérir de 20% le prix de tous les produits que nous importons, notamment le pétrole et le gaz. Elle provoquerait une érosion de l’épargne des Français ainsi qu’un alourdissement insupportable de la dette publique.

Le FN veut également autoriser la Banque de France à créer de la monnaie, c’est-à-dire à financer directement le Trésor Public à des taux d’intérêt quasi nuls : c’est ce que l’on appelait autrefois la « planche à billets ». Or, le recours à la « planche à billets » pour financer la dette de l’Etat risque d’entraîner un dérapage inflationniste quasi impossible à maîtriser, qui viendrait amplifier les hausses de prix dues à l’augmentation des droits de douane et à la dévaluation du franc. Cette accumulation de mesures inflationnistes aurait des conséquences catastrophiques sur le pouvoir d’achat des Français : une fois de plus, ce sont les consommateurs français qui vont payer la facture. Mais la « planche à billets » a d’autres inconvénients majeurs : quand la croissance est dopée artificiellement par la création monétaire, les risques de récession deviennent très élevés dès que l’Etat réduit la quantité de liquidités injectées dans l’économie : on dit alors que l’économie fonctionne « sous perfusion ». Mais surtout, la « planche à billets » encourage la spéculation et favorise, par conséquent, l’apparition de nouvelles bulles spéculatives et de nouvelles crises.

Finalement, on en vient presque à regretter les vociférations de Jean-Marie Le Pen et la belle époque où le Front National n’avait pas de programme économique : en ce temps-là, le FN assumait son rôle de parti contestataire et n’avait aucune prétention à gouverner. Le programme économique bricolé par Marine Le Pen et la nouvelle garde du FN est catastrophique. Ce que nous propose le FN, c’est un catalogue de mesures suicidaires dont l’application saperait la croissance et plomberait le pouvoir d’achat des Français. Ce programme repose en fait sur un déni des réalités économiques : le FN se comporte comme si la France pouvait envoyer paître ses partenaires commerciaux, rétablir unilatéralement des mesures protectionnistes et s’engager dans une guerre monétaire sans en subir les conséquences. Comme l’écrit Maël de Calan dans son livre intitulé La vérité sur le programme du Front national, le programme économique du FN est un « programme de capitulation » : le parti de Marine Le Pen considère que la France n’est pas compétitive, qu’elle est incapable de s’insérer dans la mondialisation et qu’elle doit par conséquent dresser des barrières pour se protéger de la concurrence des autres pays. Curieuse vision de la France pour un parti qui se dit « patriote ». Mais le plus navrant, c’est que le programme économique du Front National ne propose aucune réponse concrète aux défis économiques majeurs du XXIe siècle : compétitivité, innovation, révolution numérique, transition énergétique, régulation des marchés financiers, lutte contre les paradis fiscaux, etc. Le programme économique du FN est une dangereuse imposture qu’il faut dénoncer sans ambiguïtés pour éviter le naufrage.

Marine Le Pen.

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La Grèce doit-elle sortir de la zone euro?

Non, la Grèce ne doit pas quitter la zone euro. Ce serait même le pire des scénarios. Pour les Grecs, d’abord, car ils seraient livrés à eux-mêmes avec une monnaie faible et instable. Si la dévaluation monétaire peut être utile à une économie extravertie fortement tournée vers l’exportation, ce n’est pas le cas en Grèce : le pays exporte peu, et son économie repose principalement sur le tourisme. Une dévaluation monétaire ne rendrait pas la Grèce plus compétitive, cela diminuerait le pouvoir d’achat de sa population et alourdirait encore le poids de sa dette.

Pour l’Union européenne aussi, ce serait la pire des solutions. Jeter les Grecs hors de la zone euro serait contraire à l’essence même du projet européen, fondé sur la paix et sur la solidarité entre nations. Comme le dit Thomas Piketti, une expulsion de la Grèce ouvrirait la « boîte de Pandore » : elle pourrait entraîner l’expulsion d’autres pays et donnerait aussi raison aux partis europhobes et aux mouvements d’extrême droite qui rêvent de faire imploser l’Union européenne. Ne chassons pas la Grèce de la zone euro, car c’est l’avenir même du projet européen qui est en jeu. Sauver la Grèce, c’est sauver l’Europe.

La Grèce doit se redresser, et elle doit le faire avec le soutien de ses partenaires européens. Nous ne pouvons pas demander aux Grecs de consentir de nouveaux sacrifices après tous ceux qu’ils ont déjà faits. Les réformes ont commencé à porter leurs fruits, puisque le budget de l’Etat grec n’est plus déficitaire (contrairement au budget de l’Etat français). Mais il est insensé d’exiger de la Grèce le versement de sommes qu’elle n’est pas en mesure de verser dans l’immédiat, à moins d’effectuer de nouvelles coupes drastiques dans les dépenses publiques. Un nouveau rééchelonnement de la dette grecque doit donc être envisagé. L’Union européenne doit, par ailleurs, aider la Grèce à mettre en œuvre les réformes structurelles qui sont nécessaires pour mieux collecter l’impôt et lutter plus efficacement contre le travail au noir et la fraude fiscale.

Mais cela ne suffira peut-être pas pour remettre la Grèce sur les rails. N’oublions pas que la dette de l’Allemagne avait été en partie annulée après la Seconde Guerre mondiale, car il fallait assurer la stabilité de l’économie ouest-allemande. Ne peut-on pas envisager un effacement partiel de la dette grecque pour éviter un désastre social sans précédent dans l’histoire de la communauté européenne ? Nous avons beaucoup de chance que les Grecs aient donné le pouvoir à Alexis Tsipras, qui est pro-européen, plutôt qu’au parti néonazi « Aube Dorée ». Aimerions-nous voir des partis d’extrême droite prendre le pouvoir dans des pays amis que l’on aura jetés hors de la zone euro après leur avoir imposé des plans de rigueur extrêmement violents ?

Alexis Tsipras.

Faut-il en finir avec l’euro?

Haro sur l’euro

Depuis la crise financière de 2008, l’euro cristallise en France tous les mécontentements et toutes les crispations antieuropéennes. Pour Marine Le Pen, l’expérience de la monnaie unique est un « échec total » et entraîne un appauvrissement de la France ; la présidente du FN a d’ailleurs fait campagne en 2012 sur le thème du « retour au franc », et ce thème très porteur sera de toute évidence au cœur de la campagne du FN pour les européennes du printemps prochain. Le programme économique du FN propose un « abandon concerté de l’euro » (sic), négocié entre les Etats participants. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il envisage un retrait unilatéral de la France, ce qui conduirait inévitablement à une destruction de l’euro (étant donné que la France est la deuxième économie de la zone euro).

Si l’euro est à ce point critiqué aujourd’hui, ce n’est pas simplement parce que la zone euro est en crise, c’est aussi parce que la monnaie unique symbolise à elle seule tout ce que les europhobes détestent le plus : la perte de la sacro-sainte souveraineté des Etats. La monnaie a toujours été un attribut de la puissance régalienne : traditionnellement, le droit de « battre monnaie » constitue le monopole régalien par excellence. De plus, au XXème siècle, la monnaie est devenue une arme économique puissante par le biais des politiques de dévaluation : lorsqu’un chef d’Etat ou de gouvernement dévaluait, il faisait acte d’autorité, et montrait au peuple sa volonté de restaurer la compétitivité du pays et la confiance dans la monnaie, à l’image de Poincaré en France ou de Roosevelt aux Etats-Unis. Il y a une grande part d’idéologie et de nostalgie dans le discours de ceux qui prônent le retour au franc. Mais d’un point de vue économique, l’euro est-il vraiment un échec?

Le bilan contrasté de la monnaie unique

Sur des questions aussi complexes que les questions monétaires, il convient d’éviter toute approche dogmatique et caricaturale. L’euro n’est ni une réussite absolue, ni un fiasco total. Il n’est ni un remède miracle, ni la cause de tous nos malheurs. La création de la monnaie unique avait plusieurs objectifs ambitieux : doter l’Europe d’une monnaie forte et stable capable de concurrencer le dollar, protéger les économies européennes contre les fluctuations et la spéculation sur le marché monétaire mondial, et faire converger les économies européennes vers un même niveau de compétitivité. L’adoption d’une monnaie unique avait pour contrepartie l’instauration d’une politique monétaire unique pour les pays participants : fondée sur des principes déflationnistes, cette politique monétaire a pour priorité la maîtrise de l’inflation et des déficits publics. Les Etats de la zone euro se sont donc engagés à respecter des « critères de convergence » : ils doivent notamment limiter leur déficit public annuel à 3% de leur PIB, et limiter leur taux d’endettement à 60% de leur PIB. C’est ce que l’on appelle le « Pacte de stabilité ». La politique monétaire de la zone euro est menée à la fois par la Banque Centrale européenne (qui fixe les taux d’intérêts et contrôle l’offre de monnaie) et par les Etats membres (qui doivent prendre les mesures nécessaires pour respecter les critères de convergence).

La monnaie unique a atteint la plupart de ses objectifs : l’inflation est aujourd’hui largement maîtrisée dans la zone euro, et l’euro s’est imposé comme une monnaie de référence dans les transactions financières internationales. Dire que l’euro est un « échec total » est donc une aberration. Cependant, la monnaie unique a aussi des inconvénients évidents. Tout d’abord, l’euro fort pénalise les exportations et favorise les importations dans les Etats participants, ce qui tend à creuser le déficit commercial des Etats les moins compétitifs. Ensuite, la logique déflationniste instaurée par le Pacte de stabilité tend à limiter la croissance dans la zone euro, et il n’existe aucun mécanisme de soutien à la croissance permettant de compenser les effets pervers du Pacte de stabilité. De plus, en raison d’une conjoncture économique défavorable, la plupart des Etats de la zone euro n’ont pas été en mesure de respecter les critères de convergence. Cette situation a conduit les Etats à réviser le Pacte de stabilité en 2005 : les règles du Pacte restent valables mais peuvent être interprétées avec une plus grande souplesse, en fonction de la situation économique de chaque pays. Mais le krach mondial de 2008 a donné un nouveau coup dur au Pacte de stabilité, puisque plusieurs pays de la zone euro ont vu leur dette exploser : la crise des dettes souveraines a entraîné l’insolvabilité de la Grèce, du Portugal et de l’Irlande, et a conduit l’Espagne et l’Italie au bord de la faillite. Pour pouvoir rester dans la zone euro, ces Etats ont choisi de réduire drastiquement leur déficit en menant des politiques d’austérité : or, à court terme, ces politiques ont tendance à aggraver la crise puisqu’elles réduisent les prestations sociales et le pouvoir d’achat de la population, et augmentent le chômage et la pauvreté.

Siège de la BCE, Francfort.

Les économistes partagés

Faut-il abandonner l’euro pour mettre un terme à la crise de la zone euro ? Les économistes sont très divisés sur la question. Certains préconisent une sortie de l’euro et un rétablissement des monnaies nationales : c’est le cas de l’économiste français Jacques Sapir, proche du Front de Gauche (mais dont les idées ont été largement recyclées par le FN). Cependant, la grande majorité des économistes considèrent qu’il faut sauver la monnaie unique, et qu’une sortie de l’euro serait un grand bond dans l’inconnu pour les Etats européens. En effet, l’euro, malgré ses défauts, reste une protection contre la spéculation mondiale et garantit une stabilité monétaire indispensable pour attirer les investissements étrangers. Certains économistes considèrent même que l’abandon de l’euro serait catastrophique pour les économies européennes : les dettes souveraines, auparavant libellées en euros forts, exploseraient si elles étaient libellées en monnaies nationales dépréciées. De la même façon, le coût des importations augmenterait (notamment la facture énergétique), plombant ainsi le pouvoir d’achat des ménages. L’économiste américain Paul Krugman déclarait dans L’Express en 2012 qu’un abandon de l’euro plongerait la zone euro dans une « récession sévère », et s’inquiétait aussi des conséquences politiques d’une telle décision : « L’échec du plus grand projet de l’Histoire et le discrédit jeté sur des dirigeants impliqués dans le maintien de l’ancien système sonneraient l’heure des insurrections populistes et nationalistes. »

Plusieurs économistes considèrent que la politique monétaire européenne telle qu’elle a été menée jusqu’à présent est un échec, mais que l’euro doit néanmoins être sauvé et repensé sur de nouvelles bases. C’est le cas de Joseph Stiglitz (Prix Nobel d’économie en 2001), qui a proposé en 2013 plusieurs pistes de réformes pour sauver l’euro : baisse des taux d’intérêt, mutualisation partielle de la dette, mise en place d’une véritable union bancaire dotée d’une assurance des dépôts, mise en place d’une politique industrielle européenne permettant aux pays à la traîne de rattraper leur retard, etc. Certains économistes pensent, quant à eux, que les pays les plus vulnérables et les moins compétitifs de la zone euro doivent sortir (au moins temporairement) de l’euro, mais que la monnaie unique doit être maintenue pour les économies les plus résistantes : c’est l’avis de l’économiste écossais James Mirrlees (prix Nobel d’économie en 1996), de l’Américain Thomas Sargent (Prix Nobel d’économie en 2011) et de l’Allemand Hans Werner Sinn.

On voit donc que, sur l’euro, il n’y a pas de « pensée unique ». Nul ne peut savoir, aujourd’hui, quelles conséquences aurait l’abandon de la monnaie européenne. Affirmer qu’il faut liquider la monnaie unique pour sortir de la crise est un leurre !

Sortir de la crise sans sortir de l’euro, c’est possible

La crise financière a révélé les carences de la politique monétaire européenne : les Etats se sont dotés d’une monnaie commune sans créer le gouvernement économique qui aurait dû l’accompagner. Les politiques budgétaires relèvent encore des Etats, alors que la monnaie unique exige des structures de type fédéral. Face à la crise de 2008, les Etats ont été incapables d’agir collectivement : ils se sont contentés d’expédients, mais aucune réforme structurelle n’a été envisagée. La survie de l’euro passe donc par la voie du fédéralisme, c’est-à-dire par la création d’un véritable gouvernement économique de la zone euro, et d’une véritable union bancaire.

Néanmoins, la « fédéralisation » de la zone euro ne pourra pas se faire dans un contexte de crise économique et sociale, car la défiance des peuples envers les institutions communautaires est devenue trop forte. La sortie de crise est donc le préalable indispensable à tout projet fédéraliste. Dans un remarquable petit ouvrage paru en janvier 2014 et intitulé Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro, James K. Galbraith (professeur de sciences politiques à l’Université du Texas), Yanis Varoufakis (professeur d’économie à l’Université d’Athènes) et Stuart Holland (professeur d’économie et ancien membre du Parlement britannique) proposent une série de mesures concrètes pour mettre un terme à la crise de la zone euro sans abandonner la monnaie unique, sans modifier les traités communautaires, et sans contrevenir au Pacte de stabilité. En partant d’une analyse de la quadruple crise qui frappe les Etats de la zone euro (crise bancaire, crise budgétaire, crise de sous-investissement et crise sociale), les auteurs ont élaboré quatre programmes de sortie de crise. Premièrement : une recapitalisation des banques en faillite au cas par cas, directement par le MES (Mécanisme européen de stabilité) et non par les Etats. Deuxièmement : un mécanisme de conversion des dettes souveraines, permettant aux Etats de convertir une part de leur dette en obligations émises par la BCE, à un taux d’intérêt fixé par cette dernière. Troisièmement : un programme européen d’investissement en faveur de la croissance, financé au moyen d’obligations émises conjointement par la BEI et le FEI, sans alourdissement de la dette des Etats. Quatrièmement : un programme de solidarité sociale d’urgence, reposant notamment sur un programme de « bons alimentaires » et un programme d’accès garanti à l’énergie, et financé par les revenus du SEBC (Système européen des Banques centrales) et, si besoin, par l’instauration d’une taxe sur les transactions financières (une sorte de « Taxe Tobin européenne »).

Il est techniquement possible de sortir de la crise tout en sauvant l’euro. Encore faut-il que les gouvernements de la zone euro s’en donnent la peine.

A propos du programme économique du Front National

Marine Le Pen.

Quel programme économique le Front National propose-t-il ? Marine Le Pen a-t-elle des solutions réalistes pour sortir de la crise, réduire le chômage et assainir les finances publiques ? Les principales mesures économiques défendues par le Front National sont assez claires et  tiennent en quelques mots: protectionnisme, abandon de l’euro et retour au franc, « préférence nationale » pour l’embauche,  financement de la dette par la Banque de France, politique « nataliste » pour financer les retraites. En relisant le programme économique du Front National, on peut dresser les trois constats suivants :

– Premièrement, il s’agit d’un programme très idéologique, qui reste fidèle aux thèmes classiques de l’extrême droite : anti-mondialisme, rejet de la construction européenne, nationalisme économique exacerbé, xénophobie. Toutes les difficultés économiques de la France sont directement imputées à l’immigration et à l’Union européenne, et ce diagnostic fantaisiste sert à justifier des mesures discriminatoires à l’encontre des étrangers, ainsi qu’un démantèlement de l’Union européenne.

– Deuxièmement, le programme économique du Front National est un programme totalement utopique, qui se fonde sur un déni de la réalité économique : les contraintes liées à la mondialisation sont tout simplement ignorées, et le Front National fait croire que la France peut s’émanciper des règles du commerce international, renégocier à son gré les traités européens, rétablir unilatéralement des mesures protectionnistes et envoyer paître les Etats qui lui font de la concurrence.

– Troisièmement, ce programme ne propose aucune véritable solution aux problèmes économiques majeurs du pays (chômage, pouvoir d’achat, dette publique, financement des retraites, compétitivité des entreprises). Les principales mesures économiques du Front National sont, au mieux, inapplicables, et au pire, suicidaires car leur application entraînerait une explosion de l’inflation et de la dette, et une chute du pouvoir d’achat des Français.

Pour ceux qui auraient des doutes, voici une petite analyse de quelques unes des principales propositions économiques du Front National : toutes ces mesures sont tirées du projet présidentiel de Marine Le Pen, consultable sur le site Internet du Front National.

L’abandon de l’euro et le retour au franc. D’après Marine Le Pen, la France doit préparer, avec ses partenaires européens, la fin de l’euro et le retour aux monnaies nationales. Le retour au franc doit permettre au gouvernement français de mener une politique de dévaluation compétitive pour soutenir l’économie nationale, favoriser nos exportations et réindustrialiser le pays.

La sortie de l’euro était la « proposition phare » de Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2012. La présidente du Front National a imaginé un scénario totalement improbable pour expliquer comment elle entendait sortir de l’euro : elle évoque un abandon collectif et concerté de l’euro, et prétend même que le couple franco-allemand jouera un « rôle moteur » dans l’arrêt programmé de la monnaie unique, comme si la France allait réussir à convaincre l’Allemagne de saborder l’euro.

Le Front National cherche clairement à faire de l’euro un « bouc-émissaire » : Marine Le Pen surfe sur la crise économique de la zone euro et tire à boulets rouges sur la monnaie unique et sur la Banque Centrale Européenne. L’euro est présenté comme un échec total et comme la cause de toutes nos difficultés économiques (surendettement de l’Etat, baisse du pouvoir d’achat, croissance molle, manque de compétitivité). Ce diagnostic fantaisiste n’est partagé par aucun économiste sérieux : contrairement à ce que prétend le Front National, sortir de l’euro ne règlera en rien nos problèmes, et rendra la France plus vulnérable sur les marchés financiers. L’euro est une monnaie forte qui nous protège contre la spéculation monétaire mondiale. Quant à la Banque Centrale Européenne, sa mission première est de garantir la stabilité de la monnaie unique, afin de limiter l’inflation et de rassurer les investisseurs. Pour la France, une sortie de l’euro serait un véritable saut dans l’inconnu. La grande majorité des économistes s’accordent à penser qu’un retour au franc plongerait notre pays dans la récession et déstabiliserait tous les pays de la zone euro, étant donné que la France est l’un des piliers de la monnaie unique (c’est la deuxième économie de la zone euro derrière l’Allemagne). En outre, sans l’euro, la France se retrouverait seule face à des banques et à des Etats susceptibles de spéculer contre sa monnaie.

Marine Le Pen prétend aussi qu’après le retour au franc, elle mènera une politique de « dévaluation compétitive », c’est-à-dire qu’elle abaissera artificiellement le taux de change de notre monnaie pour doper nos exportations. Mais une telle dévaluation aurait des conséquences catastrophiques sur notre pouvoir d’achat. Si notre monnaie était dévaluée, le coût de nos importations augmenterait : cela ferait exploser notre facture de gaz et de pétrole. Sans oublier que notre dette, une fois libellée en francs dévalués, serait nettement alourdie. L’effet bénéfique attendu, à savoir le gain de compétitivité, serait vite annulé par les dévaluations qu’effectueraient nos partenaires commerciaux européens en réaction à notre dévaluation.

Le retour au protectionnisme. Marine Le Pen souhaite « renégocier » les traités européens pour mettre fin au libre-échange. Elle veut appliquer des droits de douane ciblés et des quotas d’importation vis-à-vis des pays qui, selon elle, font une « concurrence déloyale » à la France, comme par exemple la Chine ou « certains pays d’Europe de l’Est ».

Cette mesure est inapplicable, à moins d’envisager une implosion de l’Union européenne. Depuis 60 ans, l’Europe s’est construite sur la base du libre-échange et de l’union douanière : le « marché commun » a été la première étape vers l’édification d’un marché européen unifié, sans frontières intérieures, où les travailleurs et les capitaux peuvent circuler librement. Non seulement cette unification économique a resserré les liens entre les Etats européens, mais elle a aussi été une source d’enrichissement et de développement pour chaque Etat : c’est pourquoi de nombreux pays rêvent encore aujourd’hui de rejoindre l’Union européenne. Rétablir une quelconque forme de protectionnisme (même sélectif) reviendrait à remettre en cause tous les traités européens et les fondements mêmes de l’Europe : jamais la France n’arriverait à faire accepter cela à ses partenaires européens.

En réalité, le retour au protectionnisme serait contraire aux intérêts économiques de la France. Dans un contexte de mondialisation, la France ne peut pas se comporter comme un chevalier solitaire et faire le contraire de ce que font tous les autres pays. Elle a besoin de ses partenaires commerciaux, qu’ils soient européens ou non. En instaurant de façon unilatérale des mesures protectionnistes, notre pays s’exposerait à des mesures de rétorsion de la part des Etats lésés, et encourrait des sanctions de la part de l’OMC. Madame Le Pen prétend qu’elle instaurera des droits de douane élevés et des quotas d’importation sur les produits chinois, mais la France n’a certainement pas intérêt à remettre en cause ses relations commerciales avec un pays d’1,3 milliard d’habitants devenu la 1e puissance économique mondiale, dans lequel de nombreux entrepreneurs français se sont déjà implantés. La France n’a pas les moyens d’engager seule un bras de fer commercial avec la Chine ; en revanche, l’Union européenne, si elle est unie, peut faire contrepoids à la puissance chinoise.

L’autofinancement de l’Etat par le biais de la Banque de France. Marine Le Pen voudrait autoriser la Banque de France à créer de la monnaie, donc à financer directement le Trésor Public, avec des taux d’intérêt quasi nuls. Ainsi, l’Etat ne serait plus obligé d’emprunter sur les marchés financiers.

Cette mesure est inapplicable car elle constituerait une violation des traités européens. En effet, l’article 104 du Traité de Maastricht, confirmé par le Traité de Lisbonne en 2007, interdit aux Etats de l’Union européenne tout emprunt auprès des banques centrales, et réserve aux marchés financiers et aux banques privées le monopole du financement des emprunts d’Etat. Cette réglementation, approuvée par l’ensemble des Etats membres, a pour objectif de limiter l’inflation et d’obliger les Etats à gérer plus raisonnablement leur budget : l’Etat ne peut plus faire marcher la « planche à billets » pour s’autofinancer et doit donc s’adresser à des banques privées lorsqu’il a besoin de liquidités. Marine Le Pen considère que l’article 104 du Traité de Maastricht est directement responsable du surendettement des Etats européens, et que cette réglementation doit être abolie si l’on veut mettre fin à la crise de la dette souveraine.

D’après le Front National, il suffirait de revenir au financement public des emprunts d’Etat pour mettre un terme à la crise de la dette souveraine. C’est une illusion. Le recours à la « planche à billets » pour financer la dette publique comporte de nombreux risques, en particulier celui d’une dérive inflationniste qui serait désastreuse dans les temps de crise que nous traversons. De plus, quand la croissance est dopée artificiellement par la création monétaire, les risques de récession deviennent très élevés dès que l’Etat cesse d’injecter des liquidités dans l’économie : on dit alors que l’économie fonctionne sous perfusion. Autre danger : la planche à billets encourage la spéculation, elle favorise donc l’apparition de nouvelles bulles spéculatives et de nouvelles crises.

Marine Le Pen affirme que la crise de surendettement des Etats européens résulte de règlementations inadaptées. Il s’agit là d’un déni de réalité : contrairement à ce que dit Madame Le Pen, le surendettement des Etats n’est pas dû aux traités européens. Il résulte d’abord du laxisme budgétaire des Etats de la zone euro, qui ont laissé leur dette s’envoler depuis l’instauration de la monnaie unique, et qui se sont ainsi retrouvés à la merci des marchés financiers. Mais la crise de la dette est aussi la conséquence d’une spéculation débridée et d’une crise financière mondiale qui s’est déclenchée aux Etats-Unis en 2008, et dont nous ne sommes pas encore sortis. La régulation des marchés financiers et la lutte contre la spéculation sont les vrais défis à relever, mais la réponse à ces défis ne peut être qu’une réponse européenne et mondiale, tout le contraire de ce que propose Marine Le Pen.

La « préférence nationale » pour l’emploi. Les entreprises seront incitées à embaucher en priorité, à compétences égales, des personnes ayant la nationalité française. Une loi obligera Pôle Emploi à proposer en priorité les emplois disponibles aux demandeurs d’emploi français ; les administrations respecteront également cette règle.

Le principe absurde de la « préférence nationale » conduirait à légaliser la discrimination à l’embauche. Cela reviendrait à fermer davantage le marché du travail aux étrangers, donc à leur refuser l’un des seuls moyens d’intégration dont ils disposent. On retrouve ici une vieille thématique de l’extrême droite : l’immigration est présentée comme une « cause » du chômage, et l’immigré est perçu comme celui qui va « voler » le travail des Français (bien qu’on reproche aussi aux immigrés de ne pas s’intégrer, de ne pas travailler et de profiter des aides sociales !). D’un point de vue économique, cette idée est aberrante : le chômage n’est pas dû à l’immigration mais à la crise économique et à la rigidité de notre marché du travail. Ecarter les étrangers du marché du travail ne relancera ni la croissance ni l’emploi : au contraire, c’est en gagnant leur vie que les étrangers pourront consommer davantage et ainsi contribuer à la relance de notre économie. Enfin, la « préférence nationale » est tout à fait contraire au principe d’égalité, qui fait partie du socle de valeurs de la République française. Pouvons-nous accepter cela ? Que dirions-nous si les Français expatriés subissaient pareille discrimination dans le pays où ils ont choisi de vivre et de travailler ?

La « renationalisation » de la dette publique. Marine Le Pen propose d’utiliser l’emprunt national pour refinancer la dette souveraine et sécuriser l’épargne populaire.

Cette idée n’est pas absurde : les ménages français ont accumulé une épargne considérable (notamment sur les livrets A) ; de plus, aucune règlementation européenne n’interdit à l’Etat de faire appel à sa population pour absorber une partie de sa dette souveraine. Plusieurs économistes et hommes politiques (de droite comme de gauche) ont déjà proposé de faire contribuer les Français au refinancement de la dette. Cette idée n’a rien de nouveau, puisqu’elle reprend le vieux principe des « bons du Trésor » achetés par les ménages français.

Pour autant, la nationalisation de la dette n’est pas la solution miracle : nationaliser la dette ne veut pas dire effacer la dette. Même si la dette publique est détenue par des Français, elle restera une charge colossale pour le Trésor Public, qui devra verser des intérêts aux détenteurs d’obligations. Or, pour que le placement soit attractif, l’Etat devra proposer un taux d’intérêt au moins équivalent à celui du livret A. De plus, la nationalisation de la dette publique ne peut être que limitée. A titre d’exemple, en 2011, l’épargne des ménages français s’élevait à 215 milliards d’euros, mais la dette publique s’élevait à plus de 1.500 milliards d’euros et l’Etat a emprunté cette année-là 180 milliards d’euros : l’épargne populaire peut donc, tout au plus, servir d’appoint. Enfin, n’oublions pas que l’argent des ménages est déjà sollicité par l’Etat pour financer de nombreux projets, et qu’une nationalisation de la dette risquerait de ponctionner, par un jeu de vases communicants, certains livrets d’épargne dont l’Etat a besoin. Il est donc malhonnête de dire aux Français, comme le fait Madame Le Pen, qu’une « francisation » de la dette résoudrait nos difficultés budgétaires et nous mettrait à l’abri des marchés financiers et des agences de notation. En fait, cette mesure est avant tout idéologique : pour le Front National, la dette ne doit pas être détenue par des étrangers, mais par les Français.

Une politique nataliste pour financer les retraites. Marine Le Pen défend l’idée d’une politique nataliste « volontariste » : selon elle, le financement de notre système de retraites exige une « démographie vigoureuse ». Cette politique nataliste se traduira par la création d’un « revenu parental » accordé aux mères ou aux pères qui choisissent de rester à la maison pour élever leurs enfants : 80% du SMIC pendant trois ans à partir du deuxième enfant.

Cette proposition, généreuse en apparence, est sous-tendue par une vision rétrograde de la famille, puisque l’idée d’un « revenu parental » implique un choix entre la vie professionnelle et la vie familiale : pour qu’un couple éduque correctement plusieurs enfants, il faudrait que l’un des deux parents sacrifie sa carrière professionnelle et se consacre à plein temps à sa famille en vivant des aides de l’Etat. En outre, cette mesure d’assistanat serait extrêmement coûteuse : 15 milliards d’euros par an selon les estimations du journal Médiapart. Or, les modalités de financement de ce « revenu parental » restent floues : le programme de Marine Le Pen stipule que ce revenu sera créé « dès que les finances le permettront », sans aucune autre précision.

La politique nataliste préconisée par le Front National passe également par une restriction du droit à l’avortement, ou par des mesures visant à dissuader les femmes de recourir à l’IVG. C’est du moins ce que suggère une affirmation très ambiguë du programme de Marine Le Pen : « pour les femmes, le libre choix doit pouvoir être celui de ne pas avorter ». En invoquant un « droit de ne pas avorter », Marine Le Pen sous-entend que les femmes qui avortent le font « par obligation » et qu’aucune alternative ne leur est jamais proposée.

Dernière remarque : la politique nataliste voulue par le Front National est envisagée comme une alternative à la réforme des retraites. La pérennité de notre système de retraites reposerait donc entièrement sur une « démographie vigoureuse ». Or, la démographie est très difficile à prévoir : qu’adviendra-t-il de nos retraites si la natalité n’évolue pas conformément aux attentes du Front National ? Marine Le Pen ne le dit pas, et ne propose aucune autre piste pour réformer les retraites.