Quelles sont les 10 grandes réformes des années 2010?

Que retiendra-t-on des années 2010 en France ? La décennie fut surtout marquée par les attentats djihadistes, la « crise des migrants », la percée du Front National, le déclin des grands partis politiques traditionnels et le mouvement des gilets jaunes. Elle fut aussi marquée, fort heureusement, par une prise de conscience de l’urgence climatique et par l’émergence d’un vaste mouvement d’indignation contre le harcèlement sexuel et contre les violences faites aux femmes. En dix ans, la France a changé, incontestablement. Pour dresser le bilan de la décennie passée, le Centriloque vous propose de revenir, le temps d’un article, sur les dix grandes réformes qui ont transformé la France entre 2010 et 2019.

La retraite à 62 ans (2010)

La réforme des retraites de 2010, voulue par Nicolas Sarkozy et pilotée par le ministre du Travail Eric Woerth, a décalé de 60 à 62 ans l’âge légal de départ à la retraite dans le but de ramener le système de retraite à l’équilibre financier. La réforme a aussi repoussé de 65 à 67 ans l’âge maximum de départ à taux plein. Le projet de loi fut vivement contesté par les syndicats et par la gauche car il remettait en cause l’un des grands acquis sociaux de l’ère Mitterrand : la retraite à 60 ans. Mais dans un contexte d’allongement de l’espérance de vie, cette réforme était nécessaire : elle a permis de résorber, au moins temporairement, le déficit du régime général de retraite.

Le mariage pour tous (2013)

L’ouverture du mariage aux couples homosexuels fut la grande réforme sociétale du quinquennat de François Hollande. Cette réforme a marqué une étape décisive dans la longue marche vers l’égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels, mais elle a profondément fracturé le pays en opposant les partisans du « mariage pour tous » et les défenseurs de la famille dite traditionnelle. François Hollande a vraisemblablement sous-estimé l’ampleur des contestations et des inquiétudes que soulèverait le « mariage pour tous ». Malgré tout, il a tenu bon. Aucun leader de la droite républicaine ne s’aviserait aujourd’hui de revenir sur cette réforme, y compris parmi ceux qui l’ont combattue en 2013.

Le non-cumul des mandats (2014)

Inspirées du Rapport Balladur sur la modernisation des institutions, deux lois votées en 2014 ont interdit le cumul d’un mandat parlementaire et d’une fonction exécutive locale (maire ou maire adjoint, président ou vice-président d’un conseil départemental ou d’un conseil régional). Cette interdiction s’applique à la fois aux sénateurs, aux députés nationaux et aux députés européens. Le non-cumul des mandats constitue sans aucun doute la meilleure réforme institutionnelle mise en œuvre sous le quinquennat de François Hollande : dans un contexte de défiance croissante envers la démocratie représentative, cette réforme avait pour objectif de restaurer la confiance des citoyens français vis-à-vis de leurs élus. Avec l’interdiction du cumul des mandats, c’est une page qui se tourne dans l’histoire de nos institutions : la République des « cumulards » a fait son temps.

La loi ALUR (2014)

Portée par la ministre du Logement Cécile Duflot, la « loi pour l’accès au logement et pour un urbanisme rénové » a mis en place un encadrement des loyers ; elle a aussi réduit à un mois (au lieu de trois) le délai de préavis des nouveaux locataires dans les zones urbaines tendues. Cette loi, qui améliore les droits des locataires et facilite l’accès au logement dans les métropoles, s’inscrit donc dans le prolongement des grandes lois sociales sur le logement telles que la loi Loucheur de 1928 ou la loi SRU votée en 2000. La loi ALUR a d’ailleurs été renforcée en 2016 par la loi Macron qui a généralisé le préavis d’un mois à tous les contrats de location en zone tendue, avec effet rétroactif.

La loi de transition énergétique (2015)

En 2015, année de la COP 21, le Parlement français vota la « loi de transition énergétique relative à la croissance verte ». Porté par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, ce texte avait pour objectif d’accélérer la transition vers un modèle de croissance plus écologique, notamment par une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre. Le texte a permis quelques avancées majeures : il a donné un coup d’accélérateur au développement des énergies vertes et à la rénovation énergétique des logements. La loi de transition énergétique a aussi interdit les sacs plastiques jetables, renforcé la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la restauration collective et créé un « délit d’obsolescence programmée ». Cette loi est certainement la plus grande loi écologique de la décennie, mais ses rédacteurs ont parfois péché par excès d’ambition. Certains objectifs ont en effet dû être corrigés : ainsi, Nicolas Hulot a reporté de 2025 à 2035 l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50% dans le mix énergétique français.

La loi Travail (2016)

La fameuse « loi Travail », aussi appelée « loi El-Khomri », fut l’une des réformes les plus contestées du quinquennat de François Hollande : après avoir remanié à plusieurs reprises le projet de loi sous la pression de la rue et d’une partie de la majorité, le gouvernement Valls a finalement fait passer le texte en force à l’Assemblée nationale en utilisant l’article 49-3 de la Constitution. L’objectif de cette réforme était d’assouplir le Code du travail pour permettre aux entreprises de s’adapter plus facilement à leur environnement économique. Avec la loi Travail, les accords d’entreprise peuvent déroger aux accords de branche, notamment sur les questions liées au temps de travail des salariés : les 35 heures ont ainsi été assouplies sans que la durée légale du travail soit modifiée. La loi Travail marque une rupture dans la mesure où elle reconnaît pleinement l’accord d’entreprise comme un outil d’élaboration des normes sociales. Inspirées de la loi Travail, les « ordonnances Macron » de 2017 ont apporté de nouveaux assouplissements au Code du travail et ont élargi les domaines dans lesquels les accords d’entreprise priment sur les accords de branche.

La réforme de l’ISF (2017)

Créé par la gauche en 1982, supprimé par la droite en 1987 puis restauré par la gauche en 1989, l’impôt sur la fortune est longtemps resté l’un des grands marqueurs du clivage droite-gauche en France. En 2017, le gouvernement d’Edouard Philippe a remplacé l’ISF par un Impôt sur la fortune immobilière (IFI) dans le but d’inciter les grandes fortunes à investir dans les entreprises plutôt que dans la constitution de patrimoines immobiliers dormants. Bien qu’issue du programme présidentiel d’Emmanuel Macron, cette mesure a suscité beaucoup d’incompréhension et de protestations : la réforme de l’ISF a été perçue comme un « cadeau fiscal » aux riches, et le rétablissement de l’ISF est devenu l’une des principales revendications des gilets jaunes. Economiquement parlant, l’ISF était pourtant un impôt absurde car il rapportait très peu à l’Etat et encourageait l’exil des capitaux : avant 2017, plus de 600 contribuables quittaient chaque année la France pour des raisons fiscales. La réforme de l’ISF a permis de freiner cet exil de capitaux mais ses effets sur l’investissement sont restés peu probants jusqu’à présent.

La loi RGPD (2018)

La loi dite RGPD (règlement général sur la protection des données) améliore la protection des données personnelles et renforce les compétences de la CNIL en matière de contrôle et de sanction. Elle fixe aussi à 15 ans l’âge de la « majorité numérique », c’est-à-dire l’âge auquel un jeune est considéré comme propriétaire de ses données personnelles. Cette loi, qui n’est en fait que la transposition dans le droit français d’un règlement européen de 2016, a permis une réelle prise de conscience des enjeux liés à la protection des données personnelles et a entraîné une augmentation remarquable du nombre de plaintes adressées à la CNIL : durant l’année qui a suivi l’entrée en vigueur de la loi RGPD, la CNIL a enregistré 11.900 plaintes, soit une hausse de 30% par rapport à l’année précédente.

L’extension de l’assurance chômage (2018)

 Votée en 2018, la « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a étendu l’assurance chômage aux travailleurs indépendants et aux salariés démissionnaires ayant un projet de reconversion. Même si le gouvernement a pris soin d’encadrer fortement cette mesure afin d’éviter les abus, il s’agit d’une avancée sociale majeure. Dans un monde où les parcours professionnels sont de plus en plus imprévisibles, il était nécessaire de mieux accompagner les actifs en cas de reconversion ou de perte d’emploi. L’extension de l’assurance chômage, mesure phare du programme présidentiel d’Emmanuel Macron, garantit à tous les travailleurs un filet de sécurité face aux aléas de la vie professionnelle : avec cette réforme, c’est le principe d’un droit universel à l’assurance chômage qui a fait son apparition dans la loi française.

La réforme du lycée (2019)

La réforme du lycée pilotée par Jean-Michel Blanquer a supprimé les traditionnelles séries L, ES et S du lycée général : dans toutes les classes de Première et de Terminale générales, la formation comprend désormais un tronc commun et des enseignements de spécialité choisis par les élèves. L’objectif est d’individualiser davantage les parcours et de briser la hiérarchie des filières. Mais la réforme prévoit aussi une refonte du baccalauréat : elle renforce le poids du contrôle continu dans la note globale afin d’alléger le calendrier des épreuves terminales et de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant leur scolarité au lycée. La réforme de Jean-Michel Blanquer partait d’une intention louable : remettre l’élève au cœur du système éducatif et préparer plus efficacement les lycéens à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Hélas, cette réforme a été mise en place dans la précipitation : pour des raisons politiques, l’exécutif a souhaité que le nouveau bac entre en vigueur dès la session 2021, avant la présidentielle de 2022. Ce calendrier absurde a considérablement stressé les élèves et n’a pas permis aux équipes enseignantes de mener, en amont, le travail de réflexion qui était nécessaire pour mettre en place la réforme de façon sereine dans les établissements.

Quelles sont les grandes réformes qui vous ont marqués durant les années 2010 ? N’hésitez pas à commenter cet article et à ajouter d’autres réformes à la liste. Le Centriloque vous souhaite une belle année 2020 et vous remercie encore pour votre fidélité.

La primaire LR vue du centre

Premier débat de la primaire de la droite.

Premier débat de la primaire de la droite.

La primaire des Républicains est abusivement présentée comme une « primaire de la droite et du centre ». Or, il s’agit avant tout d’une primaire de la droite, puisqu’elle est organisée par un parti de droite et qu’aucun centriste n’y concourt. Bayrou conteste le principe même de la primaire, et les militants de l’UDI se sont prononcés par référendum contre une participation à cette élection. A première vue, donc, la primaire des Républicains ne concerne guère les centristes. Sauf qu’il s’agit d’une primaire « ouverte » et que tous les électeurs peuvent y participer, moyennant une cotisation symbolique de deux euros et la signature d’une charte au contenu tellement flou que n’importe quel citoyen attaché aux valeurs républicaines pourrait s’y retrouver. De plus, le résultat de la primaire aura des répercussions importantes pour le centre en 2017. De nombreux sympathisants centristes vont donc participer à ce scrutin. Pour les électeurs centristes indécis qui seraient tentés d’aller voter les 20 et 27 novembre 2016, voici un petit décryptage du programme des candidats en lice pour la primaire. Chaque programme se verra attribuer une « note centriste » sur 10 points : plus la note est élevée, plus le candidat est « centro-compatible » ; plus la note est basse, plus le candidat est éloigné des valeurs et des idées centristes.

Les programmes des candidats : consensus libéral et sécuritaire

Les différences entre les sept programmes sont bien maigres, puisque les candidats de la primaire semblent à peu près d’accord sur l’essentiel. Tous partagent une ligne résolument sécuritaire : ils veulent augmenter le nombre de places en prison et mettre fin aux aménagements automatiques de peine, ils préconisent une politique pénale plus répressive et défendent des mesures qui tendent à mettre en place une justice d’exception pour les terroristes. Sur le plan économique, on constate que les candidats défendent quasiment tous une ligne libérale : réduction massive du nombre de fonctionnaires, baisses massives de charges pour les entreprises, assouplissement des conditions de licenciement, fin des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, suppression de l’ISF et report de l’âge de départ à la retraite. Cette orientation libérale n’est pas incompatible, en soi, avec les idées centristes : les centristes sont favorables à une libéralisation raisonnée de l’économie ainsi qu’à l’équilibre budgétaire. Le problème, c’est que les candidats de droite n’ont pas de programme social. Or, les centristes ont le souci de maintenir un juste équilibre entre liberté économique et protection sociale. On ne peut pas être généreux avec les plus riches sans faire de gestes en direction des plus fragiles ; on ne peut pas flexibiliser le droit du travail sans proposer, en contrepartie, une sécurisation accrue des parcours professionnels. On constate aussi que la plupart des candidats n’ont pas de programme écologique. Tous les prétendants donnent la priorité à l’emploi et à la compétitivité mais passent à côté des enjeux environnementaux majeurs : la transition énergétique, la réduction des émissions de carbone et la conversion de notre agriculture vers un modèle plus circulaire et plus respectueux des équilibres naturels.

Nicolas Sarkozy : à droite toutes !

Sarkozy a choisi de privilégier les thématiques identitaires et sécuritaires. Surfant sur la peur du terrorisme, de l’islam et de l’immigration, l’ex-président défend des propositions qui pourraient parfaitement figurer dans le programme de Marine Le Pen : au nom de la lutte contre le « communautarisme », il propose d’interdire les signes religieux dans les entreprises et les universités ainsi que les menus de substitution dans les cantines scolaires ; il veut également supprimer l’enseignement des langues d’origine à l’école primaire. Sarkozy propose, par ailleurs, l’instauration d’un service militaire obligatoire d’un an pour les jeunes de 18 ans sans emploi ni formation. Sur le plan économique, Sarkozy défend une ligne libérale qui n’a rien de très innovant : il recycle d’ailleurs certaines mesures phares de son quinquennat, comme la défiscalisation des heures supplémentaires et le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique. Sarkozy n’a aucun programme social et ses propositions en matière d’éducation sont indigentes : l’ancien président n’a visiblement tiré aucune leçon de la politique éducative désastreuse menée lors de son quinquennat puisqu’il propose de nouvelles suppressions de poste dans l’Education nationale et une augmentation du temps de travail des enseignants, deux propositions démagogiques et stupides qui vont dégrader les conditions de travail des professeurs et aggraver la perte d’attractivité du métier. La grande nouveauté du programme de Sarkozy par rapport à 2007 ou à 2012 réside dans la volonté affichée par le candidat de recourir au référendum pour faire passer les réformes clés du prochain quinquennat. Cette conception très bonapartiste du pouvoir semble assez éloignée de la conception centriste qui est, au contraire, très attachée à la représentation parlementaire et méfiante à l’égard du référendum. On trouvera néanmoins dans le programme de Sarkozy quelques mesures de bon sens compatibles avec les attentes centristes : Sarkozy propose par exemple de soumettre à référendum une diminution de 30% du nombre de parlementaires. Sur l’Europe, on peut également retenir quelques propositions pertinentes : Sarkozy veut harmoniser les politiques d’immigration des Etats membres de l’espace Schengen et améliorer la gouvernance économique de la zone euro, notamment par la création d’un « Fonds monétaire européen » et d’un poste de « directeur du Trésor » ; on peut toutefois regretter que ces mesures ne s’inscrivent pas dans une vision européenne plus ambitieuse et plus globale. Ce programme très à droite reçoit donc la note centriste de 3/10.

Alain Juppé : modéré mais pas trop

Souvent perçu comme un homme sage et modéré, Juppé se définit lui-même comme un candidat de « rassemblement ». Mais le vénérable Juppé est-il aussi modéré qu’on le dit ? Son programme économique, qui a pour mot d’ordre le « retour au plein emploi », est d’inspiration clairement libérale et ne comporte aucune mesure sociale. Juppé propose plusieurs mesures visant à rendre les entreprises plus compétitives : retour aux 39 heures, plafonnement des indemnités prudhommales et suppression de toutes les charges sur le SMIC. Il propose d’augmenter d’un point la TVA pour compenser une réduction de 10 milliards d’euros des cotisations famille versées par les entreprises : cette mesure reprend le principe de la « TVA sociale » défendue par certains centristes. Juppé plaide aussi pour un « CDI sécurisé » dans lequel les motifs de licenciement seraient prédéfinis. Le maire de Bordeaux réaffirme son positionnement à droite sur les questions de sécurité et d’immigration : il veut notamment durcir le regroupement familial et restreindre le droit du sol. Juppé a également élaboré tout un arsenal de mesures visant à améliorer la lutte contre le terrorisme : rétablissement des doubles peines à l’encontre des étrangers condamnés pour des actes terroristes, autorisation des rétentions administratives pour les familles, isolement et surveillance des détenus radicalisés, création d’un délit de « consultation régulière de sites djihadistes ». Le vrai point fort du programme de Juppé, c’est en fait la politique éducative : Juppé considère en effet l’éducation comme une priorité absolue et souhaite concentrer les efforts sur l’école primaire. Il déclare vouloir sanctuariser le budget de l’Education nationale et a déjà énoncé plusieurs propositions concrètes : on citera, entre autres, l’allègement des effectifs dans les classes maternelles, l’augmentation du traitement des professeurs des écoles, une autonomie accrue pour les établissements, une réforme du calendrier scolaire prévoyant un raccourcissement des vacances d’été pour alléger les journées de cours, ou encore un enseignement renforcé du fait religieux. Juppé propose également une réforme du Baccalauréat qui consiste à augmenter la part de contrôle continu afin de réduire le coût de l’examen et d’alléger le calendrier des épreuves terminales. Sur le plan des institutions, Juppé souhaite un mandat présidentiel non renouvelable, afin de replacer le président de la République au-dessus de la mêlée politicienne et ainsi renouer avec l’esprit gaullien de la Cinquième République. Juppé veut aussi renforcer les capacités de défense de l’Europe par la création d’une véritable police européenne des frontières. En définitive, même si le programme du maire de Bordeaux est clairement à droite, plusieurs aspects de ce programme peuvent séduire les centristes : une politique éducative ambitieuse et cohérente, un programme économique plus équilibré que celui des autres candidats malgré l’absence de mesures sociales, et une volonté de renforcer les compétences de l’Union européenne en matière de défense. Alain Juppé reçoit donc la note centriste de 7/10.

François Fillon : une rupture « thatchérienne »

L’itinéraire idéologique de François Fillon a de quoi surprendre : celui qui s’est longtemps présenté comme un « gaulliste social » a fortement droitisé son discours et défend aujourd’hui un programme qui rappelle, à certains égards, la politique de Reagan ou de Thatcher dans les années 80. D’ailleurs, Fillon lui-même se dit favorable à une rupture « thatchérienne ». Sur le plan économique, Fillon est clairement le plus libéral des candidats. Il préconise une thérapie de choc pour atteindre le plein emploi : baisse de 50 milliards d’euros de charges pour les entreprises, durcissement des sanctions à l’égard des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, autorisation des licenciements pour « motif de réorganisation », libéralisation du travail dominical, mise en place d’un contrat de travail unique plus flexible que l’actuel CDI, suppression des 35 heures et possibilité de négocier le temps de travail au sein de chaque entreprise dans la limite des 48 heures hebdomadaires fixées par l’Union européenne. Fillon propose également un plan drastique de réduction des dépenses publiques dont l’objectif est de réaliser 110 milliards d’euros d’économies en 5 ans ! Pour cela, il veut inscrire la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire dans la Constitution, rétablir la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires et mener une véritable purge dans la fonction publique, avec la remise en cause de l’emploi à vie et la suppression de 600.000 postes. Pour améliorer la lutte contre le terrorisme, Fillon veut créer un « grand ministère de l’Intérieur » qui rassemblerait les douanes, l’administration pénitentiaire, la gendarmerie et la police. Le candidat envisage également de réduire l’immigration en faisant voter chaque année des quotas d’immigration par le Parlement. En matière d’éducation, Fillon est favorable à une autonomie accrue pour les établissements ainsi qu’à une revalorisation salariale « au mérite » pour les enseignants ; il défend une réforme du Bac proche de celle que propose Alain Juppé, visant à renforcer la part de contrôle continu pour alléger le coût de l’examen. Le programme de François Fillon pèche par son caractère antisocial et par ses ambitions démesurées : les objectifs affichés en terme de réduction des déficits publics sont irréalistes car, en temps de crise, on peut difficilement imposer de façon brutale aux Français des réformes impopulaires et une purge aussi radicale de la fonction publique. François Fillon reçoit donc la note centriste de 4/10.

Bruno Le Maire : la réforme tous azimuts

Bruno Le Maire, qui souhaite incarner le « renouveau » à droite, détient le record du programme le plus long et le plus complexe de la primaire, car il veut absolument tout réformer ! Et pour faire passer les réformes les plus urgentes, il veut gouverner par ordonnances durant les premiers mois de son quinquennat. Le programme de Bruno Le Maire est si touffu qu’on ne sait pas vraiment par où commencer. Il y a des mesures de bon sens : pour encourager le renouvellement de la vie politique, Le Maire veut ramener le nombre de députés de 577 à 400 et interdire aux parlementaires d’exercer plus de trois mandats consécutifs. Pour déverrouiller le marché de l’emploi et améliorer la compétitivité des entreprises, Le Maire veut un Code du Travail de 150 pages (au lieu de 3.000 actuellement), ultra-simplifié et recentré sur les « droits fondamentaux des travailleurs » ; tous les autres droits seraient négociés au niveau de l’entreprise, notamment la durée du travail. Sur le modèle de l’ancien CNE (Contrat Nouvelle Embauche) imaginé par Dominique De Villepin, Bruno Le Maire souhaite créer un CDD renouvelable sans limites avec, en contrepartie, une augmentation progressive des droits du salarié de façon à favoriser la transition vers un CDI. Pour les créateurs de start-up, Le Maire a imaginé un « e-contrat » hyper-flexible qui permettrait des embauches sur de très courtes périodes. En matière d’éducation, Le Maire propose clairement de mettre fin au collège unique : il défend l’idée d’un collège diversifié avec options dès la sixième. Mais la plupart des réformes proposées par Bruno Le Maire s’inscrivent clairement dans la même doxa libérale et sécuritaire que ses concurrents. Le Maire propose des coupes drastiques dans les dépenses de l’Etat, il veut remettre en cause l’emploi à vie dans la fonction publique et supprimer 1 million d’emplois publics sur 10 ans. Il veut aussi privatiser Pôle Emploi, alors même que les différentes expériences de privatisation des services de l’emploi dans des pays étrangers ont été peu concluantes (de fait, aucune étude à ce jour n’a démontré que le secteur privé était plus efficace que le secteur public pour assurer le placement des chômeurs). Bruno Le Maire préconise également une « justice d’exception » contre le terrorisme : il souhaite faciliter les mises sur écoute, généraliser la détention préventive, instaurer des peines planchers de 7 ans fermes, rétablir les doubles peines, créer 10.000 places de prison supplémentaires et construire des centres pénitentiaires réservés aux détenus condamnés pour actes terroristes. Le programme de Bruno Le Maire, malgré son originalité, retombe trop souvent dans le conformisme libéral et sécuritaire : il reçoit la note centriste de 5/10.

NKM : un programme centriste ?

Nathalie Kosciusko-Morizet est parfois décrite comme une centriste à cause de son côté « bobo » et de ses prises de position modérées. Si NKM représente incontestablement la frange la plus modérée et la plus ouverte des Républicains, peut-on aller jusqu’à qualifier son programme de « centriste » ? Par certains aspects, oui. NKM est la seule candidate à disposer d’un programme social : elle souhaite en effet mettre en place un statut plus protecteur pour les travailleurs indépendants et renforcer la politique familiale en versant aux parents une allocation de ressources dès le premier enfant, jusqu’à l’âge de dix-huit ans. NKM est aussi la seule candidate qui dispose d’un vrai programme écologiste : elle veut encourager « l’écologie de proximité » en généralisant les circuits courts et le télétravail. Elle souhaite également faire de la qualité de l’air une « grande cause nationale ». De plus, NKM se démarque de ses concurrents par des positions plus modérées sur l’immigration : elle refuse de remettre en cause le droit du sol et veut délivrer des permis de travail aux demandeurs d’asile dont le dossier n’a pas encore été traité. L’originalité du programme de Nathalie Kosciusko-Morizet réside aussi dans la place importante accordée au numérique : NKM voit dans la révolution numérique un moyen de moderniser l’économie et la démocratie (elle veut notamment renforcer la démocratie participative en créant une « chambre de citoyens virtuelle » permettant à chaque Français de proposer directement une réforme). Pour simplifier le système fiscal, NKM propose la création d’une « flat tax » (un impôt à taux unique sur l’ensemble des revenus) et d’un « revenu de base » remplaçant la plupart des allocations existantes. NKM est aussi la seule candidate qui ne souhaite pas supprimer l’ISF : elle propose de le transformer en obligation d’investissement. En ce qui concerne l’Europe, les centristes apprécieront les velléités fédéralistes de la candidate, qui se dit favorable à la création d’un parquet européen et d’une agence européenne du renseignement. Sur l’éducation, NKM ne propose rien de révolutionnaire mais veut mettre l’accent sur l’enseignement du français à l’école primaire, ce qui relève du bon sens. Pour le reste, les propositions de la candidate s’inscrivent plus nettement à droite et sont assez proches des propositions faites par les autres candidats : NKM veut remettre en cause le statut de la fonction publique, déréglementer la durée du travail et créer un choc de compétitivité en réduisant de 100 milliards d’euros les charges sur les entreprises ; elle propose la création d’un service national obligatoire de courte durée et veut « interdire le salafisme ». En définitive, le programme de Nathalie Kosciusko-Morizet est plutôt séduisant et largement « centro-compatible ». Le problème, c’est qu’il est peu détaillé. Certaines mesures demeurent assez vagues et soulèvent quelques questions quant à leur mise en application : comment financer les 100 milliards de baisses de charges pour les entreprises ? NKM se dit prête à creuser le déficit public, le temps de relancer l’emploi : ce laxisme budgétaire assumé n’est pas très centriste ! Mais ce n’est pas la seule ambiguïté du programme de la candidate. Comment encourager concrètement le télétravail et les circuits courts ? Comment améliorer concrètement la qualité de l’air ? Et comment appliquer concrètement l’interdiction du salafisme ? Pour ses louables intentions et son programme relativement modéré, NKM mérite quand même la note centriste de 7/10.

Jean-François Copé : guerre contre l’impôt et contre le terrorisme

Copé dénonce « un Etat omniprésent dans l’économie mais très absent dans le régalien ». Son programme vise donc à libéraliser l’économie et à flexibiliser le marché de l’emploi tout en renforçant les fonctions régaliennes de l’Etat, notamment dans le domaine de la sécurité. La lutte contre le « terrorisme islamiste » constitue l’axe majeur du programme de Jean-François Copé : le candidat propose de réorganiser complètement les services de renseignement et de créer des postes supplémentaires de policiers, de gendarmes, de magistrats et de gardiens de prison. Il veut mettre en place une chaîne pénale entièrement dédiée à la lutte contre le terrorisme islamiste. Il envisage aussi d’étendre les rétentions administratives à 150 jours et de faire expulser de manière systématique les étrangers radicalisés. Le deuxième axe majeur du programme de Copé, c’est la réduction généralisée des impôts : dénonçant une fiscalité qui « oppresse les Français », le candidat souhaite réduire de façon significative l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. Ces baisses d’impôt sont compensées par un plan drastique de réduction des dépenses publiques impliquant, notamment, une réforme profonde de la fonction publique : non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, retour aux 39 heures et remise en cause de l’emploi à vie. Sur la question de l’emploi, Copé veut réduire le montant et la durée des allocations chômage et interrompre leur versement dès le troisième refus d’offre d’emploi. Comme Juppé, il propose d’augmenter la TVA pour financer des baisses de charges sur les entreprises. Comme la plupart de ses concurrents, il est favorable à une libéralisation de la durée du travail : il veut laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par le biais de référendums internes. En matière d’éducation, Copé veut donner plus d’autonomie aux établissements, mettre fin au collège unique et instaurer un examen préalable à l’entrée de la classe de Sixième pour vérifier que l’enfant maîtrise les savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calcul). Comme Bruno Le Maire, Copé entend gouverner par ordonnances pour en œuvre de façon rapide les réformes économiques et sociales les plus urgentes. Le programme de Jean-François Copé reçoit la note centriste de 4/10.

Jean-Frédéric Poisson : le plus réac des candidats

Proche de Christine Boutin et président du Parti Chrétien-Démocrate, Jean-Frédéric Poisson est le seul candidat qui ne soit pas issu des Républicains. Son programme, bien que lacunaire et peu précis, se démarque nettement de celui de ses concurrents. Poisson apparaît clairement comme le plus réac des candidats : il est le seul à proposer l’abrogation de la loi sur le « mariage pour tous » et la suppression du regroupement familial et du droit du sol. Sur les questions économiques, il se démarque aussi de la ligne libérale de ses concurrents puisqu’il prône l’intervention de l’Etat dans l’économie pour soutenir les entreprises françaises. Poisson est aussi le seul candidat qui se revendique souverainiste et qui dénigre ouvertement « l’Europe de Maastricht ». Eurosceptique, économiquement étatiste et socialement ultra-conservateur, Jean-Frédéric Poisson est le moins « centro-compatible » des candidats : il reçoit la note centriste de 2/10.

Bayrou confirme sa stratégie pour 2017

Dans une interview accordée au magazine Valeurs Actuelles (numéro du 25 août), Bayrou a confirmé son choix de ne pas voter lors de la primaire des Républicains. Au nom d’une vision très gaullienne des institutions et de la présidentielle, le leader centriste a rappelé son opposition au principe même de la primaire : « c’est le contraire de nos institutions. La philosophie de la Vème République, c’est celle-ci : le Président échappe aux partis et aux camps. Là, on remet le Président au choix partisan d’un camp. » Bayrou a aussi expliqué qu’à ses yeux, ce type de consultation risquait de desservir les candidats modérés au profit de ceux qui « mettent le feu », comme Trump lors de la primaire républicaine aux Etats-Unis.

Par ailleurs, Bayrou a confirmé son soutien à Juppé : si Juppé remporte la primaire, Bayrou ne présentera pas sa candidature à la présidentielle et se rangera derrière le candidat LR dès le premier tour. Bayrou encourage également ses « amis » à voter pour Alain Juppé à la primaire, et rappelle au passage toute l’estime qu’il a pour le maire de Bordeaux : « son expérience et son souci de rassemblement lui permettent aujourd’hui d’être le président dont le pays a besoin ». En revanche, le président du MoDem a clairement dit qu’il serait lui-même candidat en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire : Bayrou reproche à l’ancien président sa crispation sur les questions identitaires et son discours clivant qui renforce les divisions du pays au lieu de rassembler. La stratégie de Bayrou pour la présidentielle est donc claire : le leader centriste sera fidèle à Juppé mais prendra ses responsabilités si Sarkozy gagne la primaire. Une seule incertitude demeure : que fera Bayrou en cas de victoire d’un « outsider » comme Bruno Le Maire ou François Fillon à la primaire ? Cela dit, leurs chances de victoire sont si minces que la question, a priori, ne se pose même pas.

La stratégie de Bayrou peut sembler opportuniste. Et même incohérente, puisque Bayrou critique le principe de la primaire tout en liant son propre destin politique au résultat de la future primaire des Républicains. Cela dit, le choix de Bayrou n’est pas si incohérent qu’on pourrait le penser. Parmi tous les candidats déclarés à la primaire de la droite, Alain Juppé est clairement le plus en phase avec les idées du centre. Si Juppé venait à remporter la primaire, les chances de victoire de Bayrou seraient extrêmement limitées en 2017, et une candidature centriste risquerait de plomber Juppé au premier tour. En revanche, dans l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Sarkozy en 2017, Bayrou aurait toutes ses chances car il bénéficierait d’un triple rejet au sein de la population : rejet de Sarkozy, rejet de Hollande et rejet de Marine Le Pen. Dans une telle configuration, il y aurait un espace pour Bayrou au centre de l’échiquier. Le président du MoDem pourrait même recevoir le soutien de l’UDI, dont certains leaders sont exaspérés par Nicolas Sarkozy.

F. Bayrou.

Le centre selon Sarkozy

Lors de son meeting à Angers, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté de constituer un rassemblement avec le centre. Et de préciser: « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir ». Dans le public, un sympathisant s’exclame alors: « Honte à Bayrou! ». Et Sarkozy répond: « Vous avez donc compris ». Sarkozy accuse Bayrou d’être une girouette… Etrange accusation de la part d’un homme qui change de convictions comme de chemise, et qui annonce tout et son contraire en fonction de l’auditoire qu’il a en face de lui. Bayrou, lui, est resté constant depuis 2007: constant dans ses convictions, constant dans ses projets, constant dans son opposition à Nicolas Sarkozy, et constant dans sa volonté de bâtir un pôle centriste indépendant de la droite.

La petite phrase de Sarkozy en dit long sur l’image qu’il a du centre et sur l’estime qu’il nourrit pour cette famille politique. « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir », cela veut dire: un centre vassalisé. Un centre toujours d’accord. Un centre qui serait là simplement pour soutenir la politique voulue par l’UMP. Nous voyons bien ce que représente le centre aux yeux de Sarkozy: une excroissance de la droite, une force d’appoint, une réserve de voix. Sarkozy méprise les centristes et se moque bien de leurs idées, mais il a besoin d’eux pour reconquérir le pouvoir. Petite précision utile: pendant que Monsieur Sarkozy faisait le tour du monde pour donner de grandes conférences facturées 200.000 euros, François Bayrou, lui, élaborait des propositions pour son pays, bâtissait une alliance avec l’UDI de Jean-Louis Borloo, faisait campagne aux municipales à Pau et participait à la campagne des européennes.

Sarkozy, l’Europe et Schengen: halte à la démagogie!

Jeudi 22 mai, Le Point a publié une tribune de Nicolas Sarkozy sur l’Europe. L’ancien chef de l’Etat y exprime son attachement à l’Union européenne, et souligne la nécessité d’une Europe forte et unie (jusque là, tout va bien, l’intention est même assez louable). Mais les choses partent en sucette quand Nicolas Sarkozy propose de supprimer l’accord de Schengen et de le remplacer par un « Schengen II » qui laisserait à chaque Etat européen le soin de contrôler les frontières de son propre territoire.

Sarkozy propose donc de remettre en cause l’un des acquis majeurs de l’Europe: la liberté de circulation des Européens dans l’espace communautaire. Il défend la liberté de circulation pour les biens, les services et les capitaux, mais pas pour les personnes. Nicolas Sarkozy ne parle pas des conséquences très lourdes qu’aurait la suppression de l’espace Schengen pour les transporteurs et pour les travailleurs transfrontaliers. Il ne parle pas non plus du coût exorbitant qu’auraient, pour chaque Etat, la réouverture de postes-frontières et le rétablissement des contrôles de douane aux frontières (le même Sarkozy nous expliquait il n’y a pas si longtemps que l’Etat français vivait au-dessus de ses moyens et devait faire des économies).

Mais le plus gênant, c’est que Nicolas Sarkozy justifie sa proposition par des arguments fallacieux. Il dit en effet que l’accord de Schengen permet à tous les étrangers extracommunautaires en situation régulière de s’installer librement dans l’Etat européen proposant les prestations sociales les plus avantageuses (comprenez: tous les immigrés qui sont entrés en Europe peuvent venir profiter du système social français…). Cela est faux. Les permis de séjour n’ont rien à voir avec Schengen. Un étranger disposant d’un permis de séjour dans l’un des Etats membres n’a pas le droit de s’installer librement dans n’importe quel autre Etat européen de son choix. C’est d’ailleurs ce qu’a montré l’affaire Leonarda: les parents de la jeune Kosovare avaient un permis de séjour italien mais vivaient illégalement en France, et ont été expulsés.

Si Nicolas Sarkozy pense qu’il faut renégocier l’accord de Schengen, pourquoi le dit-il seulement maintenant, trois jours avant le scrutin européen? Pourquoi n’a-t-il pas agi lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur ou lorsqu’il était Président de la République? La réponse est simple: les partenaires de la France auraient refusé de remettre en cause l’acquis de Schengen. Comme l’écrit la députée européenne centriste Sylvie Goulard dans Le Monde du samedi 24 mai, Nicolas Sarkozy a voulu remettre l’immigration au centre des débats pour tenter de ramener vers l’UMP les électeurs du Front National, comme il avait déjà tenté de le faire en 2007. Ce discours est à la fois démagogique et hypocrite: Sarkozy prétend défendre l’Europe tout en proposant de la défaire.

Il ne faut évidemment pas défaire l’espace Schengen, mais l’améliorer. Il faut notamment renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’Europe en augmentant les moyens de l’agence Frontex. Mais il faut aussi uniformiser les politiques d’immigration et les droits d’asile des Etats membres. Enfin, il faut aider les pays d’émigration à se développer et à se stabiliser politiquement, dans le cadre de la politique de voisinage de l’Union européenne. L’immigration ne peut pas et ne doit pas rester une question nationale, elle doit être gérée à l’échelle européenne.