Remaniement: à gauche toutes !

Vous attendiez une ouverture au centre ? Tant pis pour vous. Le dernier remaniement ministériel marque le grand retour de Jean-Marc Ayrault et des écologistes au gouvernement, mais aucun centriste ne fait partie du nouveau casting. Pourtant, la politique économique et sécuritaire de Manuel Valls, qu’il s’agisse de la loi Macron, de la déchéance de nationalité ou de la simplification du Code du Travail, est très contestée dans les rangs de la gauche et a reçu le soutien d’une partie de la droite et du centre.

Pourquoi ce remaniement ? L’objectif est de rassembler la majorité pour préparer 2017 : Hollande sait qu’il a peu de chances d’accéder au deuxième tour de la présidentielle si la gauche n’est pas rassemblée dès le premier tour. Pour éviter un nouveau « 21 avril », il faut donc faire du replâtrage, réparer une majorité malmenée depuis quatre ans. Cette synthèse très « mitterrandienne » doit permettre à Hollande de remobiliser ses troupes face à une droite menaçante et face à une extrême droite plus forte que jamais. Par ailleurs, l’ouverture au centre aurait constitué un pari très risqué pour Hollande et pour Valls : en ouvrant la majorité vers le centre, l’exécutif aurait pris le risque d’essuyer un refus des centristes et de provoquer une rupture avec l’aide gauche de la majorité. Hollande et Valls ont donc fait le choix de la sécurité.

Pourtant, ce choix stratégique est à contre-courant de l’opinion publique : sondage après sondage, une majorité de Français ont exprimé leur sympathie pour les personnalités politiques modérées, et leur volonté de voir émerger ce fameux « axe central » réunissant les sociaux-démocrates et les sociaux-libéraux du PS, les radicaux de gauche, les centristes du MoDem et de l’UDI, les « gaullo-réformistes » et les libéraux modérés de LR. Le choix de François Hollande pose également un problème de cohérence politique : comment Manuel Valls pourra-t-il, en un an, réformer le pays et simplifier le Code du Travail avec une majorité fracturée dont l’aile gauche désapprouve sa politique économique ?

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Valls 2: un gouvernement sans majorité?

La démission du gouvernement Valls 1 illustre (s’il en était besoin) les fractures du PS et l’incapacité de la gauche à mettre en œuvre les réformes dont le pays a besoin. Le tableau que nous offrent les socialistes est affligeant : un Président qui bat des records d’impopularité deux ans seulement après son élection, un Premier Ministre qui n’a pas le soutien de son parti, une coalition de « frondeurs » au Parlement, un Ministre de l’Economie qui démissionne après avoir lancé des attaques virulentes contre le chef de l’Etat, et un Ministre de l’Education Nationale qui démissionne une semaine avant la rentrée scolaire. Il faut néanmoins reconnaître un mérite à Manuel Valls et à François Hollande : ils ont fait le choix d’un gouvernement plus cohérent et plus homogène pour mener une véritable « politique de l’offre », incarnée par le nouveau Ministre de l’Economie Emmanuel Macron et axée sur le soutien aux entreprises et à l’investissement. Cette voie est sans doute la plus réaliste. Le problème, c’est que Manuel Valls n’a pas la majorité qui lui permettrait de mener à bien sa politique. Remaniement après remaniement, la majorité s’est étiolée : après l’éviction des Verts, c’est désormais l’aile gauche du PS qui sort du gouvernement. Pour mettre en œuvre la ligne économique qu’il défend, Valls doit s’appuyer sur l’aile droite du PS, qui est minoritaire. Et si le Premier Ministre ne trouve pas de majorité pour gouverner, Hollande n’aura plus qu’une seule issue : la dissolution.