Deux idées simples pour sauver la réforme du lycée

J.M. Blanquer.

Entrée en vigueur à la rentrée 2019, la réforme du lycée pilotée par Jean-Michel Blanquer repose sur deux piliers. Premièrement, les traditionnelles séries L, ES et S ont été remplacées par un lycée « à la carte » comprenant un tronc commun et des enseignements de spécialité. Les élèves suivent trois enseignements de spécialité en Première et n’en conservent que deux en Terminale. Deuxièmement, la réforme du lycée a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale du bac afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. Les moyennes de bulletin comptent pour 10% de la note totale ; les épreuves communes de contrôle continu représentent quant à elles 20% de la note globale.

La  crise sanitaire a considérablement perturbé la mise en place de la réforme du lycée, mais cette réforme est aussi contestée dans son principe même, tant par les syndicats d’enseignants que par les syndicats de lycéens et les associations de parents d’élèves. L’abandon d’une spécialité en Terminale est l’un des points les plus problématiques. Avant la réforme, les élèves de Terminale se spécialisaient grâce au renforcement d’une discipline : ainsi, un élève de Terminale S pouvait se spécialiser en maths ou en sciences de l’ingénieur sans pour autant renoncer aux autres enseignements du pôle scientifique. Désormais, la spécialisation s’effectue par l’abandon d’une spécialité, ce qui appauvrit le contenu de la formation en Terminale ; cette logique de spécialisation « par défaut » place les lycéens devant des choix quasi cornéliens car l’abandon d’une discipline peut les pénaliser sur Parcoursup et leur fermer des portes dans l’enseignement supérieur.

En outre, les épreuves communes de contrôle continu (EC) ont été mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride, à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les EC présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser car elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer leurs EC en milieu et en fin de Première puis pendant l’année de Terminale.

Pour sauver ce qui peut être sauvé dans cette réforme, il faut donc lui apporter deux modifications : supprimer les épreuves communes de contrôle continu et maintenir trois enseignements de spécialité en Terminale. Ces changements sont relativement simples à mettre en œuvre et n’impliquent pas de surcoûts.

Maintenir trois enseignements de spécialité jusqu’à la fin du cycle terminal garantira aux élèves une formation solide qui leur ouvrira un maximum de portes dans l’enseignement supérieur. Afin de rendre supportable la charge de travail qu’induit le maintien de trois spécialités en Terminale, on peut réduire de quelques heures le volume horaire du tronc commun et ramener de six à quatre heures le volume horaire alloué à chaque spécialité, moyennant des allègements de programme. On peut aussi envisager un système de coefficients modulés permettant, par exemple, de majorer le coefficient de la spécialité dans laquelle l’élève obtient les meilleurs résultats.

La suppression des EC permettrait quant à elle de simplifier et d’alléger le calendrier des épreuves. Le calendrier actuel est illisible et entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd. Supprimer les EC permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. On peut en effet envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et « grand oral »).

Il est important de maintenir une part de contrôle continu dans la note du bac. Mais nous parlons ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble du cycle terminal. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer.La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats : en réalité, tout se joue avant le bac, puisque les établissements du supérieur se fondent déjà sur le contrôle continu pour recruter leurs étudiants. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu et faire confiance aux équipes enseignantes, qui sont parfaitement capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

Réforme du bac: et si on supprimait les E3C?

Outre la suppression des traditionnelles séries L, ES et S, la réforme du bac a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. En janvier 2020, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). De nombreux incidents ont émaillé cette première session : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. En raison du confinement, la deuxième session d’E3C prévue en avril-mai a été purement et simplement annulée. Ne faut-il pas tirer les leçons de toutes ces péripéties en supprimant les E3C ?

Les épreuves communes de contrôle continu ont été assez mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride située à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les E3C présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser ; elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer des E3C en milieu et en fin de Première puis en cours de Terminale. Supprimer les E3C permettrait donc de laisser « respirer » les établissements et les élèves. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer. 

Supprimer les E3C permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. Le contrôle continu représente actuellement 40% de la note globale, à raison de 30% pour les E3C et 10% pour les moyennes de bulletin. Les épreuves terminales représentent 60% de la note globale, à raison de 10% pour les épreuves anticipées de français, 32% pour les épreuves de spécialité, 14% pour le « grand oral » et 4% pour la philosophie. Au bout du compte, les coefficients sont si complexes que la note finale perd son sens. En supprimant les E3C, on peut envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité (choisis par les élèves) et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et grand oral).

Enfin, la suppression des E3C permettrait de simplifier le calendrier des épreuves, qui est lui aussi d’une grande complexité. En Première les élèves passent leurs E3C en janvier-février puis en avril-mai, ainsi que les épreuves anticipées de français en juin-juillet. La carte des E3C varie d’une session à l’autre : lors de la première session les élèves passent l’histoire-géographie et les langues vivantes, mais lors de la session d’avril-mai viennent s’ajouter l’enseignement scientifique et la spécialité abandonnée en Terminale. L’année suivante, les élèves doivent passer leurs épreuves trimestrielles d’EPS, leur troisième session d’E3C en cours d’année, les enseignements de spécialité en avril-mai puis la philosophie et le grand oral en juin. Non seulement ce calendrier est illisible, mais il entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd.

Supprimer les E3C ne veut pas dire supprimer le contrôle continu : je pense qu’il faut une part de contrôle continu au bac. Je parle ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble des années de Première et de Terminale. La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. De nombreux enseignants craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu le bac perde sa valeur nationale. Il s’agit là d’un faux problème : cela fait longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur. De fait, les établissements du supérieur recrutent déjà sur la base du contrôle continu. Soyons honnêtes : les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats. En réalité, tout se joue avant le bac. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu : les professeurs sont capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves, en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

Le « bac Blanquer » est-il un fiasco?

Heurts entre lycéens et policiers devant un lycée de Rennes.

Au mois de janvier, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). Les épreuves se sont plutôt bien déroulées dans l’immense majorité des lycées. Toutefois, de nombreux incidents ont émaillé cette première session d’E3C : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. Dans certains lycées, des policiers sont même intervenus pour lever des blocus et permettre aux élèves de passer leurs épreuves. Les syndicats enseignants, vent debout contre le « bac Blanquer », demandent l’annulation des épreuves et le retrait de la réforme.

Les incidents qui ont perturbé cette première session d’E3C témoignent de la précipitation dans laquelle a été mise en place la réforme du bac. Pour des raisons essentiellement politiques, le gouvernement a voulu que la réforme s’applique dès la rentrée 2019 dans les classes de Première : le nouveau bac ne devait surtout pas interférer sur l’élection présidentielle de 2022 ! Résultat : la réforme est entrée en application dans des conditions ubuesques. Reporter d’un an l’entrée en vigueur du nouveau bac aurait pourtant permis de limiter les dégâts et de laisser aux établissements le temps nécessaire pour s’approprier la réforme. Malheureusement, l’agenda politique a primé sur les considérations pédagogiques les plus élémentaires, et ce sont les élèves qui en paient le prix. Tout ce qu’il faut espérer, à présent, c’est que le ministre de l’Education nationale entende la détresse des enseignants et des élèves.

Les perturbations constatées lors des E3C soulèvent aussi des questionnements légitimes sur le bienfondé du contrôle continu. La réforme du bac a effectivement renforcé le poids du contrôle continu dans la note finale : les E3C représenteront 30% du total des points, et les moyennes trimestrielles 10%. De nombreux enseignants hostiles à la réforme craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu l’examen perde sa valeur nationale et devienne une sorte de « bac local ». Je crois qu’il s’agit là d’un faux problème. Pour que le bac perde sa « valeur », encore faudrait-il qu’il en ait une. Cela fait bien longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur : sur la plateforme Parcoursup, les élèves de Terminale reçoivent leurs premières réponses dès le mois de mai, bien avant les épreuves du bac. Dans les faits, l’enseignement supérieur recrute déjà les élèves sur la base du contrôle continu ! Les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Et les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne sont rien d’autre que des gratifications symboliques. En réalité, tout se joue avant le bac.

Le vrai problème n’est pas tant le contrôle continu en lui-même que l’architecture des nouvelles épreuves du bac. Les E3C présentent plusieurs inconvénients majeurs : outre le fait que ces épreuves sont extrêmement lourdes à organiser pour les établissements, elles complexifient terriblement l’architecture du bac. Pire : les E3C amplifient les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre puisqu’elles encouragent une forme de bachotage permanent : la réforme prévoit en effet que les élèves passent des E3C en milieu de Première, en fin de Première puis en milieu de Terminale. Le Rapport Mathiot, qui a très largement inspiré la réforme du lycée, préconisait un contrôle continu intégral pour les enseignements de tronc commun : autrement dit, seules les moyennes trimestrielles devaient être prises en compte pour ces enseignements. C’est Jean-Michel Blanquer qui a décidé de créer des épreuves intermédiaires pour établir un cadrage commun à tous les établissements, mais également pour limiter les risques de pressions des parents d’élèves sur les enseignants. Pourtant, lorsqu’on voit l’énorme usine à gaz que sont les E3C, on en vient à se demander si le contrôle continu intégral proposé dans le rapport Mathiot n’était pas la solution la plus simple.

Il est temps de réformer le bac

Le bac 2019 a été fortement perturbé par une « grève des notes ». Quelque 700 professeurs grévistes ont refusé de communiquer leurs notes de bac : vendredi 5 juillet, jour de publication des résultats, près de 30.000 notes manquaient ; de nombreux candidats ont donc récupéré un relevé de notes provisoire, sur lequel les notes manquantes avaient été remplacées par des moyennes annuelles.

Les professeurs grévistes combattent les réformes pilotées par Jean-Michel Blanquer, et plus particulièrement la réforme du bac qui entrera en vigueur dès la rentrée 2019 pour les élèves de Première. Ce qui fait débat dans ce nouveau bac, c’est le renforcement du contrôle continu et la réduction du nombre d’épreuves finales : le contrôle continu représentera en effet 40% de la note globale. Les épreuves finales ne concerneront que la philosophie et les deux enseignements de spécialité choisis par l’élève : les autres disciplines seront évaluées en contrôle continu au cours des années de Première et de Terminale. Les détracteurs de la réforme pensent que le baccalauréat perdra son statut de diplôme national et n’aura plus la même valeur d’un établissement à l’autre, ce qui aurait pour conséquence de creuser les inégalités entre élèves.

Je crois qu’il s’agit d’un faux problème, car le bac est un diplôme totalement démonétisé. Il a depuis longtemps perdu toute « valeur ». De fait, les résultats obtenus au bac ne sont pas pris en compte lors de l’affectation des élèves de Terminale dans l’enseignement supérieur, car les dossiers de candidature sont examinés en avril et en mai, bien avant le début des épreuves finales du baccalauréat. Les établissements d’enseignement supérieur s’appuient déjà sur le contrôle continu pour classer les dossiers de candidature. Pendant toute leur année de Terminale, les élèves préparent un examen dont les résultats ne seront jamais valorisés. Les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne servent à rien : elles ne représentent qu’une gratification symbolique pour les candidats les plus méritants. Par conséquent, le renforcement du contrôle continu ne changera pas grand-chose à la valeur du bac. Il permettra simplement de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves tout au long de leur scolarité au lycée.

Il faut dédramatiser le contrôle continu : les professeurs sont parfaitement capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves. Certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS, et cela ne semble déranger personne. Les futures épreuves de contrôle continu seront très encadrées : il s’agira d’épreuves nationales, dont les modalités et le calendrier seront identiques pour tous les élèves ; au niveau de chaque établissement, les sujets seront choisis par les professeurs dans une banque nationale de sujets, et les copies seront anonymées. En outre, le renforcement du contrôle continu permettra d’alléger le calendrier des épreuves finales. Dans sa forme actuelle, le baccalauréat entraîne des contraintes colossales pour les établissements : les épreuves du bac immobilisent énormément de salles, de matériel et de personnels, et neutralisent deux semaines de cours au mois de juin. Avec la réforme, les épreuves finales seront recentrées sur trois disciplines. 

Il est temps d’adapter le bac aux évolutions de la société et de l’école. Jusqu’aux années 1970, le bac servait à sélectionner les élèves : les bacheliers constituaient une élite. Une grande partie des élèves ne passait pas le bac, et les taux d’échec à l’examen étaient beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui : à titre d’exemple, en 1970, la part de bacheliers dans une classe d’âge n’était que de 20%. De nos jours, la part de bacheliers dans une classe d’âge atteint 80% ; le taux de réussite au bac avoisine les 90% dans les séries générales et technologiques, et 80% dans les séries professionnelles. Mais cette démocratisation du bac est un trompe-l’œil car elle n’a été possible qu’au prix d’une baisse du niveau d’exigence à l’examen. De fait, le bac n’a plus la fonction de sélection qu’il avait autrefois : il sert désormais à valider un certain nombre de connaissances théoriques et pratiques acquises au lycée. Or, cette fonction peut être assurée en partie par le contrôle continu.

Lycée Blanquer: comment flinguer une bonne réforme en trois leçons?

J.M. Blanquer.

La réforme du lycée pilotée par Jean-Michel Blanquer prévoit de réorganiser en profondeur la structure des enseignements : les séries L, ES et S des lycées généraux seront remplacées par un lycée « modulaire » comprenant un tronc commun et des enseignements de spécialité. Cette réforme a pour objectif d’individualiser davantage les parcours de formation et de briser la hiérarchie des filières. La réforme Blanquer prévoit aussi une refonte du baccalauréat : le poids du contrôle continu dans la note globale des candidats sera renforcé afin d’alléger le calendrier des épreuves terminales et de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant leur scolarité au lycée : des évaluations intermédiaires, sur le modèle des « partiels » de l’université, seront organisées en interne dans chaque établissement selon un calendrier fixé par le ministère ; une banque de sujets sera également définie au niveau national afin d’harmoniser les évaluations.

La réforme Blanquer partait d’une intention tout à fait louable : celle de remettre l’élève au cœur du système éducatif et de préparer plus efficacement les lycéens à l’entrée dans l’enseignement supérieur. Pourtant, cette réforme provoque de vives contestations et sa mise en œuvre s’annonce déjà catastrophique. Comment flinguer une bonne réforme en trois leçons ?

Leçon numéro 1 : fixer un calendrier intenable. La réforme Blanquer est mise en place dans la précipitation : pour des raisons essentiellement politiques, l’exécutif souhaite en effet que le nouveau bac entre en vigueur dès la session 2021, avant la prochaine présidentielle. Or, pour tenir ce calendrier, il faut impérativement que la réforme soit mise en œuvre sur deux ans, alors qu’il serait préférable de le faire sur trois ans (d’abord en Seconde, puis en Première et, dans un troisième temps, en Terminale). Le calendrier absurde imposé par le gouvernement prévoit de lancer la réforme simultanément dans les classes de Seconde et de Première dès la rentrée 2019, ce qui entraînera des incohérences pédagogiques et une énorme charge de travail pour les enseignants qui auront deux, voire trois nouveaux programmes à préparer la même année. Ce calendrier empêche aussi les équipes enseignantes de s’approprier cette réforme et de mener, en amont, le travail de réflexion qui semble nécessaire pour la mettre en place de façon sereine dans les établissements.

Leçon numéro 2 : entretenir le flou sur les modalités de mise en œuvre. En décembre 2018, bon nombre d’incertitudes subsistent encore sur des points pourtant essentiels de la réforme. Ainsi, on ignore comment sera fixée la carte des enseignements de spécialité dans chaque établissement : sera-t-elle imposée par le rectorat ou négociée entre le rectorat et les établissements ? De même, on ignore encore selon quelles modalités les élèves choisiront leurs enseignements de spécialité : pourront-ils choisir librement ? Le conseil de classe donnera-t-il un avis en fin de Seconde ? Le choix des trois spécialités sera-t-il totalement libre ou y aura-t-il des « triplettes » de spécialités prédéfinies au niveau national ? Ces zones d’ombre sont angoissantes pour les élèves. Les enseignants, eux aussi dans le flou, peinent à répondre aux inquiétudes exprimées par les familles. Voilà donc comment la réforme Blanquer, qui devait aider les élèves à mieux vivre leur scolarité au lycée, se transforme en un monstre technocratique abscons et anxiogène.

Leçon numéro 3 : supprimer des postes. Le budget 2019 prévoit la suppression de 2.650 postes dans l’enseignement secondaire. Bien que les suppressions de postes annoncées ne soient pas directement imputables à la réforme du lycée, et bien que les 2.650 postes en question ne représentent qu’une part infime de l’ensemble des personnels enseignants du second degré (cela équivaut en moyenne à 0,4 poste par établissement), cette annonce eut un effet catastrophique sur l’opinion publique et sur le moral des enseignants. Les suppressions de postes ont été perçues comme une conséquence de la réforme du lycée. Elles risquent, en outre, de compliquer la mise en œuvre de cette réforme dans certains établissements difficiles où le nombre d’élèves par classe pourrait encore augmenter.

La réforme de Jean-Michel Blanquer a souvent été présentée comme une réforme technocratique imposée « par en haut ». C’est oublier que cette réforme est le fruit d’une grande concertation nationale menée auprès des instances représentatives des élèves, et que le principe du « lycée modulaire » était une demande exprimée par les élèves eux-mêmes dans le cadre des Conseils de Vie Lycéenne. Mais les conditions désastreuses dans lesquelles on met en place actuellement cette réforme sont en train de gâcher tout ce travail de réflexion et d’aggraver la défiance des Français envers l’école de la République. A ce stade, un report de la réforme ne serait-il pas souhaitable pour apaiser les angoisses et pour laisser « respirer » les établissements ?

Réforme Blanquer: à quoi ressemblera le nouveau bac?

J.M. Blanquer (source: jdd).

C’est avec un certain soulagement que j’accueille la réforme du lycée présentée par Jean-Michel Blanquer ce 14 février : le ministre a opéré des arbitrages raisonnables et a su prendre ses distances avec les propositions les plus discutables du rapport Mathiot.

Dans un précédent billet publié le 6 février et consacré au rapport Mathiot, le Centriloque avait pris position en faveur d’un allègement du bac et d’un renforcement du contrôle continu : sans surprise, Jean-Michel Blanquer a retenu cette piste qui était au cœur du rapport Mathiot et qui faisait partie du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Le nouveau bac entrera en vigueur en 2021 et comportera quatre épreuves écrites finales : le français en Première puis, en Terminale, la philosophie et deux spécialités choisies par l’élève. A ces quatre épreuves écrites viendra s’ajouter un « grand oral » ou « oral de maturité » portant sur un projet interdisciplinaire préparé par l’élève dès la classe de Première : l’objectif de cet oral est de renforcer les compétences d’expression orale, devenues indispensables dans l’enseignement supérieur comme dans le monde du travail. Toutes les autres disciplines seront évaluées en contrôle continu.

Cette réforme du bac va dans le bon sens. Il faut effectivement alléger le bac : chaque année, cet examen coûte entre 50 et 100 millions d’euros à l’Etat, il entraîne des contraintes colossales pour les établissements et neutralise trois semaines de cours en fin d’année. L’allègement du bac permettra non seulement de réduire le coût de l’examen mais aussi de « reconquérir » le mois de juin. Le bac n’a plus pour fonction de sélectionner les élèves comme autrefois : de nos jours, outre sa dimension symbolique, l’examen du bac sert surtout à valider un certain nombre de compétences acquises durant les années de lycée. Le contrôle continu permet justement d’évaluer ces compétences : il prend en compte le travail fourni par l’élève sur le long terme et atténue l’impact d’une éventuelle contre-performance lors d’une épreuve finale. Les adversaires du contrôle continu craignent que le bac perde son caractère national et que les inégalités entre établissements se creusent, mais je pense que de telles craintes ne sont pas vraiment justifiées. Le ministre a donné plusieurs garanties visant à préserver le caractère national de l’examen : les épreuves finales resteront prépondérantes puisqu’elles compteront pour 60% de la note globale, comme le préconisait le rapport Mathiot. En outre, le contrôle continu sera très encadré : il prendra la forme d’évaluations intermédiaires ponctuelles, organisées en interne mais selon des règles communes à tous les établissements.

Dans son billet du 6 février, le Centriloque avait aussi exprimé des inquiétudes à propos de la semestrialisation proposée dans le rapport Mathiot, car celle-ci risquait de complexifier les parcours scolaires et impliquait de lourdes contraintes pour les établissements dans la mesure où elle rendait nécessaire une refonte des emplois du temps au milieu de l’année. Jean-Michel Blanquer a eu la sagesse d’écarter cette proposition qui aurait, à coup sûr, généré plus de problèmes que d’améliorations. Par ailleurs, le Centriloque avait émis des réserves quant à la suppression des séries L, ES et S, non en raison d’un attachement dogmatique à ces trois filières mais parce que le « lycée modulaire » proposé par le rapport Mathiot ne prévoyait qu’un tronc commun au rabais pour la classe de Terminale ; or, la disparition des filières n’est acceptable que si, en contrepartie, un enseignement général exigeant est proposé en tronc commun. Le ministre a choisi de supprimer les filières L, ES et S pour individualiser davantage les parcours et « casser » la hiérarchie des filières, mais semble avoir entendu les doléances exprimées par les associations de professeurs et de parents d’élèves concernant la nécessité de maintenir un socle commun solide : le tronc commun comptera une quinzaine d’heures d’enseignement par semaine, réparties entre l’histoire-géographie, les deux langues vivantes, l’EPS, le français (en Première), la philosophie (en Terminale) et une nouvelle discipline appelée « Humanités scientifiques et numériques » dont l’objectif est de garantir l’acquisition d’une culture scientifique commune. A ces enseignements de tronc commun viendront s’ajouter des enseignements de spécialité : les élèves choisiront trois spécialités en Première et deux en Terminale, avec la possibilité de changer de spécialités entre la Première et la Terminale. Les établissements proposeront des « couples de spécialités » définis au niveau national, comme par exemple mathématiques/SVT ou histoire-géographie/SES. Les options facultatives seront maintenues et de nouvelles options feront leur apparition, comme les « mathématiques expertes ».

La réforme proposée par Jean-Michel Blanquer est donc moins ambitieuse que celle proposée par le rapport Mathiot, mais elle est beaucoup plus pragmatique : le ministre a voulu moderniser le bac sans bouleverser complètement l’organisation des lycées. L’objectif est de bâtir un lycée plus souple, qui offre des parcours plus individualisés tout en garantissant à tous les élèves de la filière générale un tronc commun relativement solide et équilibré. Le nouveau bac sera moins lourd, moins coûteux et mieux connecté à l’enseignement supérieur. Pour toutes ces raisons, le Centriloque soutient la réforme de M. Blanquer.

Il faut réformer le lycée

Jean-Michel Blanquer.

Plusieurs syndicats d’enseignants ont appelé à faire grève et à manifester mardi 6 février contre la réforme du lycée, réforme qui, en l’occurrence, n’existe pas encore. C’est en fait contre le « rapport Mathiot » que les syndicats cherchent à mobiliser le corps enseignant. Or, ce rapport n’est ni un décret ni un projet de loi, et n’engage que son auteur. Jean-Michel Blanquer rendra ses arbitrages mi-février : le ministre s’est d’ores-et-déjà prononcé en faveur d’un allègement du bac, mais on ignore s’il retiendra les autres propositions faites par Pierre Mathiot.

L’objectif du rapport Mathiot est de mettre en place un lycée profondément rénové, plus souple, préparant plus efficacement les élèves à l’enseignement supérieur. Ce rapport est le fruit d’une large concertation menée avec les associations de professeurs et les Conseils de Vie Lycéenne. Cela dit, la réforme proposée par Pierre Mathiot soulève des inquiétudes parfaitement légitimes chez les enseignants dans la mesure où sa mise en application transformerait le lycée de façon assez radicale.

La première grande rupture introduite par le rapport Mathiot est la disparition des séries générales. Le rapport préconise en effet de supprimer les filières L, ES et S au profit d’un « lycée modulaire » comprenant un tronc commun obligatoire et un couple de disciplines choisi par l’élève. Il est vrai que les séries L, ES et S ont un inconvénient non négligeable : elles obligent les élèves à faire des choix d’orientation précoces et, bien souvent, irrémédiables. La suppression des séries générales permettrait donc d’individualiser davantage les parcours et de mieux accompagner les élèves dans l’élaboration de leur projet post-bac. Mais le principe du « lycée modulaire » n’est acceptable que si le tronc commun offre aux élèves des enseignements exigeants, et non une formation au rabais permettant d’acquérir, au mieux, un vernis de culture générale. Or, si l’on s’en tient aux volumes horaires fixés par le rapport Mathiot pour le tronc commun, on est loin du compte. Ainsi, en Terminale, les sciences, l’histoire-géographie, la philosophie, les langues vivantes et l’EPS devraient se partager un modeste bloc de 12 heures de cours hebdomadaires : dans ces conditions, on voit mal comment dispenser un enseignement de qualité. Enfin, on peut légitimement s’inquiéter des conséquences qu’une telle réforme aurait sur le service des enseignants et sur le nombre de postes : il est évident que, pour certaines disciplines telles que la philosophie, les pertes d’heures seraient massives.

La deuxième grande rupture introduite par le rapport Mathiot est l’allègement du baccalauréat. Le rapport préconise de réduire à quatre le nombre d’épreuves terminales et d’augmenter la part de contrôle continu : les épreuves terminales représenteraient 60% de la note globale, et le contrôle continu 40%. Le rapport propose, par ailleurs, la suppression des épreuves orales de rattrapage. Globalement, cette réforme du bac va dans le bon sens car il est nécessaire d’alléger le calendrier des épreuves terminales. L’organisation du baccalauréat coûte chaque année entre 50 et 100 millions d’euros et entraîne des contraintes extrêmement lourdes pour les établissements : l’examen immobilise énormément de personnels, de salles et de matériels, et neutralise trois semaines de cours à la fin de l’année. Réduire le nombre d’épreuves permettrait à la fois de réduire le coût de l’examen et de « reconquérir » le mois de juin. Certains craignent que le diplôme du bac perde son caractère national à cause du contrôle continu et que cela creuse les inégalités entre établissements : je pense qu’il s’agit d’un faux problème, car les épreuves terminales resteront prépondérantes dans la note globale. De toutes façons, les notes obtenues au bac ne sont plus déterminantes aujourd’hui dans l’orientation des élèves. Ne soyons pas naïfs : c’est bien le dossier scolaire des élèves (et non les résultats obtenus au bac) qui ouvre l’accès aux filières sélectives et aux universités les plus prestigieuses.

La troisième rupture est la semestrialisation. Pierre Mathiot veut en finir avec le découpage de l’année en trimestres. Il préconise de semestrialiser les enseignements pour donner plus de souplesse au parcours des élèves. Mais cette semestrialisation des enseignements pose problème : la maquette complexe proposée par le rapport Mathiot risque de rendre les parcours totalement illisibles ; en outre, les emplois de temps seraient à refaire en milieu d’année, ce qui représenterait un important surcroît de travail pour les établissements. Le rapport Mathiot propose également d’échelonner les épreuves du bac sur deux sessions, à l’instar des partiels dans les universités : à la fin du premier semestre de Terminale, les élèves passeraient les matières qu’ils ont choisies ; puis, à la fin de l’année, ils passeraient une épreuve obligatoire de philosophie ainsi qu’un « grand oral » dont les modalités restent floues. Cet échelonnement des épreuves terminales me semble très discutable car les épreuves qui auront lieu à la fin du premier semestre ne porteront que sur un programme restreint, enseigné sur un semestre seulement, ce qui ne permettra pas d’approfondir suffisamment les enseignements.

Le rapport Mathiot m’inspire donc des sentiments très partagés. Il y a incontestablement de bonnes idées dans ce rapport : je suis favorable depuis longtemps à l’allègement du bac et à l’augmentation du contrôle continu. Mais il serait plus prudent, à mes yeux, de renoncer à la semestrialisation des enseignements, qui pose trop de problèmes pratiques. Il faudrait également, selon moi, conserver les trois séries L, ES et S, parce qu’elles ont du sens, parce qu’elles offrent un cadre stable aux établissements et parce qu’elles garantissent l’accès à une formation générale solide. Je pense que l’on peut individualiser les parcours sans sortir du cadre des trois filières générales : pourquoi ne pas permettre aux élèves de choisir, à l’intérieur de chaque filière, les quatre disciplines principales sur lesquelles ils seront évalués en fin de Terminale ? On pourrait même envisager que l’une des quatre disciplines en question soit une discipline d’ouverture : ainsi, un élève de Terminale S pourrait choisir trois matières parmi les disciplines scientifiques (mathématiques, SVT, physique-chimie, informatique, sciences de l’ingénieur) et une matière non scientifique (la philosophie ou l’anglais par exemple). Cela permettrait de décloisonner les filières sans les démanteler.

J’espère que le ministre de l’Éducation nationale saura faire la part des choses et qu’il prendra ses distances avec les recommandations les plus contestables du rapport Mathiot. En matière de communication politique, il serait d’ailleurs assez habile, de la part du ministre, de proposer une réforme plus raisonnable et moins ambitieuse que les bouleversements préconisés par Pierre Mathiot : le rapport Mathiot servirait alors de « faire-valoir » et ferait passer les arbitrages de M. Blanquer pour des choix relativement équilibrés.