Réforme Blanquer: à quoi ressemblera le nouveau bac?

J.M. Blanquer (source: jdd).

C’est avec un certain soulagement que j’accueille la réforme du lycée présentée par Jean-Michel Blanquer ce 14 février : le ministre a opéré des arbitrages raisonnables et a su prendre ses distances avec les propositions les plus discutables du rapport Mathiot.

Dans un précédent billet publié le 6 février et consacré au rapport Mathiot, le Centriloque avait pris position en faveur d’un allègement du bac et d’un renforcement du contrôle continu : sans surprise, Jean-Michel Blanquer a retenu cette piste qui était au cœur du rapport Mathiot et qui faisait partie du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Le nouveau bac entrera en vigueur en 2021 et comportera quatre épreuves écrites finales : le français en Première puis, en Terminale, la philosophie et deux spécialités choisies par l’élève. A ces quatre épreuves écrites viendra s’ajouter un « grand oral » ou « oral de maturité » portant sur un projet interdisciplinaire préparé par l’élève dès la classe de Première : l’objectif de cet oral est de renforcer les compétences d’expression orale, devenues indispensables dans l’enseignement supérieur comme dans le monde du travail. Toutes les autres disciplines seront évaluées en contrôle continu.

Cette réforme du bac va dans le bon sens. Il faut effectivement alléger le bac : chaque année, cet examen coûte entre 50 et 100 millions d’euros à l’Etat, il entraîne des contraintes colossales pour les établissements et neutralise trois semaines de cours en fin d’année. L’allègement du bac permettra non seulement de réduire le coût de l’examen mais aussi de « reconquérir » le mois de juin. Le bac n’a plus pour fonction de sélectionner les élèves comme autrefois : de nos jours, outre sa dimension symbolique, l’examen du bac sert surtout à valider un certain nombre de compétences acquises durant les années de lycée. Le contrôle continu permet justement d’évaluer ces compétences : il prend en compte le travail fourni par l’élève sur le long terme et atténue l’impact d’une éventuelle contre-performance lors d’une épreuve finale. Les adversaires du contrôle continu craignent que le bac perde son caractère national et que les inégalités entre établissements se creusent, mais je pense que de telles craintes ne sont pas vraiment justifiées. Le ministre a donné plusieurs garanties visant à préserver le caractère national de l’examen : les épreuves finales resteront prépondérantes puisqu’elles compteront pour 60% de la note globale, comme le préconisait le rapport Mathiot. En outre, le contrôle continu sera très encadré : il prendra la forme d’évaluations intermédiaires ponctuelles, organisées en interne mais selon des règles communes à tous les établissements.

Dans son billet du 6 février, le Centriloque avait aussi exprimé des inquiétudes à propos de la semestrialisation proposée dans le rapport Mathiot, car celle-ci risquait de complexifier les parcours scolaires et impliquait de lourdes contraintes pour les établissements dans la mesure où elle rendait nécessaire une refonte des emplois du temps au milieu de l’année. Jean-Michel Blanquer a eu la sagesse d’écarter cette proposition qui aurait, à coup sûr, généré plus de problèmes que d’améliorations. Par ailleurs, le Centriloque avait émis des réserves quant à la suppression des séries L, ES et S, non en raison d’un attachement dogmatique à ces trois filières mais parce que le « lycée modulaire » proposé par le rapport Mathiot ne prévoyait qu’un tronc commun au rabais pour la classe de Terminale ; or, la disparition des filières n’est acceptable que si, en contrepartie, un enseignement général exigeant est proposé en tronc commun. Le ministre a choisi de supprimer les filières L, ES et S pour individualiser davantage les parcours et « casser » la hiérarchie des filières, mais semble avoir entendu les doléances exprimées par les associations de professeurs et de parents d’élèves concernant la nécessité de maintenir un socle commun solide : le tronc commun comptera une quinzaine d’heures d’enseignement par semaine, réparties entre l’histoire-géographie, les deux langues vivantes, l’EPS, le français (en Première), la philosophie (en Terminale) et une nouvelle discipline appelée « Humanités scientifiques et numériques » dont l’objectif est de garantir l’acquisition d’une culture scientifique commune. A ces enseignements de tronc commun viendront s’ajouter des enseignements de spécialité : les élèves choisiront trois spécialités en Première et deux en Terminale, avec la possibilité de changer de spécialités entre la Première et la Terminale. Les établissements proposeront des « couples de spécialités » définis au niveau national, comme par exemple mathématiques/SVT ou histoire-géographie/SES. Les options facultatives seront maintenues et de nouvelles options feront leur apparition, comme les « mathématiques expertes ».

La réforme proposée par Jean-Michel Blanquer est donc moins ambitieuse que celle proposée par le rapport Mathiot, mais elle est beaucoup plus pragmatique : le ministre a voulu moderniser le bac sans bouleverser complètement l’organisation des lycées. L’objectif est de bâtir un lycée plus souple, qui offre des parcours plus individualisés tout en garantissant à tous les élèves de la filière générale un tronc commun relativement solide et équilibré. Le nouveau bac sera moins lourd, moins coûteux et mieux connecté à l’enseignement supérieur. Pour toutes ces raisons, le Centriloque soutient la réforme de M. Blanquer.

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Il faut réformer le lycée

Jean-Michel Blanquer.

Plusieurs syndicats d’enseignants ont appelé à faire grève et à manifester mardi 6 février contre la réforme du lycée, réforme qui, en l’occurrence, n’existe pas encore. C’est en fait contre le « rapport Mathiot » que les syndicats cherchent à mobiliser le corps enseignant. Or, ce rapport n’est ni un décret ni un projet de loi, et n’engage que son auteur. Jean-Michel Blanquer rendra ses arbitrages mi-février : le ministre s’est d’ores-et-déjà prononcé en faveur d’un allègement du bac, mais on ignore s’il retiendra les autres propositions faites par Pierre Mathiot.

L’objectif du rapport Mathiot est de mettre en place un lycée profondément rénové, plus souple, préparant plus efficacement les élèves à l’enseignement supérieur. Ce rapport est le fruit d’une large concertation menée avec les associations de professeurs et les Conseils de Vie Lycéenne. Cela dit, la réforme proposée par Pierre Mathiot soulève des inquiétudes parfaitement légitimes chez les enseignants dans la mesure où sa mise en application transformerait le lycée de façon assez radicale.

La première grande rupture introduite par le rapport Mathiot est la disparition des séries générales. Le rapport préconise en effet de supprimer les filières L, ES et S au profit d’un « lycée modulaire » comprenant un tronc commun obligatoire et un couple de disciplines choisi par l’élève. Il est vrai que les séries L, ES et S ont un inconvénient non négligeable : elles obligent les élèves à faire des choix d’orientation précoces et, bien souvent, irrémédiables. La suppression des séries générales permettrait donc d’individualiser davantage les parcours et de mieux accompagner les élèves dans l’élaboration de leur projet post-bac. Mais le principe du « lycée modulaire » n’est acceptable que si le tronc commun offre aux élèves des enseignements exigeants, et non une formation au rabais permettant d’acquérir, au mieux, un vernis de culture générale. Or, si l’on s’en tient aux volumes horaires fixés par le rapport Mathiot pour le tronc commun, on est loin du compte. Ainsi, en Terminale, les sciences, l’histoire-géographie, la philosophie, les langues vivantes et l’EPS devraient se partager un modeste bloc de 12 heures de cours hebdomadaires : dans ces conditions, on voit mal comment dispenser un enseignement de qualité. Enfin, on peut légitimement s’inquiéter des conséquences qu’une telle réforme aurait sur le service des enseignants et sur le nombre de postes : il est évident que, pour certaines disciplines telles que la philosophie, les pertes d’heures seraient massives.

La deuxième grande rupture introduite par le rapport Mathiot est l’allègement du baccalauréat. Le rapport préconise de réduire à quatre le nombre d’épreuves terminales et d’augmenter la part de contrôle continu : les épreuves terminales représenteraient 60% de la note globale, et le contrôle continu 40%. Le rapport propose, par ailleurs, la suppression des épreuves orales de rattrapage. Globalement, cette réforme du bac va dans le bon sens car il est nécessaire d’alléger le calendrier des épreuves terminales. L’organisation du baccalauréat coûte chaque année entre 50 et 100 millions d’euros et entraîne des contraintes extrêmement lourdes pour les établissements : l’examen immobilise énormément de personnels, de salles et de matériels, et neutralise trois semaines de cours à la fin de l’année. Réduire le nombre d’épreuves permettrait à la fois de réduire le coût de l’examen et de « reconquérir » le mois de juin. Certains craignent que le diplôme du bac perde son caractère national à cause du contrôle continu et que cela creuse les inégalités entre établissements : je pense qu’il s’agit d’un faux problème, car les épreuves terminales resteront prépondérantes dans la note globale. De toutes façons, les notes obtenues au bac ne sont plus déterminantes aujourd’hui dans l’orientation des élèves. Ne soyons pas naïfs : c’est bien le dossier scolaire des élèves (et non les résultats obtenus au bac) qui ouvre l’accès aux filières sélectives et aux universités les plus prestigieuses.

La troisième rupture est la semestrialisation. Pierre Mathiot veut en finir avec le découpage de l’année en trimestres. Il préconise de semestrialiser les enseignements pour donner plus de souplesse au parcours des élèves. Mais cette semestrialisation des enseignements pose problème : la maquette complexe proposée par le rapport Mathiot risque de rendre les parcours totalement illisibles ; en outre, les emplois de temps seraient à refaire en milieu d’année, ce qui représenterait un important surcroît de travail pour les établissements. Le rapport Mathiot propose également d’échelonner les épreuves du bac sur deux sessions, à l’instar des partiels dans les universités : à la fin du premier semestre de Terminale, les élèves passeraient les matières qu’ils ont choisies ; puis, à la fin de l’année, ils passeraient une épreuve obligatoire de philosophie ainsi qu’un « grand oral » dont les modalités restent floues. Cet échelonnement des épreuves terminales me semble très discutable car les épreuves qui auront lieu à la fin du premier semestre ne porteront que sur un programme restreint, enseigné sur un semestre seulement, ce qui ne permettra pas d’approfondir suffisamment les enseignements.

Le rapport Mathiot m’inspire donc des sentiments très partagés. Il y a incontestablement de bonnes idées dans ce rapport : je suis favorable depuis longtemps à l’allègement du bac et à l’augmentation du contrôle continu. Mais il serait plus prudent, à mes yeux, de renoncer à la semestrialisation des enseignements, qui pose trop de problèmes pratiques. Il faudrait également, selon moi, conserver les trois séries L, ES et S, parce qu’elles ont du sens, parce qu’elles offrent un cadre stable aux établissements et parce qu’elles garantissent l’accès à une formation générale solide. Je pense que l’on peut individualiser les parcours sans sortir du cadre des trois filières générales : pourquoi ne pas permettre aux élèves de choisir, à l’intérieur de chaque filière, les quatre disciplines principales sur lesquelles ils seront évalués en fin de Terminale ? On pourrait même envisager que l’une des quatre disciplines en question soit une discipline d’ouverture : ainsi, un élève de Terminale S pourrait choisir trois matières parmi les disciplines scientifiques (mathématiques, SVT, physique-chimie, informatique, sciences de l’ingénieur) et une matière non scientifique (la philosophie ou l’anglais par exemple). Cela permettrait de décloisonner les filières sans les démanteler.

J’espère que le ministre de l’Éducation nationale saura faire la part des choses et qu’il prendra ses distances avec les recommandations les plus contestables du rapport Mathiot. En matière de communication politique, il serait d’ailleurs assez habile, de la part du ministre, de proposer une réforme plus raisonnable et moins ambitieuse que les bouleversements préconisés par Pierre Mathiot : le rapport Mathiot servirait alors de « faire-valoir » et ferait passer les arbitrages de M. Blanquer pour des choix relativement équilibrés.