L’Europe face au terrorisme

C’est bien l’Europe qui a été visée lors des attentats du 22 mars. La ville de Bruxelles n’a pas seulement été touchée en tant que capitale de la Belgique, mais aussi en tant que capitale de l’Union européenne : l’une des bombes a d’ailleurs explosé à la station de métro Maelbeek, située dans le quartier des institutions européennes. L’Union européenne a été attaquée pour ce qu’elle incarne dans le monde : un espace de paix et de démocratie, un projet humaniste et laïc, une diversité culturelle et confessionnelle heureuse. Or, ce projet humaniste unique au monde suscite la haine de nombreux barbares qui rêveraient de voir l’Europe s’effondrer sous le poids de ses divisions internes.

Les mouvements populistes et europhobes qui veulent déconstruire l’Europe sont de précieux alliés pour les soldats fanatiques et décérébrés de l’Etat Islamique, puisque ces mouvements ne cessent d’affaiblir l’Europe en prônant le repli sur soi. Or, pour lutter contre Daesh, il faut faire exactement le contraire : renforcer l’Europe, mutualiser les renseignements collectés par les Etats-membres, augmenter les moyens d’Europol et de l’agence Frontex. Face au terrorisme, l’Europe n’est pas le problème, elle est la solution. Les débats autour du PNR (Passenger Name Record) sont assez symptomatiques des atermoiements actuels de l’Europe face au terrorisme : trop d’Etats-membres veulent garder pour eux les données sensibles, ce qui limite considérablement l’efficacité du PNR. Les citoyens européens attendent que l’Europe les protège plus efficacement contre le terrorisme, mais l’UE ne s’est pas encore dotée de moyens suffisants pour assumer cette mission.

Il faut bâtir une véritable « Europe du renseignement » : Europol doit devenir, à terme, un « FBI européen » capable d’assurer la sécurité de l’Union et de ses habitants face au terrorisme et au crime organisé. En novembre 2015, peu après les attentats de Paris, le Parti Démocrate Européen réclamait déjà des mesures fortes en matière de renseignement et de lutte antiterroriste : l’obligation pour chaque Etat-membre de transmettre au SIS (Système d’Information Schengen) la liste de toutes les personnes suspectées de terrorisme, la création d’un fichier européen d’empreintes digitales de tous les djihadistes identifiés par les Etats-membres, et la mise en place d’un véritable PNR européen reposant sur un partage obligatoire des données relatives à l’ensemble des passagers aériens de l’Union européenne.

source: lesechos.fr

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Cartographie politique de la diaspora centriste

Le récent rapprochement du Modem et de l’UDI ne doit pas faire oublier l’extrême dispersion de la famille centriste. La fondation du « Front Démocrate » par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias en septembre 2014 nous rappelle à quel point l’unité du centre est difficile à réaliser. Quels sont les partis qui occupent l’espace politique du centre dans la France de 2014 ? Voici un rapide aperçu de la « diaspora centriste » à l’attention de celles et ceux qui ont un peu de mal à s’y retrouver.

L’UDI, principale formation centriste en France

Hervé Morin.

Avec 30 députés et près de 30.000 adhérents, l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants) constitue indiscutablement la première formation centriste du pays. Elle jouit également d’une bonne implantation dans les collectivités locales (près de 300 maires UDI ont été élus ou réélus en 2014, dont ceux de Neuilly, Bobigny, Amiens, Valenciennes et Montélimar). Comme l’ancienne UDF, l’UDI n’est pas un parti unitaire mais une confédération de partis : elle a été fondée en 2012 par Jean-Louis Borloo dans le but de rassembler les partis de centre-droit qui souhaitaient rester indépendants de l’UMP. Les deux principales composantes de l’UDI sont le Nouveau Centre (présidé par Hervé Morin) et le Parti Radical dit « valoisien » (présidé par Laurent Hénart depuis le retrait de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé). D’autres petits partis sont membres de l’UDI : l’Alliance Centriste (fondée par le sénateur Jean Arthuis), FED (Force Européenne Démocrate, petit parti fédéraliste fondé par Jean-Christophe Lagarde et Michel Mercier), Gauche Moderne (parti présidé par l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel), Territoires en Mouvement (parti fondé par le député Jean-Christophe Fromantin), le Parti Libéral Démocrate (fondé par Aurélien Véron) ainsi que plusieurs petites formations écologistes comme France Ecologie et Nouvelle Ecologie Démocrate. Le mouvement Alternative Libérale, qui était initialement un parti politique indépendant, a choisi de s’associer au Nouveau Centre. L’association Gay Lib, qui lutte contre l’homophobie et milite pour l’extension des droits des homosexuels, a quitté l’UMP pour rejoindre l’UDI.

Le Modem

Fr. Bayrou.

Même s’il ne dispose que de deux députés à l’Assemblée Nationale, le Modem (Mouvement Démocrate) reste l’une des principales formations centristes en France grâce à la popularité de son président-fondateur François Bayrou et à son réseau d’élus locaux et européens. Le parti, qui revendique aujourd’hui 35.000 adhérents, se singularise par sa volonté de rénover en profondeur la vie politique française : en créant le Modem sur les ruines de l’UDF en 2007, François Bayrou voulait en effet bâtir un grand parti « central » qui jouerait le rôle de passerelle entre la gauche et la droite, et qui pourrait devenir le pivot de nouvelles majorités réunissant des réformateurs venus de la gauche, de la droite et du centre. Mais le Modem est en crise perpétuelle depuis sa fondation, car le refus des alliances avec le PS et l’UMP a isolé le parti. De plus, le Modem reste dominé de façon écrasante par la figure de François Bayrou et n’a pas réussi à séduire d’autres leaders centristes, de même qu’il s’est montré incapable d’empêcher le départ des quelques personnalités qu’il avait attirées à ses débuts, notamment d’anciens ministres comme Corinne Lepage ou Azouz Begag. Par ailleurs, l’alliance conclue avec l’UDI et l’UMP pour les municipales a suscité de profonds mécontentements dans l’aile gauche du Modem : l’écologiste Jean-Luc Bennahmias, qui incarnait cette aile gauche, vient justement de claquer la porte.

Les centristes de l’UMP

A sa création en 2002, l’UMP avait pour ambition de rassembler tous les courants de la droite et du centre au sein d’un même parti. Que reste-t-il aujourd’hui du courant centriste de l’UMP ? A vrai dire, pas grand-chose. Critiquant la « droitisation » du parti, de nombreux élus centristes de l’UMP ont quitté le navire pour rejoindre l’UDI. Jean Leonetti, Alain Lamassoure et Marc-Philippe Daubresse font partie des derniers parlementaires centristes de l’UMP : ils appartiennent au courant « France moderne et humaniste », le plus europhile de l’UMP. Il existe cependant au sein de l’UMP d’autres mouvements proches du centre. Le mouvement « Ecologie Bleue », fondé par Patrice Hernu, prétend incarner le « pôle écologique de l’UMP » et milite pour une écologie « réaliste et humaniste ». Le mouvement « Les Progressistes », lancé en 2007 par l’ancien socialiste Éric Besson pour soutenir la campagne de Nicolas Sarkozy, milite pour une UMP « ouverte vers le centre et les sociaux-démocrates ». Le PCD (Parti Chrétien-Démocrate) de Christine Boutin, associé à l’UMP, représente quant à lui le courant des chrétiens-sociaux : ce parti se réclame de la démocratie chrétienne mais rejette le fédéralisme européen et défend une vision très conservatrice de la famille et de la société.

Les petits partis indépendants

Corinne Lepage.

En dehors du Modem, de l’UDI et de l’UMP, il existe une nébuleuse de petits partis indépendants qui ne se définissent pas eux-mêmes comme centristes mais qui prétendent dépasser le clivage droite-gauche en réunissant des militants de sensibilités différentes autour de thématiques transpartisanes. C’est le cas de plusieurs partis écologistes indépendants comme Cap 21 (fondé par l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage), Génération Ecologie, le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI) d’Antoine Waechter, le mouvement « La France En Action » ou encore le Front Démocrate (parti écologiste de centre-gauche fondé en septembre 2014 par l’ex-Modem Jean-Luc Bennahmias). Le Parti Fédéraliste, qui milite pour une Europe fédérale, n’est pas à proprement parler un parti centriste mais soutient généralement les candidats du centre aux élections locales et nationales.

Les radicaux de gauche : des centristes ?

Le Parti Radical de Gauche est-il un parti centriste ? A priori non, car un mouvement qui revendique son ancrage à gauche ne saurait être qualifié de centriste. Pourtant, sur l’aile droite du PRG, on trouve des hommes dont les positions économiques et sociales sont relativement proches de celles de leurs « cousins » centristes du Parti Radical valoisien. On peut penser par exemple au président du PRG Jean-Michel Baylet. Quoi qu’il en soit, le PRG refuse d’être assimilé au centre : il affirme explicitement son appartenance à la gauche républicaine et reste depuis 40 ans le plus fidèle allié du Parti Socialiste.

Des centristes au PS ?

Gérard Collomb.

Les quelques socialistes qui ont, jadis, plaidé pour une alliance avec le centre et pour une réorientation « sociale-libérale » du PS ont presque tous fait sécession : c’est le cas de Jean-Marie Bockel, qui a fondé en 2007 le mouvement Gauche Moderne, aujourd’hui membre de l’UDI. Il n’en reste pas moins vrai que, sur le plan idéologique, l’aile droite du PS est assez proche du centre. Cette aile droite est incarnée aujourd’hui par des sociaux-démocrates et des sociaux-libéraux comme Emmanuel Macron, Manuel Valls, Gérard Collomb (sénateur et maire de Lyon) ou encore Pascal Lamy, qui prônent une politique de l’offre (simplification du droit du travail, baisse des impôts et des charges patronales, etc.). Mais ces « socialistes de l’offre » ne se considèrent pas comme centristes et revendiquent leur appartenance à la gauche et à la famille socialiste.

Les centristes au Parlement européen : le PDE

Le PDE (Parti Démocrate Européen), présidé par François Bayrou et par le centriste italien Francesco Rutelli, réunit 10 partis centristes européens, dont l’UDI et le Modem. Le PDE défend le fédéralisme européen et milite pour une démocratisation des institutions de l’UE. Il met également l’accent sur l’éducation, la défense des services publics et la protection sociale, et plaide pour l’émergence d’un « modèle social européen ». Au Parlement européen, les députés du PDE font partie du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), qui constitue actuellement le 4e groupe le plus important de cette assemblée.