Succès centristes aux municipales

F. Bayrou à Pau.

Le second tour des municipales a confirmé les bonnes performances des centristes au premier tour. Pas de « raz-de-marée » centriste, certes, mais des scores très honorables à l’échelle nationale, et quelques belles victoires locales comme celle de François Bayrou à Pau. A l’issue du second tour, 29 villes de plus 30.000 habitants ont un maire UDI ou Modem. Certaines de ces villes ont été prises à la gauche, comme Amiens, Laval, Niort, Nancy, Bobigny et, bien sûr, Pau. L’UDI a conquis 53 municipalités auparavant administrées par la gauche, soit 1/3 des villes conquises par l’opposition. En nombre de sièges, le centre est désormais la troisième force politique du pays dans les municipalités, devant le Front National. L’alliance entre le Modem et l’UDI a donc porté ses fruits : « l’Atlernative » de Borloo et Bayrou vient de passer avec succès son premier test éléctoral.

En outre, la stratégie de « front républicain » préconisée par l’UDI et le PS durant l’entre-deux-tours a fonctionné : dans les villes où un front républicain a été mis en place, le FN a été battu, comme à Perpignan, où le désistement du candidat socialiste en faveur du maire sortant UMP a permis de battre le candidat frontiste Louis Aliot. En revanche, les villes remportées par le Front National au second tour sont des villes où les candidats de gauche et de droite ont refusé tout désistement et toute fusion de listes, comme à Béziers, Fréjus ou Villers-Cotterêts. Ces résultats viennent donc valider la stratégie défendue par les centristes, alors que l’UMP avait clairement refusé la logique du front républicain.

Le succès incontestable du centre aux municipales ne doit cependant pas être interprété comme la renaissance d’un courant centriste puissant et unifié. En effet, les candidats centristes ont bénéficié du « vote sanction » contre l’actuelle majorité. De plus, la plupart des maires et des conseillers municipaux centristes ont été élus grâce à leur alliance avec l’UMP : sans cette alliance, il est évident que le centre aurait obtenu des résultats décevants. La question qui se pose donc à présent pour les centristes est celle de leurs relations avec l’UMP : les centristes peuvent-ils rester indépendants de la droite si leurs victoires locales sont obtenues dans le cadre d’alliances avec l’UMP ?

Le bilan des mairies FN

Dans les années 90, quatre villes françaises ont été gérées par un maire FN : Orange, Marignane, Toulon et Vitrolles. A l’approche des municipales de 2014, Marine Le Pen essaie de faire oublier la gestion calamiteuse des anciennes municipalités frontistes, et va même jusqu’à faire croire aux électeurs que le frontisme municipal fut exemplaire. En réalité, les maires FN ont été incapables de lutter efficacement contre les problèmes d’insécurité, bien qu’ils aient été élus sur des programmes ultra-sécuritaires. Leur mandat fut marqué par de nombreuses irrégularités : malversations et détournements de fonds, clientélisme, favoritisme, etc. Les maires FN, qui dénonçaient les pratiques immorales de leurs prédécesseurs, ont donc basculé dans les mêmes travers. De plus, les maires FN de Toulon et de Vitrolles ont mené des politiques sociales et culturelles absolument scandaleuses. Voici donc un petit rappel historique à l’attention de celles et ceux qui ont la mémoire courte et qui se disent que, finalement, le FN pourrait être une alternative crédible pour leur ville en 2014…

Orange (Vaucluse)

Jacques Bompard est maire d’Orange depuis maintenant 19 ans. Elu en 1995 sous l’étiquette FN, il a quitté le parti frontiste en 2005 pour s’affilier au MPF (le parti de Philippe de Villiers). Jacques Bompard a géré sa ville de façon plutôt pragmatique, et n’a jamais vraiment appliqué les idées du Front national (notamment en matière de « préférence nationale »). Il a en fait administré sa ville comme un maire de droite assez conservateur. La priorité de M. Bompard, en 1995, était l’embellissement du centre-ville. Sur le plan budgétaire, le bilan de Jacques Bompard est plutôt bon : la ville a réussi à réduire sa dette tout en baissant les impôts locaux, mais pour y parvenir, le maire a dû tailler dans les dépenses sociales, notamment en supprimant les cars de ramassage pour les centres aérés. Le bilan de Jacques Bompard a aussi ses points noirs, notamment en matière de sécurité : la délinquance a augmenté à Orange (vols, cambriolages et dégradations). En outre, le maire a refusé toute participation de la ville d’Orange à une intercommunalité : la commune a donc dû financer toute seule tous les équipements et tous les travaux dont elle avait besoin. Enfin, la réputation du maire a été entachée par une affaire de népotisme, quand le neveu de l’épouse de Jacques Bompard a été nommé à la tête de l’office du tourisme de la ville.

Marignane (Bouches-du-Rhône)

Daniel Simonpiéri a été élu maire en 1995 sous l’étiquette FN, puis réélu en 2001 sous l’étiquette du MNR (le parti d’extrême droite créé par Bruno Mégret). Il a été battu aux municipales de 2008, sous l’étiquette UMP. Comme à Orange, la politique municipale fut assez pragmatique, et l’équipe de Daniel Simonpiéri n’a pas vraiment mis en application les idées du FN. Mais la gestion de Marignane fut calamiteuse : endettement, hausse des impôts locaux, abandon des projets de rénovation du centre-ville, remplacement d’un projet de centre de loisirs par un supermarché…

Toulon (Var)

Jean-Marie Le Chevallier fut maire de Toulon de 1995 à 2001. Contrairement aux maires de Marignane et d’Orange, la gestion de Jean-Marie Le Chevallier a été très idéologique, et le maire de Toulon est resté fidèle aux thèses du Front National, comme le montre la sordide « Affaire de la Fête du Livre » : en 1996, lors de la Fête du Livre de Toulon, le maire critiqua ouvertement l’hommage rendu à Marek Halter, écrivain juif d’origine polonaise, sous prétexte que ce dernier avait une « vision internationaliste » incompatible avec la défense de la nation et de la culture française… Le maire exigea aussi que, lors de la Fête du livre, plusieurs maisons d’édition d’extrême droite soient représentées, telles que Difralivre. La gestion de la ville de Toulon par l’équipe de M. Le Chevallier fut désastreuse : la dette a explosé, et l’association « Jeunesse Toulonnaise », créée par la mairie pour organiser des colonies de vacances, fut si bien gérée qu’elle fut mise en liquidation judiciaire en 1999. Par ailleurs, le maire s’est retrouvé au cœur de plusieurs scandales : détournement de fonds du service jeunesse, discrimination à l’embauche, propos diffamatoires, favoritisme dans l’attribution du marché des cantines scolaires. Jean-Marie Le Chevallier fut également condamné en 2003 pour subornation de témoins dans l’affaire du meurtre de son directeur de cabinet.

Vitrolles (Bouches-du-Rhône)

Bruno et Catherine Mégret.

Catherine Mégret, l’épouse de Bruno Mégret, fut élue maire de Vitrolles en 1997 sur des arguments essentiellement sécuritaires. Elle fut réélue en 2001 sous l’étiquette du MNR mais l’élection fut annulée par le Conseil d’Etat. De toute évidence, c’est à Vitrolles que la gestion frontiste fut la plus marquée idéologiquement : Catherine Mégret a mené une politique ultra-sécuritaire, défendu la « préférence nationale » et mené une véritable guerre contre la diversité culturelle. Une prime de 5000 francs fut créée pour « tout enfant né de parents européens » (la justice annula cette prime jugée discriminatoire). En outre, la mairie supprima de façon arbitraire les subventions versées aux associations jugées hostiles au FN : l’affaire la plus médiatisée fut celle du « Sous-Marin ». Le Sous-Marin est un café-musique associatif accueillant plusieurs jeunes artistes engagés contre le FN et la nouvelle équipe municipale ; en octobre 1997, prétextant que le Sous-Marin programmait une « musique de dégénérés développant les mauvais instincts de la jeunesse », la mairie supprima brusquement les subventions dont bénéficiait cette association et fit murer le local par un huissier. Une semaine plus tard, la municipalité de Vitrolles fut condamnée pour effraction et pour entrave à la liberté d’association… Pour finir, rappelons que le Tribunal Administratif de Marseille condamna plusieurs limogeages abusifs d’agents administratifs de la mairie, et que Bruno Mégret fut condamné en 2007 pour avoir détourné l’argent de la commune afin de financer sa campagne pour les présidentielles.