L’UDI vote la censure… et renie ses idées

Lors de sa création en 2012, l’UDI avait promis d’incarner une opposition responsable et constructive, prête à voter les réformes utiles au pays, refusant les postures idéologiques et le systématisme de l’opposition droite/gauche. Malheureusement, nous en sommes loin. Tous les parlementaires de l’UDI s’accordaient à dire que, globalement, la loi Macron allait dans le bon sens: un tiers des députés UDI étaient même décidés à voter cette loi. Hélas, en votant la motion de censure contre le gouvernement Valls, les députés UDI ont encore manqué une occasion d’être courageux et d’affirmer leur différence avec l’UMP. Au lieu de soutenir une réforme qui était conforme à leurs idées, ils ont préféré les postures politiciennes. Au lieu d’agir en conformité avec l’indépendance dont ils se réclament, ils ont agi en bons soldats de l’UMP. Voter la motion de censure alors qu’on est favorable au projet de loi défendu par le gouvernement, voilà une belle hypocrisie… Il faut néanmoins souligner le courage des sept députés UDI (emmenés par Jean-Christophe Fromantin) qui ont affirmé leur indépendance en soutenant la loi Macron et en refusant de voter la motion de censure.

Quand le 49-3 sauve l’UDI d’un vote calamiteux

Manuel Valls le 17 février (source: bfmtv).

Le projet de loi Macron, qui vise à déverrouiller certains secteurs de l’économie française, aurait normalement dû trouver de nombreux soutiens dans les rangs du centre, à défaut d’en trouver sur l’aile gauche du PS. D’ailleurs, les centristes admettent que la loi Macron apporte des avancées, malgré le manque d’ambition du texte. L’ouverture à la concurrence des lignes d’autocar interurbaines? C’est une bonne chose, dit-on à l’UDI. L’augmentation du nombre de dimanches ouvrables dans les zones touristiques? C’est une bonne chose. La simplification des procédures en cas de licenciement collectif? Une bonne chose aussi. Seuls deux volets de la loi Macron suscitent quelques réserves au sein de l’UDI: la réforme des auto-écoles et celle des professions du droit. 

Pourtant, le texte a semé la zizanie chez les parlementaires UDI. Bien avant la séance du 17 février, Jean-Christophe Lagarde avait appelé à voter contre la loi Macron, coupant ainsi l’herbe sous le pied des quelques députés UDI prêts à voter le texte. Le 17 février, au sein du groupe UDI, une dizaine de députés voulaient voter contre la loi Macron, une dizaine de députés voulaient s’abstenir, et sept à huit députés avaient l’intention de voter en faveur du texte… Bref, l’UDI n’a pas été capable d’adopter une ligne claire face à la loi Macron, renvoyant ainsi au pays l’image d’un mouvement centriste divisé, confus et velléitaire. 

Heureusement pour les centristes, le gouvernement a choisi d’utiliser l’article 49-3, ce qui évite aux députés UDI de voter en ordre dispersé. En braves soldats de l’opposition, les députés centristes voteront la motion de censure déposée par l’UMP. Ainsi, le 49-3 sauve l’UDI d’une vote calamiteux sur la loi Macron et permet de restaurer un semblant d’unité dans les rangs de l’opposition… J’aurais préféré que la loi Macron soit soumise au vote de l’Assemblée, parce que ce vote aurait permis aux députés centristes les plus audacieux de marquer leur différence, et de soutenir une réforme qui, globalement, va dans le bon sens.