Christine Boutin et Frigide Barjot inventent leur propre définition de la légitimité

Christine Boutin et Frigide Barjot sont aux avant-postes de la lutte contre le « mariage pour tous ». Leur stratégie consiste à contester la légitimité de tout ce qu’elles n’approuvent pas.

1° Après le vote de la loi instaurant le mariage pour tous et le droit d’adoption pour les couples homosexuels, Mesdames Boutin et Barjot ont contesté la légitimité de cette loi. Selon elles, le projet de loi aurait dû être soumis à un référendum. Je ne vais pas revenir sur l’argumentation que j’ai déjà plusieurs fois développée sur ce blog concernant l’utilisation du référendum. Je rappellerai simplement que, dans la Constitution de la Cinquième République, le référendum est réservé aux réformes touchant aux institutions et à l’organisation de notre système économique et social. Rien ne justifiait que la loi sur le mariage pour tous passe par la voie référendaire: elle a été ratifiée par la voie parlementaire ordinaire, dans des conditions parfaitement conformes à la Constitution, comme l’ont été toutes les grandes réformes de société (majorité à 18 ans, droit à l’avortement, abolition de la peine de mort, PACS…).

2° Après la validation du texte par le Conseil Constitutionnel, Mesdames Boutin et Barjot ont contesté la légitimité de cette juridiction. Elles ont accusé les Sages d’avoir pris une décision « politique », sans tenir compte des intérêts de la société française. Cette accusation est grave, puisqu’elle met directement en cause la probité et la compétence des membres du Conseil Constitutionnel. Or, la décision rendue par les Sages a été parfaitement expliquée.  Les Sages ont considéré qu’il n’appartenait pas à leur juridiction de statuer sur l’égalité des droits entre les couples hétérosexuels et les couples homosexuels, et que cela relevait uniquement de l’appréciation du législateur. De plus, d’après les Sages, aucune règle à valeur constitutionnelle n’impose que les liens établis par la filiation adoptive imitent ceux de la filiation biologique. Le Conseil Constitutionnel n’a pas à approuver ou à désapprouver une loi, mais simplement à dire si cette loi est conforme ou non à la Constitution.

3° Désormais, Mesdames Boutin et Barjot vont jusqu’à contester la légitimité même du Président de la République, du gouvernement et de la majorité, sous prétexte que la cote de popularité du président s’est effondrée. Mais jusqu’à preuve du contraire, François Hollande a été élu avec la majorité absolue des suffrages en 2012, et les électeurs lui ont donné une nette majorité parlementaire. En outre, l’extension du mariage et du droit d’adoption aux couples de même sexe était inscrite dans le programme du candidat Hollande. Certes, l’élection ne donne pas au président un « blanc-seing » pendant cinq ans. Mais le mécontentement des Français ne rend pas « illégitimes » le Président et la majorité sortis des urnes il y a un an.

4° Pour justifier leur lutte contre la loi Taubira, Mesdames Boutin et Barjot disent qu’elles sont entrées « en résistance », comme si la France était « occupée » par la gauche, à l’image de la France de 1940 occupée par l’Allemagne. Elles prétendent se battre au nom de valeurs et de principes de civilisation qui seraient « supérieurs » aux institutions et à la loi républicaine elle-même. Mais ces valeurs et ces principes ne sont écrits nulle part, et restent soumis à la libre appréciation de chacun. La définition du mariage et les règles de filiation ont toujours été fixées par la loi, conformément aux principes énoncés dans la Constitution. N’importe qui peut évoquer n’importe quel « principe de civilisation », n’importe quelle « valeur », n’importe quel « modèle », n’importe quelle « loi naturelle » pour contester une décision qui lui déplaît. Mais dans un Etat de droit doté d’une constitution démocratique, ces considérations restent de l’ordre de la morale personnelle et n’ont aucune valeur juridique.

La légitimité désigne, en principe, le caractère de ce qui se fonde sur des principes justes et admis par la communauté. Mais pour Madame Boutin et Madame Barjot, est « illégitime » tout ce qui contredit leur vision de l’homme, de la famille et de la société.

Les lamentations pathétiques des opposants au mariage pour tous

A titre personnel, je suis contre le mariage homosexuel et le droit d’adoption pour les couples de même sexe. Mais le spectacle que nous donnent à voir les opposants au « mariage pour tous » (qu’il s’agisse de responsables politiques ou de simples militants) est tout simplement affligeant. A l’UMP, des voix demandent une démission de la ministre de la Justice, réclament un référendum et dénoncent un « passage en force » et un « coup d’Etat démocratique » (???). Lors des « Manif’ Pour Tous », on voit des militants instrumentaliser leurs propres enfants, provoquer les forces de l’ordre et jouer ensuite les martyrs parce qu’ils ont pris un peu de gaz lacrymogène dans la figure. Pire, on assiste à des prières collectives de catholiques en pleine rue. Pire encore, les actes homophobes se multiplient et des organisations catholiques intégristes comme « Civitas » distribuent des tracts homophobes en toute impunité. Il est temps que tout cela cesse.

Pourquoi parler de « passage en force » ou de « coup d’Etat » ? Notre pays est encore (jusqu’à preuve du contraire) une démocratie, dans laquelle le président et le Parlement sont élus au suffrage universel. Le « mariage pour tous » était dans le programme de François Hollande en 2012. Les Français ont élu Hollande et lui ont donné une large majorité parlementaire. Il est donc parfaitement légitime que le projet de loi relatif au « mariage pour tous » soit adopté par le législateur, sans référendum. La Constitution de la 5ème République réserve le référendum à des questions bien spécifiques, à savoir les réformes institutionnelles et les réformes touchant à l’organisation économique et sociale du pays (article 11). Quant au vote du Congrès à la majorité qualifiée des trois cinquièmes, il ne concerne que les révisions constitutionnelles. Rien ne justifie donc que le « mariage pour tous » fasse l’objet d’une procédure particulière. La durée des débats parlementaires fixée par le gouvernement est largement suffisante, d’autant plus que le débat avait commencé dans la société et les médias bien avant la présentation du texte à l’Assemblée Nationale. Ceux qui, à l’UMP, dénoncent un « passage en force » et un « mépris pour les Français qui sont dans la rue » ont la mémoire courte, et semblent avoir oublié que Nicolas Sarkozy a lui-même fait passer des réformes contre lesquelles des centaines de milliers de Français sont allés manifester, comme la réforme des retraites de 2010. Ils ont aussi oublié une fameuse déclaration de Jean-Pierre Raffarin lors des manifestations contre la réforme des retraites de 2003: « Ce n’est pas la rue qui gouverne ». Ceux qui, à l’UMP, dénonçaient les prières de rue des musulmans semblent faire preuve d’une étonnante complaisance à l’égard des catholiques intégristes qui ont prié en pleine rue à plusieurs reprises contre le projet de loi de Monsieur Hollande. Quelle hypocrisie! Selon l’UMP, quand c’est le peuple de droite qui descend dans la rue, il faut écouter la rue, mais quand c’est le peuple de gauche, ça ne compte pas…

Il est vraiment temps que tout cela cesse, que le débat sur le « mariage pour tous » prenne fin, et que le gouvernement puisse enfin se consacrer pleinement aux vrais problèmes: la moralisation de la vie politique, la réduction des déficits publics, l’emploi et la compétitivité.

Faut-il un référendum sur le mariage pour tous?

Entre 340.000 et 800.000 manifestants ont exprimé à Paris, ce dimanche 13 janvier, leur opposition au mariage pour tous et au droit d’adoption pour les couples homosexuels. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la manifestation a été une réussite: elle a rassemblé beaucoup plus de participants que la dernière manifestation en faveur du mariage pour tous. De plus, elle s’est déroulée dans le calme, sans dérapages homophobes.

Visiblement, la mobilisation contre le mariage pour tous n’est pas un épiphénomène, elle ne se pas limite aux milieux catholiques et à l’extrême droite! Il s’agit d’un mouvement beaucoup plus important qui traduit une inquiétude réelle et profonde. Nous nous trouvons face à un choix crucial, qui touche au fondement même de la société: la famille. Faut-il considérer que les couples homosexuels ont vocation à se marier, à fonder des foyers, et à élever des enfants? que les enfants n’ont pas besoin à la fois d’un père et d’une mère? qu’un enfant élevé par deux hommes ou par deux femmes aura les points de repère qui lui seront nécessaires, et qu’il ne sera pas profondément perturbé? La France n’est sans doute  pas prête pour un tel bouleversement, et on ne peut absolument pas savoir, aujourd’hui, quelles seraient dans 15 ou 30 ans les conséquences de cette réforme: les psychiatres et les psychologues eux-mêmes sont très divisés sur la question. Peut-on prendre le risque? Peut-on faire ce « pari »?

Pour autant, faut-il un référendum, comme le demandent certains opposants au projet? Non, il ne faut pas de référendum, pour au moins deux raisons.

Premièrement, on ne peut pas organiser un référendum sur n’importe quel sujet: cette procédure est réservée aux questions constitutionnelles (quinquennat, traité constitutionnel européen, etc.), ainsi qu’aux grandes réformes économiques et sociales, en particulier celles qui touchent aux services et entreprises publics. C’est ce que dit l’article 11 de notre Constitution: « le Président de la République, sur proposition du Gouvernement (…) ou sur proposition conjointe des deux Assemblées (…), peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la nation et aux services publics qui y concourent ».  Par conséquent, le référendum ne doit pas se substituer au législateur: si nous élisons des députés, c’est précisément pour qu’ils discutent, amendent et votent les projets de loi.

Deuxièmement, la légalisation du mariage et du droit d’adoption pour les couples homosexuels était dans le programme du candidat Hollande: en élisant François Hollande à la présidence et en lui donnant une majorité, les Français ont validé son programme et ouvert la voie à son application: le président n’a pas à demander « l’autorisation » des Français pour appliquer le programme sur lequel il a été élu! En 1981, François Mitterrand avait annoncé l’abolition de la peine de mort dans son programme, et avait directement fait voter cette réforme par le Parlement, malgré la vigueur des oppositions.

Le président et le gouvernement iront jusqu’au bout: le projet sera soumis aux parlementaires fin janvier. Les élus devront discuter le texte et mesurer toutes ses implications, en prenant en compte les inquiétudes profondes que ce projet suscite au sein de la population française. Mais en attendant que le texte arrive au Parlement, le débat doit se poursuivre dans la société.

Mariage gay et homophobie: les catholiques intégristes frappent fort

Tract des Jeunes Civitas

Depuis que François Hollande a annoncé sa volonté de légaliser le « mariage pour tous », l’organisation catholique et royaliste « Civitas » a mené en Île-de-France plusieurs campagnes de tractage contre le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Sur l’un des tracts de cette organisation ô combien progressiste, on peut voir la photo d’un couple d’hommes défilant dans la rue avec les fesses à l’air pendant la Gay Pride. La photo est accompagnée de la question suivante : « Confieriez-vous des enfants à ces gens-là ? ».

Que désigne exactement l’expression « ces gens-là » ? Les deux hommes de la photographie ? Les homosexuels qui participent à la Gay Pride ou à d’autres manifestations de ce genre ? Les homosexuels en général ? Tout le problème se trouve dans cette ambiguïté. Les auteurs du tract font un amalgame grossier entre les deux hommes photographiés et la communauté homosexuelle dans son ensemble, comme si les premiers étaient représentatifs de la seconde. Le message est donc clair : les homosexuels ne peuvent pas être de bons parents parce que ce sont des individus exhibitionnistes et obscènes.

Ce tract est doublement insultant : c’est une insulte aux homosexuels et une insulte au bon sens. Tous les homosexuels de France ne défilent pas dans les rues des grandes villes le jour de la Gay Pride, et certains d’entre eux trouvent même cette manifestation assez lamentable, car elle véhicule une image caricaturale de leur communauté. Utiliser les frasques de la Gay Pride comme argument contre l’homoparentalité est totalement stupide, car en suivant un tel raisonnement, il faudrait aussi considérer les hétéros comme des obsédés sexuels et des exhibitionnistes, étant donné que certains hétéros pratiquent l’échangisme ou participent à des soirées « libertines ». A-t-on déjà envisagé de priver les couples hétérosexuels du droit d’adoption sous prétexte que certains hétéros fréquentaient des clubs échangistes ?

Il est tout à fait normal que le « mariage pour tous » suscite un débat passionné, parce que cette réforme touche au mariage, à l’enfance et à la famille, et parce qu’elle heurte les convictions religieuses de certains. La reconnaissance d’un droit au mariage et à l’adoption pour des couples de même sexe constitue un bouleversement majeur, qui soulève des problèmes essentiels pour l’avenir de notre société. Sur un tel sujet, il doit y avoir un débat, mais un débat raisonnable, argumenté et respectueux des uns et des autres. En amalgamant de façon totalement caricaturale homosexualité et Gay Pride, « Civitas » n’a pas pour objectif de contribuer intelligemment à ce débat mais de nuire à l’image de la communauté homosexuelle, en perpétuant l’assimilation de l’homosexualité à une « déviance » honteuse.

D’ailleurs, les membres de « Civitas » ne semblent pas se rendre compte que leurs tracts homophobes sont contre-productifs, car cette propagande cautionne, d’une certaine façon, l’idée que les adversaires du mariage homosexuel sont homophobes. Il n’est donc pas inutile de rappeler cette chose importante : on peut contester le principe du « mariage pour tous » sans pour autant être homophobe. Ce qui est en jeu dans cette réforme, ce ne sont pas les mœurs ou la place des homosexuels dans la société française, mais bien la définition même du mariage et de la famille. Les amalgames infamants et homophobes de « Civitas » ne font pas avancer le débat, bien au contraire : ils attisent inutilement la haine et l’intolérance. Rappelons, au passage, que le mot latin civitas signifie cité, ou citoyenneté. Cherchez l’erreur.