Le nouveau pouvoir est au centre

L’allocution d’Emmanuel Macron devant le Congrès à Versailles lundi 3 juillet fut assez décevante : elle se résumait à quelques mesures de bon sens noyées dans un discours interminable et verbeux qui, sur le fond, n’apportait pas grand chose de nouveau. Ce qu’il faut retenir de cette allocution, c’est surtout la réforme du Parlement : le président souhaite réduire d’un tiers le nombre de députés et de sénateurs, instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives pour améliorer la représentativité de l’Assemblée nationale, et limiter le nombre de mandats parlementaires dans le temps pour favoriser le renouvellement de la vie politique. Ces trois mesures sont justes, concrètes, réalistes et rejoignent très largement les idées centristes. On retiendra également la suppression de la Cour de Justice de la République et la sortie de l’état d’urgence. Les autres annonces faites par Emmanuel Macron vont dans le bon sens mais restent, hélas, beaucoup trop vagues : sur la relance du projet européen, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise des flux migratoires et l’harmonisation des politiques d’asile à l’échelle européenne, on ne peut que regretter le manque de précision du président de la République, même si les orientations proposées sont bonnes. Les groupes LREM de l’Assemblée nationale et du Sénat, le groupe MoDem de l’Assemblée nationale et le groupe UDI-Union Centriste du Sénat ont approuvé la déclaration du président et se sont engagés à soutenir son action. Le groupe « Les Constructifs » de l’Assemblée nationale a également exprimé un avis positif sur la déclaration présidentielle bien que deux députés UDI, Jean-Christophe Lagarde et Philippe Vigier, aient boycotté le Congrès.

Le discours de politique générale d’Edouard Philippe, prononcé mardi 4 juillet devant l’Assemblée nationale, fut beaucoup précis que l’allocution présidentielle. Le Premier Ministre a présenté les principales mesures que son gouvernement allait porter : la plupart des réformes évoquées reprennent les promesses de campagne d’Emmanuel Macron sur la fiscalité, l’écologie, la moralisation de la vie publique, l’assouplissement du Code du Travail et la réforme de l’assurance chômage. Le Premier Ministre a également précisé quelle serait son action dans le domaine de la santé (en particulier l’extension de la liste des vaccins obligatoires) et dans le domaine de l’éducation (notamment la réforme du bac). Mais surtout, Edouard Philippe a détaillé le calendrier de l’action gouvernementale et montré son intention d’étaler les grandes réformes sur l’ensemble de la mandature. Le Premier Ministre a également rappelé la nécessité de maîtriser les dépenses publiques pour ramener le déficit sous le seuil de 3% du PIB, conformément aux critères du Pacte de stabilité de la zone euro. Le discours du Premier Ministre confirme donc que la France sera gouvernée au centre et que les réformes seront menées avec pragmatisme et lucidité dans un souci de juste équilibre entre efficacité économique et protection sociale, mais aussi dans un souci d’équilibre des pouvoirs entre l’Etat et les collectivités, et dans le respect des grands équilibres écologiques et budgétaires qui permettront de léguer aux générations futures une situation financière et environnementale plus supportable. D’ailleurs, selon un sondage Elabe-BFMTV publié le 5 juillet, 54% des Français estiment que l’exécutif est au centre. Le discours d’Edouard Philippe s’inscrit dans l’héritage de Jacques Chaban-Delmas et de Michel Rocard, deux anciens Premiers Ministres qui ont, eux aussi, gouverné « au centre » en dépassant les clivages politiques traditionnels et en proposant une sorte de troisième voie réformiste et progressiste entre la gauche et la droite.

Les députés du groupe LREM ont évidemment voté la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe et ont exprimé leur adhésion sans réserve à l’ensemble de la feuille de route gouvernementale. Le groupe MoDem, par la voix de son président Marc Fesneau, a lui aussi voté la confiance au gouvernement : dans son allocution, Marc Fesneau a mis en avant la recomposition politique actuellement à l’œuvre, le refus de tout dogmatisme et la nécessaire moralisation de la vie publique ; il a aussi présenté l’allègement de la dette comme une obligation morale vis-à-vis des générations à venir ; il a enfin rappelé la nécessité de relancer le projet européen pour donner à l’Union européenne les moyens de peser sur la scène internationale mais aussi de mieux protéger les citoyens. Le groupe « Les Constructifs », qui compte 35 députés LR, UDI et divers droite, a quant à lui voté en ordre dispersé : une quinzaine d’entre eux a voté la confiance au gouvernement, les autres se sont abstenus. Stéphane Demilly, président du groupe « Les Constructifs », a déclaré dans son allocution qu’il souhaitait la réussite du gouvernement et que son groupe parlementaire incarnerait une opposition intelligente et constructive libérée de tous les « carcans partisans ». Mais il a aussi exprimé son inquiétude face à la réforme du Code du Travail par ordonnances, car selon lui la représentation nationale doit pouvoir débattre de chaque aspect de cette réforme essentielle. Stéphane Demilly a également exprimé un désaccord sur la hausse de la CSG, qui conduira selon lui à augmenter la pression fiscale, ainsi que sur la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages, qui risque d’augmenter la dépendance financière des collectivités vis-à-vis de l’Etat.

C’est donc bien une majorité centrale qui soutiendra l’action du gouvernement : cette majorité qui va du centre-gauche au centre-droit dépasse les clivages politiques traditionnels. Ce qui montre que la nouvelle majorité est au centre, c’est qu’elle fait face à une opposition à la fois sur sa gauche et sur sa droite. Numériquement parlant, la principale force d’opposition est le groupe LR qui, avec une centaine de députés, constitue le deuxième groupe derrière LREM mais n’a pas de véritable leadership. Toutefois, sur le plan idéologique, la principale force d’opposition sera la « France Insoumise », qui ne compte que 17 députés mais dispose d’un leader charismatique et tonitruant dans la personne de Jean-Luc Mélenchon.

Edouard Philippe.

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