Mairies FN élues en mars 2014: un bilan déjà affligeant

Vous pensiez que la page était tournée? Que le FN avait changé? Que les municipalités frontistes élues en mars dernier seraient différentes des municipalités FN calamiteuses des années 90? Eh bien non. La nouvelle génération de maires FN est à la hauteur de l’ancienne. Trois mois et demi seulement après les municipales, le bilan des 11 nouvelles mairies FN est déjà consternant: dérapages verbaux, politiques discriminatoires, guerre ouverte contre l’islam et la mixité culturelle, stigmatisation des chômeurs, sans oublier l’augmentation généreuse du salaire de certains édiles qui avaient pourtant promis des économies budgétaires… Tout cela pourrait prêter à rire, s’il ne s’agissait pas de vrais maires, dans de vraies villes avec de vrais habitants, en France.

David Rachline, maire de Fréjus.

Béziers (Hérault): Robert Ménard, maire non encarté soutenu par le FN, a eu la curieuse idée d’interdire aux habitants d’étendre du linge aux balcons et aux fenêtres des immeubles visibles depuis la voie publique. Dans quel but? Redonner de « l’attractivité touristique » à la ville de Béziers. Car c’est bien connu, tous les touristes ont une sainte horreur du linge étendu aux fenêtres… Evidemment, cette mesure grotesque n’aura pas le moindre effet sur le tourisme à Béziers. Robert Ménard a également décidé de supprimer l’étude surveillée de 7h35 à 8h20 dans les écoles primaires, et de la remplacer par un simple accueil, réservé aux enfants dont les deux parents ont un emploi. Les enfants de chômeurs ne seront donc pas admis à l’école avant 8h20, au seul motif que leurs parents peuvent s’en occuper jusqu’à l’heure de la classe. Mesure discriminatoire qui, sous couvert d’économies budgétaires, vise à stigmatiser les chômeurs.

Beaucaire (Gard): le maire FN Julien Sanchez a fait parler de lui à cause de certains propos douteux. Alors que plusieurs professeurs avaient refusé de lui serrer la main et de siéger en sa compagnie au conseil d’administration du lycée Paul Langevin de Beaucaire, le maire les qualifia publiquement de « syndicalistes enseignants sans éducation, privilégiés, aigris et sectaires, dont le comportement n’a rien à envier à celui de racailles ». Holly Harvey-Turchet, chef de cabinet de Julien Sanchez, a quant à elle publié plusieurs messages ouvertement racistes sur sa page Facebook, du genre: « France: Fédération des Réfugiés Arabes Nourris par les Caisses de l’Etat ». Sans commentaire.

Le Pontet (Vaucluse): en juin 2014, le maire FN Joris Hébrard a fait supprimer la gratuité des cantines scolaires, gratuité dont bénéficiaient jusqu’alors les familles les plus démunies. Le maire justifie cette mesure par la nécessité de « responsabiliser » les familles et de restaurer l’équilibre des finances municipales. Le problème, c’est que le même Joris Hébrard a augmenté son propre salaire de 44% (soit 1000 euros de plus par mois) peu de temps après son élection à la mairie. D’après les calculs d’un élu de l’opposition, l’augmentation de salaire du maire représenterait le coût de 500 repas de cantine par mois. L’argument de la rigueur budgétaire est donc difficile à avaler, quand le maire s’accorde une substantielle augmentation tout en imposant des efforts aux familles les plus modestes.

Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais): immédiatement après sa victoire, le maire Steeve Briois a expulsé la Ligue des Droits de l’Homme du local que la mairie mettait auparavant à la disposition de cette association. Il va sans dire que la Ligue des Droits de l’Homme a également été privée des subventions dont elle bénéficiait. Pourquoi une telle décision? La LDH fait depuis longtemps campagne contre les idées du FN, au niveau local comme au niveau national: le maire d’Hénin-Beaumont considère qu’en intervenant dans le débat politique, la LDH se comporte comme une organisation partisane et qu’à ce titre, elle ne doit plus recevoir de subventions ni bénéficier d’un quelconque soutien de la part de la municipalité. Cette décision purement politique a comme un parfum de règlement de compte… Rappelons toutefois que la Ligue des Droits de l’Homme est une association apolitique, fondée en 1898, en pleine Affaire Dreyfus, pour défendre et promouvoir les Droits de l’Homme dans tous les domaines de la vie publique. La décision de Steeve Briois illustre bien la conception que le FN a de la démocratie: les associations favorables au FN sont les bienvenues, mais celles qui critiquent les idées du parti doivent, comme le disait Marine Le Pen, « être mises au pied du mur ».

Fréjus (Var): le maire David Rachline a déclaré qu’il était opposé à la construction d’une mosquée dans le quartier de La Gabelle, et qu’il souhaitait organiser un référendum sur la question. Pourtant, les travaux ont commencé avant l’élection de David Rachline, grâce à un permis de construire parfaitement légal délivré par l’ancien maire UMP, et la future mosquée est entièrement financée par les musulmans de Fréjus. Le projet de référendum municipal est donc une décision aberrante, qui vise uniquement à flatter les sentiments islamophobes d’une partie de l’électorat de David Rachline.

Le Luc (Var): bien qu’élu sur le thème du redressement des finances municipales, le maire Philippe de la Grange a décidé de s’accorder, ainsi qu’à ses adjoints, une augmentation de 15% juste après son élection, ce qui porte à 2404 euros le salaire mensuel du maire de cette petite ville de 9000 habitants. Comment Monsieur de la Grange a-t-il justifié cette augmentation? « Les adjoints touchent quand même moins qu’un étranger venant prendre sa retraite en France sans jamais y avoir travaillé » (dixit Philippe de la Grange). Quel est le rapport?…

Cogolin (Var): le maire Marc-Etienne Lansade, qui avait promis de réduire les dépenses de fonctionnement de la mairie, s’est accordé une belle enveloppe mensuelle de 1250 euros pour ses « frais de représentation », en plus de son salaire, qui a lui-même été augmenté de 14%. Selon le journal Var Matin, la dette de la commune s’élève pourtant à 13 millions d’euros.

Mantes la Ville (Yvelines): le jeune Cyril Nauth, élu maire de Mantes la Ville à seulement 32 ans, est le premier maire FN d’Île-de-France. Comme son homologue de Fréjus David Rachline, Cyril Nauth a fait campagne contre la construction d’une salle de prière musulmane dans sa ville. En mai, le nouveau maire a refusé de signer la vente d’un bâtiment à une association musulmane locale. Or, cette vente avait été décidée par l’ancienne équipe municipale, et la transaction était quasiment bouclée avant l’élection de Cyril Nauth. L’association musulmane s’était engagée à couvrir l’ensemble des frais liés à l’achat du bâtiment et aux travaux. Pour des raisons purement idéologiques, l’édile a donc rompu les engagements pris par la mairie, en avançant de faux prétextes (difficultés de stationnement, non-solvabilité supposée de l’association musulmane). Décidément, il n’est pas bon d’être musulman dans une ville gérée par le FN.

Hayange (Moselle): Fabien Engelmann, le jeune maire d’Hayange, a publié en avril une autobiographie truffée de passages ouvertement islamophobes. L’auteur (qui n’est absolument pas spécialiste de la religion musulmane) y qualifie l’islam d’idéologie « sectaire », « figée dans son passé »« incompatible avec notre Constitution », et dénonce un « dogme dangereux pour la démocratie ». Il y multiplie aussi les amalgames entre islam et islamisme, ou entre islam et immigration. Non content de s’improviser théologien, Fabien Engelmann se prend aussi pour un historien et réécrit l’histoire de l’Algérie, pays qui « doit tout à la France » et qui, avant la colonisation, n’était qu’un « désert sans peuple défini ». Islamophobie, xénophobie, apologie de la colonisation: l’imposture intellectuelle de Fabien Engelmann est sans limites.

Marseille, 7ème secteur (Bouches-du-Rhône): à Marseille, les maires de secteur ont peu de pouvoir, ce qui limite a priori les possibilités de dérapages de Stéphane Ravier, le nouveau maire du 7ème secteur. Ce monsieur a quand même réussi à faire parler de lui en adressant aux agents municipaux qui gèrent les centres d’animation une circulaire « sur l’usage de la langue française dans les services publics ». Cette circulaire rappelle que « la langue de la République est le français », et interdit aux agents municipaux l’usage d’une langue autre que le français pendant leur service. La circulaire ferait suite à des « plaintes » adressées à la mairie par des administrés offusqués d’entendre des agents municipaux s’exprimer dans une langue étrangère. Le journal La Provence précise pourtant qu’aucune plainte n’a été enregistrée par la mairie du 7ème secteur à propos des langues utilisées par les agents municipaux. Rappelons que Stéphane Ravier est un ardent défenseur de la culture provençale. Il est assez amusant de voir un promoteur de la langue provençale défendre soudain la langue de la République avec autant de zèle. Heureusement, pour le moment, le maire du 7ème secteur n’a pas encore envisagé de poser des micros pour écouter ses agents municipaux.

Villers-Cotterêts (Aisne): le nouveau maire Franck Briffaut a refusé de commémorer l’abolition de l’esclavage, alors que chaque année depuis 7 ans, une cérémonie de commémoration est organisée le 10 mai dans sa commune. En effet, depuis un décret de 2006, une célébration doit être organisée tous les 10 mai à Paris ainsi que dans chaque département pour commémorer l’abolition de l’esclavage en France. Cette commémoration a une portée particulièrement symbolique à Villers-Cotterêts, puisque cette ville abrite la tombe du Général Dumas, célèbre général de la Révolution Française né à Saint-Domingue d’une mère esclave d’origine africaine (le général Dumas était aussi le père d’Alexandre Dumas, auteur des Trois Mousquetaires). Le maire de Villers-Cotterêts considère cette commémoration comme une « auto-culpabilisation permanente des autorités françaises ». Le 10 mai 2014, la cérémonie a donc eu lieu à Villers-Cotterêts sans Monsieur Briffaut, qui avait sans doute mieux à faire ce jour-là. Franchement, que dire face une telle bêtise? En quoi le fait de célébrer l’abolition de l’esclavage serait-il une « auto-culpabilisation »? L’abolition de l’esclavage n’est-elle pas plutôt un événement heureux qui fait honneur à la République Française? Monsieur Briffaut, lui, ne fait honneur ni à sa ville, ni à son pays.

Le bilan des mairies FN

Dans les années 90, quatre villes françaises ont été gérées par un maire FN : Orange, Marignane, Toulon et Vitrolles. A l’approche des municipales de 2014, Marine Le Pen essaie de faire oublier la gestion calamiteuse des anciennes municipalités frontistes, et va même jusqu’à faire croire aux électeurs que le frontisme municipal fut exemplaire. En réalité, les maires FN ont été incapables de lutter efficacement contre les problèmes d’insécurité, bien qu’ils aient été élus sur des programmes ultra-sécuritaires. Leur mandat fut marqué par de nombreuses irrégularités : malversations et détournements de fonds, clientélisme, favoritisme, etc. Les maires FN, qui dénonçaient les pratiques immorales de leurs prédécesseurs, ont donc basculé dans les mêmes travers. De plus, les maires FN de Toulon et de Vitrolles ont mené des politiques sociales et culturelles absolument scandaleuses. Voici donc un petit rappel historique à l’attention de celles et ceux qui ont la mémoire courte et qui se disent que, finalement, le FN pourrait être une alternative crédible pour leur ville en 2014…

Orange (Vaucluse)

Jacques Bompard est maire d’Orange depuis maintenant 19 ans. Elu en 1995 sous l’étiquette FN, il a quitté le parti frontiste en 2005 pour s’affilier au MPF (le parti de Philippe de Villiers). Jacques Bompard a géré sa ville de façon plutôt pragmatique, et n’a jamais vraiment appliqué les idées du Front national (notamment en matière de « préférence nationale »). Il a en fait administré sa ville comme un maire de droite assez conservateur. La priorité de M. Bompard, en 1995, était l’embellissement du centre-ville. Sur le plan budgétaire, le bilan de Jacques Bompard est plutôt bon : la ville a réussi à réduire sa dette tout en baissant les impôts locaux, mais pour y parvenir, le maire a dû tailler dans les dépenses sociales, notamment en supprimant les cars de ramassage pour les centres aérés. Le bilan de Jacques Bompard a aussi ses points noirs, notamment en matière de sécurité : la délinquance a augmenté à Orange (vols, cambriolages et dégradations). En outre, le maire a refusé toute participation de la ville d’Orange à une intercommunalité : la commune a donc dû financer toute seule tous les équipements et tous les travaux dont elle avait besoin. Enfin, la réputation du maire a été entachée par une affaire de népotisme, quand le neveu de l’épouse de Jacques Bompard a été nommé à la tête de l’office du tourisme de la ville.

Marignane (Bouches-du-Rhône)

Daniel Simonpiéri a été élu maire en 1995 sous l’étiquette FN, puis réélu en 2001 sous l’étiquette du MNR (le parti d’extrême droite créé par Bruno Mégret). Il a été battu aux municipales de 2008, sous l’étiquette UMP. Comme à Orange, la politique municipale fut assez pragmatique, et l’équipe de Daniel Simonpiéri n’a pas vraiment mis en application les idées du FN. Mais la gestion de Marignane fut calamiteuse : endettement, hausse des impôts locaux, abandon des projets de rénovation du centre-ville, remplacement d’un projet de centre de loisirs par un supermarché…

Toulon (Var)

Jean-Marie Le Chevallier fut maire de Toulon de 1995 à 2001. Contrairement aux maires de Marignane et d’Orange, la gestion de Jean-Marie Le Chevallier a été très idéologique, et le maire de Toulon est resté fidèle aux thèses du Front National, comme le montre la sordide « Affaire de la Fête du Livre » : en 1996, lors de la Fête du Livre de Toulon, le maire critiqua ouvertement l’hommage rendu à Marek Halter, écrivain juif d’origine polonaise, sous prétexte que ce dernier avait une « vision internationaliste » incompatible avec la défense de la nation et de la culture française… Le maire exigea aussi que, lors de la Fête du livre, plusieurs maisons d’édition d’extrême droite soient représentées, telles que Difralivre. La gestion de la ville de Toulon par l’équipe de M. Le Chevallier fut désastreuse : la dette a explosé, et l’association « Jeunesse Toulonnaise », créée par la mairie pour organiser des colonies de vacances, fut si bien gérée qu’elle fut mise en liquidation judiciaire en 1999. Par ailleurs, le maire s’est retrouvé au cœur de plusieurs scandales : détournement de fonds du service jeunesse, discrimination à l’embauche, propos diffamatoires, favoritisme dans l’attribution du marché des cantines scolaires. Jean-Marie Le Chevallier fut également condamné en 2003 pour subornation de témoins dans l’affaire du meurtre de son directeur de cabinet.

Vitrolles (Bouches-du-Rhône)

Bruno et Catherine Mégret.

Catherine Mégret, l’épouse de Bruno Mégret, fut élue maire de Vitrolles en 1997 sur des arguments essentiellement sécuritaires. Elle fut réélue en 2001 sous l’étiquette du MNR mais l’élection fut annulée par le Conseil d’Etat. De toute évidence, c’est à Vitrolles que la gestion frontiste fut la plus marquée idéologiquement : Catherine Mégret a mené une politique ultra-sécuritaire, défendu la « préférence nationale » et mené une véritable guerre contre la diversité culturelle. Une prime de 5000 francs fut créée pour « tout enfant né de parents européens » (la justice annula cette prime jugée discriminatoire). En outre, la mairie supprima de façon arbitraire les subventions versées aux associations jugées hostiles au FN : l’affaire la plus médiatisée fut celle du « Sous-Marin ». Le Sous-Marin est un café-musique associatif accueillant plusieurs jeunes artistes engagés contre le FN et la nouvelle équipe municipale ; en octobre 1997, prétextant que le Sous-Marin programmait une « musique de dégénérés développant les mauvais instincts de la jeunesse », la mairie supprima brusquement les subventions dont bénéficiait cette association et fit murer le local par un huissier. Une semaine plus tard, la municipalité de Vitrolles fut condamnée pour effraction et pour entrave à la liberté d’association… Pour finir, rappelons que le Tribunal Administratif de Marseille condamna plusieurs limogeages abusifs d’agents administratifs de la mairie, et que Bruno Mégret fut condamné en 2007 pour avoir détourné l’argent de la commune afin de financer sa campagne pour les présidentielles.