La querelle des investitures: première crise pour « La République En Marche »

Jeudi 11 mai, les responsables de « La République En Marche » (LREM) devaient publier la liste des candidats investis par le parti d’Emmanuel Macron aux législatives de juin. Ce moment solennel qui devait lancer la campagne du parti présidentiel a été gâché par quelques « couacs » tout à fait regrettables.

Premier couac : la liste présentée ne compte que 428 candidats (au lieu de 577). La commission d’investiture a pris énormément de retard dans le traitement des dossiers à cause d’un afflux de candidatures après la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Le délai très court dont disposait la commission pour examiner les dossiers n’a pas permis d’établir avant le 11 mai la liste complète des candidats. 149 circonscriptions n’ont donc pas encore de candidat officiellement investi par LREM, et des milliers de postulants attendent avec anxiété le verdict de la commission d’investiture, sans vraiment comprendre pourquoi aucune réponse ne leur a été donnée. Ce « cafouillage » témoigne d’un manque d’anticipation et s’explique par l’inexpérience de ce tout jeune parti qui veut dynamiter le système politique.

Deuxième couac : le cas Manuel Valls. L’ancien Premier Ministre avait demandé l’investiture de LREM dans sa circonscription d’Evry, mais le parti d’Emmanuel Macron a finalement décidé de ne pas l’investir, officiellement pour favoriser le « renouvellement » de la vie politique. On peut toutefois se demander si Valls n’a pas été écarté pour une autre raison : n’incarne-t-il pas de façon trop évidente la continuité avec Hollande ? Pour beaucoup d’électeurs, Valls est le symbole des erreurs du dernier quinquennat. L’utilisation répétée de l’article 49-3, notamment pour faire passer la loi El-Khomri, a laissé de mauvais souvenirs qui risquent de nuire au parti de Macron. LREM a finalement décidé de ne pas investir Valls mais de ne pas présenter de candidat face à lui.

Troisième couac : l’introuvable équilibre politique entre gauche et droite. LREM se présente comme un parti central, et la liste des candidats aux législatives devait refléter cette volonté d’équilibre entre la gauche et la droite. Mais dans la liste publiée le 11 mai, les candidats issus du PS (ou proches du PS) sont nettement plus nombreux que les candidats issus de LR ou de l’UDI. Dans ces conditions, le nouveau parti présidentiel risque d’apparaître aux yeux des électeurs comme une gigantesque machine à recycler des socialistes. Les électeurs de droite qui ont voté Macron à la présidentielle pourraient alors se détourner du nouveau président et voter pour les candidats estampillés LR ou UDI aux législatives.

Dernier couac, et pas le moindre : la liste des candidats LREM a provoqué la colère de François Bayrou. Le maire de Pau estime en effet que le MoDem est sous-représenté parmi les 428 candidats investis : la liste présentée par LREM le 11 mai ne compte que 38 candidats issus du MoDem alors que Bayrou en espérait 120. François Bayrou estime avoir joué un rôle déterminant dans la victoire de Macron à la présidentielle et considère que le MoDem a vocation à devenir une force politique majeure au sein de la future majorité. Il est vrai que le ralliement de Bayrou à Macron a été suivi d’une hausse des intentions de vote en faveur de ce dernier : le soutien de Bayrou a, en quelque sorte, consolidé la légitimité du candidat. Cela dit, Macron était déjà très populaire et très haut dans les sondages avant le ralliement de Bayrou : le chef du MoDem surestime sans doute un peu son influence dans la campagne présidentielle. Bayrou prétend que, dès le mois de février, Macron s’est engagé à réserver pour le MoDem une centaine de circonscriptions aux législatives ; or, les responsables de LREM affirment qu’aucun accord de ce type n’a été conclu. Il est possible que Macron ait pris un engagement verbal vis-à-vis de Bayrou avant la présidentielle et que la commission d’investiture ait finalement choisi d’ignorer cet engagement pour privilégier une logique de renouvellement. Mais si un pacte a effectivement été conclu en février entre Bayrou et Macron pour les législatives, alors la colère de Bayrou semble totalement justifiée. Ce qui est sûr, c’est que le conflit entre LREM et le MoDem tombe très mal : une rupture de l’alliance entre Bayrou et Macron serait désastreuse pour les deux hommes. Si Bayrou rompt avec Macron, il n’aura aucune chance de revenir dans le jeu politique pendant le quinquennat. Si Macron perd le soutien de Bayrou, sa capacité à rassembler sera fortement remise en cause. Le renouvellement de la vie politique est souhaitable et nécessaire mais ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Entre l’exigence du renouvellement et celle du rassemblement, il faut trouver le plus juste équilibre. Fort heureusement, il semblerait qu’une sortie de crise ait été trouvée le 12 mai, à l’issue d’une longue négociation entre les équipes de Macron et de Bayrou.

Cette « querelle des investitures » est la première crise que connaît « La République En Marche ». Mais les militants et les cadres du nouveau parti présidentiel doivent en tirer les bonnes conclusions : ils doivent rester humbles et pragmatiques, respecter leurs alliés et favoriser le pluralisme autant que possible au sein de la future majorité. La victoire très large d’Emmanuel Macron le 7 mai n’est pas un blanc-seing donné à son parti. L’arrogance et l’agressivité dont certains militants de « La République En Marche » font preuve sur les réseaux sociaux à l’égard de Bayrou et du MoDem sont regrettables et risquent de compromettre la cohésion de la future majorité. Les élections législatives ne sont pas encore gagnées : l’esprit d’ouverture et la volonté de rassembler sont des conditions indispensables à la victoire.

E. Macron et F. Bayrou.