Quand le 49-3 sauve l’UDI d’un vote calamiteux

Manuel Valls le 17 février (source: bfmtv).

Le projet de loi Macron, qui vise à déverrouiller certains secteurs de l’économie française, aurait normalement dû trouver de nombreux soutiens dans les rangs du centre, à défaut d’en trouver sur l’aile gauche du PS. D’ailleurs, les centristes admettent que la loi Macron apporte des avancées, malgré le manque d’ambition du texte. L’ouverture à la concurrence des lignes d’autocar interurbaines? C’est une bonne chose, dit-on à l’UDI. L’augmentation du nombre de dimanches ouvrables dans les zones touristiques? C’est une bonne chose. La simplification des procédures en cas de licenciement collectif? Une bonne chose aussi. Seuls deux volets de la loi Macron suscitent quelques réserves au sein de l’UDI: la réforme des auto-écoles et celle des professions du droit. 

Pourtant, le texte a semé la zizanie chez les parlementaires UDI. Bien avant la séance du 17 février, Jean-Christophe Lagarde avait appelé à voter contre la loi Macron, coupant ainsi l’herbe sous le pied des quelques députés UDI prêts à voter le texte. Le 17 février, au sein du groupe UDI, une dizaine de députés voulaient voter contre la loi Macron, une dizaine de députés voulaient s’abstenir, et sept à huit députés avaient l’intention de voter en faveur du texte… Bref, l’UDI n’a pas été capable d’adopter une ligne claire face à la loi Macron, renvoyant ainsi au pays l’image d’un mouvement centriste divisé, confus et velléitaire. 

Heureusement pour les centristes, le gouvernement a choisi d’utiliser l’article 49-3, ce qui évite aux députés UDI de voter en ordre dispersé. En braves soldats de l’opposition, les députés centristes voteront la motion de censure déposée par l’UMP. Ainsi, le 49-3 sauve l’UDI d’une vote calamiteux sur la loi Macron et permet de restaurer un semblant d’unité dans les rangs de l’opposition… J’aurais préféré que la loi Macron soit soumise au vote de l’Assemblée, parce que ce vote aurait permis aux députés centristes les plus audacieux de marquer leur différence, et de soutenir une réforme qui, globalement, va dans le bon sens.

 

 

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Les centristes et la loi Macron

La loi de modernisation de l’économie présentée par Emmanuel Macron a pour objectif de « déverrouiller » l’économie française et de favoriser la création d’emplois. Elle prévoit notamment d’assouplir le travail dominical en autorisant l’ouverture des commerces 12 dimanches par an (au lieu de 5 actuellement), et en créant des « zones touristiques internationales » où le travail dominical serait autorisé toute l’année. La loi prévoit aussi de libéraliser le transport en autocar, en autorisant l’ouverture de lignes nationales complétant l’offre ferroviaire. Enfin, le texte prévoit de réformer certaines professions réglementées, par exemple en donnant plus de transparence aux tarifs pratiqués par les notaires et les huissiers. 

Au Modem comme à l’UDI, on s’accorde à dire que la loi Macron va dans le bon sens, mais que les mesures prévues dans le texte sont très insuffisantes. Interrogé sur Sud Radio, le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a regretté les « renoncements » du projet de loi, notamment sur l’assouplissement des 35 heures ou l’encadrement des tarifs de péage autoroutier. François Bayrou, quant à lui, a comparé le texte à « une montagne qui accouche d’un troupeau de petites souris dont on se sait pas bien si elles vont changer les choses ». Le président du Modem a reconnu que le texte comportait des mesures positives, notamment l’ouverture de lignes nationales d’autocars, mais il reste réservé sur la question du travail dominical : en bon démocrate-chrétien, Bayrou considère que le principe du repos dominical doit rester la règle, et qu’une « marchandisation absolue » du dimanche serait une régression ; néanmoins, Bayrou accepte que le nombre de dimanches travaillés soit revu à la hausse pour certaines zones touristiques.

La loi Macron embarrasse les centristes. Sur le fond, les centristes approuvent la plupart des propositions faites par le ministre de l’Economie. Mais en tant qu’acteurs de l’opposition, ils préfèrent dénoncer le manque d’ambition de cette loi plutôt que d’en souligner les avancées. Les insuffisances du texte sont systématiquement imputées à l’aile gauche du PS. Pour Jean-Christophe Lagarde, « la France finit par être prisonnière du Parti Socialiste ». Pour Robert Rochefort, vice-président du Modem, le ministre de l’Economie « a raison sur le plan des idées » mais ne dispose pas de la majorité nécessaire pour mener à bien sa politique économique ; Robert Rochefort dénonce également un « problème de leadership », car selon lui « plus personne ne sait sur quel contrat politique le président de la République a été élu ». En définitive, les centristes utilisent la loi Macron comme une arme contre la majorité, en faisant de ce texte un symbole des divisions idéologiques internes du PS.

Messieurs les centristes, si vous voulez agir conformément à vos principes, ne vous comportez pas comme vos camarades de l’UMP, ne vous enfermez pas dans une opposition stérile : sachez reconnaître les avancées portées par le gouvernement, et sachez soutenir les réformes qui sont conformes aux idées que vous défendez, même lorsqu’il s’agit d’une simple réformette ou d’un « troupeau de petites souris ».