Une défaite humiliante pour les centristes britanniques

Nick Clegg.

Au terme des élections générales du 7 mai, les Lib-Dems sont passés de 57 à seulement 8 sièges à la Chambre des Communes. Nick Clegg, leader des Lib-Dems et numéro 2 du gouvernement sortant, conserve son siège au Parlement mais abandonne la présidence du parti. La sanction est d’autant plus rude que les Conservateurs sont largement victorieux : avec la majorité absolue, ils peuvent gouverner seuls et n’ont plus besoin de constituer une coalition. Les Lib-Dems n’ont donc tiré aucun bénéfice de leur participation au gouvernement.

Pour comprendre ce désastre, il faut revenir quelques années en arrière. A l’issue des élections de 2010 remportées par le Parti Conservateur, les Lib-Dems ont accepté de former une coalition gouvernementale avec les Tories de David Cameron : le parti centriste est ainsi entré au gouvernement pour la première fois, et Nick Clegg est devenu vice-Premier Ministre. En formant une coalition avec les Conservateurs, Nick Clegg espérait ancrer le gouvernement au centre et infléchir la politique de Cameron dans un sens plus progressiste, mais la cohabitation avec les Conservateurs s’est avérée beaucoup plus difficile que ne l’imaginait le pauvre Nick Clegg.

David Cameron a imposé aux centristes plusieurs mesures d’austérité auxquelles ces derniers n’étaient pas favorables, comme la hausse de la TVA ou la réduction des allocations sociales. Sous la pression des conservateurs, Nick Clegg a dû accepter une forte hausse des frais d’inscription universitaires alors que les centristes avaient promis de ne pas les augmenter. Le patron des Lib-Dems a également dû renoncer à son projet d’impôt sur les grandes fortunes. Cherry on the cake, David Cameron a déclaré qu’il souhaitait un référendum sur la sortie de l’Union européenne, au grand dam de Nick Clegg et de son parti pro-européen.

Fatalement, de nombreux électeurs du Parti Libéral-démocrate se sont sentis trahis : les Lib-Dems ont d’ailleurs essuyé une lourde défaite aux élections locales de 2012. Malgré tout, Nick Clegg n’a jamais voulu démissionner de son poste de vice-Premier Ministre car il s’estimait plus utile dans le gouvernement que dans l’opposition. Le bon bilan économique du gouvernement Cameron n’aura malheureusement pas suffi à sauver les Lib-Dems du naufrage. So depressing. Le Parti Libéral-démocrate est aujourd’hui confronté à la plus grave crise d’identité de son histoire. Les Lib-Dems sortent très affaiblis et très impopulaires de leurs cinq années au gouvernement : ils doivent donc en tirer toutes les conséquences et redéfinir leur stratégie. David Steel, ancien leader du parti, estime que les Lib-Dems doivent rester quelques années dans l’opposition pour prendre du recul et se reconstruire. Cela semble nécessaire, en effet.

« Lib-Dems »: les centristes d’outre-Manche dans la tourmente

Nick Clegg, président du Parti libéral-démocrate.

Les Libéraux-Démocrates (Lib-Dems) constituent la troisième force politique du Parlement britannique. Idéologiquement, ces centristes d’outre-Manche diffèrent assez peu de leurs homologues du continent : ils défendent un libéralisme tempéré et sont de fervents partisans de la construction européenne (le Parti libéral-démocrate est d’ailleurs favorable à une adhésion du Royaume-Uni à l’euro). Les Lib-Dems passent aussi pour de grands défenseurs de l’environnement, dans un pays où il n’existe pas de puissant parti écologiste comme les Verts en Allemagne ou en France. Au Parlement européen, les députés Lib-Dems siègent au sein du groupe ADLE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), groupe centriste et fédéraliste auquel participent également les eurodéputés français de l’UDI et du Modem.

Fondé en 1988, le Parti libéral-démocrate voulait incarner une « 3e voie » entre le Parti travailliste et le Parti conservateur. Mais dans une démocratie habituée au bipartisme, la petite formation centriste a eu beaucoup de mal à s’imposer face aux deux partis dominants. Au milieu des années 90, la fondation du New Labour par Tony Blair impulsa une réorientation centriste et libérale du Parti travailliste : pour marquer leur différence avec le New Labour, les Lib-Dems décidèrent alors d’opérer un virage à gauche, en proposant notamment d’augmenter les dépenses publiques dans l’Education ou de revenir sur la privatisation des chemins de fer. Cette stratégie fut payante électoralement : les Lib-Dems captèrent une partie de l’électorat travailliste et augmentèrent significativement leur nombre de sièges à la Chambre des Communes. Mais en 2004, ils changèrent à nouveau de stratégie : pariant sur un repositionnement à gauche du Parti travailliste après le départ de Tony Blair, les Lib-Dems décidèrent de reconquérir l’espace politique du centre et publièrent un nouveau manifeste mettant en avant des thèses plus libérales : c’est la « révolution du livre orange ».

A l’issue des élections de 2010 (remportées par le Parti conservateur), les Lib-Dems acceptèrent de former une coalition gouvernementale avec les « Tories » de David Cameron. Le président du Parti libéral-démocrate, Nick Clegg, fut alors nommé vice-Premier Ministre. En acceptant une coalition avec les conservateurs, Nick Clegg espérait « ancrer le gouvernement au centre » et infléchir la politique de Cameron dans un sens plus progressiste. Mais très vite, de nombreux désaccords apparurent entre Conservateurs et Lib-Dems : David Cameron imposa aux centristes des mesures d’austérité dont ces derniers ne voulaient pas, comme la hausse de la TVA, la hausse des droits d’inscription universitaires ou la réduction des allocations sociales. Sous la pression des conservateurs, Nick Clegg dut également abandonner son projet de réforme de la Chambre des Lords. De nombreux électeurs du Parti libéral-démocrate se sentirent trahis et en 2012, les Lib-Dems subirent une lourde défaite aux élections locales. L’Europe est une autre source de tensions entre Lib-Dems et Conservateurs depuis que David Cameron s’est dit favorable à l’organisation d’un référendum sur la sortie de l’Union européenne, au grand dam de Nick Clegg et de son parti pro-européen.

Malgré tout, Nick Clegg n’envisage pas de démissionner de son poste de vice-Premier Ministre, car il estime être plus utile dans le gouvernement que dans l’opposition, et il sait très bien que David Cameron a besoin des Lib-Dems pour gouverner. Le leader centriste espère toujours qu’il va réussir à influencer la politique de Cameron, par exemple en imposant l’idée d’une taxation des grandes fortunes pour lutter contre le déficit public. A l’approche des élections générales de 2015, le Parti libéral-démocrate est confronté à la plus grave crise d’identité de son histoire. Nick Clegg mise en fait sur le redressement économique du Royaume-Uni pour redorer le blason de son parti. Mais rien n’est gagné. En 2015, le verdict des urnes risque encore d’être sévère pour les Lib-Dems car ils sont impopulaires, usés par l’exercice du pouvoir et incapables de peser sur les choix politiques de leurs alliés conservateurs.