Le programme centriste pour les européennes

L’alliance UDI-Modem, baptisée « l’Alternative » et célébrée en grande pompe par Borloo et Bayrou en novembre 2013, a permis aux deux partis centristes de présenter des listes communes et un programme commun pour les élections européennes. Il s’agit d’un programme très ambitieux, résolument fédéraliste, parfois utopique, mais qui a le mérite de proposer un projet européen clair et cohérent, contrairement au PS et à l’UMP, dont on connaît les profondes divisions internes sur l’Europe. Voici un aperçu des principales orientations et des points forts de ce programme.

Sortie de crise et soutien à la croissance : les centristes défendent la création d’une « caisse d’amortissement de la dette » visant à aider au désendettement des Etats de la zone euro, ainsi qu’un programme européen de soutien à l’investissement dans les grandes infrastructures de dimension européenne. Les centristes sont favorables à l’émergence de grands groupes industriels européens, à l’image d’Airbus.

Engagement en faveur d’une Europe plus sociale : les centristes veulent que le Parlement européen, la Commission et les Etats membres s’engagent dans un processus de convergence des normes sociales, et dans l’élaboration d’un « droit du travail européen » comprenant notamment un « SMIC européen »  dont la valeur serait fixée, dans chaque Etat, en fonction du coût de la vie. Les centristes veulent aussi réformer le statut de travailleur détaché afin de combattre les abus actuels : les charges sociales applicables aux travailleurs détachés doivent être celles du pays de détachement et non celles du pays d’origine, comme c’est le cas actuellement.

Une Europe exemplaire en matière de développement durable : l’Union européenne doit promouvoir un modèle agricole exemplaire en matière sanitaire et environnementale, en soutenant l’agriculture durable, et en défendant la qualité des produits agricoles dans les négociations internationales (notamment dans les négociations transatlantiques actuelles). L’Union doit également accentuer la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre afin de respecter les engagements pris lors du sommet mondial de Copenhague, et instituer une « contribution carbone » sur tous les produits importés : cette contribution pourrait devenir la base d’une future fiscalité environnementale européenne. Enfin, il faut valoriser le domaine maritime européen dans le respect des principes de durabilité, par exemple en interdisant la pêche en eau profonde.

Une politique commerciale cohérente, au service des producteurs et des consommateurs européens : les normes sanitaires et environnementales appliquées aux produits fabriqués à l’intérieur de l’Union européenne devront également s’appliquer aux produits importés, afin de combattre la concurrence déloyale des Etats pratiquant le « dumping environnemental ». Les centristes proposent aussi de surtaxer les produits manufacturés en provenance de pays ne respectant pas les normes établies par l’Organisation Internationale du Travail, par exemple en ce qui concerne le travail des enfants.

Une vraie politique européenne de régulation de l’immigration : les instances européennes doivent réfléchir à l’instauration de quotas annuels par métiers et par pays d’origine (une politique « d’immigration choisie » à l’échelle européenne). Il faut aussi renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’espace Schengen et instituer une police européenne des frontières. Les Etats membres doivent uniformiser leur droit d’asile.

Un projet fédéraliste clair et assumé : la priorité de l’Europe doit être l’approfondissement, et non l’élargissement. Dans l’immédiat, il faut privilégier une politique de voisinage ambitieuse, fondée sur des partenariats renforcés, plutôt que de nouveaux élargissements. Les centristes veulent renforcer la lutte contre les paradis fiscaux et la fraude fiscale par la création d’un corps de « procureurs financiers européens ». Même si l’euro n’a pas vraiment le vent en poupe, les centristes réaffirment clairement leur attachement à la monnaie unique, et souhaitent la mise en place d’une véritable gouvernance économique de la zone euro ; il faut aussi doter la zone euro d’un budget autonome alimenté par des ressources propres, afin de financer des plans de relance. Par ailleurs, les centristes veulent une véritable politique de défense et de sécurité commune et un renforcement de la lutte contre la criminalité transfrontalière, notamment par la création d’un « parquet européen, capable d’émettre des mandats d’arrêt européens et d’engager des poursuites ». Le programme centriste propose également la création d’une « Agence européenne de cyberdéfense », chargée de garantir la neutralité et la confidentialité d’Internet et de lutter contre le piratage. Les centristes sont favorables à une mutualisation des stratégies, des moyens de recherche et des achats de matériel dans le domaine militaire. Ils proposent d’améliorer la protection des ressortissants européens vivant hors de l’Union, grâce à la création de « guichets consulaires communs ».

Démocratiser les institutions européennes : il faut de toute urgence renforcer les pouvoirs du Parlement européen (droit d’initiative législative, contrôle accru sur la Commission), et renforcer le contrôle du Parlement européen et des parlements nationaux sur les décisions économiques prises par l’Eurogroupe. Les centristes demandent l’élection au suffrage universel d’un « Président de l’Union européenne », qui remplacerait l’actuel président du Conseil européen, et qui serait capable d’incarner l’Europe aux yeux des citoyens : dans un premier temps, ce président serait élu au suffrage universel indirect par un « congrès » composé du Parlement européen et des représentants des parlements nationaux, puis, à terme, il serait élu directement par les citoyens européens.

Pour consulter le programme complet des centristes, vous pouvez utiliser le lien suivant :

http://www.calameo.com/read/003443812f0cfbfeef4dc

 

« L’extrême centre » de Bayrou est-il mort?

Pendant plus de 10 ans, François Bayrou s’est efforcé de bâtir un mouvement centriste indépendant, libéré des alliances traditionnelles qui enfermaient les centristes dans le rôle d’alliés « naturels » de la droite. Pourtant, la charte de partenariat qu’il vient de signer avec Jean-Louis Borloo enterre l’utopie bayrouiste d’un « extrême-centre » équidistant de la gauche et de la droite. Comment expliquer pareille volte-face ? Bayrou avait-il vraiment intérêt à faire cela ?

Bayrou et la droite : histoire d’un divorce

En 2002, Bayrou, président de l’UDF, refusa d’être absorbé par l’UMP, le nouveau parti de Jacques Chirac qui avait pour ambition de fédérer toute la droite, des centristes aux gaullistes en passant par les libéraux. Critiquant, au nom du pluralisme, la constitution d’un grand parti de droite hégémonique, Bayrou déclarait alors: « Quand on pense tous la même chose, alors on ne pense plus rien du tout ». Durant le quinquennat de Jacques Chirac, Bayrou prit de plus en plus ses distances avec la majorité UMP, n’hésitant pas à torpiller ouvertement certaines réformes du gouvernement de Villepin, telles que la privatisation intégrale des sociétés d’autoroutes, ou le fameux « CPE » (Contrat Première Embauche), qui devait permettre aux entreprises de licencier sans motifs de jeunes salariés. Lors de la présidentielle de 2007, la rupture entre Bayrou et la droite fut consommée: le leader centriste refusa de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour, estimant que les idées et les valeurs portées par le candidat UMP étaient dangereuses et qu’elles dressaient les Français les uns contre les autres. Une partie des membres de l’UDF abandonna alors Bayrou pour se jeter dans les bras de Sarkozy. Bayrou décida de saborder l’UDF et annonça la création d’un nouveau parti centriste, le Modem (Mouvement Démocrate), strictement indépendant de la gauche et de la droite. Délaissé par ses lieutenants, Bayrou ouvrit son parti vers la gauche et fut rejoint par d’anciens socialistes et d’anciens Verts, comme Yann Wehrling et Jean-Luc Bennahmias. Mais sur le plan électoral, la stratégie de Bayrou s’avéra désastreuse: privé d’alliances à droite et à gauche, le Modem, complètement isolé, réalisa des scores catastrophiques aux législatives de 2007, et ne fit élire que trois députés (François Bayrou, Jean Lassalle et le député de Mayotte Abdoulatifou Aly). Pendant les cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy, Bayrou bascula clairement dans l’opposition, dénonçant à la fois la politique et le style de Nicolas Sarkozy.

2012 : Bayrou vote Hollande

En 2012, François Bayrou refusa, comme en 2007, de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, mais cette fois, le président du Modem alla encore plus loin puisqu’il annonça clairement qu’il voterait pour François Hollande. Le Nouveau Centre, ulcéré, fustigea la trahison de Bayrou. L’UMP, qui n’attendait de toutes façons plus grand-chose de Bayrou, n’eut que mépris et sarcasme à son égard. Quant à François Hollande et au Parti Socialiste, ils restèrent indifférents à la déclaration du candidat centriste. Bayrou paya son choix très cher aux législatives: il perdit son siège de député à Pau (face à un candidat socialiste !), et le Modem fut laminé. Pourtant, le ralliement de Bayrou à Hollande n’était pas une « trahison » et n’avait rien d’absurde. Tout d’abord, contrairement à ce qu’on entend souvent dire dans les médias, François Bayrou n’a pas donné de consigne de vote à ses électeurs, il n’a pas « appelé à voter Hollande »: il a juste annoncé qu’à titre personnel, il voterait pour Hollande. De plus, le ralliement de Bayrou à Hollande semblait cohérent: le chef du Modem avait combattu pendant cinq ans la politique de Nicolas Sarkozy, donc s’il avait soutenu Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle, il aurait perdu toute crédibilité. Mais ce n’est pas uniquement par « antisarkozysme » que Bayrou a voté Hollande en 2012: qu’on se le dise, Bayrou a cru en François Hollande, il a voulu voir en lui un réformiste, un authentique social-démocrate, capable de fédérer les Français et de piloter, dans un climat apaisé, les réformes de fond dont avait besoin le pays (réforme des retraites, réforme fiscale, réforme du marché du travail, compétitivité, lutte contre l’illettrisme et le décrochage scolaire, retour à l’équilibre budgétaire, non-cumul des mandats, réforme du Parlement, transition énergétique, etc.). Tout en restant lucide sur les failles du programme de François Hollande, Bayrou a sincèrement pensé que le candidat socialiste avait toutes les cartes en main pour faire avancer le pays. Et beaucoup d’électeurs ont eu le même raisonnement: comme Bayrou, ils se sont résignés à voter Hollande au deuxième tour, sans enthousiasme, mais avec l’espoir d’un vrai changement.

L’introuvable sociale-démocratie et la volte-face de Bayrou

Malheureusement, un an et demi après l’élection de François Hollande, force est de constater que le changement attendu n’est pas venu, et que le gouvernement s’est enlisé dans une politique aussi incohérente qu’incompréhensible. Au lieu d’agir vite durant les premiers mois de son mandat sur les questions économiques et sociales les plus urgentes, le président a préféré donner la priorité à une réforme sociétale contestée (le mariage pour tous), qui a divisé le pays. La réforme des retraites annoncée par Hollande n’a jamais vu le jour: au lieu de repenser le système de retraites, le gouvernement a augmenté les cotisations, rognant ainsi un peu plus sur le pouvoir d’achat. En matière d’emploi, aucun cap n’a été fixé, aucune réforme décisive n’a été adoptée pour améliorer la compétitivité des entreprises, dynamiser le marché du travail et lutter contre le chômage de longue durée. En matière d’insécurité, face à l’inquiétude profonde des citoyens et à la montée du Front National, le gouvernement a répondu par une réforme d’une étonnante indulgence qui permet à des délinquants multirécidivistes d’éviter la prison. Mais ce sont surtout les dérapages fiscaux qui scandalisent les Français: hausse de la taxe sur les transports collectifs, hausse des prélèvements sur l’épargne, hausse des impôts sur le revenu, re-fiscalisation des heures supplémentaires, hausse de la TVA annoncée pour 2014…  La politique fiscale du gouvernement frappe directement les classes moyennes, chose incompréhensible pour un gouvernement qui se dit de gauche, dont les classes moyennes constituent l’assise électorale. Déçu, François Bayrou a donc pris acte de l’incapacité du gouvernement à réformer le pays, et s’est clairement inscrit dans l’opposition, ouvrant ainsi la voie à une alliance entre le Modem et l’UDI de Jean-Louis Borloo.

L’Alternative, ou la fin de l’utopie bayrouiste

Début novembre 2013, Borloo et Bayrou ont dévoilé « L’Alternative », leur nouvelle charte de partenariat. Trois principes importants sont institués par ce texte. Premièrement, le Modem et l’UDI présenteront des listes communes aux municipales et aux européennes de 2014. Deuxièmement, la nouvelle coalition Modem-UDI se situera clairement dans l’opposition à François Hollande et à l’actuelle majorité. Troisièmement, les centristes ne pourront s’allier qu’avec la droite. Ainsi peut-on lire dans la charte: « l’alliance avec le PS est impossible »; « la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique », à condition qu’elle « respecte les valeurs humanistes » (comprenez : à condition qu’elle ne chasse pas sur les terres du Front National). Bayrou a donc cédé à Borloo: c’en est fini de « l’extrême centre » que le fondateur du Modem voulait incarner. « L’Alternative », à l’instar de l’ancienne UDF, est un centre qui « penche à droite ». Est-ce un mal ou un bien ? Sur le fond, cela ne change pas grand-chose: Bayrou et Borloo défendent depuis longtemps les mêmes idées, leur alliance en vue des élections municipales et européennes de 2014 est donc assez naturelle. Mais en acceptant le principe d’un « partenariat naturel » avec la droite, Bayrou a renié la ligne politique qui était au fondement même du Modem, et qui avait permis à ce parti d’attirer des personnalités issues du centre-gauche. Celles et ceux qui ont rejoint Bayrou précisément parce qu’il avait rompu la logique d’alliance avec la droite risquent bien de devenir les cocus du Modem, et ils auront raison de se sentir trahis. Bayrou a toutefois obtenu une petite concession de la part de Borloo: la charte affirme que « le pays a besoin d’une large majorité réformiste, allant non seulement de la droite républicaine au Centre mais jusqu’aux sensibilités écologistes et sociales-démocrates ». En résumé: le centre refuse toute alliance avec la gauche, mais plaide pour la formation d’une grande coalition allant jusqu’au centre-gauche. Pas sûr que cette mention suffise à rassurer les sociaux-démocrates qui avaient rejoint Bayrou en 2007.

Bayrou a-t-il eu raison de s’allier à l’UDI ?

L’Alternative présente plusieurs avantages non négligeables pour Bayrou. Premièrement, la fin de l’isolement. Deuxièmement, la clarification (Bayrou est désormais clairement identifié par l’opinion comme un membre de l’opposition). Troisièmement, la légitimité du « fédérateur » (Bayrou peut désormais apparaître comme celui qui a, avec Borloo, réunifié le courant centriste). Mais Bayrou prend aussi de gros risques: il peut perdre la confiance de ceux qui sont venus de la gauche pour le soutenir, sans pour autant retrouver la confiance de ses anciens camarades centristes, qui ne lui ont jamais pardonné sa « trahison » de 2012. Seul un succès centriste aux élections de 2014 pourra légitimer a posteriori le choix dangereux de Bayrou.

 

Les centristes sont de retour

Conférence de presse de J.L. Borloo et F. Bayrou.

Cette fois, ça y est: lors d’une conférence de presse commune, les deux leaders centristes Jean-Louis Borloo (UDI) et François Bayrou (Modem) ont présenté ce mardi 5 novembre leur « charte de partenariat », intitulée « L’Alternative ». Sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau mouvement centriste indépendant et unifié, comme l’attendaient la plupart des militants et sympathisants centristes? Rien n’est gagné.

Alliance naturelle ou alliance de circonstance ?

C’est un peu les deux, mon capitaine… Sur le fond, Borloo et Bayrou ont les mêmes convictions, ils défendent les mêmes valeurs, et partagent le même diagnostic sur la situation du pays et les réformes nécessaires. Lors de leur conférence de presse, les deux hommes ont rappelé qu’ils avaient été éloignés l’un de l’autre par le jeu de la bipolarisation et des alliances électorales, mais ont souligné que leur union était devenue « nécessaire », parce que la situation catastrophique du pays et le désarroi des Français exigeaient une nouvelle offre politique au centre, une « alternative » constructive à la gauche et à la droite. Toutefois, le rapprochement UDI-Modem obéit aussi à des motifs plus pragmatiques. Bayrou et Borloo ont tous les deux échoué dans leur stratégie: en effet, Borloo a échoué dans sa tentative de « centriser » l’opposition, et Bayrou a échoué dans sa tentative de bâtir un centre indépendant. Les deux hommes avaient donc besoin l’un de l’autre pour faire exister politiquement le centre, et n’avaient guère d’autre choix que de se rapprocher.

Les grands axes de la Charte

La grande nouveauté, c’est que l’UDI et le Modem ont désormais pour objectif de présenter des listes communes aux européennes et aux municipales de 2014, et peut-être même un candidat commun pour la prochaine présidentielle. Pour le moment, Bayrou et Borloo n’ont pas encore développé de propositions concrètes, et se sont contentés d’exposer les grandes orientations de leur projet politique. Une dizaine de chantiers prioritaires ont été ciblés, dont les premiers sont celui des institutions et celui de l’éducation. François Bayrou a souligné, lors de la conférence de presse, la nécessité de modifier les règles de la représentation nationale, pour permettre à toutes les forces politiques importantes d’être représentées au Parlement. Quant à l’éducation, il s’agit de mettre en place un plan d’urgence pour combattre l’illettrisme, un problème majeur qui traduit de façon éclatante l’inadaptation de notre système scolaire.

Une nouvelle UDF ?…

La Charte clarifie le positionnement des centristes par rapport au PS et à l’UMP: le nouveau rassemblement centriste de Borloo et Bayrou se situera dans l’opposition à la politique de l’actuel gouvernement socialiste (manque de cohérence et de lisibilité, dérapage fiscal, incapacité à réformer en profondeur le pays, absence de réponse face à des problèmes majeurs tels que la compétitivité, l’illettrisme et le chômage de longue durée). La Charte écarte explicitement toute alliance avec le PS (sauf cas particuliers dans quelques municipalités); la « droite républicaine » est présentée comme un « partenaire naturel » des centristes, à condition qu’elle reste fidèle à ses valeurs humanistes. Autrement dit, le nouveau rassemblement centriste se définit clairement comme une force de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF. Il s’agit là d’une importante concession faite par Bayrou à Borloo. En effet, depuis 2007, Bayrou a toujours défendu une ligne de stricte indépendance à l’égard de l’UMP: il avait refusé de se rallier à Nicolas Sarkozy en 2007, et avait voté pour Hollande au deuxième tour en 2012, provoquant ainsi l’exaspération de nombreux centristes. Bayrou a finalement cédé à Borloo, en acceptant le principe d’une alliance avec la droite. Bayrou aurait-il renoncé à ses rêves d’indépendance? Oui, mais il l’a fait parce qu’il a été profondément déçu par François Hollande (et il n’est pas le seul). Cela dit, la Charte de Bayrou et Borloo affirme quand même l’indépendance des centristes, la nécessité de dépasser les clivages idéologiques traditionnels, et plaide pour un grand rassemblement réformiste allant de la droite républicaine aux « sociaux-démocrates » du centre-gauche: François Bayrou a d’ailleurs évoqué, dans sa conférence de presse, le cas de l’Allemagne, où se négocie actuellement une « grande coalition » entre la CDU et les sociaux-démocrates. Finalement, « L’Alternative » de Bayrou et Borloo ne serait-elle pas une nouvelle version de l’ancienne UDF (une « UDF 2.0 », en quelque sorte)?… Pas tout à fait, car l’Alternative n’est pas un parti politique, c’est une structure très souple, regroupant deux partis (UDI et Modem) qui sont eux-mêmes des fédérations de petits partis. L’Alternative n’est pas dotée de la personnalité juridique, et sera dirigée par un « bureau exécutif » réduit, dont les membres seront issus de l’UDI et du Modem.

Un « manifeste » centriste

La Charte constitue aussi un véritable « manifeste », qui propose une définition du centrisme d’aujourd’hui. En effet, les centristes y sont décrits comme des « humanistes », des « réformistes » et des « Européens ». Des « humanistes », parce qu’ils mettent l’épanouissement de l’homme au cœur de la politique. Des « réformistes », parce qu’ils veulent moderniser l’Etat et la société, mais préfèrent les « efforts continus » aux « ruptures violentes ». Des « Européens », parce qu’ils militent pour une Europe forte et unie: la Charte précise d’ailleurs quelles doivent être les nouvelles priorités de l’Union européenne (emploi, compétitivité des entreprises, environnement, régulation financière, lutte contre les paradis fiscaux, grandes infrastructures de transport, convergence « par le haut » des normes sociales). Le Charte réaffirme l’importance du développement durable et de l’écologie (notamment la nécessité d’une transition énergétique raisonnée), et plaide pour une maîtrise des flux migratoires (à la fois par le contrôle des frontières européennes et par une politique active de co-développement). Les centristes défendent également les corps intermédiaires, la décentralisation et les collectivités territoriales, ils refusent l’empilement des structures administratives et souhaitent une simplification du « mille-feuilles » territorial. Enfin, le centrisme est défini comme une tentative de dépassement des clivages idéologiques « usés ».

Conclusion

« L’Alternative » n’est pas encore le grand parti unifié que de nombreux centristes appellent de leurs vœux, mais constitue sans doute un bon début. Depuis 50 ans, en France, le centre n’a cessé de se décomposer et de se recomposer, de s’unir et de se disperser, en fonction de la situation politique. Le rapprochement stratégique de Borloo et de Bayrou ne doit donc pas être appréhendé comme un tournant « historique » pour le centre. Le véritable enjeu, c’est l’épreuve électorale: l’Alternative ne pourra être pérennisée que si elle obtient des scores satisfaisants en 2014.

La Charte est consultable sur le lien suivant:

http://mouvementdemocrate.fr/media/PDF/Charte-UDI-MoDem.pdf