Vers un rapprochement Juppé-Macron?

E. Macron et A. Juppé.

Mi-novembre, Alain Juppé a déclaré dans la presse qu’il approuvait la politique européenne d’Emmanuel Macron et qu’il plaidait pour la constitution d’un « grand mouvement central » en vue des élections européennes de 2019. Une grande coalition centrale réunissant les « Constructifs », LREM et le MoDem autour d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe dans la perspective du scrutin européen ne serait pas contre-nature car ces différentes forces politiques sont toutes pro-européennes, elles défendent le marché unique, la monnaie unique, l’acquis de Schengen et approuvent le principe d’une « Europe à deux vitesses » qui permettrait d’approfondir l’Union européenne avec un petit noyau d’Etats-membres. Le Premier Ministre Edouard Philippe est lui-même un ancien juppéiste et a gardé des liens personnels avec le maire de Bordeaux.

Que propose exactement Juppé ? Une simple alliance de circonstances qui se délitera une fois passées les européennes ou une véritable recomposition du champ politique autour d’un grand rassemblement central et pro-européen ? François Bayrou voit dans la déclaration d’Alain Juppé un « acte décisif de la recomposition politique ». Une alliance des modérés de gauche, de droite et du centre marquerait en effet une étape décisive dans l’émergence d’un « axe central » humaniste, libéral et pro-européen. Cet « axe central », dont Juppé est l’une des figures majeures, n’existait que virtuellement avant les élections de 2017, mais la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle et celle de son mouvement, LREM, aux législatives ont dynamité le cadre bipolaire classique et accéléré la recomposition du champ politique. En outre, la victoire annoncée de Laurent Wauquiez à la présidence de LR confirme la dérive identitaire, populiste et souverainiste du parti, et pourrait aboutir à une sécession de son aile modérée.

Mais cette recomposition politique ne sera pas immédiate et ses modalités restent encore incertaines. Pour l’heure, il n’est pas question d’un ralliement de Juppé à Macron : ce que propose l’ancien Premier Ministre, ce sont des « listes communes entre pro-européens » pour le scrutin de 2019. Les juppéistes, eux, rêvent de refonder un grand parti de centre-droit dont Juppé serait le leader naturel, une sorte d’UMP 2.0 débarrassée de son aile droite et refusant toute proximité idéologique avec le Front National. De son côté, Juppé n’exclut pas de quitter Les Républicains en cas de victoire de Wauquiez : le scrutin européen lui en donnerait l’occasion et le prétexte.

Dimanche 27 novembre, le choix le plus centriste sera Juppé

4 millions de Français ont participé au premier tour de la primaire de la droite. Comme l’avait prophétisé Bayrou, les Français ont dit non à Nicolas Sarkozy pour la deuxième fois. François Fillon, que beaucoup regardaient comme le « troisième homme » de la primaire, a créé la surprise en remportant haut la main ce premier tour avec 44% des suffrages. Alain Juppé, favori dans les sondages, se qualifie pour le second tour mais accuse un retard considérable sur François Fillon. Les candidats qui incarnaient le renouveau ont réalisé de très faibles scores : NKM n’obtient que 2,6% des suffrages et Bruno Le Maire 2,4%. C’est donc le « vote utile » qui s’est imposé.

L’extraordinaire percée de François Fillon s’explique en partie par sa bonne prestation lors du troisième débat télévisé de la primaire. Mais le candidat doit aussi une fière chandelle à Nicolas Sarkozy : en effet, l’antisarkozysme a beaucoup plus profité à Fillon qu’à Juppé. Le noyau dur des électeurs de droite a massivement voté pour Fillon car ce dernier apparaissait comme le meilleur candidat pour incarner les valeurs de la droite républicaine « authentique ». Son sérieux, sa sobriété, son expérience et son côté « notable de province » ont largement séduit ce peuple de droite qui ne veut ni d’un Sarkozy hystérique ni d’un Juppé trop « centriste ».

Le deuxième tour de la primaire n’oppose pas seulement deux hommes : il oppose deux projets de société. Sur le fond, le programme de Fillon et celui de Juppé ne sont pas radicalement différents : les deux concurrents partagent la même doxa libérale et sécuritaire. Mais les différences existent et elles ne sont pas négligeables. Le programme de Fillon est économiquement très libéral et socialement très conservateur. Le candidat préconise une véritable thérapie de choc pour atteindre le plein emploi. Il souhaite réduire de 50 milliards d’euros les charges patronales, faciliter les licenciements, durcir les sanctions à l’égard des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, libéraliser le travail dominical, abroger les 35 heures et laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par des accords négociés en interne, dans la limite des 48 heures hebdomadaires imposées par l’Union européenne. Fillon propose également un plan drastique de réduction des dépenses publiques dont l’objectif est de réaliser 100 milliards d’euros d’économies en 5 ans. Pour cela, il veut rétablir la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires et mener une véritable purge dans la fonction publique, avec la remise en cause de l’emploi à vie et la suppression d’un demi-million de postes…

Le programme d’Alain Juppé est plus modéré, donc plus proche des idées centristes : depuis le début de sa campagne, Juppé a fait le choix de l’ouverture vers le centre et cherche à se présenter comme un candidat de « rassemblement ». Le programme économique du maire de Bordeaux est plus réaliste et plus équilibré que celui de Fillon : Juppé souhaite lui aussi abroger les 35 heures mais veut conserver la référence à une durée légale du travail. Au lieu de proposer des baisses de charge massives et généralisées, il préconise une politique plus ciblée, notamment une baisse des charges sur le SMIC. Juppé plaide aussi pour un « CDI sécurisé » dans lequel les motifs de licenciement seraient prédéfinis. Mais le vrai point fort du programme de Juppé, c’est la politique éducative : le candidat considère en effet l’éducation comme une priorité absolue et souhaite concentrer les efforts sur l’école primaire. Il veut sanctuariser le budget de l’Education, alléger les effectifs dans les classes maternelles, augmenter le traitement des professeurs des écoles, renforcer l’enseignement du fait religieux et donner plus d’autonomie aux établissements.

Le programme d’Alain Juppé est plus pragmatique et plus intelligent que celui de François Fillon car il met l’accent sur l’éducation et s’inspire de la science économique actuelle : ainsi, les travaux de recherche les plus récents ont montré que les baisses de charge créaient de l’emploi quand elles ciblaient les bas salaires, mais qu’elles étaient peu efficaces quand elles devenaient systématiques et généralisées. De même, les travaux de recherche les plus récents ont démontré que la concentration des moyens sur l’école primaire permettait de lutter plus efficacement contre les inégalités. Le programme de Fillon en matière d’éducation est indigent et son programme économique ne fait que reprendre les recettes néolibérales expérimentées par bon nombre de gouvernements conservateurs depuis les années 80, souvent au prix d’une véritable casse sociale et d’un creusement des inégalités. Le 27 novembre, Juppé sera donc la seule option raisonnable pour les électeurs centristes qui feront le déplacement.

La primaire LR vue du centre

Premier débat de la primaire de la droite.

Premier débat de la primaire de la droite.

La primaire des Républicains est abusivement présentée comme une « primaire de la droite et du centre ». Or, il s’agit avant tout d’une primaire de la droite, puisqu’elle est organisée par un parti de droite et qu’aucun centriste n’y concourt. Bayrou conteste le principe même de la primaire, et les militants de l’UDI se sont prononcés par référendum contre une participation à cette élection. A première vue, donc, la primaire des Républicains ne concerne guère les centristes. Sauf qu’il s’agit d’une primaire « ouverte » et que tous les électeurs peuvent y participer, moyennant une cotisation symbolique de deux euros et la signature d’une charte au contenu tellement flou que n’importe quel citoyen attaché aux valeurs républicaines pourrait s’y retrouver. De plus, le résultat de la primaire aura des répercussions importantes pour le centre en 2017. De nombreux sympathisants centristes vont donc participer à ce scrutin. Pour les électeurs centristes indécis qui seraient tentés d’aller voter les 20 et 27 novembre 2016, voici un petit décryptage du programme des candidats en lice pour la primaire. Chaque programme se verra attribuer une « note centriste » sur 10 points : plus la note est élevée, plus le candidat est « centro-compatible » ; plus la note est basse, plus le candidat est éloigné des valeurs et des idées centristes.

Les programmes des candidats : consensus libéral et sécuritaire

Les différences entre les sept programmes sont bien maigres, puisque les candidats de la primaire semblent à peu près d’accord sur l’essentiel. Tous partagent une ligne résolument sécuritaire : ils veulent augmenter le nombre de places en prison et mettre fin aux aménagements automatiques de peine, ils préconisent une politique pénale plus répressive et défendent des mesures qui tendent à mettre en place une justice d’exception pour les terroristes. Sur le plan économique, on constate que les candidats défendent quasiment tous une ligne libérale : réduction massive du nombre de fonctionnaires, baisses massives de charges pour les entreprises, assouplissement des conditions de licenciement, fin des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, suppression de l’ISF et report de l’âge de départ à la retraite. Cette orientation libérale n’est pas incompatible, en soi, avec les idées centristes : les centristes sont favorables à une libéralisation raisonnée de l’économie ainsi qu’à l’équilibre budgétaire. Le problème, c’est que les candidats de droite n’ont pas de programme social. Or, les centristes ont le souci de maintenir un juste équilibre entre liberté économique et protection sociale. On ne peut pas être généreux avec les plus riches sans faire de gestes en direction des plus fragiles ; on ne peut pas flexibiliser le droit du travail sans proposer, en contrepartie, une sécurisation accrue des parcours professionnels. On constate aussi que la plupart des candidats n’ont pas de programme écologique. Tous les prétendants donnent la priorité à l’emploi et à la compétitivité mais passent à côté des enjeux environnementaux majeurs : la transition énergétique, la réduction des émissions de carbone et la conversion de notre agriculture vers un modèle plus circulaire et plus respectueux des équilibres naturels.

Nicolas Sarkozy : à droite toutes !

Sarkozy a choisi de privilégier les thématiques identitaires et sécuritaires. Surfant sur la peur du terrorisme, de l’islam et de l’immigration, l’ex-président défend des propositions qui pourraient parfaitement figurer dans le programme de Marine Le Pen : au nom de la lutte contre le « communautarisme », il propose d’interdire les signes religieux dans les entreprises et les universités ainsi que les menus de substitution dans les cantines scolaires ; il veut également supprimer l’enseignement des langues d’origine à l’école primaire. Sarkozy propose, par ailleurs, l’instauration d’un service militaire obligatoire d’un an pour les jeunes de 18 ans sans emploi ni formation. Sur le plan économique, Sarkozy défend une ligne libérale qui n’a rien de très innovant : il recycle d’ailleurs certaines mesures phares de son quinquennat, comme la défiscalisation des heures supplémentaires et le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique. Sarkozy n’a aucun programme social et ses propositions en matière d’éducation sont indigentes : l’ancien président n’a visiblement tiré aucune leçon de la politique éducative désastreuse menée lors de son quinquennat puisqu’il propose de nouvelles suppressions de poste dans l’Education nationale et une augmentation du temps de travail des enseignants, deux propositions démagogiques et stupides qui vont dégrader les conditions de travail des professeurs et aggraver la perte d’attractivité du métier. La grande nouveauté du programme de Sarkozy par rapport à 2007 ou à 2012 réside dans la volonté affichée par le candidat de recourir au référendum pour faire passer les réformes clés du prochain quinquennat. Cette conception très bonapartiste du pouvoir semble assez éloignée de la conception centriste qui est, au contraire, très attachée à la représentation parlementaire et méfiante à l’égard du référendum. On trouvera néanmoins dans le programme de Sarkozy quelques mesures de bon sens compatibles avec les attentes centristes : Sarkozy propose par exemple de soumettre à référendum une diminution de 30% du nombre de parlementaires. Sur l’Europe, on peut également retenir quelques propositions pertinentes : Sarkozy veut harmoniser les politiques d’immigration des Etats membres de l’espace Schengen et améliorer la gouvernance économique de la zone euro, notamment par la création d’un « Fonds monétaire européen » et d’un poste de « directeur du Trésor » ; on peut toutefois regretter que ces mesures ne s’inscrivent pas dans une vision européenne plus ambitieuse et plus globale. Ce programme très à droite reçoit donc la note centriste de 3/10.

Alain Juppé : modéré mais pas trop

Souvent perçu comme un homme sage et modéré, Juppé se définit lui-même comme un candidat de « rassemblement ». Mais le vénérable Juppé est-il aussi modéré qu’on le dit ? Son programme économique, qui a pour mot d’ordre le « retour au plein emploi », est d’inspiration clairement libérale et ne comporte aucune mesure sociale. Juppé propose plusieurs mesures visant à rendre les entreprises plus compétitives : retour aux 39 heures, plafonnement des indemnités prudhommales et suppression de toutes les charges sur le SMIC. Il propose d’augmenter d’un point la TVA pour compenser une réduction de 10 milliards d’euros des cotisations famille versées par les entreprises : cette mesure reprend le principe de la « TVA sociale » défendue par certains centristes. Juppé plaide aussi pour un « CDI sécurisé » dans lequel les motifs de licenciement seraient prédéfinis. Le maire de Bordeaux réaffirme son positionnement à droite sur les questions de sécurité et d’immigration : il veut notamment durcir le regroupement familial et restreindre le droit du sol. Juppé a également élaboré tout un arsenal de mesures visant à améliorer la lutte contre le terrorisme : rétablissement des doubles peines à l’encontre des étrangers condamnés pour des actes terroristes, autorisation des rétentions administratives pour les familles, isolement et surveillance des détenus radicalisés, création d’un délit de « consultation régulière de sites djihadistes ». Le vrai point fort du programme de Juppé, c’est en fait la politique éducative : Juppé considère en effet l’éducation comme une priorité absolue et souhaite concentrer les efforts sur l’école primaire. Il déclare vouloir sanctuariser le budget de l’Education nationale et a déjà énoncé plusieurs propositions concrètes : on citera, entre autres, l’allègement des effectifs dans les classes maternelles, l’augmentation du traitement des professeurs des écoles, une autonomie accrue pour les établissements, une réforme du calendrier scolaire prévoyant un raccourcissement des vacances d’été pour alléger les journées de cours, ou encore un enseignement renforcé du fait religieux. Juppé propose également une réforme du Baccalauréat qui consiste à augmenter la part de contrôle continu afin de réduire le coût de l’examen et d’alléger le calendrier des épreuves terminales. Sur le plan des institutions, Juppé souhaite un mandat présidentiel non renouvelable, afin de replacer le président de la République au-dessus de la mêlée politicienne et ainsi renouer avec l’esprit gaullien de la Cinquième République. Juppé veut aussi renforcer les capacités de défense de l’Europe par la création d’une véritable police européenne des frontières. En définitive, même si le programme du maire de Bordeaux est clairement à droite, plusieurs aspects de ce programme peuvent séduire les centristes : une politique éducative ambitieuse et cohérente, un programme économique plus équilibré que celui des autres candidats malgré l’absence de mesures sociales, et une volonté de renforcer les compétences de l’Union européenne en matière de défense. Alain Juppé reçoit donc la note centriste de 7/10.

François Fillon : une rupture « thatchérienne »

L’itinéraire idéologique de François Fillon a de quoi surprendre : celui qui s’est longtemps présenté comme un « gaulliste social » a fortement droitisé son discours et défend aujourd’hui un programme qui rappelle, à certains égards, la politique de Reagan ou de Thatcher dans les années 80. D’ailleurs, Fillon lui-même se dit favorable à une rupture « thatchérienne ». Sur le plan économique, Fillon est clairement le plus libéral des candidats. Il préconise une thérapie de choc pour atteindre le plein emploi : baisse de 50 milliards d’euros de charges pour les entreprises, durcissement des sanctions à l’égard des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, autorisation des licenciements pour « motif de réorganisation », libéralisation du travail dominical, mise en place d’un contrat de travail unique plus flexible que l’actuel CDI, suppression des 35 heures et possibilité de négocier le temps de travail au sein de chaque entreprise dans la limite des 48 heures hebdomadaires fixées par l’Union européenne. Fillon propose également un plan drastique de réduction des dépenses publiques dont l’objectif est de réaliser 110 milliards d’euros d’économies en 5 ans ! Pour cela, il veut inscrire la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire dans la Constitution, rétablir la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires et mener une véritable purge dans la fonction publique, avec la remise en cause de l’emploi à vie et la suppression de 600.000 postes. Pour améliorer la lutte contre le terrorisme, Fillon veut créer un « grand ministère de l’Intérieur » qui rassemblerait les douanes, l’administration pénitentiaire, la gendarmerie et la police. Le candidat envisage également de réduire l’immigration en faisant voter chaque année des quotas d’immigration par le Parlement. En matière d’éducation, Fillon est favorable à une autonomie accrue pour les établissements ainsi qu’à une revalorisation salariale « au mérite » pour les enseignants ; il défend une réforme du Bac proche de celle que propose Alain Juppé, visant à renforcer la part de contrôle continu pour alléger le coût de l’examen. Le programme de François Fillon pèche par son caractère antisocial et par ses ambitions démesurées : les objectifs affichés en terme de réduction des déficits publics sont irréalistes car, en temps de crise, on peut difficilement imposer de façon brutale aux Français des réformes impopulaires et une purge aussi radicale de la fonction publique. François Fillon reçoit donc la note centriste de 4/10.

Bruno Le Maire : la réforme tous azimuts

Bruno Le Maire, qui souhaite incarner le « renouveau » à droite, détient le record du programme le plus long et le plus complexe de la primaire, car il veut absolument tout réformer ! Et pour faire passer les réformes les plus urgentes, il veut gouverner par ordonnances durant les premiers mois de son quinquennat. Le programme de Bruno Le Maire est si touffu qu’on ne sait pas vraiment par où commencer. Il y a des mesures de bon sens : pour encourager le renouvellement de la vie politique, Le Maire veut ramener le nombre de députés de 577 à 400 et interdire aux parlementaires d’exercer plus de trois mandats consécutifs. Pour déverrouiller le marché de l’emploi et améliorer la compétitivité des entreprises, Le Maire veut un Code du Travail de 150 pages (au lieu de 3.000 actuellement), ultra-simplifié et recentré sur les « droits fondamentaux des travailleurs » ; tous les autres droits seraient négociés au niveau de l’entreprise, notamment la durée du travail. Sur le modèle de l’ancien CNE (Contrat Nouvelle Embauche) imaginé par Dominique De Villepin, Bruno Le Maire souhaite créer un CDD renouvelable sans limites avec, en contrepartie, une augmentation progressive des droits du salarié de façon à favoriser la transition vers un CDI. Pour les créateurs de start-up, Le Maire a imaginé un « e-contrat » hyper-flexible qui permettrait des embauches sur de très courtes périodes. En matière d’éducation, Le Maire propose clairement de mettre fin au collège unique : il défend l’idée d’un collège diversifié avec options dès la sixième. Mais la plupart des réformes proposées par Bruno Le Maire s’inscrivent clairement dans la même doxa libérale et sécuritaire que ses concurrents. Le Maire propose des coupes drastiques dans les dépenses de l’Etat, il veut remettre en cause l’emploi à vie dans la fonction publique et supprimer 1 million d’emplois publics sur 10 ans. Il veut aussi privatiser Pôle Emploi, alors même que les différentes expériences de privatisation des services de l’emploi dans des pays étrangers ont été peu concluantes (de fait, aucune étude à ce jour n’a démontré que le secteur privé était plus efficace que le secteur public pour assurer le placement des chômeurs). Bruno Le Maire préconise également une « justice d’exception » contre le terrorisme : il souhaite faciliter les mises sur écoute, généraliser la détention préventive, instaurer des peines planchers de 7 ans fermes, rétablir les doubles peines, créer 10.000 places de prison supplémentaires et construire des centres pénitentiaires réservés aux détenus condamnés pour actes terroristes. Le programme de Bruno Le Maire, malgré son originalité, retombe trop souvent dans le conformisme libéral et sécuritaire : il reçoit la note centriste de 5/10.

NKM : un programme centriste ?

Nathalie Kosciusko-Morizet est parfois décrite comme une centriste à cause de son côté « bobo » et de ses prises de position modérées. Si NKM représente incontestablement la frange la plus modérée et la plus ouverte des Républicains, peut-on aller jusqu’à qualifier son programme de « centriste » ? Par certains aspects, oui. NKM est la seule candidate à disposer d’un programme social : elle souhaite en effet mettre en place un statut plus protecteur pour les travailleurs indépendants et renforcer la politique familiale en versant aux parents une allocation de ressources dès le premier enfant, jusqu’à l’âge de dix-huit ans. NKM est aussi la seule candidate qui dispose d’un vrai programme écologiste : elle veut encourager « l’écologie de proximité » en généralisant les circuits courts et le télétravail. Elle souhaite également faire de la qualité de l’air une « grande cause nationale ». De plus, NKM se démarque de ses concurrents par des positions plus modérées sur l’immigration : elle refuse de remettre en cause le droit du sol et veut délivrer des permis de travail aux demandeurs d’asile dont le dossier n’a pas encore été traité. L’originalité du programme de Nathalie Kosciusko-Morizet réside aussi dans la place importante accordée au numérique : NKM voit dans la révolution numérique un moyen de moderniser l’économie et la démocratie (elle veut notamment renforcer la démocratie participative en créant une « chambre de citoyens virtuelle » permettant à chaque Français de proposer directement une réforme). Pour simplifier le système fiscal, NKM propose la création d’une « flat tax » (un impôt à taux unique sur l’ensemble des revenus) et d’un « revenu de base » remplaçant la plupart des allocations existantes. NKM est aussi la seule candidate qui ne souhaite pas supprimer l’ISF : elle propose de le transformer en obligation d’investissement. En ce qui concerne l’Europe, les centristes apprécieront les velléités fédéralistes de la candidate, qui se dit favorable à la création d’un parquet européen et d’une agence européenne du renseignement. Sur l’éducation, NKM ne propose rien de révolutionnaire mais veut mettre l’accent sur l’enseignement du français à l’école primaire, ce qui relève du bon sens. Pour le reste, les propositions de la candidate s’inscrivent plus nettement à droite et sont assez proches des propositions faites par les autres candidats : NKM veut remettre en cause le statut de la fonction publique, déréglementer la durée du travail et créer un choc de compétitivité en réduisant de 100 milliards d’euros les charges sur les entreprises ; elle propose la création d’un service national obligatoire de courte durée et veut « interdire le salafisme ». En définitive, le programme de Nathalie Kosciusko-Morizet est plutôt séduisant et largement « centro-compatible ». Le problème, c’est qu’il est peu détaillé. Certaines mesures demeurent assez vagues et soulèvent quelques questions quant à leur mise en application : comment financer les 100 milliards de baisses de charges pour les entreprises ? NKM se dit prête à creuser le déficit public, le temps de relancer l’emploi : ce laxisme budgétaire assumé n’est pas très centriste ! Mais ce n’est pas la seule ambiguïté du programme de la candidate. Comment encourager concrètement le télétravail et les circuits courts ? Comment améliorer concrètement la qualité de l’air ? Et comment appliquer concrètement l’interdiction du salafisme ? Pour ses louables intentions et son programme relativement modéré, NKM mérite quand même la note centriste de 7/10.

Jean-François Copé : guerre contre l’impôt et contre le terrorisme

Copé dénonce « un Etat omniprésent dans l’économie mais très absent dans le régalien ». Son programme vise donc à libéraliser l’économie et à flexibiliser le marché de l’emploi tout en renforçant les fonctions régaliennes de l’Etat, notamment dans le domaine de la sécurité. La lutte contre le « terrorisme islamiste » constitue l’axe majeur du programme de Jean-François Copé : le candidat propose de réorganiser complètement les services de renseignement et de créer des postes supplémentaires de policiers, de gendarmes, de magistrats et de gardiens de prison. Il veut mettre en place une chaîne pénale entièrement dédiée à la lutte contre le terrorisme islamiste. Il envisage aussi d’étendre les rétentions administratives à 150 jours et de faire expulser de manière systématique les étrangers radicalisés. Le deuxième axe majeur du programme de Copé, c’est la réduction généralisée des impôts : dénonçant une fiscalité qui « oppresse les Français », le candidat souhaite réduire de façon significative l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. Ces baisses d’impôt sont compensées par un plan drastique de réduction des dépenses publiques impliquant, notamment, une réforme profonde de la fonction publique : non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, retour aux 39 heures et remise en cause de l’emploi à vie. Sur la question de l’emploi, Copé veut réduire le montant et la durée des allocations chômage et interrompre leur versement dès le troisième refus d’offre d’emploi. Comme Juppé, il propose d’augmenter la TVA pour financer des baisses de charges sur les entreprises. Comme la plupart de ses concurrents, il est favorable à une libéralisation de la durée du travail : il veut laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par le biais de référendums internes. En matière d’éducation, Copé veut donner plus d’autonomie aux établissements, mettre fin au collège unique et instaurer un examen préalable à l’entrée de la classe de Sixième pour vérifier que l’enfant maîtrise les savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calcul). Comme Bruno Le Maire, Copé entend gouverner par ordonnances pour en œuvre de façon rapide les réformes économiques et sociales les plus urgentes. Le programme de Jean-François Copé reçoit la note centriste de 4/10.

Jean-Frédéric Poisson : le plus réac des candidats

Proche de Christine Boutin et président du Parti Chrétien-Démocrate, Jean-Frédéric Poisson est le seul candidat qui ne soit pas issu des Républicains. Son programme, bien que lacunaire et peu précis, se démarque nettement de celui de ses concurrents. Poisson apparaît clairement comme le plus réac des candidats : il est le seul à proposer l’abrogation de la loi sur le « mariage pour tous » et la suppression du regroupement familial et du droit du sol. Sur les questions économiques, il se démarque aussi de la ligne libérale de ses concurrents puisqu’il prône l’intervention de l’Etat dans l’économie pour soutenir les entreprises françaises. Poisson est aussi le seul candidat qui se revendique souverainiste et qui dénigre ouvertement « l’Europe de Maastricht ». Eurosceptique, économiquement étatiste et socialement ultra-conservateur, Jean-Frédéric Poisson est le moins « centro-compatible » des candidats : il reçoit la note centriste de 2/10.

Bayrou confirme sa stratégie pour 2017

Dans une interview accordée au magazine Valeurs Actuelles (numéro du 25 août), Bayrou a confirmé son choix de ne pas voter lors de la primaire des Républicains. Au nom d’une vision très gaullienne des institutions et de la présidentielle, le leader centriste a rappelé son opposition au principe même de la primaire : « c’est le contraire de nos institutions. La philosophie de la Vème République, c’est celle-ci : le Président échappe aux partis et aux camps. Là, on remet le Président au choix partisan d’un camp. » Bayrou a aussi expliqué qu’à ses yeux, ce type de consultation risquait de desservir les candidats modérés au profit de ceux qui « mettent le feu », comme Trump lors de la primaire républicaine aux Etats-Unis.

Par ailleurs, Bayrou a confirmé son soutien à Juppé : si Juppé remporte la primaire, Bayrou ne présentera pas sa candidature à la présidentielle et se rangera derrière le candidat LR dès le premier tour. Bayrou encourage également ses « amis » à voter pour Alain Juppé à la primaire, et rappelle au passage toute l’estime qu’il a pour le maire de Bordeaux : « son expérience et son souci de rassemblement lui permettent aujourd’hui d’être le président dont le pays a besoin ». En revanche, le président du MoDem a clairement dit qu’il serait lui-même candidat en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire : Bayrou reproche à l’ancien président sa crispation sur les questions identitaires et son discours clivant qui renforce les divisions du pays au lieu de rassembler. La stratégie de Bayrou pour la présidentielle est donc claire : le leader centriste sera fidèle à Juppé mais prendra ses responsabilités si Sarkozy gagne la primaire. Une seule incertitude demeure : que fera Bayrou en cas de victoire d’un « outsider » comme Bruno Le Maire ou François Fillon à la primaire ? Cela dit, leurs chances de victoire sont si minces que la question, a priori, ne se pose même pas.

La stratégie de Bayrou peut sembler opportuniste. Et même incohérente, puisque Bayrou critique le principe de la primaire tout en liant son propre destin politique au résultat de la future primaire des Républicains. Cela dit, le choix de Bayrou n’est pas si incohérent qu’on pourrait le penser. Parmi tous les candidats déclarés à la primaire de la droite, Alain Juppé est clairement le plus en phase avec les idées du centre. Si Juppé venait à remporter la primaire, les chances de victoire de Bayrou seraient extrêmement limitées en 2017, et une candidature centriste risquerait de plomber Juppé au premier tour. En revanche, dans l’hypothèse d’une candidature de Nicolas Sarkozy en 2017, Bayrou aurait toutes ses chances car il bénéficierait d’un triple rejet au sein de la population : rejet de Sarkozy, rejet de Hollande et rejet de Marine Le Pen. Dans une telle configuration, il y aurait un espace pour Bayrou au centre de l’échiquier. Le président du MoDem pourrait même recevoir le soutien de l’UDI, dont certains leaders sont exaspérés par Nicolas Sarkozy.

F. Bayrou.

Pourquoi les centristes aiment-ils Juppé ?

De nombreux sondages ont confirmé la grande popularité d’Alain Juppé au sein de l’électorat centriste. Plusieurs leaders du centre ont d’ailleurs exprimé sans ambiguïté leur sympathie pour le maire de Bordeaux ; François Bayrou a même déclaré qu’il était prêt à soutenir Juppé dès le premier tour de la présidentielle en 2017. Pourtant, Juppé n’est pas centriste, et il n’a pas manqué de le rappeler. Comment expliquer cet engouement des centristes pour le candidat Juppé ?

Tout d’abord, Juppé incarne l’aile modérée du parti Les Républicains : ses valeurs libérales et humanistes sont en phase avec les valeurs centristes, et la plupart des idées qu’il défend sont assez proches de celles du centre. Comme les centristes, Alain Juppé refuse toute compromission avec l’extrême droite : lors des scrutins de 2014 et 2015, il a appelé les électeurs à faire barrage au Front National au deuxième tour et s’est opposé à la ligne sarkozyste du « ni PS ni FN ». Comme les centristes, Juppé est très attaché à la lutte contre les déficits publics et souhaite réduire le train de vie de l’Etat tout en « sanctuarisant » le budget de l’éducation, de la justice et de la sécurité, qui sont des missions régaliennes par excellence. Comme les centristes, Juppé est partisan d’un libéralisme économique tempéré, défend la liberté d’entreprendre, souhaite assouplir le Code du Travail et réduire les charges sur les entreprises, prône la modération fiscale et veut alléger les impôts sur les classes moyennes. Il souhaite maîtriser les flux migratoires et défend l’instauration de quotas d’immigration européens, mais veut aussi renforcer les politiques de co-développement en direction des principaux pays d’émigration.

La personnalité d’Alain Juppé est plus rassurante et moins « clivante » que celle de Nicolas Sarkozy. Juppé n’est guère adepte des propositions « coups de poing » et des discours démagogiques : il fait preuve d’une retenue et d’un pragmatisme auxquels les centristes sont particulièrement sensibles. Juppé incarne aussi un certain courage politique. Lors de son passage à Matignon dans les années 90, il a voulu mettre en place des réformes qui étaient impopulaires mais nécessaires, comme la réforme des retraites et celle de l’assurance maladie : le « plan Juppé » de 1995, qui visait à réduire le déficit de la Sécurité sociale, a d’ailleurs provoqué un vaste mouvement de grève qui a paralysé le pays. Face au mécontentement populaire, le gouvernement avait alors fait marche arrière. Vingt ans plus tard, les Français ont compris que les réformes de Juppé allaient dans le bon sens.

Mais Juppé n’est pas centriste : c’est un homme de droite qui se réclame du gaullisme. Et sur certaines questions essentielles, Alain Juppé se démarque nettement des centristes. Bon nombre de centristes souhaitent refonder les institutions et renforcer les pouvoirs du Parlement ; Bayrou va même jusqu’à parler d’une « Sixième République ». Alain Juppé, en bon gaulliste, est très attaché à la Cinquième République. Les centristes sont favorables à l’introduction d’une dose de proportionnelle aux élections législatives afin d’améliorer la représentativité de l’Assemblée nationale ; Juppé, au contraire, pense que la proportionnelle empêcherait d’obtenir des majorités stables. Juppé est favorable à l’Europe mais ne défend pas l’idée d’une Europe fédérale et privilégie le renforcement des coopérations entre les Etats membres, alors que les centristes sont fédéralistes. Enfin, certains centristes plaident pour la formation d’un « axe central », c’est-à-dire d’une large coalition réformiste allant des sociaux-démocrates du PS aux modérés de LR. Juppé, quant à lui, récuse toute alliance avec la gauche et reste favorable à une alliance classique de la droite et du centre.

Si Alain Juppé séduit l’électorat centriste, c’est surtout parce qu’il apparaît aujourd’hui comme le seul candidat capable de battre la gauche et Marine Le Pen en 2017. Juppé cherche en effet à se présenter comme le candidat du rassemblement, et à se démarquer de son principal rival Nicolas Sarkozy en tenant un discours consensuel et fédérateur. Il y a évidemment une grande part de stratégie politicienne dans tout cela : Juppé prépare 2017 en jouant le rôle très « gaullien » de l’homme providentiel qui va rassembler les Français et redresser le pays. Alain Juppé est sans doute le plus « centro-compatible » des présidentiables de droite, mais la Juppémania qui s’est emparée des centristes ne doit pas enterrer le scénario d’une candidature centriste autonome en 2017, car les centristes sont tout de même les mieux placés pour défendre les idées et les valeurs du centre.

L’axe Juppé-Bayrou: réalités et limites

A. Juppé et F. Bayrou à Pau.

Le rapprochement de François Bayrou et d’Alain Juppé n’est un secret pour personne, surtout depuis que le maire de Pau s’est dit prêt à soutenir la candidature de son homologue bordelais à la présidentielle de 2017. Le centriste Bayrou et le gaulliste Juppé se connaissent bien, et depuis longtemps. Bayrou a d’ailleurs été Ministre de l’Education Nationale dans le gouvernement Juppé de 1995 à 1997. Les deux hommes sont amis. Et ils se ressemblent, non pas physiquement mais intellectuellement. Ce sont deux agrégés de lettres classiques partageant le même goût pour la littérature et l’histoire. Le modèle de Juppé, c’est Montesquieu, son compatriote bordelais, le moderne, l’homme des Lumières. Le modèle de Bayrou, c’est Henri IV, son compatriote béarnais, le rassembleur, le pragmatique.

Si Bayrou soutient Juppé, c’est d’abord par amitié. C’est également par loyauté, car Juppé l’a soutenu à Pau lors des municipales de mars 2014. Mais c’est aussi parce que, sur le fond, les deux hommes partagent les mêmes valeurs, humanistes, républicaines et libérales (au sens politique du terme). Alain Juppé incarne le courant modéré, humaniste et européen de l’UMP ; en ce sens, il est politiquement proche du centre, et séduit d’ailleurs largement l’électorat centriste. C’est une personnalité plus rassurante et moins « clivante » que Nicolas Sarkozy. Sur de nombreux sujets, les idées de Bayrou et celles de Juppé sont convergentes. Les deux hommes plaident pour une réduction du nombre de parlementaires et défendent le non-cumul des mandats. Ils souhaitent libérer le marché de l’emploi en simplifiant le Code du Travail. Ils prônent la modération fiscale, en particulier l’allègement de la fiscalité sur les classes moyennes. Ils sont pour l’assouplissement des 35 heures, la réduction des dépenses publiques, le retour à l’équilibre budgétaire. Ils défendent l’instauration de quotas d’immigration européens et veulent améliorer la lutte contre l’immigration illégale en renforçant les moyens de l’agence Frontex et en favorisant la création d’un corps de Garde-côtes européens, à condition que ces mesures s’accompagnent d’une politique ambitieuse de co-développement en direction des principaux pays d’émigration.

Cependant, Bayrou et Juppé divergent sur plusieurs questions importantes. Sur les retraites, par exemple : Alain Juppé veut un recul progressif à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite ; Bayrou défend un régime unique de retraite par points prenant en compte la pénibilité et la maternité, et permettant d’individualiser l’âge de départ à la retraite. Autre divergence : la TVA sociale, qui consiste à baisser les cotisations sociales et à compenser cette baisse par une augmentation de la TVA, afin d’améliorer la compétitivité des entreprises françaises. Juppé est favorable à cette idée, qu’il préfère qualifier de « TVA compétitivité » ; Bayrou, en revanche, a pris position contre la TVA sociale qui, selon lui, risquerait de « paupériser » une partie de la population. En ce qui concerne les institutions, Bayrou veut les refonder, et n’exclut pas l’idée d’une « Sixième République » renforçant les pouvoirs du Parlement. Alain Juppé, en bon gaulliste, est plus attaché à la Cinquième République. François Bayrou défend l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives afin d’améliorer la représentativité de l’Assemblée ; Juppé est plus réservé, car il pense qu’un scrutin proportionnel empêcherait d’obtenir des majorités stables. Bayrou est un fédéraliste ; Juppé est certes favorable à l’Europe mais ne défend pas l’idée d’une Europe fédérale et privilégie le renforcement des coopérations entre Etats membres. Enfin, Bayrou plaide pour la formation d’un gouvernement « d’union nationale » allant de la gauche sociale-démocrate au centre-droit ; Juppé récuse toute alliance avec la gauche et préconise une alliance classique de la droite et du centre.

Reste encore une question épineuse. Quid en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de l’UMP? Si Nicolas Sarkozy est désigné comme candidat de la droite à la prochaine présidentielle, il ne fait aucun doute qu’Alain Juppé se rangera derrière lui, car les deux hommes appartiennent à la même famille politique. En revanche, François Bayrou, qui s’est opposé à Nicolas Sarkozy en 2007 et en 2012, ne soutiendra probablement pas l’ancien président dans sa troisième course à l’Elysée. Bayrou a déjà désigné son champion pour 2017 : ce sera Juppé. Une victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire de l’UMP serait sans doute le pire scénario pour le président du Modem.