L’UDI sert-elle encore à quelque chose?

Jean-Christophe Lagarde.

L’Union des Démocrates et Indépendants a été créée à l’initiative de Jean-Louis Borloo suite aux législatives de 2012 : à l’époque, Borloo voulait refonder une grande confédération de partis centristes, une sorte de nouvelle UDF à l’identité plus écolo et plus européenne que l’ancienne « maison mère ». L’ambition de Borloo était aussi de constituer un pôle de centre-droit allié à l’UMP mais indépendant de cette dernière. Six ans plus tard, l’UDI est en miettes : comment a-t-on pu en arriver là ?

En fait, l’UDI n’a pas vraiment réussi à s’affirmer comme une force politique indépendante : elle a toujours considéré la droite républicaine comme son allié « naturel » et n’est restée qu’une force d’appoint pour Les Républicains durant le quinquennat de François Hollande. Ce sont aussi les divisions internes qui ont discrédité le parti centriste : les différentes chapelles de l’UDI ont été incapables d’adopter des positions communes sur les réformes du quinquennat de François Hollande, renvoyant ainsi l’image d’un parti désuni sans ligne politique claire.

De plus, trois catastrophes successives ont déstabilisé l’UDI. La première fut le départ de Borloo en 2014, deux ans seulement après la fondation de l’UDI. L’ancien maire de Valenciennes et ancien ministre de Nicolas Sarkozy jouissait d’une grande popularité et d’une légitimité suffisamment forte pour fédérer la diaspora des micro-partis centristes, mais son retrait de la vie politique pour raisons de santé a exacerbé les dissensions et les rivalités internes de l’UDI. La deuxième catastrophe qui ruina l’UDI fut la guerre des chefs absurde qui opposa Jean-Christophe Lagarde à Hervé Morin : après l’élection de Lagarde à la présidence de l’UDI fin 2014, son rival chercha constamment à l’affaiblir en critiquant sa stratégie politique. La troisième catastrophe fut évidemment la défaite de François Fillon à la présidentielle de 2017 : l’UDI a soutenu le candidat LR du bout des doigts, et a fait naufrage avec lui.

En refusant la main tendue d’Emmanuel Macron, l’UDI a choisi de rester dans l’opposition alors qu’elle avait largement sa place dans la majorité présidentielle. Jean-Christophe Lagarde, incapable d’imposer son leadership, se retrouve à la tête d’une confédération en peau de chagrin qui se réduit désormais à la seule FED (Force Européenne Démocrate), le micro-parti qu’il a lui-même créé. Tous les autres partis fondateurs ont quitté le navire : l’Alliance Centriste de Jean Arthuis a rallié Macron dès 2016 ; le Parti Radical valoisien et le mouvement « Les Centristes » d’Hervé Morin ont quitté l’UDI après la présidentielle. Et même si Lagarde ne manque pas de qualités, il faut bien admettre que son attitude ambiguë vis-à-vis d’Emmanuel Macron n’a guère été bénéfique pour l’UDI. Lagarde co-préside actuellement avec le député Franck Riester le groupe des « Constructifs », qui veut incarner à l’Assemblée nationale une opposition responsable et capable de soutenir les textes qu’elle juge intéressants. Mais bien souvent, ce groupe parlementaire ne donne pas de consignes et vote en ordre dispersé.

Bien que les idées de l’UDI soient largement compatibles avec celles des macronistes sur bon nombre de sujets, le parti centriste n’a pas du tout bénéficié de la victoire de Macron ni de la recomposition politique actuellement à l’œuvre. L’élection de Laurent Wauquiez à la tête de LR a conduit Jean-Christophe Lagarde à prendre ses distances avec le parti de droite : aujourd’hui, l’UDI a changé de stratégie politique et ne considère plus LR comme un allié « naturel ». Cela ne veut pas dire, pour autant, que l’avenir de l’UDI soit assuré. Trois scénarios peuvent être envisagés : la dissolution pure et simple, la survie du parti dans le cadre d’une alliance avec le nouveau mouvement de centre-droit « Agir ! », ou la fusion avec « Agir ! » au sein d’une nouvelle entité politique. Jean-Christophe Lagarde se verrait bien en leader d’un grand mouvement de centre-droit unifié et rénové, mais il est manifestement le seul à y croire encore.

Publicités

Ecologie et centrisme: les rendez-vous manqués

Ecologie et centrisme sont étroitement liés. Les centristes se définissent comme des humanistes : or, l’écologie politique est un humanisme car elle considère l’environnement comme un bien commun de l’humanité. De plus, l’écologie est fondée, comme le centrisme, sur le principe de responsabilisation des individus : chacun doit, au quotidien et selon ses capacités, prendre part aux efforts que requièrent la protection de l’environnement et la préservation des ressources de la planète. Les centristes sont attachés au principe de « saine gestion » et prônent la lutte contre les déficits budgétaires : or, ce principe de « saine gestion » s’applique aussi à l’environnement. Nous avons le devoir de léguer aux générations futures une dette publique supportable, mais également une planète habitable. Enfin, l’écologie est transpartisane, car les enjeux environnementaux dépassent les clivages politiques traditionnels (même si les écologistes se situent majoritairement à gauche de l’échiquier politique). L’écologie devrait donc logiquement occuper une place de première importance dans le discours et le programme des partis centristes. Pourtant, ce n’est pas le cas.

Plusieurs centristes ont déjà cherché à promouvoir une écologie humaniste, réaliste et pragmatique. Lors de la campagne présidentielle de 2007, François Bayrou a mis l’accent sur les thématiques environnementales et sur les « obligations morales » des générations actuelles envers les générations futures. Lorsqu’il a créé le MoDem après la présidentielle de 2007, Bayrou avait l’ambition de fonder un grand parti centriste, écologiste et pro-européen. A ses débuts, le MoDem a d’ailleurs attiré quelques personnalités écologistes comme Corinne Lepage (fondatrice de Cap 21) et les anciens « Verts » Jean-Luc Bennahmias et Yann Wehrling. Hélas, Corinne Lepage et Jean-Luc Bennahmias ont tous deux quitté le MoDem parce qu’ils désapprouvaient la stratégie électorale de Bayrou. Aujourd’hui, malgré un discours fortement axé sur le développement durable et la « croissance verte », le parti de François Bayrou peine à s’imposer comme une force de proposition crédible en matière d’écologie.

Jean-Louis Borloo a tenté, lui aussi, de fonder un grand parti centriste et écologiste. Cet ancien membre de Génération Ecologie est connu pour ses convictions écologistes et pour son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique. En 2011, alors qu’il était Ministre de l’Environnement dans le gouvernement Fillon, il a créé l’ARES (Alliance Républicaine, Ecologiste et Sociale), une confédération regroupant plusieurs petits partis centristes de la majorité. Mais l’expérience a tourné court car l’ARES est restée un simple « satellite » de l’UMP. A l’issue des élections législatives de 2012, Borloo a remis sur les rails son projet de confédération écolo-centriste en créant l’UDI, un parti de centre-droit qui se dit partisan d’une «  écologie responsable et porteuse d’emplois durables ». Mais depuis que Jean-Louis Borloo s’est retiré de la vie politique en 2014, il faut bien avouer que l’écologie n’a plus vraiment de porte-parole crédible au sein de cette formation politique.

Plusieurs écologistes de centre-gauche ont eux aussi essayé de créer un parti écologiste modéré. En 2014, Jean-Luc Bennahmias quitta le MoDem et créa le « Front Démocrate », un micro-parti écologiste de centre-gauche allié au PS. Plus récemment, à la rentrée 2015, le député François de Rugy et le sénateur Jean-Vincent Placé, démissionnaires du parti Europe-Ecologie-Les Verts dont ils contestaient la dérive gauchiste, décidèrent de fonder un nouveau mouvement baptisé « Ecologistes ! ». Au même moment, les deux hommes annoncèrent la création de l’UDE (Union des Démocrates et Ecologistes), une fédération réunissant différents partis écologistes modérés, notamment « Ecologistes ! », le Front Démocrate de Jean-Luc Bennahmias et Génération Ecologie. François de Rugy définit l’UDE comme une nouvelle force « écologiste, réformiste, de centre-gauche », capable de soutenir l’action gouvernementale et de mettre en œuvre une écologie pragmatique refusant tout dogmatisme.

UDI ? UDE ? La ressemblance n’a rien d’une coïncidence. Même si les écologistes de l’UDE sont favorables à une alliance avec le PS, ils n’excluent pas pour autant un éventuel rapprochement avec l’UDI, ainsi qu’avec le MoDem. Après tout, des écologistes ayant une « sensibilité centriste » peuvent s’entendre avec des centristes ayant une « sensibilité écologiste ». L’UDE pourrait alors jouer le rôle de passerelle entre le centre-gauche et le centre-droit, favorisant ainsi l’émergence de ce fameux « axe central » que de nombreux centristes appellent de leurs vœux. A moins que l’UDE ne soit qu’un simple cartel électoral permettant à une poignée d’élus écologistes d’entrer au gouvernement lors d’un prochain remaniement et de conserver leur siège en 2017…

F. de Rugy et J.V. Placé.