Meilleurs voeux centristes pour 2017

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L’année 2016 a-t-elle été une bonne année pour le centre ? De toute évidence, non : début 2017, le centre est encore plus fragile, plus désuni et plus inaudible qu’il ne l’était un an plus tôt. La victoire de Fillon à la primaire de la droite a été une douche froide pour de nombreux centristes qui avaient choisi de soutenir Juppé. L’UDI s’est ralliée à Fillon après la primaire mais ce ralliement n’est pas sans ambiguïtés : le parti a déjà entamé des négociations avec Les Républicains en vue des législatives mais Jean-Christophe Lagarde a dénoncé ouvertement les insuffisances du programme de Fillon, notamment sur les questions sociales et environnementales. Quant à François Bayrou, il a exprimé de vives critiques à l’égard du programme de Fillon et s’apprête à publier un livre aux allures de programme présidentiel. Mais le maire de Pau hésite à se déclarer candidat car il est conscient de la faible marge de manœuvre dont il dispose : en effet, s’il s’engage dans la course à l’Elysée, le président du MoDem sera pris en étau entre Fillon et Macron. Bayrou est toujours populaire mais il plafonne à 8% dans les sondages.

Aucun candidat ne sera en mesure de fédérer l’électorat centriste à la présidentielle. Si Bayrou se présente, il sera boudé par de nombreux électeurs de centre-droit qui lui reprochent son côté « girouette » et qui préféreront voter Fillon. Macron pourra sans difficulté capter les voix des électeurs de centre-gauche, sauf si Valls remporte la primaire de la gauche et parvient à rogner sur l’électorat de l’ancien ministre de l’Economie. Et n’oublions pas le député pyrénéen Jean Lassalle, qui a quitté le MoDem en mars 2016 pour se lancer dans la course à la présidentielle. Il a même exposé les grandes lignes de son programme dans le livre Un berger à l’Elysée, paru en octobre 2016. Jean Lassalle a créé son propre mouvement, baptisé « Résistons ! », et défend plusieurs propositions iconoclastes comme le « moratoire sur la dette » ou le désengagement militaire de la France à l’extérieur des frontières. Ce montagnard bucolique, amoureux de la nature et passionné de philosophie grecque, a fait parler de lui en 2006 quand il a fait une grève de la faim de 39 jours au Palais Bourbon pour empêcher la délocalisation d’une usine située dans sa circonscription ; en 2013, il a parcouru la France à pied pendant 9 mois, muni d’un simple sac à dos, pour aller « à la rencontre des Français » et recueillir leurs doléances. Lassalle est donc un obstiné, un « jusqu’au-boutiste ». Il ne renoncera pas, même si ses chances de victoire à la présidentielle sont quasi nulles.

Hélas, la multiplication des candidatures au centre de l’échiquier politique risque d’entraîner une dispersion des voix centristes et de renforcer, dans l’opinion publique, l’impression que le centre est devenu insignifiant. Cela n’est pas de bon augure car la France a besoin d’un centre fort et uni, capable de proposer une alternative crédible au socialisme, au conservatisme et aux populismes. Le Centriloque vous souhaite, malgré tout, une très belle année 2017 et vous remercie pour votre fidélité.

La présidentielle est-elle une machine à broyer le centre?

La présidentielle est indéniablement la reine des élections sous la Cinquième République, mais les centristes ont longtemps nourri à son égard une certaine méfiance. De Gaulle définissait l’élection présidentielle comme la « rencontre d’un homme et d’un peuple ». Or, les centristes sont très attachés aux corps intermédiaires et au parlementarisme. Quand De Gaulle a instauré l’élection du président au suffrage universel direct en 1962, bon nombre de centristes ont accueilli avec inquiétude cette révision constitutionnelle dont la conséquence prévisible serait une personnalisation accrue du pouvoir.

Pourtant, la présidentielle au suffrage universel direct n’a pas toujours été défavorable aux candidats centristes. En 1965, le démocrate-chrétien Jean Lecanuet rassembla 15% des suffrages au premier tour, un score plus qu’honorable pour cet « outsider » qui osa défier De Gaulle. En 1969, le sénateur centriste Alain Poher mit en ballotage le candidat gaulliste Georges Pompidou. Valéry Giscard d’Estaing remporta la présidentielle de 1974 malgré le soutien très timoré que lui apportèrent les gaullistes au second tour. Même si Giscard ne s’est jamais réclamé du centre, il considérait que la France devait être « gouvernée au centre ». Son programme réformiste, libéral et européen était largement en phase avec les idées centristes, et les partis centristes de l’époque se sont ralliés à lui spontanément dès le premier tour.

Mais depuis la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, aucun candidat centriste n’a réussi à se qualifier pour le second tour d’une présidentielle : Raymond Barre a été battu au premier tour en 1988, tout comme François Bayrou en 2002, en 2007 et en 2012. Sans parler de la présidentielle de 1995, à laquelle aucun candidat centriste n’a concouru. Il faut dire que la présidentielle n’avantage guère les centristes car elle contribue dans une large mesure à la bipolarisation de la vie politique française : le deuxième tour oppose généralement un candidat de gauche à un candidat de droite, ce qui oblige les centristes à choisir leur camp. Par ailleurs, la montée en puissance du Front National entraîne un réflexe de « vote utile » au premier tour, ce qui pénalise les candidats issus des petites formations politiques.

Il y eut pourtant un « moment Bayrou » à l’élection présidentielle de 2007. Le candidat centriste réalisa une percée inattendue au premier tour : avec 18% des suffrages exprimés, Bayrou arriva en troisième position et fit trembler de peur les deux favoris, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Mais Bayrou ne donna aucune consigne de vote à ses électeurs pour le second tour : une partie d’entre eux vota Royal, une autre partie vota Sarkozy, et le reste vota blanc. Isolé politiquement, Bayrou ne tira donc aucun bénéfice de son score exceptionnel du premier tour. Persuadé qu’il devait conquérir l’Elysée pour réorganiser le champ politique autour d’un centre puissant et rénové, Bayrou se présenta de nouveau à la présidentielle en 2012 mais n’atteignit même pas la barre des 10% au premier tour. Pire : son soutien à François Hollande au second tour provoqua l’exaspération de nombreux centristes et aggrava son isolement.

Hélas, la présidentielle de 2017 plonge déjà les centristes dans un embarras considérable. A l’UDI, c’est la cacophonie : certains veulent une candidature autonome du centre à la présidentielle et refusent que l’UDI participe à la primaire de la droite ; certains souhaitent que l’UDI soit représentée par un candidat unique à la primaire ; d’autres, comme Hervé Morin, refusent le principe d’une candidature unique et veulent que chacune des composantes de l’UDI puisse présenter un candidat lors de la primaire. L’eurodéputé Jean Arthuis a annoncé en février 2016 que son micro-parti, l’Alliance Centriste, présenterait un candidat lors de la primaire. A l’issue d’un congrès de l’UDI à Versailles en mars 2016, les adhérents ont voté à 67% contre une participation à la primaire de la droite, mais le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a déclaré qu’un nouveau vote aurait lieu dans l’hypothèse où un accord serait conclu avec Les Républicains…

Du côté du MoDem, ce n’est guère mieux. François Bayrou ne veut pas participer à la primaire de la droite mais il n’est pas sûr d’être candidat en 2017 : il a déclaré qu’il soutiendrait Alain Juppé dès le premier tour si le maire de Bordeaux était désigné comme candidat ; en revanche, si c’est Nicolas Sarkozy qui remporte la primaire à droite, Bayrou ne le soutiendra pas et pourrait être lui-même candidat. De façon totalement inattendue, le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle a déclaré en mars 2016 qu’il serait candidat à la prochaine présidentielle : le dernier député « bayrouiste » s’est mis en congé du MoDem et a pris ses distances avec François Bayrou, dont il désapprouve les « calculs politiques » pour 2017. Ce député atypique au fort accent pyrénéen est surtout connu pour la grève de la faim qu’il avait entreprise en 2006 afin d’empêcher la délocalisation d’une usine implantée sur sa commune, et pour la grande marche qu’il avait effectuée en 2013 à travers tout le pays. Jean Lassalle ne croit pas en Juppé, qu’il qualifie de « mort-vivant de la politique ». Lorsque les journalistes l’interrogent sur sa « rupture » avec Bayrou, Lassalle dédramatise et déclare avec humour : « Rien n’empêchera François Bayrou de me rejoindre au mois de décembre quand il en aura fini avec Alain Juppé ».

Bref, à l’approche de la prochaine présidentielle, le centre apparaît comme profondément fracturé. A aucun moment les leaders centristes n’ont envisagé d’organiser une « primaire du centre », à laquelle auraient pu concourir Bayrou, Lagarde ou Morin. Tout se passe comme si les leaders centristes n’y croyaient plus. Tout se passe comme s’ils s’étaient résignés à n’être que des spectateurs de la présidentielle, attendant patiemment que la droite leur tende la main. Les centristes ne se pensent plus vraiment comme une force politique autonome. Dans leur tête, ils ont déjà perdu la bataille. Cela est regrettable.

Jean Lassalle et François Bayrou.

Jean Lassalle, le député pélerin

Il y a 140 ans, Gambetta avait parcouru la France des villes et des campagnes pour aller à la rencontre des Français et défendre le jeune régime républicain menacé par les notables monarchistes: on disait alors de lui qu’il était le « commis voyageur » de la République. En 2013, la République n’a plus de « commis voyageur », mais elle a son pèlerin. Jean Lassalle, député centriste des Pyrénées-Atlantiques (l’un des deux députés Modem réélus en 2012), a entrepris une marche de plusieurs mois à travers la France. Muni de son sac à dos et de son béret, mais toujours en costume et en cravate, Jean Lassalle est parti à pied de l’Assemblée Nationale le 10 avril, en direction du Nord: il a traversé les Hauts-de-Seine, le Val d’Oise, l’Oise, la Somme, le Pas-de-Calais, et le 11 mai, après un mois de marche, il est arrivé à Lille. Pourquoi ce tour de France à pied? Jean Lassalle a voulu partir à la rencontre des Français, de « ceux qu’on n’écoute plus et qu’on ne consulte plus sur rien ». Il emprunte les petites routes, traverse villes et villages, discute avec les habitants, rencontre des élus locaux. Modestement, le député avoue qu’il n’arrive plus à gérer les affaires de sa circonscription, comme de nombreux autres députés qui croulent sous les dossiers et se sentent impuissants face aux problèmes des Français. Alors il est parti pour discuter, échanger, recueillir les sentiments, les déceptions, les espoirs des citoyens qui acceptent de dialoguer avec lui. Il a d’ailleurs entrepris la rédaction de ce qu’il appelle des « Cahiers de l’espoir », inspirés des fameux cahiers de doléances de 1789. Jusqu’à présent, la marche de Jean Lassalle s’est bien déroulée (si l’on fait abstraction de quelques cloques très douloureuses aux pieds): de nombreuses personnes sont allées vers lui et ont spontanément engagé la conversation. S’agit-il d’une démarche électoraliste? Non, évidemment. Jean Lassalle traverse des territoires dans lesquels il n’est pas candidat: il a d’ailleurs commencé par le nord de la France, à l’opposé de sa terre d’origine. S’agit-il d’une opération de communication? Non, et ceux qui connaissent Jean Lassalle savent bien que ce n’est pas son genre. Comme il le dit lui-même, s’il avait voulu faire un « coup de com », il ne se serait pas donné autant de mal. Le député a tenu à rester discret, il n’a pas demandé à être accompagné par des journalistes, et son périple n’est pas filmé. Ce tour de France est d’ailleurs peu médiatisé. Toutefois, quelques articles et quelques reportages lui ont déjà été consacrés (sur France 3, sur Canal +, dans la presse écrite). Sur quoi débouchera cette grande marche ? Nul ne le sait, pas même Jean Lassalle. Sans doute un livre. Mais à ce jour, il s’agit simplement d’une démarche authentique, désintéressée et pleine d’humilité, motivée par l’envie de recréer un lien entre les élus républicains et des citoyens qui se sentent trop souvent ignorés. Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette marche, Jean Lassalle vient de créer un blog :

http://la-marche-2013.over-blog.com/