Macron: allié ou rival des centristes?

Macron est-il centriste ?

Le positionnement social-libéral d’Emmanuel Macron, ses efforts pour « déverrouiller » l’économie et sa volonté de dépasser le clivage droite/gauche font de lui une figure désormais incontournable de ce fameux « axe central » qui va des sociaux-démocrates du PS aux modérés de LR. Cela dit, l’ex-ministre de l’Economie est encore difficile à cerner politiquement car il n’a, pour l’instant, pas de projet clair pour le pays : on connaît surtout ses positions sur les questions économiques, mais il n’a développé aucune vision globale de la France ni de l’Europe ; on ignore ses positions sur les questions sociétales ou sur la politique étrangère. Les ambiguïtés de sa démarche politique n’arrangent rien à l’affaire. Son mouvement « En Marche ! » est un objet politique non identifié : cette structure n’est pas un véritable parti politique et se présente plutôt comme une plate-forme visant à faire travailler ensemble des gens venus d’horizons différents sur les réformes nécessaires au pays. Mais dans les faits, « En Marche ! » ressemble davantage à une sorte de fan club de Macron. Lorsqu’il a fondé « En Marche ! », Emmanuel Macron a déclaré que son mouvement n’avait pas vocation à devenir une écurie présidentielle ; or, les ambitions présidentielles de Macron sont désormais incontestables.

La main tendue de l’UDI

Depuis qu’il a quitté le gouvernement, Emmanuel Macron est courtisé par le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde. Il est vrai que les deux hommes partagent la même volonté de débloquer l’économie française et de renouveler la vie politique. Lagarde a clairement fait savoir qu’il souhaitait dialoguer avec Macron : « Macron a plus de points communs avec nous qu’avec Aubry, Hamon et Montebourg (…), il est au centre gauche et nous au centre droit ; nous avons vocation à nous parler. » Lagarde aurait sans doute bien aimé voir l’ancien ministre de l’Economie rejoindre l’UDI. Mais la « macronmania » qui semble s’être emparée de l’UDI n’est pas sans contradictions : ceux-là mêmes qui n’ont jamais pardonné à Bayrou d’avoir voté Hollande en 2012 courtisent aujourd’hui un ancien ministre de François Hollande. De plus, Lagarde et les ténors de l’UDI ont critiqué la loi Macron, dont ils déploraient le manque d’ambition, mais ne tarissent désormais pas d’éloges à l’égard de son auteur. N’y a-t-il pas là une grande part d’opportunisme ? Par cette main tendue à Macron, Jean-Christophe Lagarde ne cherche-t-il pas à « domestiquer » un rival potentiel et à redynamiser une confédération centriste ravagée par les divisions internes ?

La méfiance de Bayrou

François Bayrou, quand à lui, multiplie les attaques contre Emmanuel Macron. D’après Bayrou, le succès de Macron est un trompe-l’œil. Le président du MoDem considère Macron comme un « hologramme », une « image virtuelle » qui « parle mais n’agit pas ». Pire, Bayrou a estimé que derrière la potentielle candidature de Macron en 2017, il y avait « de grands intérêts financiers » qui « veulent avoir le pouvoir politique ». Bayrou voit donc Macron comme un allié de la finance et comme l’incarnation d’une dangereuse confusion du pouvoir politique et du pouvoir économique. Sur le fond, cette posture de Bayrou est cohérente par rapport aux idées qu’il défend depuis longtemps : le président du MoDem a toujours exprimé sa méfiance à l’égard du pouvoir financier ; en 2007, il dénonçait déjà les conflits d’intérêt, les copinages et collusions entre élites politiques et financières, et prêchait déjà la séparation du pouvoir politique et du pouvoir économique. A l’époque, ce discours contestataire aux accents populistes avait fait mouche et avait permis à Bayrou d’obtenir le score exceptionnel de 18% au premier tour de la présidentielle. Mais les charges de Bayrou contre Macron ont aussi une autre explication : Bayrou se considère comme le leader naturel du centre et a sans doute peur de voir un nouveau venu lui voler la vedette sur son propre terrain.

E. Macron.

E. Macron.

« En Marche », oui, mais pour aller où?

Emmanuel Macron a lancé son propre mouvement politique, baptisé « En Marche ! ». Ce mouvement est-il un parti politique ? Non. En tout cas, il ne se présente pas comme un parti politique traditionnel mais comme un « collectif politique » visant à remettre les citoyens au centre de l’action publique. Il s’agit d’un mouvement « transpartisan » qui n’est « ni à droite ni à gauche ». D’ailleurs, l’adhésion au mouvement d’Emmanuel Macron est compatible avec l’appartenance à n’importe quel autre parti politique partageant les mêmes valeurs républicaines : autrement dit, un adhérent du PS, des Verts, de LR, de l’UDI ou du MoDem est le bienvenu.

Mais cette démarche n’est pas sans ambiguïtés : un mouvement transpartisan qui ratisse trop large et qui n’est ni de gauche, ni de droite, ni du centre n’est plus un mouvement politique, c’est une auberge espagnole. Tôt ou tard, cette situation créera des contradictions internes qui seront difficilement surmontables. Le mouvement d’Emmanuel Macron n’a pas vocation à présenter un candidat lors de la prochaine présidentielle mais soutiendra l’un des candidats en lice : or, le choix de ce candidat heurtera inévitablement les convictions de certains adhérents.

Certes, le mouvement de Macron met en avant des principes tout à fait louables : transparence, indépendance à l’égard des lobbys, moralisation de la vie politique, dépassement des clivages politiques traditionnels, volonté de « déverrouiller » l’économie française, soutien à l’innovation et à l’esprit d’entreprise. Mais il ne suffit pas de prôner le « mouvement » pour construire une offre politique innovante et crédible : si Macron n’est pas en mesure de fixer un cap clair à son mouvement politique, de défendre des mesures fortes et d’attirer des personnalités issues à la fois du monde politique et de la société civile, alors son mouvement ne sera pas autre chose qu’un simple fan-club.