Tous contre Macron ?

Comme on pouvait s’y attendre, le débat du 20 mars entre les cinq principaux candidats à l’élection présidentielle a été marqué par une avalanche d’attaques personnelles contre Emmanuel Macron. Fillon l’a présenté comme l’héritier du hollandisme et lui a reproché d’être « un coup à gauche, un coup à droite ». Hamon l’a dépeint comme le candidat des lobbys et Marine Le Pen l’a décrit comme le candidat du communautarisme en faisant croire qu’il avait pris position en faveur du burkini (ce que Macron n’a jamais fait). Curieusement, c’est le candidat de la France Insoumise qui s’est montré le plus courtois envers Macron…

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Macron est devenu la cible principale de ses adversaires. A leurs yeux, l’ancien ministre de l’Economie représente un danger majeur puisque tous les sondages d’opinion lui sont très favorables. En raison de son positionnement central, Macron parvient à capter une partie non négligeable de l’électorat du PS et des Républicains. Voyant leur hégémonie ébranlée par un candidat jeune et populaire que personne, pourtant, ne connaissait il y a cinq ans, les deux principaux partis paniquent et ne savent plus quoi faire pour détourner leurs électeurs de Macron. Mais le candidat s’est bien défendu : il a exposé son programme et a répondu aux attaques avec fermeté sans jamais basculer lui-même dans la caricature, les petites phrases et les attaques ad personam. Certains espéraient un effondrement du candidat lors du débat : il n’en a rien été.

Bien avant le débat du 20 mars, Macron avait déjà été la cible de multiples attaques de la part du PS, du FN et des Républicains. On a d’abord prétendu que Macron n’avait « pas de programme », ce qui est faux puisque le candidat d’En Marche ! a publié début mars un programme complet et chiffré, dont il avait d’ailleurs commencé à présenter les principales mesures dès la fin de l’année 2016. On prétend maintenant que ce programme est « incohérent » : là encore, ce reproche est d’une grande mauvaise foi. Le programme d’Emmanuel Macron est un programme équilibré et cohérent, d’inspiration social-libérale, structuré autour de quelques axes clairs tels que le déverrouillage de l’économie française, la protection des travailleurs, la hausse du pouvoir d’achat, la transition numérique, la consolidation du projet européen et la moralisation de la vie politique. Peu importe que les mesures défendues par Macron soient « de gauche » ou « de droite » pourvu qu’elles soient justes et réalistes. On cherche aussi à discréditer Macron en faisant de lui le candidat de la banque et des lobbys ou en allumant des polémiques ridicules autour d’une affaire de favoritisme dans laquelle Macron n’est même pas impliqué personnellement. Ce genre de méthodes ne fait pas honneur à celles et ceux qui en font usage.

E. Macron et Marine Le Pen lors du débat du 20 mars.

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La dangereuse complaisance des candidats face à Marine Le Pen

Pendant que Monsieur Fillon attaque Monsieur Macron et Monsieur Hamon, pendant que Monsieur Hamon tacle Monsieur Macron et Monsieur Fillon, et pendant que Monsieur Macron fait tout pour se démarquer de Messieurs Fillon et Hamon, Madame Le Pen poursuit tranquillement sa campagne en surfant sur les sondages qui, pour la plupart d’entre eux, la placent en tête du premier tour. Il semble que les principaux candidats républicains préfèrent s’étriller les uns les autres plutôt que d’attaquer frontalement la candidate frontiste sur ses idées et sur son programme, alors que Madame Le Pen représente pour la France une menace beaucoup plus sérieuse que n’importe quel autre candidat.

Certes, Hamon, Fillon et Macron déclarent tous les trois que leur principal adversaire est « l’extrême droite ». Mais leurs flèches contre la candidate frontiste sont d’une étonnante mollesse : en réalité, Hamon, Fillon et Macron ont des mots plus durs les uns envers les autres qu’envers Madame Le Pen. Les candidats républicains ont déjà pris acte, sans le dire, de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, comme s’il s’agissait d’un scénario inévitable. Par conséquent, Hamon, Fillon et Macron se disputent la deuxième place, celle du candidat qui fera « barrière » à l’extrême droite : chacun des trois hommes a donc intérêt à ce que Marine Le Pen se qualifie pour le deuxième tour.

Ce calcul politique est pourtant très contestable, car en laissant Marine Le Pen faire campagne sereinement, les autres candidats contribuent à lui ouvrir les portes du deuxième tour alors qu’il est encore possible de lui faire barrage dès le premier tour. En outre, même si les sondages donnent Marine Le Pen battue au second tour quel que soit son adversaire, nous ne devons pas considérer sa défaite comme acquise : nous ignorons ce qui peut arriver d’ici le mois de mai, nous ignorons comment vont évoluer les intentions de vote, nous ignorons quels seront les aléas de la campagne. Laisser Marine Le Pen accéder au second tour, c’est lui donner la possibilité de remporter la présidentielle. La France de 2017 n’est plus celle de 2002, et Marine Le Pen n’est pas Jean-Marie Le Pen : si une victoire de Jean-Marie Le Pen semblait hautement improbable en 2002, on ne peut pas en dire autant de sa fille en 2017. En renonçant à battre la candidate frontiste dès le premier tour, les candidats républicains font un pari dangereux pour la France.

Marine Le Pen (source: L’Express).

Présidentielle : l’avènement du centre ?

L’offre politique semble désormais se clarifier dans cette pré-campagne surréaliste. A gauche, la rivalité entre Mélenchon et Hamon est désormais actée : aucun des deux hommes ne renoncera à sa candidature, quitte à entraîner une dispersion des voix et, sans doute, une défaite de la gauche dès le premier tour. Au centre, le ralliement de François Bayrou à Emmanuel Macron a consolidé la position du fondateur d’En Marche, qui assume clairement son positionnement « central » et souhaite faire éclater les clivages politiques traditionnels. A droite, Fillon reste dans la course et l’hypothèse d’une candidature d’Alain Juppé est définitivement enterrée. A l’extrême droite, Marine Le Pen semble ignorer les affaires qui lui collent à l’arrière-train et poursuit sa campagne tambour battant.

Les électeurs français auront donc le choix entre cinq projets clairement différenciés : le programme de rupture de Mélenchon, le programme utopique de Benoît Hamon, le programme social-libéral et pro-européen de Macron, le programme thatchérien de Fillon, et le programme démagogique, protectionniste et anti-européen de Marine Le Pen. Dans cette configuration, Emmanuel Macron dispose d’un large espace politique entre Fillon et Hamon. Le candidat d’En Marche séduit déjà les électeurs du centre : il peut également séduire une partie des électeurs socialistes qui ne se reconnaissent pas dans le projet de Benoît Hamon, et une partie des électeurs de centre-droit qui ont soutenu Juppé lors de la primaire et qui ne croient plus en Fillon.

Si Marine Le Pen accède au second tour de la présidentielle, il faudra que son adversaire soit capable de rassembler autour de lui une grande partie des électeurs de droite, de gauche et du centre pour faire barrage à l’extrême droite. Si c’est Benoît Hamon qui affronte Marine Le Pen au deuxième tour, un front anti-FN sera quasi impossible à construire car de nombreux électeurs de droite préfèreront s’abstenir ou voter blanc, voire voter Le Pen, plutôt que de voter Hamon. Si c’est Fillon qui affronte la présidente du FN au second tour, il aura bien du mal à mobiliser les électeurs de gauche. Emmanuel Macron apparaît donc à ce jour comme le candidat le plus apte à rassembler un front anti-FN au second tour de la présidentielle. Même si certains électeurs de Fillon refusent de voter pour lui et préfèrent se noyer dans la vague « bleu marine » au second tour, le candidat d’En Marche pourra compter sur d’importantes réserves de voix à gauche, au centre et au centre-droit.

Une victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle serait assurément une rupture. Pas une rupture « thatchérienne » comme celle que promet Fillon. Mais une rupture civique. Une rupture avec trente-cinq années de bipolarisation à outrance rythmées par les alternances droite-gauche et dominées par des clivages politiques obsolètes. Une victoire de Macron pourrait permettre la renaissance d’un grand mouvement politique « central », libéral, social, réformiste et européen. Elle permettrait aussi d’ouvrir un certain nombre de chantiers vitaux pour l’avenir de notre pays : la moralisation de la vie politique, la réforme de nos institutions, la modernisation de notre économie et la démocratisation de l’Union européenne. Certes, Macron doit encore lever certaines ambiguïtés : avec qui gouvernera-t-il s’il est élu ? sur quelle majorité s’appuiera-t-il ? quelles seront les priorités de son quinquennat ? Mais la perspective d’une France gouvernée au centre, libérée d’un bipartisme étouffant et de la guerre perpétuelle que se livrent depuis trop longtemps une gauche et une droite qui ne savent même plus qui elles sont, a quelque chose de jubilatoire.

F. Bayrou et E. Macron (source: Le Point).

Bayrou fait alliance avec Macron

Dans la conférence de presse qu’il a tenue au siège du MoDem ce mercredi 22 février à 16 heures 30, François Bayrou a officiellement annoncé son choix de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. Il a également fait une « offre d’alliance » à Emmanuel Macron tout en posant certaines conditions, notamment une « loi de moralisation de la vie publique » et l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives pour améliorer la représentativité du Parlement. Emmanuel Macron s’est empressé d’accepter l’offre de François Bayrou.

Le président du MoDem est souvent décrit comme un homme pourvu d’un égo démesuré, animé d’une ambition dévorante et obsédé par l’élection présidentielle : certains de ses anciens amis, comme Hervé Morin et Jean Lassalle, avaient même affirmé qu’il serait candidat en 2017. En renonçant à une quatrième candidature à la présidentielle, Bayrou a cependant démontré qu’il savait faire passer l’intérêt général avant ses ambitions personnelles. En vérité, le choix qu’il vient de faire est celui de la lucidité : ses chances de victoire à la présidentielle étaient extrêmement faibles et sa candidature aurait entraîné une dispersion des suffrages qui, in fine, aurait fragilisé les candidats modérés face à l’extrême droite.

Les diagnostics de Bayrou sur l’état de la France ont toujours été d’une grande justesse : on ne peut pas en dire autant de ses pronostics électoraux. Tous les scénarios envisagés par Bayrou se sont effondrés les uns après les autres ! Le président du MoDem avait d’abord soutenu Juppé à la primaire de la droite, en pariant sur un affrontement Juppé-Sarkozy au second tour : or, la victoire inattendue de François Fillon à la primaire a compromis toute la stratégie de Bayrou. Il avait ensuite parié sur un essoufflement de la campagne d’Emmanuel Macron, ce qui lui aurait permis de revenir dans la course en se présentant comme le candidat naturel du centre : les enquêtes d’opinion montrent cependant que l’engouement des Français pour Macron est durable et que ce dernier est au coude-à-coude avec Fillon dans les intentions de vote.

Le ralliement de Bayrou à Macron n’avait rien d’évident, mais il est cohérent. En public, Bayrou a longtemps critiqué Macron en le dépeignant comme le « candidat de la finance » et en dénonçant la vacuité de son bilan à Bercy. Mais en coulisses, des rumeurs circulaient déjà depuis quelques semaines sur une possible alliance entre les deux hommes. Macron est clairement le candidat dont les idées se rapprochent le plus de celles de Bayrou. Et même si Macron ne se revendique pas « centriste », il se situe bien au centre de l’échiquier politique, il séduit de nombreux électeurs centristes et il apparaît aujourd’hui comme le seul candidat capable de faire ce que Bayrou a essayé de faire pendant quinze ans : dépasser les clivages politiques traditionnels pour bâtir une « majorité d’idées ». La campagne actuelle de Macron ressemble d’ailleurs étrangement à celle qu’avait menée Bayrou à la présidentielle de 2007 puisqu’elle met en avant les mêmes thèmes : dépassement du clivage droite-gauche, moralisation de la vie politique, « déverrouillage » de l’économie, défense du projet européen.

Lors des présidentielles de 2002, 2007 et 2012, François Bayrou a tenté, sans succès, de porter un projet humaniste et d’incarner une « troisième voie » entre les candidats du PS et de l’UMP. Le ralliement de Bayrou à Macron montre cependant qu’une recomposition politique s’opère et qu’un « axe central » est bel et bien en train d’émerger. Cette fois, la campagne est vraiment commencée, et de vrais choix sont en jeu.

F. Bayrou.

F. Bayrou.

Résolution Française: présentation du dernier livre de François Bayrou

F. Bayrou.

F. Bayrou.

Avant même d’avoir pris sa décision sur une éventuelle candidature à la présidentielle, François Bayrou a publié début février un livre intitulé Résolution française. Simple essai politique ou véritable programme présidentiel ? A première vue, Résolution Française ne constitue pas un programme politique : Bayrou ne dévoile pas ici un catalogue de mesures techniques mais plutôt un ensemble de grandes orientations. De ces grandes orientations découlent cependant plusieurs propositions concrètes autour desquelles pourrait se construire un futur programme présidentiel.

L’auteur développe d’abord sa vision de la France et de « l’âme française ». Pour Bayrou, ce qui définit l’identité française depuis la Révolution, c’est la résistance à toutes les formes de tyrannie, comme le dit d’ailleurs le premier couplet de la Marseillaise. Or, d’après l’auteur, cet esprit de résistance demeure vital aujourd’hui car, dans le contexte d’une mondialisation débridée, la France doit résister à la « tyrannie de l’argent » et refuser le modèle de société ultralibéral qui se caractérise par le culte de l’argent et le creusement permanent des inégalités sociales. Bayrou est souvent décrit par la presse comme une sorte de « Cassandre » au discours catastrophiste, mais la vision de la France qu’il développe est profondément optimiste : pour lui, la France n’est pas en déclin ; elle est simplement bloquée et découragée. Elle dispose d’atouts majeurs qui joueront un rôle décisif dans les décennies à venir : son territoire, sa vitalité démographique, sa main d’œuvre qualifiée, ses entreprises puissantes, ses services publics performants et son haut niveau de protection sociale. Bayrou rappelle d’ailleurs son attachement au « modèle social français » fondé sur la solidarité, un modèle qui doit être considéré « comme une chance et non comme une charge », à condition que l’on accepte les réformes nécessaires pour assurer la pérennité de ce modèle.

Selon Bayrou, le redressement du pays doit s’appuyer sur trois piliers : « unité, énergie et vision ». « L’unité » désigne la cohésion nationale et passe donc par la lutte contre toutes les fractures sociales, culturelles et idéologiques du pays. Bayrou dénonce les discours clivants qui dressent les Français les uns contre les autres. Il développe une vision apaisée de l’immigration et de l’islam tout en réaffirmant la nécessité de défendre une laïcité stricte, seule condition garantissant la liberté de conscience et de culte. Il considère la question du financement des lieux de culte comme un enjeu majeur et souhaite que l’Etat puisse, dans le respect de la loi de 1905, aider les musulmans de France à mieux organiser le financement de leur culte : il défend notamment l’idée d’une « contribution sur la certification halal », qui serait mise en place et recouvrée par les autorités musulmanes avec le soutien de l’Etat, sur le même modèle que la certification casher au sein de la communauté juive. Pour restaurer la cohésion de la nation, Bayrou est favorable à la mise en place d’un « service civil universel » de plusieurs semaines, pour tous les jeunes Français qui sortent de l’enseignement secondaire : il s’agirait d’un service « en uniforme » qui permettrait de transmettre une formation civique approfondie et des compétences utiles à la collectivité (missions en milieu scolaire, en milieu hospitalier ou en maison de retraite, découverte de la vie associative, etc.).

Le deuxième pilier, « l’énergie », consiste à libérer toutes les forces vives du pays, à encourager l’initiative privée, la recherche, la création, l’innovation et l’esprit d’entreprise. Bayrou critique les dérives d’un État français dont la boulimie réglementaire et les pesanteurs bureaucratiques découragent trop souvent les initiatives individuelles : l’Etat doit « libérer » et non « étouffer ». C’est pourquoi l’auteur considère la simplification des procédures administratives comme une condition indispensable au « réveil » du pays. L’Education Nationale joue, elle aussi, un rôle clé dans la libération des énergies françaises : Bayrou rappelle son amour de l’école et son estime pour le métier d’enseignant (qu’il a lui-même exercé pendant dix ans). L’auteur juge nécessaire de revaloriser le traitement des professeurs et de respecter leur liberté pédagogique. Il souhaite recentrer l’enseignement primaire sur la transmission des savoirs fondamentaux, notamment la maîtrise de la langue. Il rappelle son attachement à la « culture humaniste » et aux langues anciennes ainsi que son opposition vigoureuse à la réforme du collège, accusée d’accentuer les inégalités et d’encourager la fuite vers l’enseignement privé.

Le troisième pilier, la « vision », consiste à proposer aux citoyens une vision claire du rôle que la France doit avoir en Europe et dans le monde. Bayrou souhaite préserver la capacité de projection, l’influence diplomatique et le rayonnement culturel de la France dans le monde. La France doit rester un pays indépendant, capable de dialoguer avec les grandes puissances du monde sans pour autant « s’aligner » sur elles. Bayrou rappelle également son engagement en faveur d’une Europe politique : selon Bayrou, le Brexit va renforcer le rôle de la France au sein de l’Union européenne et offrir au gouvernement français une occasion historique de réorienter le projet européen. Pour que l’UE fonctionne de façon plus transparente, Bayrou propose que les délibérations du Conseil européen soient publiques. L’auteur prône une coopération européenne accrue dans le domaine de la défense et de la lutte antiterroriste. Il considère aussi que l’Union européenne doit devenir un acteur clé de la lutte contre le chômage : pour cela, il faut redéfinir le mandat de la BCE en ajoutant à ses missions la recherche du plein emploi et le soutien à l’activité économique. Enfin, la France et l’Europe doivent devenir exemplaires en matière de développement durable, en soutenant plus que jamais le développement des pays pauvres et en défendant avec fermeté, en Europe et dans le monde, la réduction continue et irréversible de toutes les productions et de toutes les activités présentant un risque climatique, sanitaire ou industriel pour l’humanité.

Dans Résolution Française, Bayrou expose aussi une « méthode » : il réaffirme notamment sa préférence pour les transformations progressives plutôt que pour les ruptures brutales. Il souligne le rôle essentiel de la négociation dans l’élaboration des réformes et insiste sur la nécessité d’associer plus étroitement les citoyens à l’exercice du pouvoir. Ce faisant, l’auteur critique le fameux mythe des « cent jours » selon lequel un président nouvellement élu aurait la capacité de réformer le pays de fond en comble dès le début de son mandat, en deux ou trois mois seulement (comme prétend le faire François Fillon). Bayrou développe également sa conception de la fonction présidentielle : soucieux de renouer avec l’esprit gaullien de la Cinquième République, l’auteur rappelle que le président de la République est le représentant de tous les Français et qu’il doit, par conséquent, se tenir « au-dessus de la mêlée politicienne » ; Bayrou accuse d’ailleurs Nicolas Sarkozy et François Hollande d’avoir « dévoyé » la fonction présidentielle en se comportant comme des « chefs de clan ». En outre, l’auteur accorde une grande importance à la parole présidentielle : le chef de l’Etat ne doit pas parler comme un expert ; son rôle est d’abord de proposer au pays une « vision » et de définir les grandes priorités de la politique nationale ; pour cela, il doit s’adresser aux citoyens dans une langue élégante et limpide, libérée des formules creuses et des jargons technocratiques.

Parmi les propositions novatrices avancées par François Bayrou dans Résolution Française, on retiendra tout d’abord l’idée d’un « droit à la communauté » : inspiré de certaines constitutions africaines, ce principe consiste à reconnaître à la nation un « droit collectif à porter un modèle de société au travers du temps » ; il s’agit en quelque sorte de sanctuariser dans la loi française une identité collective qui serait fondée, entre autres, sur la liberté d’expression, l’égalité des sexes et la laïcité. Bayrou conçoit ce « droit à la communauté » comme une réponse possible aux questionnements et aux angoisses actuels sur l’identité nationale. Par ailleurs, Bayrou propose la reconnaissance d’un « droit à la première expérience professionnelle » pour tous les jeunes afin de favoriser leur insertion sur le marché de l’emploi ; cette première expérience se ferait dans le cadre d’un dispositif ad hoc, plus souple qu’un CDD, et serait soutenue par des fonds publics. La référence aux 35 heures doit être conservée dans le Code du Travail, non pas comme durée légale du travail mais comme seuil d’activation des heures supplémentaires ; Bayrou souhaite que le taux de majoration des heures supplémentaires soit maintenu à 25% pour tous les salariés et propose d’octroyer aux entreprises des baisses de charges sur toutes les heures supplémentaires effectuées, ce qui permettrait de valoriser le travail des salariés sans coût supplémentaire pour l’employeur. Bayrou souhaite aussi introduire plus de souplesse et de simplicité dans le système de protection sociale : il plaide notamment pour un système de retraites « à la carte ». Il s’agit de remplacer tous les régimes de retraite existants par un système de retraite unique tenant compte de la pénibilité des tâches professionnelles mais également de certaines formes d’engagement non professionnel qui, actuellement, n’ouvrent aucun droit social. Ce système prendrait la forme d’un « compte-épargne retraite » par points. Bayrou souhaite aussi remplacer tous les minimas sociaux existants par une « allocation sociale unique », calculée en fonction de la situation de chaque bénéficiaire.

Que les sympathisants de François Bayrou se rassurent : le chef du MoDem reste fidèle aux idées qu’il a défendues pendant les dix dernières années. Tous les fondamentaux du « bayrouisme » sont présents dans l’ouvrage, à commencer par la défense du pluralisme : l’auteur réaffirme par exemple sa volonté d’introduire une dose de proportionnelle dans les scrutins législatifs pour améliorer la représentativité du Parlement. Il veut aussi protéger l’indépendance de la presse en limitant drastiquement les processus de concentration dans le secteur des médias et en garantissant une stricte séparation entre le pouvoir médiatique et les grands intérêts financiers : pour cela, Bayrou propose la création d’une haute autorité indépendante sur le même modèle que le CSA. Bayrou continue aussi de plaider pour la formation d’un gouvernement d’unité nationale regroupant les modérés de la gauche, de la droite et du centre pour mettre en œuvre, sur la base du compromis le plus large possible, les réformes nécessaires au pays. Le retour à l’équilibre budgétaire, autre thème cher à François Bayrou, est considéré comme une obligation morale vis-à-vis des générations futures et doit permettre de restaurer l’indépendance de la France en la libérant du diktat des marchés financiers : « il n’existe pas de souveraineté si l’on est obligé d’emprunter pour vivre ». D’après l’auteur, la simplification et la rationalisation des services administratifs de l’Etat et des collectivités permettront de réduire les dépenses de fonctionnement, et de revenir à l’équilibre budgétaire en 10 ans.

Le projet politique développé dans Résolution Française est un projet humaniste et équilibré qui s’inscrit dans une pensée à la fois libérale et sociale : libérale parce que l’économie a besoin de liberté pour s’épanouir, et sociale parce que la finalité de l’action politique doit rester le bien-être de tous et la réduction des inégalités. Dans ce livre, Bayrou réaffirme également sa fibre démocrate-chrétienne, notamment lorsqu’il critique l’individualisme et le culte de l’argent. On peut déplorer que la question environnementale soit peu abordée dans l’ouvrage : Bayrou n’avance aucune proposition concrète pour favoriser la transition énergétique et ne prend pas clairement position sur une question aussi essentielle que l’avenir du nucléaire. On peut également s’étonner de la rhétorique « anti-système » qui caractérise l’ouvrage de François Bayrou et dans laquelle certains voient une forme de populisme. Cela n’est d’ailleurs pas nouveau chez Bayrou : en 2007, déjà, il avait capté une partie du vote protestataire en promettant de moraliser la vie politique et de faire éclater un système partisan totalement sclérosé. Mais les solutions que Bayrou avance n’ont rien de « populiste » : au contraire, elles sont lucides et relativement modérées. En outre, Bayrou ne rejette pas les élites politiques (dont il fait lui-même partie) : il souhaite changer les règles du jeu et dépasser les clivages politiques traditionnels pour faire émerger des « majorités d’idées », une ambition aujourd’hui partagée par Emmanuel Macron…

La préférence nationale, pierre angulaire du programme du FN

La « préférence nationale » (également appelée « priorité citoyenne ») consiste à réserver prioritairement aux citoyens français l’accès au marché du travail, à l’éducation et à certains avantages tels que les logements sociaux. Cette idée occupe une place centrale dans le programme du Front National, et Marine Le Pen souhaite l’inscrire dans la Constitution.

La préférence nationale pose le problème de l’égalité des droits entre citoyens français et résidents étrangers. Il faut tout d’abord rappeler que l’égalité totale des droits entre nationaux et résidents étrangers n’existe pas. En France, certains droits sont réservés aux détenteurs de la nationalité française, comme le droit de vote et le droit d’éligibilité. En outre, certains types d’emploi sont fermés aux étrangers. Les « emplois de souveraineté », c’est-à-dire les professions qui participent de manière directe à l’exercice des prérogatives de la puissance publique, sont depuis longtemps réservés aux citoyens français, notamment dans l’armée, la fonction publique et la magistrature. Il est tout à fait normal que les citoyens d’un Etat jouissent de droits plus étendus que les résidents étrangers : si la loi française ne réservait pas certaines prérogatives aux citoyens français, alors l’idée même de nation serait vidée de toute signification. Ce qui doit être dénoncé, en revanche, c’est le fait d’utiliser le principe de la « préférence nationale » pour mettre les étrangers au ban de la société française et pour les priver des droits économiques et sociaux les plus élémentaires. La « préférence nationale » telle qu’elle est proposée par le Front National est injuste et discriminatoire : si elle était appliquée, elle priverait les résidents étrangers de tout ce qui est nécessaire à leur intégration. Les étrangers qui résident et travaillent légalement en France paient des impôts et versent des cotisations sociales au même titre que les citoyens français, ils ont donc droit aux mêmes prestations. 

Mais la politique de « préférence nationale » préconisée par le FN n’est pas seulement injuste : elle est également inutile. Cette politique ne résoudrait pas la crise du logement, elle ne ferait pas baisser le chômage et n’améliorerait en aucune façon le quotidien des Français. La préférence nationale repose en fait sur des postulats erronés que le Front National présente comme des vérités parfaitement établies. Premièrement, le FN et une grande partie de ses électeurs considèrent que les étrangers « prennent » le travail des Français, et qu’il suffit d’écarter les étrangers du marché du travail pour faire baisser mécaniquement le taux de chômage des nationaux. Ce postulat mensonger participe d’un vieux fantasme xénophobe en total décalage avec la réalité. Il faut en effet rappeler que plusieurs secteurs d’activité ont besoin de la main d’œuvre immigrée car ils peinent à recruter parmi les nationaux : c’est notamment le cas du BTP, du textile et de la sécurité. Sans immigration légale, de nombreux patrons de ces différents secteurs devraient mettre la clé sous la porte. En revanche, dans les professions qui ne sont pas « sous tension », il est déjà très difficile d’embaucher un étranger non communautaire, et les employeurs qui en font la demande essuient généralement un refus de l’administration. Il est donc faux de dire que les étrangers « prennent » le travail des Français. 

Deuxième postulat erroné : le FN prétend que l’Etat en fait « plus » pour les étrangers que pour les citoyens français. Le parti de Marine Le Pen dénonce en effet une « préférence étrangère », c’est-à-dire une discrimination positive en faveur des résidents étrangers : d’après le FN, les étrangers auraient plus facilement accès que les Français aux logements sociaux, aux aides sociales et aux soins médicaux. Il s’agit, là aussi, d’un fantasme puisque les étrangers ne bénéficient d’aucun avantage particulier par rapport aux Français. Au contraire, tous les indicateurs montrent que les étrangers non communautaires cumulent les handicaps économiques et sociaux : ils ont un niveau d’étude inférieur à celui des Français, ils sont plus touchés par le chômage, ils occupent les emplois les moins qualifiés et les logements les plus précaires dans les quartiers les plus défavorisés. Sans parler des discriminations à l’embauche dont ils sont victimes. En matière de logement, il n’existe aucune « préférence étrangère ». Seuls les demandeurs d’asile ont droit à un hébergement d’urgence le temps que leur dossier soit examiné. Cette mesure est d’ailleurs une obligation inscrite dans la Convention de Genève sur les réfugiés.

En résumé, la « préférence nationale » préconisée par le FN n’a aucune justification sociale ou économique. Elle est injuste et dangereuse dans la mesure où son application rendrait encore plus difficile l’intégration des étrangers. Il s’agit d’une mesure purement idéologique dont l’objectif est de mettre les étrangers au ban de la société. Hélas, le débat sur l’immigration est trop souvent parasité par ce genre de fantasmes xénophobes et par des slogans démagogiques en décalage total avec la réalité. La préférence nationale, solution simpliste et radicale à des problèmes complexes, illustre bien la façon dont le Front National instrumentalise le thème de l’immigration pour flatter les instincts les plus vils du corps électoral : la peur de l’autre, la haine et le repli sur soi.

Marine Le Pen.

Marine Le Pen.

Meilleurs voeux centristes pour 2017

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L’année 2016 a-t-elle été une bonne année pour le centre ? De toute évidence, non : début 2017, le centre est encore plus fragile, plus désuni et plus inaudible qu’il ne l’était un an plus tôt. La victoire de Fillon à la primaire de la droite a été une douche froide pour de nombreux centristes qui avaient choisi de soutenir Juppé. L’UDI s’est ralliée à Fillon après la primaire mais ce ralliement n’est pas sans ambiguïtés : le parti a déjà entamé des négociations avec Les Républicains en vue des législatives mais Jean-Christophe Lagarde a dénoncé ouvertement les insuffisances du programme de Fillon, notamment sur les questions sociales et environnementales. Quant à François Bayrou, il a exprimé de vives critiques à l’égard du programme de Fillon et s’apprête à publier un livre aux allures de programme présidentiel. Mais le maire de Pau hésite à se déclarer candidat car il est conscient de la faible marge de manœuvre dont il dispose : en effet, s’il s’engage dans la course à l’Elysée, le président du MoDem sera pris en étau entre Fillon et Macron. Bayrou est toujours populaire mais il plafonne à 8% dans les sondages.

Aucun candidat ne sera en mesure de fédérer l’électorat centriste à la présidentielle. Si Bayrou se présente, il sera boudé par de nombreux électeurs de centre-droit qui lui reprochent son côté « girouette » et qui préféreront voter Fillon. Macron pourra sans difficulté capter les voix des électeurs de centre-gauche, sauf si Valls remporte la primaire de la gauche et parvient à rogner sur l’électorat de l’ancien ministre de l’Economie. Et n’oublions pas le député pyrénéen Jean Lassalle, qui a quitté le MoDem en mars 2016 pour se lancer dans la course à la présidentielle. Il a même exposé les grandes lignes de son programme dans le livre Un berger à l’Elysée, paru en octobre 2016. Jean Lassalle a créé son propre mouvement, baptisé « Résistons ! », et défend plusieurs propositions iconoclastes comme le « moratoire sur la dette » ou le désengagement militaire de la France à l’extérieur des frontières. Ce montagnard bucolique, amoureux de la nature et passionné de philosophie grecque, a fait parler de lui en 2006 quand il a fait une grève de la faim de 39 jours au Palais Bourbon pour empêcher la délocalisation d’une usine située dans sa circonscription ; en 2013, il a parcouru la France à pied pendant 9 mois, muni d’un simple sac à dos, pour aller « à la rencontre des Français » et recueillir leurs doléances. Lassalle est donc un obstiné, un « jusqu’au-boutiste ». Il ne renoncera pas, même si ses chances de victoire à la présidentielle sont quasi nulles.

Hélas, la multiplication des candidatures au centre de l’échiquier politique risque d’entraîner une dispersion des voix centristes et de renforcer, dans l’opinion publique, l’impression que le centre est devenu insignifiant. Cela n’est pas de bon augure car la France a besoin d’un centre fort et uni, capable de proposer une alternative crédible au socialisme, au conservatisme et aux populismes. Le Centriloque vous souhaite, malgré tout, une très belle année 2017 et vous remercie pour votre fidélité.

Macron peut-il être le candidat des centristes ?

E. Macron.

E. Macron.

Emmanuel Macron séduit incontestablement l’électorat centriste. Son positionnement social-libéral assumé, son europhilie, sa volonté de « déverrouiller » l’économie française et de dépasser les clivages politiques traditionnels ne laissent pas indifférents les sympathisants du centre. Le problème, c’est que Macron n’est pas centriste. En tout cas, il ne s’est jamais réclamé de ce courant politique. L’ancien ministre de François Hollande se définit lui-même comme un « homme de gauche » et un « libéral » et mais ne revendique aucun héritage idéologique précis. En fait, Macron aime surtout se définir en « négatif », c’est-à-dire en expliquant ce qu’il n’est pas : il n’est pas socialiste, il n’est pas conservateur, et ce n’est pas un homme d’appareil.

Emmanuel Macron occupe l’espace politique laissé vacant par les centristes. La victoire de François Fillon à la primaire de la droite a en effet libéré un espace pour une éventuelle candidature centriste en 2017, mais François Bayrou ne semble pas encore décidé à se lancer dans la bataille. Quant aux petits barons de l’UDI, ils ont presque tous fait allégeance à François Fillon par opportunisme, au mépris des militants UDI qui n’ont pas été consultés sur ce ralliement. Les sondages montrent d’ailleurs que Macron est en train de siphonner l’électorat centriste : il est crédité de 13 à 18% des intentions de vote alors que Bayrou oscille entre 6 et 8%.

La plupart des propositions dévoilées par Emmanuel Macron sont tout à fait compatibles avec les idées centristes. Pour améliorer la compétitivité des entreprises, Macron veut notamment transformer le CICE en baisses de charges permanentes. Pour réduire l’écart entre les salaires bruts et les salaires nets, le candidat propose de supprimer les cotisations maladie et chômage des salariés, et de les remplacer par une hausse de la CSG : cette mesure est loin d’être absurde car la CSG, prélevée à la fois sur les salaires, les retraites et les revenus du capital, a une base beaucoup plus large que les cotisations salariales.

En matière d’emploi, les réformes préconisées par Macron s’inscrivent dans une logique de « flexi-sécurité » tout à fait acceptable pour les centristes. Pour encourager l’esprit d’entreprise et fluidifier le marché du travail, Macron veut par exemple étendre l’assurance chômage aux travailleurs indépendants, aux auto-entrepreneurs et aux salariés qui ont démissionné : ce qui apparaît en filigrane derrière cette réforme de l’assurance chômage, c’est l’ébauche d’un « revenu universel de base » alloué par l’Etat et pouvant être complété par des assurances privées. Mais pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique en proposant un véritable « revenu universel » qui remplacerait tous les minimas sociaux existants, comme l’expérimente actuellement le gouvernement finlandais ?

En matière d’éducation, les pistes avancées par Macron sont pertinentes : il veut donner une autonomie accrue aux écoles primaires et réformer la carte scolaire pour favoriser la mixité sociale. Afin de rendre plus attractives les écoles des quartiers prioritaires, le candidat veut garantir aux professeurs de ces établissements une plus grande liberté pédagogique et une rémunération majorée. Macron a tout à fait raison de privilégier l’école primaire et de concentrer les efforts sur les établissements les plus en difficulté ; on aimerait cependant savoir ce qu’il propose pour l’enseignement secondaire, où les enjeux sont de taille.

En définitive, le programme de Macron est intéressant mais inabouti. On reste un peu sur sa fin : Macron avait promis une « révolution » aux Français mais les propositions qu’il a dévoilées jusqu’à présent n’ont pas grand-chose de révolutionnaire. Macron a entretenu le suspense pendant si longtemps autour de son programme que l’on s’attendait à des mesures beaucoup plus novatrices et ambitieuses. Le programme d’Emmanuel Macron est à l’image de la « loi Macron » adoptée en 2015 : il va dans le bon sens mais il manque d’audace. De plus, ce programme est encore flou sur plusieurs sujets essentiels tels que la défense, l’Europe, la transition énergétique ou la réduction de la dette publique.

Cela dit, les insuffisances du programme d’Emmanuel Macron ne justifient aucunement les attaques acerbes des dirigeants centristes contre ce candidat. Bayrou dépeint Macron comme une « image virtuelle » qui « parle mais n’agit pas ». Le président du MoDem cherche aussi à discréditer Macron en le présentant comme le candidat des élites financières. A l’UDI, ce n’est guère mieux : après avoir courtisé Macron, Jean-Christophe Lagarde critique désormais sans réserve le programme du candidat. En fait, si les leaders centristes font preuve d’une telle animosité envers Macron, ce n’est pas parce qu’ils sont en désaccord avec les idées portées par ce candidat mais parce qu’ils voient en lui un concurrent. Le succès de Macron déstabilise les partis centristes et contrarie fortement les projets de Bayrou et de Lagarde pour 2017. Quand Macron semait la zizanie au sein du gouvernement Valls, il avait toute la sympathie des centristes ; maintenant qu’il s’affirme comme un candidat crédible, il est perçu comme un danger.

Macron peut-il être le candidat des centristes à la présidentielle ? Oui, à condition qu’il propose aux Français un programme plus ambitieux et plus abouti. Si François Bayrou renonce à présenter sa candidature et si aucune autre personnalité centriste « officielle » ne se lance dans la campagne, alors Macron pourrait bien être le candidat le plus « centro-compatible » de la présidentielle. D’ailleurs, les jeunes UDI ne s’y sont pas trompés : en novembre, juste après le second tour de la primaire de la droite, 130 élus et militants du mouvement UDI Jeunes ont refusé de soutenir Fillon et se sont ralliés spontanément à Macron…

Le Centriloque souhaite à tous ses lecteurs de bonnes fêtes et adresse aux Allemands une pensée émue et fraternelle après le terrible attentat qui a frappé Berlin le 19 décembre. Lorsqu’un Etat de l’Union européenne est pris pour cible, c’est l’Union toute entière qui est atteinte et qui doit faire bloc pour défendre ses valeurs humanistes et pour combattre la barbarie djihadiste.

La victoire de Fillon, un coup dur pour le centre

Dimanche 27 novembre, le peuple de droite a désigné son champion pour la présidentielle de 2017. François Fillon a été plébiscité : après avoir mis Nicolas Sarkozy hors-jeu lors du premier tour de la primaire, il a littéralement pulvérisé Juppé lors du second tour. La victoire de Fillon confirme que cette primaire, abusivement présentée comme une « primaire de la droite et du centre », est d’abord et avant tout une primaire de la droite. De la droite dure.

Fillon s’est fait élire sur un programme très libéral qui ne comporte aucune mesure sociale. Le candidat veut augmenter fortement la TVA et baisser massivement les impôts sur les entreprises et les hauts revenus. Il souhaite que l’Assurance Maladie cesse de rembourser les médicaments les plus courants. Il veut flexibiliser le marché du travail sans apporter de garanties nouvelles aux salariés : il envisage par exemple d’instaurer une dégressivité des allocations chômage et d’autoriser les licenciements collectifs pour simple motif de « réorganisation ». Il veut également supprimer toute référence à une durée légale du travail et laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par des accords négociés en interne, dans la limite de 48 heures hebdomadaires imposée par l’Union européenne. Quand on l’interroge sur l’absence de mesures sociales dans son programme, Fillon répond qu’il veut le « retour au plein emploi » car le chômage constitue le principal problème social en France. Mais le « retour au plein emploi » ne saurait faire office de politique sociale, car il ne constitue pas une réponse suffisante au creusement des inégalités, à la généralisation du travail précaire et à la paupérisation du salariat.

Le programme de Fillon choque aussi par son irréalisme. Le candidat veut supprimer un demi-million de postes de fonctionnaire en 5 ans, ce qui revient à supprimer 100.000 postes par an. On imagine difficilement comment Fillon pourra mettre en œuvre une purge aussi radicale, même en rétablissant la semaine de 39 heures dans la fonction publique. On ne peut pas supprimer autant de postes de fonctionnaires de façon aussi brutale sans désorganiser les services, dégrader les conditions de travail des agents et aggraver les dysfonctionnements existants. Il ne faut pas oublier que certains services sont en sous-effectif et que de nombreux fonctionnaires font déjà beaucoup d’heures supplémentaires. Dans les hôpitaux publics, les personnels sont débordés : pour assurer la continuité et le bon fonctionnement de leur service, ils sont très souvent contraints d’effectuer des heures supplémentaires non payées. Contrairement à ce que semble penser une partie de la droite française, les effectifs de la fonction publique d’Etat et de la fonction publique hospitalière sont relativement stables depuis une vingtaine d’années, alors même que la population française a augmenté. En réalité, la hausse du nombre de fonctionnaires est due à l’explosion des effectifs de la fonction publique territoriale, à cause des dernières décentralisations. Le gouvernement ne pourra pas réduire brutalement le nombre d’agents territoriaux, à moins d’infliger des coupes drastiques dans les dotations des collectivités, ce qui entraînera mécaniquement de nouvelles hausses des impôts locaux.

Par ailleurs, il est clair que le programme de François Fillon n’est pas à la hauteur des défis majeurs qui attendent notre pays, tels que la transition énergétique, la révolution numérique, le redressement de notre système éducatif, la crise des migrants, la relance du projet européen ou encore la paix au Moyen-Orient. Le programme écologique de Fillon est indigent. Ses ambitions pour l’école se résument à des suppressions massives de postes dans l’Education nationale ainsi qu’à une autonomie accrue pour les établissements. Ses ambitions européennes sont, elles aussi, très limitées puisqu’elles se résument à l’harmonisation de la fiscalité sur les entreprises et à la création d’un « directoire politique de la zone euro ». Fillon ne considère manifestement pas le sauvetage de l’Europe comme une priorité, alors même que le Brexit et la montée de mouvements populistes menacent l’Union européenne de désintégration. Au Moyen-Orient, la ligne pro-russe préconisée par Fillon est particulièrement inquiétante quand on sait que la Russie apporte un soutien sans faille au régime criminel de Bachar Al Assad et qu’elle a une responsabilité difficilement contestable dans la catastrophe humanitaire qui frappe en ce moment les habitants d’Alep.

En outre, Fillon n’est pas forcément le mieux placé pour rassembler au second tour de la présidentielle, surtout s’il a Marine Le Pen en face de lui. Le 27 novembre, François Fillon a été élu par près de 3 millions de personnes ; mais pour gagner la présidentielle, il faudra en rassembler plus de 20 millions. Les Français accepteront-ils de faire bloc autour d’un homme qui a été, pendant 5 ans, le Premier Ministre de Nicolas Sarkozy et qui a donc une grande part de responsabilité dans le bilan peu glorieux de ce dernier ? Accepteront-ils de faire bloc derrière un homme qui leur propose un programme antisocial et des mesures d’austérité brutales ? Dans l’hypothèse (réaliste) d’un duel entre Fillon et Le Pen au second tour de la présidentielle, il est fort possible que certains électeurs de gauche votent blanc ou s’abstiennent. En outre, si Fillon affronte Marine Le Pen au second tour, la présidente du Front National tentera de « gauchiser » son discours pour se poser en rempart contre « l’ultralibéralisme » et ainsi mobiliser l’électorat populaire. Il faut donc espérer que Fillon accepte de mettre de l’eau dans son vin et de retravailler certains aspects de son programme pour le rendre moins brutal et plus social, ce qui lui permettra d’élargir sa base électorale vers le centre et le centre-gauche au second tour. Hélas, Fillon et ses lieutenants ont clairement dit qu’une révision de leur programme était inenvisageable.

La victoire de Fillon risque aussi d’aggraver les divisions du centre. La plupart des centristes ont soutenu Juppé lors de la primaire, mais certains centristes se sont ralliés à Fillon dès l’entre-deux-tours, comme Hervé Morin qui vient de quitter l’UDI pour, dit-il, « rebâtir un centre fort et uni derrière François Fillon ». Cela dit, la candidature de Fillon libère de l’espace au centre de l’échiquier politique pour une potentielle candidature centriste en 2017, surtout si la gauche est très divisée. François Bayrou n’exclut pas d’être lui-même candidat et a déclaré qu’il travaillait à l’élaboration d’un projet alternatif, plus juste et plus équilibré que celui de François Fillon. Quant à Emmanuel Macron, il est déjà officiellement candidat et pourrait séduire une partie non négligeable de l’électorat centriste : l’eurodéputé centriste Jean Arthuis, ancien Ministre de l’Economie d’Alain Juppé, s’est d’ailleurs rallié à Macron.

F. Fillon.

F. Fillon.

La primaire LR vue du centre

Premier débat de la primaire de la droite.

Premier débat de la primaire de la droite.

La primaire des Républicains est abusivement présentée comme une « primaire de la droite et du centre ». Or, il s’agit avant tout d’une primaire de la droite, puisqu’elle est organisée par un parti de droite et qu’aucun centriste n’y concourt. Bayrou conteste le principe même de la primaire, et les militants de l’UDI se sont prononcés par référendum contre une participation à cette élection. A première vue, donc, la primaire des Républicains ne concerne guère les centristes. Sauf qu’il s’agit d’une primaire « ouverte » et que tous les électeurs peuvent y participer, moyennant une cotisation symbolique de deux euros et la signature d’une charte au contenu tellement flou que n’importe quel citoyen attaché aux valeurs républicaines pourrait s’y retrouver. De plus, le résultat de la primaire aura des répercussions importantes pour le centre en 2017. De nombreux sympathisants centristes vont donc participer à ce scrutin. Pour les électeurs centristes indécis qui seraient tentés d’aller voter les 20 et 27 novembre 2016, voici un petit décryptage du programme des candidats en lice pour la primaire. Chaque programme se verra attribuer une « note centriste » sur 10 points : plus la note est élevée, plus le candidat est « centro-compatible » ; plus la note est basse, plus le candidat est éloigné des valeurs et des idées centristes.

Les programmes des candidats : consensus libéral et sécuritaire

Les différences entre les sept programmes sont bien maigres, puisque les candidats de la primaire semblent à peu près d’accord sur l’essentiel. Tous partagent une ligne résolument sécuritaire : ils veulent augmenter le nombre de places en prison et mettre fin aux aménagements automatiques de peine, ils préconisent une politique pénale plus répressive et défendent des mesures qui tendent à mettre en place une justice d’exception pour les terroristes. Sur le plan économique, on constate que les candidats défendent quasiment tous une ligne libérale : réduction massive du nombre de fonctionnaires, baisses massives de charges pour les entreprises, assouplissement des conditions de licenciement, fin des 35 heures, dégressivité des allocations chômage, suppression de l’ISF et report de l’âge de départ à la retraite. Cette orientation libérale n’est pas incompatible, en soi, avec les idées centristes : les centristes sont favorables à une libéralisation raisonnée de l’économie ainsi qu’à l’équilibre budgétaire. Le problème, c’est que les candidats de droite n’ont pas de programme social. Or, les centristes ont le souci de maintenir un juste équilibre entre liberté économique et protection sociale. On ne peut pas être généreux avec les plus riches sans faire de gestes en direction des plus fragiles ; on ne peut pas flexibiliser le droit du travail sans proposer, en contrepartie, une sécurisation accrue des parcours professionnels. On constate aussi que la plupart des candidats n’ont pas de programme écologique. Tous les prétendants donnent la priorité à l’emploi et à la compétitivité mais passent à côté des enjeux environnementaux majeurs : la transition énergétique, la réduction des émissions de carbone et la conversion de notre agriculture vers un modèle plus circulaire et plus respectueux des équilibres naturels.

Nicolas Sarkozy : à droite toutes !

Sarkozy a choisi de privilégier les thématiques identitaires et sécuritaires. Surfant sur la peur du terrorisme, de l’islam et de l’immigration, l’ex-président défend des propositions qui pourraient parfaitement figurer dans le programme de Marine Le Pen : au nom de la lutte contre le « communautarisme », il propose d’interdire les signes religieux dans les entreprises et les universités ainsi que les menus de substitution dans les cantines scolaires ; il veut également supprimer l’enseignement des langues d’origine à l’école primaire. Sarkozy propose, par ailleurs, l’instauration d’un service militaire obligatoire d’un an pour les jeunes de 18 ans sans emploi ni formation. Sur le plan économique, Sarkozy défend une ligne libérale qui n’a rien de très innovant : il recycle d’ailleurs certaines mesures phares de son quinquennat, comme la défiscalisation des heures supplémentaires et le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique. Sarkozy n’a aucun programme social et ses propositions en matière d’éducation sont indigentes : l’ancien président n’a visiblement tiré aucune leçon de la politique éducative désastreuse menée lors de son quinquennat puisqu’il propose de nouvelles suppressions de poste dans l’Education nationale et une augmentation du temps de travail des enseignants, deux propositions démagogiques et stupides qui vont dégrader les conditions de travail des professeurs et aggraver la perte d’attractivité du métier. La grande nouveauté du programme de Sarkozy par rapport à 2007 ou à 2012 réside dans la volonté affichée par le candidat de recourir au référendum pour faire passer les réformes clés du prochain quinquennat. Cette conception très bonapartiste du pouvoir semble assez éloignée de la conception centriste qui est, au contraire, très attachée à la représentation parlementaire et méfiante à l’égard du référendum. On trouvera néanmoins dans le programme de Sarkozy quelques mesures de bon sens compatibles avec les attentes centristes : Sarkozy propose par exemple de soumettre à référendum une diminution de 30% du nombre de parlementaires. Sur l’Europe, on peut également retenir quelques propositions pertinentes : Sarkozy veut harmoniser les politiques d’immigration des Etats membres de l’espace Schengen et améliorer la gouvernance économique de la zone euro, notamment par la création d’un « Fonds monétaire européen » et d’un poste de « directeur du Trésor » ; on peut toutefois regretter que ces mesures ne s’inscrivent pas dans une vision européenne plus ambitieuse et plus globale. Ce programme très à droite reçoit donc la note centriste de 3/10.

Alain Juppé : modéré mais pas trop

Souvent perçu comme un homme sage et modéré, Juppé se définit lui-même comme un candidat de « rassemblement ». Mais le vénérable Juppé est-il aussi modéré qu’on le dit ? Son programme économique, qui a pour mot d’ordre le « retour au plein emploi », est d’inspiration clairement libérale et ne comporte aucune mesure sociale. Juppé propose plusieurs mesures visant à rendre les entreprises plus compétitives : retour aux 39 heures, plafonnement des indemnités prudhommales et suppression de toutes les charges sur le SMIC. Il propose d’augmenter d’un point la TVA pour compenser une réduction de 10 milliards d’euros des cotisations famille versées par les entreprises : cette mesure reprend le principe de la « TVA sociale » défendue par certains centristes. Juppé plaide aussi pour un « CDI sécurisé » dans lequel les motifs de licenciement seraient prédéfinis. Le maire de Bordeaux réaffirme son positionnement à droite sur les questions de sécurité et d’immigration : il veut notamment durcir le regroupement familial et restreindre le droit du sol. Juppé a également élaboré tout un arsenal de mesures visant à améliorer la lutte contre le terrorisme : rétablissement des doubles peines à l’encontre des étrangers condamnés pour des actes terroristes, autorisation des rétentions administratives pour les familles, isolement et surveillance des détenus radicalisés, création d’un délit de « consultation régulière de sites djihadistes ». Le vrai point fort du programme de Juppé, c’est en fait la politique éducative : Juppé considère en effet l’éducation comme une priorité absolue et souhaite concentrer les efforts sur l’école primaire. Il déclare vouloir sanctuariser le budget de l’Education nationale et a déjà énoncé plusieurs propositions concrètes : on citera, entre autres, l’allègement des effectifs dans les classes maternelles, l’augmentation du traitement des professeurs des écoles, une autonomie accrue pour les établissements, une réforme du calendrier scolaire prévoyant un raccourcissement des vacances d’été pour alléger les journées de cours, ou encore un enseignement renforcé du fait religieux. Juppé propose également une réforme du Baccalauréat qui consiste à augmenter la part de contrôle continu afin de réduire le coût de l’examen et d’alléger le calendrier des épreuves terminales. Sur le plan des institutions, Juppé souhaite un mandat présidentiel non renouvelable, afin de replacer le président de la République au-dessus de la mêlée politicienne et ainsi renouer avec l’esprit gaullien de la Cinquième République. Juppé veut aussi renforcer les capacités de défense de l’Europe par la création d’une véritable police européenne des frontières. En définitive, même si le programme du maire de Bordeaux est clairement à droite, plusieurs aspects de ce programme peuvent séduire les centristes : une politique éducative ambitieuse et cohérente, un programme économique plus équilibré que celui des autres candidats malgré l’absence de mesures sociales, et une volonté de renforcer les compétences de l’Union européenne en matière de défense. Alain Juppé reçoit donc la note centriste de 7/10.

François Fillon : une rupture « thatchérienne »

L’itinéraire idéologique de François Fillon a de quoi surprendre : celui qui s’est longtemps présenté comme un « gaulliste social » a fortement droitisé son discours et défend aujourd’hui un programme qui rappelle, à certains égards, la politique de Reagan ou de Thatcher dans les années 80. D’ailleurs, Fillon lui-même se dit favorable à une rupture « thatchérienne ». Sur le plan économique, Fillon est clairement le plus libéral des candidats. Il préconise une thérapie de choc pour atteindre le plein emploi : baisse de 50 milliards d’euros de charges pour les entreprises, durcissement des sanctions à l’égard des chômeurs qui ne cherchent pas d’emploi, autorisation des licenciements pour « motif de réorganisation », libéralisation du travail dominical, mise en place d’un contrat de travail unique plus flexible que l’actuel CDI, suppression des 35 heures et possibilité de négocier le temps de travail au sein de chaque entreprise dans la limite des 48 heures hebdomadaires fixées par l’Union européenne. Fillon propose également un plan drastique de réduction des dépenses publiques dont l’objectif est de réaliser 110 milliards d’euros d’économies en 5 ans ! Pour cela, il veut inscrire la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire dans la Constitution, rétablir la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires et mener une véritable purge dans la fonction publique, avec la remise en cause de l’emploi à vie et la suppression de 600.000 postes. Pour améliorer la lutte contre le terrorisme, Fillon veut créer un « grand ministère de l’Intérieur » qui rassemblerait les douanes, l’administration pénitentiaire, la gendarmerie et la police. Le candidat envisage également de réduire l’immigration en faisant voter chaque année des quotas d’immigration par le Parlement. En matière d’éducation, Fillon est favorable à une autonomie accrue pour les établissements ainsi qu’à une revalorisation salariale « au mérite » pour les enseignants ; il défend une réforme du Bac proche de celle que propose Alain Juppé, visant à renforcer la part de contrôle continu pour alléger le coût de l’examen. Le programme de François Fillon pèche par son caractère antisocial et par ses ambitions démesurées : les objectifs affichés en terme de réduction des déficits publics sont irréalistes car, en temps de crise, on peut difficilement imposer de façon brutale aux Français des réformes impopulaires et une purge aussi radicale de la fonction publique. François Fillon reçoit donc la note centriste de 4/10.

Bruno Le Maire : la réforme tous azimuts

Bruno Le Maire, qui souhaite incarner le « renouveau » à droite, détient le record du programme le plus long et le plus complexe de la primaire, car il veut absolument tout réformer ! Et pour faire passer les réformes les plus urgentes, il veut gouverner par ordonnances durant les premiers mois de son quinquennat. Le programme de Bruno Le Maire est si touffu qu’on ne sait pas vraiment par où commencer. Il y a des mesures de bon sens : pour encourager le renouvellement de la vie politique, Le Maire veut ramener le nombre de députés de 577 à 400 et interdire aux parlementaires d’exercer plus de trois mandats consécutifs. Pour déverrouiller le marché de l’emploi et améliorer la compétitivité des entreprises, Le Maire veut un Code du Travail de 150 pages (au lieu de 3.000 actuellement), ultra-simplifié et recentré sur les « droits fondamentaux des travailleurs » ; tous les autres droits seraient négociés au niveau de l’entreprise, notamment la durée du travail. Sur le modèle de l’ancien CNE (Contrat Nouvelle Embauche) imaginé par Dominique De Villepin, Bruno Le Maire souhaite créer un CDD renouvelable sans limites avec, en contrepartie, une augmentation progressive des droits du salarié de façon à favoriser la transition vers un CDI. Pour les créateurs de start-up, Le Maire a imaginé un « e-contrat » hyper-flexible qui permettrait des embauches sur de très courtes périodes. En matière d’éducation, Le Maire propose clairement de mettre fin au collège unique : il défend l’idée d’un collège diversifié avec options dès la sixième. Mais la plupart des réformes proposées par Bruno Le Maire s’inscrivent clairement dans la même doxa libérale et sécuritaire que ses concurrents. Le Maire propose des coupes drastiques dans les dépenses de l’Etat, il veut remettre en cause l’emploi à vie dans la fonction publique et supprimer 1 million d’emplois publics sur 10 ans. Il veut aussi privatiser Pôle Emploi, alors même que les différentes expériences de privatisation des services de l’emploi dans des pays étrangers ont été peu concluantes (de fait, aucune étude à ce jour n’a démontré que le secteur privé était plus efficace que le secteur public pour assurer le placement des chômeurs). Bruno Le Maire préconise également une « justice d’exception » contre le terrorisme : il souhaite faciliter les mises sur écoute, généraliser la détention préventive, instaurer des peines planchers de 7 ans fermes, rétablir les doubles peines, créer 10.000 places de prison supplémentaires et construire des centres pénitentiaires réservés aux détenus condamnés pour actes terroristes. Le programme de Bruno Le Maire, malgré son originalité, retombe trop souvent dans le conformisme libéral et sécuritaire : il reçoit la note centriste de 5/10.

NKM : un programme centriste ?

Nathalie Kosciusko-Morizet est parfois décrite comme une centriste à cause de son côté « bobo » et de ses prises de position modérées. Si NKM représente incontestablement la frange la plus modérée et la plus ouverte des Républicains, peut-on aller jusqu’à qualifier son programme de « centriste » ? Par certains aspects, oui. NKM est la seule candidate à disposer d’un programme social : elle souhaite en effet mettre en place un statut plus protecteur pour les travailleurs indépendants et renforcer la politique familiale en versant aux parents une allocation de ressources dès le premier enfant, jusqu’à l’âge de dix-huit ans. NKM est aussi la seule candidate qui dispose d’un vrai programme écologiste : elle veut encourager « l’écologie de proximité » en généralisant les circuits courts et le télétravail. Elle souhaite également faire de la qualité de l’air une « grande cause nationale ». De plus, NKM se démarque de ses concurrents par des positions plus modérées sur l’immigration : elle refuse de remettre en cause le droit du sol et veut délivrer des permis de travail aux demandeurs d’asile dont le dossier n’a pas encore été traité. L’originalité du programme de Nathalie Kosciusko-Morizet réside aussi dans la place importante accordée au numérique : NKM voit dans la révolution numérique un moyen de moderniser l’économie et la démocratie (elle veut notamment renforcer la démocratie participative en créant une « chambre de citoyens virtuelle » permettant à chaque Français de proposer directement une réforme). Pour simplifier le système fiscal, NKM propose la création d’une « flat tax » (un impôt à taux unique sur l’ensemble des revenus) et d’un « revenu de base » remplaçant la plupart des allocations existantes. NKM est aussi la seule candidate qui ne souhaite pas supprimer l’ISF : elle propose de le transformer en obligation d’investissement. En ce qui concerne l’Europe, les centristes apprécieront les velléités fédéralistes de la candidate, qui se dit favorable à la création d’un parquet européen et d’une agence européenne du renseignement. Sur l’éducation, NKM ne propose rien de révolutionnaire mais veut mettre l’accent sur l’enseignement du français à l’école primaire, ce qui relève du bon sens. Pour le reste, les propositions de la candidate s’inscrivent plus nettement à droite et sont assez proches des propositions faites par les autres candidats : NKM veut remettre en cause le statut de la fonction publique, déréglementer la durée du travail et créer un choc de compétitivité en réduisant de 100 milliards d’euros les charges sur les entreprises ; elle propose la création d’un service national obligatoire de courte durée et veut « interdire le salafisme ». En définitive, le programme de Nathalie Kosciusko-Morizet est plutôt séduisant et largement « centro-compatible ». Le problème, c’est qu’il est peu détaillé. Certaines mesures demeurent assez vagues et soulèvent quelques questions quant à leur mise en application : comment financer les 100 milliards de baisses de charges pour les entreprises ? NKM se dit prête à creuser le déficit public, le temps de relancer l’emploi : ce laxisme budgétaire assumé n’est pas très centriste ! Mais ce n’est pas la seule ambiguïté du programme de la candidate. Comment encourager concrètement le télétravail et les circuits courts ? Comment améliorer concrètement la qualité de l’air ? Et comment appliquer concrètement l’interdiction du salafisme ? Pour ses louables intentions et son programme relativement modéré, NKM mérite quand même la note centriste de 7/10.

Jean-François Copé : guerre contre l’impôt et contre le terrorisme

Copé dénonce « un Etat omniprésent dans l’économie mais très absent dans le régalien ». Son programme vise donc à libéraliser l’économie et à flexibiliser le marché de l’emploi tout en renforçant les fonctions régaliennes de l’Etat, notamment dans le domaine de la sécurité. La lutte contre le « terrorisme islamiste » constitue l’axe majeur du programme de Jean-François Copé : le candidat propose de réorganiser complètement les services de renseignement et de créer des postes supplémentaires de policiers, de gendarmes, de magistrats et de gardiens de prison. Il veut mettre en place une chaîne pénale entièrement dédiée à la lutte contre le terrorisme islamiste. Il envisage aussi d’étendre les rétentions administratives à 150 jours et de faire expulser de manière systématique les étrangers radicalisés. Le deuxième axe majeur du programme de Copé, c’est la réduction généralisée des impôts : dénonçant une fiscalité qui « oppresse les Français », le candidat souhaite réduire de façon significative l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés. Ces baisses d’impôt sont compensées par un plan drastique de réduction des dépenses publiques impliquant, notamment, une réforme profonde de la fonction publique : non remplacement d’un départ à la retraite sur deux, retour aux 39 heures et remise en cause de l’emploi à vie. Sur la question de l’emploi, Copé veut réduire le montant et la durée des allocations chômage et interrompre leur versement dès le troisième refus d’offre d’emploi. Comme Juppé, il propose d’augmenter la TVA pour financer des baisses de charges sur les entreprises. Comme la plupart de ses concurrents, il est favorable à une libéralisation de la durée du travail : il veut laisser chaque entreprise fixer le temps de travail des salariés par le biais de référendums internes. En matière d’éducation, Copé veut donner plus d’autonomie aux établissements, mettre fin au collège unique et instaurer un examen préalable à l’entrée de la classe de Sixième pour vérifier que l’enfant maîtrise les savoirs fondamentaux (lecture, écriture, calcul). Comme Bruno Le Maire, Copé entend gouverner par ordonnances pour en œuvre de façon rapide les réformes économiques et sociales les plus urgentes. Le programme de Jean-François Copé reçoit la note centriste de 4/10.

Jean-Frédéric Poisson : le plus réac des candidats

Proche de Christine Boutin et président du Parti Chrétien-Démocrate, Jean-Frédéric Poisson est le seul candidat qui ne soit pas issu des Républicains. Son programme, bien que lacunaire et peu précis, se démarque nettement de celui de ses concurrents. Poisson apparaît clairement comme le plus réac des candidats : il est le seul à proposer l’abrogation de la loi sur le « mariage pour tous » et la suppression du regroupement familial et du droit du sol. Sur les questions économiques, il se démarque aussi de la ligne libérale de ses concurrents puisqu’il prône l’intervention de l’Etat dans l’économie pour soutenir les entreprises françaises. Poisson est aussi le seul candidat qui se revendique souverainiste et qui dénigre ouvertement « l’Europe de Maastricht ». Eurosceptique, économiquement étatiste et socialement ultra-conservateur, Jean-Frédéric Poisson est le moins « centro-compatible » des candidats : il reçoit la note centriste de 2/10.