Face à une crise comme celle du coronavirus, aucune décision ne va de soi

Dans les situations de crise grave, la tentation de faire « tomber des têtes » est compréhensible mais elle n’est pas toujours rationnelle. On peut légitimement reprocher au gouvernement un manque d’anticipation dans sa gestion de l’épidémie de covid-19. La décision de mettre la France en confinement a été prise tardivement et les tests de dépistage auraient dû être généralisés dès le début de la crise. Le gouvernement a manqué de réactivité, c’est indéniable. Mais n’oublions pas que, depuis le début de la crise, le gouvernement doit agir au jour le jour, à la lumière de données scientifiques incomplètes et en constante évolution. La maladie s’est propagée à une vitesse vertigineuse : tout le monde a été pris de court. Les épidémiologistes de salon et les infectiologues auto-proclamés ont tout loisir d’adresser des cartons rouges à l’exécutif pour sa « mauvaise gestion » de la crise : un peu d’humilité ne nous ferait pas de mal. Il est facile d’affirmer, après-coup, que l’Etat « aurait dû » faire ceci ou cela. Mais lorsqu’on est en responsabilité, face à l’imprévu et sans recul sur les événements, aucune décision ne va de soi.

Comme l’explique le constitutionnaliste Olivier Duhamel, le gouvernement doit agir à l’aune de trois impératifs : un impératif sanitaire (protéger la population contre le virus), un impératif économique (éviter l’effondrement de notre système productif) et un impératif démocratique (préserver les libertés autant que possible). Dans une démocratie, les décisions importantes requièrent un minimum de consensus. La décision de stopper brutalement l’économie et de placer en quarantaine tout un pays de 67 millions d’habitants aurait été jugée totalement disproportionnée si le gouvernement l’avait prise au moment où la France ne comptabilisait que 200 personnes infectées par le coronavirus.

Le gouvernement a été vivement critiqué pour avoir maintenu le premier tour des élections municipales. Or, dans les jours qui ont précédé le premier tour, la situation sanitaire n’était pas encore alarmante et le maintien du scrutin faisait l’objet d’un large consensus, à la fois scientifique et politique. Le Comité Scientifique chargé de conseiller l’exécutif n’avait pas recommandé l’annulation du premier tour des municipales. Par ailleurs, une grande partie de l’opposition avait demandé le maintien du scrutin au motif que la démocratie locale ne devait pas être mise entre parenthèses : certains élus disaient même que le report de l’élection serait un « coup d’État ». Mais au lendemain du premier tour, le consensus s’est inversé : ceux-là mêmes qui avaient demandé son maintien se sont mis à déplorer son non-report. Quelles que soient les décisions prises par le gouvernement, on trouvera toujours des Français pour lui reprocher d’avoir mal agi.

Le gouvernement actuel ne peut, à lui seul, endosser l’entière responsabilité de la crise. La polémique autour des masques de protection est, sur ce point, assez révélatrice. La pénurie de masques est-elle imputable à l’inaction du gouvernement Philippe, comme on se plaît à le répéter ad nauseam sur les réseaux sociaux ? En partie, oui. Edouard Philippe a lui-même reconnu que le gouvernement avait sous-estimé la consommation de masques FFP2. Mais la pénurie s’explique aussi par les choix des gouvernements précédents. Depuis 2013, en effet, les stocks de masques de l’Etat ne sont plus renouvelés. Ce changement de stratégie ne paraissait pas aberrant à l’époque puisque l’énorme production chinoise était censée garantir la sécurité de nos approvisionnements. Personne n’avait imaginé que l’économie chinoise pourrait un jour être paralysée par une épidémie et que la chaîne d’approvisionnement pourrait être interrompue. C’est pourtant ce qui est arrivé.

Les choix du gouvernement actuel ont aussi été influencés par un lourd précédent : le scandale des vaccins contre la grippe H1N1. En 2010, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot fut accusée d’avoir sur-réagi face à l’épidémie de grippe H1N1. A l’époque, le gouvernement avait surestimé l’ampleur de l’épidémie et commandé en urgence 94 millions de doses de vaccin : quelques semaines plus tard, il résilia la moitié des commandes. L’épidémie fut beaucoup moins virulente que prévu et seuls 5 millions de Français furent vaccinés ; une partie des vaccins livrés à la France fut même revendue à l’étranger. On parlait alors d’un véritable « scandale d’Etat ». Depuis cette affaire, l’Etat fait donc preuve d’une certaine prudence avant d’engager les deniers publics sur des commandes massives de médicaments ou de matériel médical. On peut raisonnablement penser que le gouvernement actuel a voulu éviter une nouvelle « affaire Bachelot ».

Une fois la crise terminée, l’heure du bilan viendra. Certains responsables politiques vont devoir rendre des comptes. « On se souviendra de ceux qui n’ont pas été à la hauteur », lançait Emmanuel Macron à ses ministres début mars. Et si des têtes doivent tomber, elles tomberont. Mais pour l’heure, notre priorité doit rester la lutte contre le covid-19. Les procès en incompétence ne sont d’aucun secours pour affronter la crise que nous traversons.

Réforme des retraites: l’immense gâchis

Dans un avis publié le 24 janvier, le Conseil d’Etat sanctionne sévèrement le projet de réforme des retraites : la plus haute juridiction dénonce notamment la précipitation du gouvernement, le manque de lisibilité du projet, les garanties insuffisantes quant au financement du futur système de retraites, le recours abusif aux ordonnances et le risque d’inconstitutionnalité de certaines mesures. Les critiques du Conseil d’Etat fournissent des arguments solides aux adversaires de la réforme et viennent amplifier la défiance des Français envers l’exécutif.

La réforme des retraites était une occasion historique de rendre notre système de retraite plus juste, plus redistributif et plus lisible. Une occasion historique d’adapter notre système de retraite aux nouvelles réalités du monde du travail, de mieux prendre en compte les carrières discontinues et de corriger – au moins en partie – les inégalités salariales entre hommes et femmes. Une occasion historique de restaurer la confiance des citoyens dans notre système par répartition. D’ailleurs, en proposant la mise en place d’un système universel à points, Emmanuel Macron n’a fait que reprendre à son compte une proposition déjà défendue depuis une dizaine d’années par la CFDT ainsi que par de nombreux économistes, dont Thomas Piketty lui-même. Une telle réforme, si cruciale pour l’avenir du pays, aurait pu faire l’objet d’un consensus assez large dans la société civile et dans une partie du monde syndical.

Mais lorsqu’on voit la tournure que prennent les choses, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment d’un immense gâchis. Les syndicats ont leur part de responsabilité dans ce gâchis, tout particulièrement les syndicats dits contestataires qui, depuis le début, rejettent en bloc la réforme et refusent le principe d’un système universel de retraite. Mais il faut bien se rendre à l’évidence : le gouvernement lui-même est en train de gâcher sa propre réforme. Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont cru qu’ils pouvaient refonder entièrement notre système de retraite en seulement deux ans : à titre de comparaison, les Suédois ont mis vingt ans pour basculer vers un système de retraite universel à points. De plus, le gouvernement s’est arc-bouté sur des mesures budgétaires telles que l’âge d’équilibre, ce qui a donné aux Français le sentiment que la réforme avait pour objectif principal de réaliser des économies. Le retrait « provisoire » de l’âge pivot dans le projet de loi ne résout pas le problème, loin de là, puisque l’introduction d’un âge d’équilibre dans le futur système de retraite n’a pas été abandonnée.

Plus généralement, la méthode employée par le gouvernement est un échec total car une réforme aussi importante que celle-ci ne peut pas être menée à son terme dans un climat de défiance. Or, il est clair qu’Edouard Philippe n’a pas réussi à fédérer les Français autour de la réforme des retraites. Comme l’écrivait très justement dans une tribune du Monde l’économiste Antoine Bozio, maître de conférences à l’EHESS et spécialiste des retraites : « L’échec de la construction d’un consensus, tant sur le diagnostic que sur les solutions, est patent. Alors que le projet initial était de redonner confiance dans la pérennité de notre système par répartition, le gouvernement a réussi à obscurcir toutes les avancées sociales possibles d’un tel système. »

Pourtant, il existait des solutions qui auraient permis de restaurer la confiance et de sauver la réforme des retraites : abandonner le principe de l’âge pivot, reporter la réforme de quelques mois pour prendre le temps nécessaire au débat démocratique et à l’amélioration du texte, associer davantage les partis d’opposition à l’élaboration de la réforme, renforcer les garanties apportées aux mères de famille et aux carrières hachées, améliorer la prise en compte de la pénibilité, communiquer des chiffres clairs et des simulations précises pour permettre aux Français d’évaluer les avantages et les inconvénients du nouveau système par rapport à l’ancien. Au lieu de cela, l’exécutif s’apprête à faire passer aux forceps une réforme mal ficelée, dans un climat de contestation et de défiance généralisée. Oui, décidément, c’est un immense gâchis.

Retraites: faut-il renoncer à l’âge pivot?

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

La mise en place d’un système de retraite universel n’est pas seulement souhaitable : elle est nécessaire. La France compte actuellement 42 régimes de retraite différents : notre système de retraite est à la fois complexe et injuste car les règles varient considérablement d’une profession à l’autre. Mais surtout, notre système n’est plus adapté aux réalités sociales du XXIe siècle. Le monde du travail évolue à une vitesse vertigineuse à cause de la mondialisation et des progrès technologiques. Certaines professions vont disparaître dans les décennies à venir ; d’autres vont connaître des bouleversements majeurs. Les parcours professionnels sont de plus en plus imprévisibles, les reconversions de plus en plus fréquentes, et les carrières de plus en plus hachées.

A la place des 42 régimes de retraite existants, il faut créer un régime de retraite universel fonctionnant par points. Ce système devra garantir à tous les actifs un taux de remplacement acceptable. Il devra garantir une pension décente à ceux qui ont perçu de faibles revenus tout au long de leur carrière. Ce système devra aussi prendre en compte la pénibilité, selon des règles et des critères communs à l’ensemble des assurés. Certes, le projet du gouvernement est largement perfectible et de nombreux éléments doivent encore être clarifiés. Mais le principe d’un régime universel à points doit être conservé. Cette réforme est capitale pour l’avenir du pays car elle rendra notre système de retraite plus simple et plus égalitaire.

La volonté qu’a Edouard Philippe de préserver l’équilibre financier des caisses de retraite avant le basculement vers un système à points est tout à fait légitime. Mais à force de vouloir imposer à tout prix l’idée d’un « âge pivot », le Premier Ministre a fini par crisper les syndicats réformistes et par mettre en danger la réforme elle-même. Il serait tout à fait regrettable que l’obstination d’Edouard Philippe fasse échouer la négociation. Pour sauver la réforme des retraites, il semble donc nécessaire que le gouvernement consente à faire un geste fort : renoncer à l’âge pivot, tout simplement.

Une réforme aussi importante que la réforme des retraites ne peut être mise en place que dans un climat de confiance, avec le soutien des syndicats réformistes. Or, l’âge pivot est catégoriquement rejeté par la CFDT, syndicat majoritaire, ouvert à la négociation et favorable depuis des années à l’idée d’un système de retraite universel. De plus, en s’obstinant à défendre le principe d’un âge pivot, le Premier Ministre envoie un signal très négatif aux organisations syndicales car il sous-entend que ces dernières seront incapables de gérer correctement le futur système de retraite. Faisons confiance au paritarisme : les partenaires sociaux sauront prendre les bonnes décisions et préserver la viabilité du système à points.

La réforme des retraites est avant tout une réforme systémique : son objectif principal est de mettre en place un régime universel de retraite, et non de réaliser des économies. Or, l’âge pivot crée de la confusion dans le débat et donne aux Français le sentiment que la retraite à points n’est qu’un prétexte pour les faire travailler plus longtemps. Abandonner l’âge pivot permettrait donc de clarifier les enjeux de la réforme. D’ailleurs, l’âge pivot n’était pas inscrit dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron, ni dans le programme de LREM aux élections législatives. Emmanuel Macron s’est engagé à mettre en place un système universel à points : l’idée d’un âge d’équilibre n’est apparue que plus tard, avec le rapport Delevoye.

Il n’y a pas d’urgence absolue qui rende nécessaire la mise en place d’un âge pivot avant la fin du quinquennat. Les conclusions du Conseil d’Orientation des Retraites sont loin d’être alarmistes et, comme l’a fort bien expliqué le démographe Hervé Le Bras dans une tribune du journal Le Monde, le vieillissement de la population ne menace pas à court terme le financement des retraites. En outre, l’Etat dispose d’importants fonds de réserve qui pourront être utilisés, si besoin, pour combler temporairement le déficit des retraites.

Tôt ou tard, de nouvelles réformes paramétriques seront nécessaires pour assurer le financement de nos retraites : repousser l’âge de départ à la retraite, augmenter la durée de cotisation, peut-être même augmenter les taux de cotisation. Mais dans l’immédiat, les ajustements paramétriques ne sont pas la priorité. La seule urgence, pour le gouvernement, c’est de reprendre les négociations avec les syndicats sur des bases plus sereines pour sauver ce qui constitue le cœur de la réforme, à savoir le basculement vers un système universel à points dans lequel chaque euro cotisé ouvrira les mêmes droits à l’ensemble des assurés.

Réforme du Code du Travail: beaucoup de flexibilité, peu de sécurité

Edouard Philippe.

Jeudi 31 août, le gouvernement a dévoilé le contenu des ordonnances réformant le Code du Travail. Légiférer par ordonnances, est-ce antidémocratique ? Il est vrai que le recours aux ordonnances limite les débats parlementaires car il ne permet pas au Parlement de discuter ni d’amender le contenu d’une réforme. Or, sur un sujet aussi important que le droit du travail, la représentation nationale a évidemment son mot à dire. Il ne faut cependant pas oublier que la réforme du Code du Travail par ordonnances figurait clairement dans le programme présidentiel d’Emmanuel Macron : en élisant Macron, les Français ont donc, d’une certaine façon, approuvé le choix de cette procédure.

En outre, le Parlement n’a pas été tenu à l’écart : pour légiférer par ordonnances, le gouvernement a d’abord dû faire voter une « loi d’habilitation » qui a été débattue pendant soixante heures au Parlement. Une fois les ordonnances adoptées en Conseil des ministres, il faudra encore que les parlementaires votent une « loi de ratification » qui fera elle aussi l’objet d’un débat. Le Parlement a donc un rôle essentiel en début comme en fin de procédure. Si le gouvernement avait opté pour la voie parlementaire classique, les débats auraient duré beaucoup plus longtemps car l’opposition aurait déposé des milliers d’amendements pour tenter de faire obstruction ; et au bout du compte, la réforme serait quand même passée puisque le parti présidentiel dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

La réforme présentée par Edouard Philippe et Muriel Pénicaud va plutôt dans le bon sens car elle vise à relancer la création d’emplois en assouplissant le Code du Travail et en permettant aux entreprises, particulièrement aux TPE-PME, de s’adapter plus facilement à leur environnement économique. Cette réforme élargit considérablement le cadre des négociations dans l’entreprise : les règles relatives aux contrats courts, aux salaires minimum et à l’égalité professionnelle resteront négociées au niveau de la branche, mais sur tous les autres sujets comme le temps de travail ou le montant des primes d’ancienneté, c’est l’accord d’entreprise qui primera sur l’accord de branche. Cette inversion de la hiérarchie des normes a pour but d’encourager la négociation à l’échelle de l’entreprise plutôt qu’à l’échelle de la branche ou du pays. L’accord d’entreprise devra être signé par des syndicats majoritaires ou, à défaut, ratifié par le biais d’un référendum d’entreprise.

La réforme modifie en profondeur les règles du dialogue social dans l’entreprise. Pour simplifier les négociations, les différentes instances représentatives du personnel fusionneront au sein d’un « Conseil d’entreprise ». La réforme a aussi pour ambition de faciliter la négociation au sein des TPE et PME : dans les entreprises de moins de 50 salariés qui ne disposent pas d’un délégué syndical, la direction pourra négocier un accord collectif avec un délégué du personnel non mandaté par un syndicat. Et dans les entreprises de moins de 20 salariés, il sera possible de négocier un accord avec un employé non élu. Ces mesures ne visent pas à « contourner » les syndicats mais à permettre le dialogue social au sein de petites entreprises où, bien souvent, les syndicats de salariés ne sont pas représentés.

Le plafonnement des indemnités prud’homales est un autre axe majeur de la réforme : cette mesure, réclamée depuis des années par le patronat, vise à garantir aux entreprises une plus grande sécurité juridique pour les inciter à embaucher en CDI. Auparavant, les indemnités prud’homales étaient laissées à la discrétion de chaque tribunal ; avec la réforme, chaque entreprise connaîtra à l’avance le montant maximal de l’indemnité qu’elle devra verser si elle est condamnée pour licenciement abusif. Les détracteurs de cette mesure y voient une normalisation du licenciement abusif, voire une incitation à licencier, mais la réalité est plus complexe. Un licenciement abusif est rarement intentionnel : la plupart des entreprises condamnées pour licenciement abusif n’avaient pas l’impression d’être dans l’illégalité au moment du licenciement. De plus, la justice prud’homale n’est pas une science exacte : tous les tribunaux prud’homaux n’ont pas la même appréciation sur les cas de licenciement abusifs, certains étant réputés plus sévères que d’autres vis-à-vis des employeurs. Il faut aussi préciser que le plafonnement ne s’appliquera pas en cas de plainte pour discrimination ou d’atteinte aux droits fondamentaux du salarié. De plus, la réforme ne fixe pas seulement des plafonds : elle fixe aussi des planchers aux indemnités prud’homales pour garantir une indemnisation minimale aux salariés.

Une seule mesure me semble vraiment contestable dans cette réforme, à savoir la redéfinition du périmètre des licenciements économiques. Auparavant, pour apprécier les difficultés financières d’une entreprise qui souhaitait lancer un plan social en France, il fallait prendre en compte sa situation dans tous les pays où elle était implantée ; avec la réforme, seul le chiffre d’affaires réalisé dans l’Hexagone sera pris en compte. Cette mesure est censée encourager les multinationales à investir en France mais risque surtout d’encourager les plans sociaux. Une multinationale qui « triche » en organisant délibérément le déclin d’un site de production situé en France pour justifier un plan social ne sera pas inquiétée par la justice même si elle réalise d’immenses profits à l’étranger : cette complaisance excessive à l’égard des firmes ne va clairement pas dans le sens d’une moralisation du capitalisme. Je regrette que le gouvernement ait maintenu cette mesure très discutable d’un point de vue éthique. 

La réforme du Code du Travail ne prévoit ni « casse sociale » ni destruction du contrat de travail ; la négociation dans l’entreprise sera encouragée mais restera très encadrée de façon à permettre aux syndicats et aux salariés de peser dans les décisions. Cela étant dit, il faut bien admettre que les cinq ordonnances présentées le 31 août ne proposent que des avancées limitées pour les salariés. Le programme économique d’Emmanuel Macron était fondé sur le principe de flexisécurité : davantage de flexibilité pour les entreprises et, en contrepartie, une sécurisation renforcée des parcours professionnels des salariés. Or, la réforme du Code du Travail offre peu de contreparties aux salariés. Elle flexibilise beaucoup, mais sécurise peu. Elle ne constitue en fait que la première étape d’un long processus de refondation de notre modèle social, processus dont les autres chantiers majeurs seront la réforme de l’assurance-chômage, les retraites et la formation professionnelle. L’exécutif a choisi de commencer par la réforme la plus impopulaire pour pouvoir se consacrer, pendant la suite du quinquennat, aux réformes plus sociales. Emmanuel Macron n’a pas commis la même erreur que François Hollande avec la loi El-Khomri : on ne peut pas faire passer des réformes impopulaires en fin de mandat, avec une majorité en miettes et un président usé. Tous les gouvernements européens qui sont parvenus à flexibiliser le droit du travail l’ont fait en début de mandat, à l’instar de Schröder en Allemagne.

Evidemment, la réforme du Code du Travail ne sera pas miraculeuse. Elle ne fera pas chuter le chômage à elle seule. Mais elle met en place de nouvelles règles qui, sur le long terme, faciliteront la création d’emplois stables dans le secteur privé, notamment dans les TPE et PME qui, rappelons-le, représentent la moitié de l’emploi salarié dans notre pays. Soit on considère qu’il ne faut pas assouplir le Code du Travail parce qu’il s’agit d’un héritage intouchable, soit on considère que, pour lutter contre le fléau du chômage de masse qui mine la société française depuis quarante ans, il faut se montrer plus pragmatique et adapter notre Code du Travail à un monde où la compétition internationale, les bouleversements technologiques et l’imprévisibilité des parcours professionnels imposent l’instauration de nouvelles règles beaucoup plus souples. C’est ce choix qu’a fait le gouvernement, et je souhaite que ce soit le bon. Mais le gouvernement ne remplira pas son contrat tant qu’il n’aura pas apporté aux salariés des avancées significatives, à la hauteur des assouplissements consentis aux entreprises. 

Les Républicains: une scission inévitable?

Thierry Solère.

L’UMP fut créée en 2002 pour fédérer les différents courants de la droite française dans un même parti et ainsi faire barrage au Front National. Durant ses premières années d’existence, le parti garda une ligne politique plutôt modérée, incarnée par Jacques Chirac, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin. Mais Nicolas Sarkozy, élu président de l’UMP en 2004, impulsa progressivement un durcissement de la ligne du parti, notamment sur les questions identitaires et sécuritaires, pour donner satisfaction à la frange la plus conservatrice de l’électorat de droite mais aussi pour attirer les électeurs du Front National : on parlait alors de la « droite décomplexée ». La défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012 a ravivé les clivages internes de l’UMP ; le changement de nom du parti (rebaptisé Les Républicains en 2015) n’a pas effacé les divisions.

Il n’y a jamais eu de place en France pour un grand parti de droite hégémonique comparable au Parti Conservateur britannique ou au Parti Républicain américain, car le bipartisme n’a jamais fait partie de la culture politique française. Le multipartisme est inscrit dans l’ADN de la France : il a résisté à la Cinquième République, au scrutin majoritaire et à la bipolarisation. Dans les années 80 et 90, la droite était dominée par deux grands partis à la fois partenaires et concurrents : le RPR (qui représentait la droite gaullo-conservatrice) et l’UDF (qui réunissait le centre et la droite libérale non gaulliste). La création de l’UMP n’a pas permis de réconcilier durablement les différentes composantes de la droite française : depuis 2012, ce parti est en crise. Et cette crise est à la fois une crise de leadership et une crise d’identité.

Le Centriloque a déjà consacré plusieurs publications aux fractures idéologiques de la droite française et a souvent mis en évidence l’impossibilité d’une « synthèse des droites ». Il est clair, aujourd’hui, que Les Républicains sont au bord de l’explosion : l’aile modérée, progressiste et europhile du parti, celle de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Thierry Solère, celle qui appelle à faire barrage au Front National, ne partage plus grand-chose avec l’aile conservatrice et « identitaire » incarnée par Laurent Wauquiez, Eric Ciotti et tous ceux qui refusent la stratégie du front républicain face à l’extrême droite. La défaite de François Fillon puis la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle ont aggravé les divisions de la droite : après la présidentielle, plusieurs membres du parti ont accepté la main tendue d’Emmanuel Macron alors que les autres la refusaient. Plusieurs personnalités de LR sont entrées au gouvernement, à commencer par le Premier Ministre Edouard Philippe, alors que le parti était officiellement dans l’opposition. Certains députés LR séduits par la démarche d’ouverture de Macron ont choisi de créer un groupe parlementaire autonome, baptisé les « Constructifs », pour incarner une opposition bienveillante et soutenir les réformes qui vont dans le bon sens, alors que les autres députés LR cherchent à s’affirmer comme la « principale force d’opposition » au nouvel exécutif.

Mardi 11 juillet, six responsables LR pro-Macron ont été suspendus de leurs fonctions au sein du parti, dont Edouard Philippe, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ; à l’automne, une « commission spéciale » statuera sur leur sort et pourrait aller jusqu’à prononcer leur exclusion du parti… Mais quel crime ont-ils commis pour mériter pareille sanction ? Ont-ils trahi leur parti en voulant apporter un soutien prudent à la politique d’Emmanuel Macron ? Ont-ils trahi leur parti en affirmant qu’ils souhaitaient la réussite du gouvernement ? Je ne le crois pas. Je comprends que le PS veuille exclure les socialistes qui ont soutenu Macron pendant la campagne présidentielle ; mais rien ne justifie que des personnalités issues de LR soient sanctionnées pour avoir choisi de soutenir ou de rallier un gouvernement d’ouverture après la défaite de leur candidat à la présidentielle. La décision du bureau politique de LR illustre parfaitement cette vision clanique et sectaire de la politique dont les Français ne veulent plus.

Pour clarifier la ligne politique du parti, une scission n’est-elle pas devenue inévitable ? La recomposition politique exige une décomposition des anciennes structures partisanes. Les Républicains « constructifs » et pro-Macron doivent quitter LR pour former, avec l’UDI, un nouveau parti de centre-droit, progressiste, libéral et européen. LR deviendrait alors un véritable parti conservateur qui, une fois purgé de ses éléments les plus modérés et les plus progressistes, pourrait assumer sa proximité avec l’extrême droite sur les questions identitaires et sécuritaires.

Le nouveau pouvoir est au centre

L’allocution d’Emmanuel Macron devant le Congrès à Versailles lundi 3 juillet fut assez décevante : elle se résumait à quelques mesures de bon sens noyées dans un discours interminable et verbeux qui, sur le fond, n’apportait pas grand chose de nouveau. Ce qu’il faut retenir de cette allocution, c’est surtout la réforme du Parlement : le président souhaite réduire d’un tiers le nombre de députés et de sénateurs, instaurer une dose de proportionnelle aux élections législatives pour améliorer la représentativité de l’Assemblée nationale, et limiter le nombre de mandats parlementaires dans le temps pour favoriser le renouvellement de la vie politique. Ces trois mesures sont justes, concrètes, réalistes et rejoignent très largement les idées centristes. On retiendra également la suppression de la Cour de Justice de la République et la sortie de l’état d’urgence. Les autres annonces faites par Emmanuel Macron vont dans le bon sens mais restent, hélas, beaucoup trop vagues : sur la relance du projet européen, la lutte contre le terrorisme, la maîtrise des flux migratoires et l’harmonisation des politiques d’asile à l’échelle européenne, on ne peut que regretter le manque de précision du président de la République, même si les orientations proposées sont bonnes. Les groupes LREM de l’Assemblée nationale et du Sénat, le groupe MoDem de l’Assemblée nationale et le groupe UDI-Union Centriste du Sénat ont approuvé la déclaration du président et se sont engagés à soutenir son action. Le groupe « Les Constructifs » de l’Assemblée nationale a également exprimé un avis positif sur la déclaration présidentielle bien que deux députés UDI, Jean-Christophe Lagarde et Philippe Vigier, aient boycotté le Congrès.

Le discours de politique générale d’Edouard Philippe, prononcé mardi 4 juillet devant l’Assemblée nationale, fut beaucoup précis que l’allocution présidentielle. Le Premier Ministre a présenté les principales mesures que son gouvernement allait porter : la plupart des réformes évoquées reprennent les promesses de campagne d’Emmanuel Macron sur la fiscalité, l’écologie, la moralisation de la vie publique, l’assouplissement du Code du Travail et la réforme de l’assurance chômage. Le Premier Ministre a également précisé quelle serait son action dans le domaine de la santé (en particulier l’extension de la liste des vaccins obligatoires) et dans le domaine de l’éducation (notamment la réforme du bac). Mais surtout, Edouard Philippe a détaillé le calendrier de l’action gouvernementale et montré son intention d’étaler les grandes réformes sur l’ensemble de la mandature. Le Premier Ministre a également rappelé la nécessité de maîtriser les dépenses publiques pour ramener le déficit sous le seuil de 3% du PIB, conformément aux critères du Pacte de stabilité de la zone euro. Le discours du Premier Ministre confirme donc que la France sera gouvernée au centre et que les réformes seront menées avec pragmatisme et lucidité dans un souci de juste équilibre entre efficacité économique et protection sociale, mais aussi dans un souci d’équilibre des pouvoirs entre l’Etat et les collectivités, et dans le respect des grands équilibres écologiques et budgétaires qui permettront de léguer aux générations futures une situation financière et environnementale plus supportable. D’ailleurs, selon un sondage Elabe-BFMTV publié le 5 juillet, 54% des Français estiment que l’exécutif est au centre. Le discours d’Edouard Philippe s’inscrit dans l’héritage de Jacques Chaban-Delmas et de Michel Rocard, deux anciens Premiers Ministres qui ont, eux aussi, gouverné « au centre » en dépassant les clivages politiques traditionnels et en proposant une sorte de troisième voie réformiste et progressiste entre la gauche et la droite.

Les députés du groupe LREM ont évidemment voté la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe et ont exprimé leur adhésion sans réserve à l’ensemble de la feuille de route gouvernementale. Le groupe MoDem, par la voix de son président Marc Fesneau, a lui aussi voté la confiance au gouvernement : dans son allocution, Marc Fesneau a mis en avant la recomposition politique actuellement à l’œuvre, le refus de tout dogmatisme et la nécessaire moralisation de la vie publique ; il a aussi présenté l’allègement de la dette comme une obligation morale vis-à-vis des générations à venir ; il a enfin rappelé la nécessité de relancer le projet européen pour donner à l’Union européenne les moyens de peser sur la scène internationale mais aussi de mieux protéger les citoyens. Le groupe « Les Constructifs », qui compte 35 députés LR, UDI et divers droite, a quant à lui voté en ordre dispersé : une quinzaine d’entre eux a voté la confiance au gouvernement, les autres se sont abstenus. Stéphane Demilly, président du groupe « Les Constructifs », a déclaré dans son allocution qu’il souhaitait la réussite du gouvernement et que son groupe parlementaire incarnerait une opposition intelligente et constructive libérée de tous les « carcans partisans ». Mais il a aussi exprimé son inquiétude face à la réforme du Code du Travail par ordonnances, car selon lui la représentation nationale doit pouvoir débattre de chaque aspect de cette réforme essentielle. Stéphane Demilly a également exprimé un désaccord sur la hausse de la CSG, qui conduira selon lui à augmenter la pression fiscale, ainsi que sur la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages, qui risque d’augmenter la dépendance financière des collectivités vis-à-vis de l’Etat.

C’est donc bien une majorité centrale qui soutiendra l’action du gouvernement : cette majorité qui va du centre-gauche au centre-droit dépasse les clivages politiques traditionnels. Ce qui montre que la nouvelle majorité est au centre, c’est qu’elle fait face à une opposition à la fois sur sa gauche et sur sa droite. Numériquement parlant, la principale force d’opposition est le groupe LR qui, avec une centaine de députés, constitue le deuxième groupe derrière LREM mais n’a pas de véritable leadership. Toutefois, sur le plan idéologique, la principale force d’opposition sera la « France Insoumise », qui ne compte que 17 députés mais dispose d’un leader charismatique et tonitruant dans la personne de Jean-Luc Mélenchon.

Edouard Philippe.

Un gouvernement d’ouverture et de compétences

Le premier gouvernement du quinquennat d’Emmanuel Macron est un gouvernement parfaitement paritaire : outre le Premier Ministre Edouard Philippe, la nouvelle équipe gouvernementale compte 11 hommes et 11 femmes.

Ce gouvernement est d’abord un gouvernement d’ouverture qui dépasse les clivages politiques traditionnels en réunissant des personnalités du centre-gauche, du centre et de la droite républicaine. Premier Ministre d’ouverture, le juppéiste Edouard Philippe incarne l’aile modérée du parti Les Républicains. Deux autres poids lourds de la droite sont entrés au gouvernement : Bruno Le Maire, nommé ministre de l’Economie, et Gérald Darmanin, ministre des Comptes Publics. En confiant l’économie et le budget à des hommes de droite, Emmanuel Macron confirme l’orientation libérale de son projet économique et rappelle sa volonté de maîtriser les dépenses publiques. Le gouvernement comporte également deux poids lourds du PS : le maire de Lyon Gérard Collomb, fidèle soutien d’Emmanuel Macron, devient ministre de l’Intérieur, tandis que Jean-Yves Le Drian quitte le ministère de la Défense pour celui des Affaires Etrangères. Richard Ferrand, secrétaire général du mouvement En Marche!, devient ministre de la Cohésion des territoires. Les centristes sont bien représentés dans le nouveau gouvernement : François Bayrou, récompensé pour son ralliement à Macron en février, devient ministre de la Justice, fonction qui lui permettra de porter un projet de loi très attendu sur la « moralisation de la vie publique ». Deux autres personnalités centristes sont entrées au gouvernement : Sylvie Goulard (ex-MoDem ralliée à En Marche!) devient ministre des Armées, et Marielle de Sarnez (vice-présidente du MoDem) devient ministre chargée des Affaires Européennes. On notera également la présence de deux membres du Parti Radical de Gauche : le sénateur Jacques Mézard (à l’Agriculture) et Annick Girardin (à l’Outre-mer). Ce gouvernement pluraliste réunit donc les principaux courants politiques de « l’axe central ». Et l’on ne peut que déplorer l’absence de ministres issus de l’UDI : le parti de Jean-Christophe Lagarde aurait pu intégrer ce gouvernement s’il n’avait pas refusé la main tendue par Emmanuel Macron…

Ce gouvernement incarne aussi une volonté d’ouverture à la société civile : neuf membres de la nouvelle équipe gouvernementale ne sont pas issus du monde politique, notamment le ministre de l’Education Nationale Jean-Michel Blanquer (directeur de l’Essec), la ministre de la Santé Agnès Buzyn (médecin), la ministre de la Culture Françoise Nyssen (directrice de la maison d’édition Actes Sud), la ministre du Travail Muriel Pénicaud (issue du monde de l’entreprise) ou encore la ministre des Sports Laura Flessel (ancienne championne olympique d’escrime qui est aussi très investie dans la vie associative). Mais la plus belle « prise » d’Emmanuel Macron n’est autre que Nicolas Hulot, ancien animateur de télévision, grand défenseur de la cause environnementale et créateur de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme : partisan d’une écologie humaniste et pragmatique, il devient ministre d’Etat chargé de la transition écologique. Reste à savoir si Nicolas Hulot est une simple « vitrine » écologique pour Emmanuel Macron ou s’il disposera réellement des moyens nécessaires pour mener une politique écologique ambitieuse : quoi qu’il en soit, en confiant la transition écologique à Nicolas Hulot avec, en prime, un statut de ministre d’Etat, Emmanuel Macron fait un beau pied de nez à tous ceux qui lui ont reproché pendant la campagne de négliger les enjeux environnementaux.

Ce gouvernement est aussi un gouvernement de compétences : Emmanuel Macron n’a pas simplement cherché à « récompenser » des soutiens, il a voulu faire appel à des personnalités hautement qualifiées. Nicolas Hulot est un expert de l’écologie ; pour mener à bien sa mission, il sera secondé par Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports, spécialiste des transports publics et ancienne directrice de la RATP. Le nouveau ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, est un expert des questions éducatives : cet ancien professeur de droit public a été recteur de l’académie de Créteil et Directeur général de l’enseignement scolaire ; il est connu depuis des années pour ses propositions en faveur de l’expérimentation pédagogique et de l’autonomie des établissements scolaires. La ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal, connaît parfaitement le monde universitaire puisqu’elle est présidente de l’Université de Nice-Sophia-Antipolis. La ministre déléguée aux Affaires Européennes, Marielle de Sarnez, est une européiste convaincue et une spécialiste des questions européennes ; elle siège au Parlement européen depuis 1999. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, est médecin, chercheuse en hématologie et présidente de la Haute Autorité de la Santé. La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a été choisie pour sa grande connaissance du monde de l’entreprise et son expertise en gestion des ressources humaines : elle a exercé de hautes responsabilités dans plusieurs grandes entreprises françaises, notamment dans le groupe Danone où elle a été directrice des ressources humaines pendant 5 ans.

La composition du gouvernement d’Edouard Philippe est presque un sans faute. On peut toutefois regretter l’absence du grand ministère des Droits des Femmes annoncé par Emmanuel Macron : il n’y aura finalement qu’un simple secrétariat d’Etat à l’Egalité entre hommes et femmes, confié à la journaliste Marlène Schiappa qui a certainement toutes les qualités requises pour ce poste mais qui disposera, hélas, de moyens limités. De plus, en confiant Matignon, l’économie et le budget à trois personnalités venues du parti Les Républicains, Macron a pris le risque de froisser l’aile gauche de son électorat, car ce gouvernement « central » donne un peu l’impression de pencher à droite…