Fermer les écoles: une faillite collective

Nous avons déjà sacrifié les étudiants, les restaurateurs, les petits commerçants, le monde de la culture et du spectacle ; l’école était la dernière digue, celle qui ne devait jamais sauter. L’exécutif avait l’ambition – tout à fait louable – de maintenir les écoles ouvertes. Hélas, face à ce qui ressemble à une troisième vague particulièrement virulente, l’exécutif a décidé de fermer à nouveau les établissements scolaires.

La fermeture des écoles est l’aboutissement d’une faillite collective. Le gouvernement n’a pas réussi à éviter une nouvelle saturation des services de réanimation ; il a échoué à mettre en place un dépistage efficace des personnels et des élèves dans les établissements scolaires. C’est aussi la société toute entière qui a failli : les Français nous donnent chaque jour la démonstration de leur irresponsabilité. Par lassitude ou par indifférence, nombre de nos concitoyens ne respectent pas les gestes barrières, ne portent pas de masque, sortent de chez eux avec des symptômes du covid, continuent de se réunir en famille ou entre amis sans prendre les précautions nécessaires. Si nous fermons les écoles, c’est aussi à cause d’eux. Il faudra penser à les remercier.

La décision de fermer les écoles, bien que légitime d’un point de vue médical, n’en demeure pas moins catastrophique d’un point de vue éducatif, social et psychologique. Fermer les écoles, c’est sacrifier la scolarité et la santé mentale de millions d’élèves, dans le seul but de désengorger les services de réanimation. C’est exacerber les inégalités. C’est augmenter les risques de décrochage et de dépression. La décision est d’autant plus difficile à accepter que seuls 0,2% des élèves et des personnels enseignants étaient atteints du covid avant la fermeture des établissements. Nous savons que les écoles ne sont pas des foyers épidémiques : le virus n’y circule pas davantage qu’ailleurs, et bien souvent les élèves se contaminent hors de leur établissement, dans la sphère privée. Nous connaissons aussi l’ampleur des dégâts causés par la fermeture des établissements scolaires lors du premier confinement. Et nous savons que l’école à distance fonctionne mal, en raison de serveurs trop instables et d’outils numériques défaillants.

Il ne sera guère aisé de récupérer les élèves au mois de mai, de les remettre au travail après trois semaines de fermeture des écoles, quatre semaines pour les collèges et les lycées. Il sera quasi impossible de rattraper le temps perdu et de combler toutes les lacunes accumulées. La fermeture des écoles est toujours le pire des scénarios. Et une fois de plus, ce sont les élèves les plus vulnérables socialement qui paieront le plus lourd tribut.