Une famille centriste bientôt rassemblée?…

Après des décennies de division, la famille centriste serait-elle enfin sur le point de se rassembler ? Plusieurs indices peuvent en tout cas le laisser penser. Les Radicaux de gauche et les Radicaux « valoisiens » ont exprimé leur intention de fusionner pour reconstituer un grand Parti Radical unifié. A l’UDI, malgré les fractures internes et la guerre des chefs qui oppose Lagarde et Morin depuis le départ de Borloo, l’idée d’un grand parti centriste unifié fait son chemin ; Jean-Christophe Lagarde n’exclut d’ailleurs pas un rapprochement avec le MoDem de Bayrou.

Deux facteurs peuvent expliquer cette dynamique de rassemblement au centre. Tout d’abord, la victoire de Macron à la présidentielle a dynamité les clivages politiques traditionnels et donné une vraie légitimité au discours centriste. Deuxièmement, le durcissement du parti Les Républicains a précipité le divorce entre la droite et l’UDI. La victoire annoncée de Laurent Wauquiez à la présidence de LR confirme la droitisation du parti sur les questions identitaires et sécuritaires : dans ces conditions, les centristes de l’UDI ne considèrent plus Les Républicains comme un « allié naturel ».

Il est encore trop tôt pour savoir si ce processus de rassemblement est solide et s’il va véritablement accoucher de quelque chose. En 2014, le MoDem et l’UDI avaient déjà tenté une ébauche de rassemblement avec « L’Alternative », une éphémère coalition centriste conclue à la va-vite pour proposer des listes communes aux élections européennes : comme on pouvait s’y attendre, ce rapprochement n’a pas fait long feu et les divergences entre l’UDI et le MoDem en matière de stratégie électorale ont rapidement repris le dessus.

Même si les centristes parviennent à se rassembler durant les mois ou les années qui viennent, plusieurs questions délicates pourraient hypothéquer cette fragile unité. Première question : quelle forme prendra ce rassemblement ? Parti unitaire ou fédération de partis autonomes ? Deuxième question : sur quelle base programmatique ? Même si tous les centristes sont à peu près d’accord sur l’essentiel, des divergences demeurent sur les questions économiques et sociales. Troisième question sensible : quelles relations avec les autres forces politiques, notamment avec La République En Marche ? Si le MoDem a choisi de s’inscrire pleinement dans la majorité présidentielle en s’alliant avec le mouvement de Macron, ce n’est pas le cas de l’UDI.

Quoi qu’il en soit, le Centriloque ne peut que se réjouir devant cette volonté affichée de rassemblement car il faut reconstituer dans notre pays un courant centriste fort, unifié et indépendant. La montée des populismes de gauche et d’extrême droite ainsi que les multiples menaces qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir du projet européen montrent que nous avons, plus que jamais, besoin du centre et des valeurs libérales et humanistes dont il est porteur.

Le centre existe-t-il en France ?

La question peut sembler provocante, voire totalement déplacée de la part d’un centriste militant. Elle mérite néanmoins d’être posée car il existe en France une véritable doxa médiatique selon laquelle toute la vie politique se résumerait à une perpétuelle opposition entre la gauche et la droite. Toute remise en cause de ce dogme dualiste est immédiatement perçue comme une hérésie ou une incongruité. Les candidats et les partis qui cherchent à proposer une « troisième voie » entre la gauche et la droite sont rarement pris au sérieux : lors de l’élection présidentielle de 2007, la candidature de François Bayrou suscita beaucoup d’incompréhension et de railleries chez ses adversaires. Nicolas Sarkozy prétendit que Bayrou avait le même programme que lui. Ségolène Royale affirma, quant à elle, que Bayrou n’avait pas de programme. Les journalistes politiques et les faiseurs d’opinion s’acharnèrent à démontrer que Bayrou n’aurait pas de majorité pour gouverner s’il remportait la présidentielle. C’est dire à quel point le principe dualiste est ancré dans les consciences.

Contrairement aux notions de gauche et de droite, dont la réalité n’est pour ainsi dire jamais questionnée, le centre est souvent considéré comme une coquille vide, une chimère, un espace politique introuvable, et les centristes sont traités comme de perpétuels indécis condamnés à l’errance idéologique. Alors posons-nous franchement la question : existe-il un centre dans la vie politique française ? Sur cette question, trois théories s’opposent : celle qui nie l’existence du centre, celle qui considère le centre comme une composante de la droite, et celle qui affirme l’existence d’un centre distinct de la gauche et de la droite.

Première théorie : le centre n’existe pas.

Tous ceux qui ont étudié la science politique en France entre les années 1950 et les années 1980 ont été influencés par les travaux du politologue Maurice Duverger (décédé en 2014), le « pape de la science politique ». Or, Duverger a toujours nié l’existence du centre en tant que courant politique : chez Duverger, le « centre » désigne uniquement les éléments les plus modérés de la droite et de la gauche. Ainsi, pour Duverger, il n’existe aucun espace politique intermédiaire entre la gauche et la droite : le centre n’est en réalité que la conjonction d’un « centre-gauche » et d’un « centre-droit », la synthèse illusoire et artificielle entre des aspirations contradictoires. Tout parti se réclamant du centre appartient nécessairement à l’une des deux tendances qui structurent le débat politique.

Pour Duverger, la vie politique française est un « éternel marais » : l’auteur affirme que depuis 1789, sous la plupart des régimes, la France a été gouvernée au centre, excepté lors de brèves périodes telles que la Convention jacobine (1793-94) ou le régime de Vichy (1940-1944). La plupart du temps, le pouvoir fut exercé par des majorités de centre-droit ou de centre-gauche, parfois par des coalitions plus larges allant du centre-gauche au centre-droit. Ces majorités centristes ont durablement refoulé dans l’opposition les extrêmes de chaque camp. Un tel « tropisme centripète » s’explique, d’après Duverger, par le traumatisme de la Révolution et par la réaction brutale de 1814-1815, qui auraient favorisé le divorce entre les extrémistes et les modérés de chaque tendance : ni la droite ni la gauche ne pouvaient gouverner suivant leurs principes autrement qu’en écrasant l’adversaire ; seul un compromis entre les modérés des deux bords pouvait donc empêcher le basculement dans la violence et rétablir une certaine stabilité. 

M. Duverger.

Dans les années 1960, Maurice Duverger théorisa la disparition de ce « marais » centriste. L’auteur pensait en effet que le centre était voué à disparaître en raison d’une bipolarisation de la vie politique et d’une marginalisation progressive des « extrêmes ». Ainsi Duverger pouvait-il écrire en 1964 : « Il est maintenant banal de dire que dans les nations industrielles très développées au niveau de vie élevé, les structures de la société globale tendent à faire l’objet d’un consensus général. Les luttes politiques se déroulent de plus en plus à l’intérieur d’un système qui n’est pas mis en cause, plutôt que contre le système. (…) Les conditions sociologiques d’un bipartisme et d’une alternance droite-gauche qui n’existaient pas auparavant sont en train de se développer rapidement. » D’après Duverger, cette marche vers le bipartisme devait être accentuée par le scrutin majoritaire à deux tours, qui favorise les duels droite-gauche au second tour et marginalise les petits partis indépendants et les extrêmes. 

Les prophéties de Maurice Duverger se sont-elles réalisées ? En partie, oui. Sous la Cinquième République, la vie politique française a effectivement connu un processus de bipolarisation. Depuis l’alternance de 1981, gauche et droite exercent le pouvoir à tour de rôle en s’appuyant sur des majorités relativement stables. Pourtant, Duverger a commis plusieurs erreurs d’appréciation. Il avait annoncé la marginalisation de l’extrême droite : or, l’ascension fulgurante du Front National depuis les années 1980 contredit cette analyse. De même, l’auteur avait annoncé une réunification de la gauche : or, la gauche française est aujourd’hui profondément fracturée, et l’on voit bien que, sur bon nombre de sujets, les sociaux-démocrates du PS sont plus proches de la droite modérée que de la gauche antilibérale. En outre, le bipartisme annoncé par Maurice Duverger n’a jamais vu le jour. Contrairement aux prévisions du politologue, la bipolarisation n’a pas conduit, en France, à la mise en place d’un véritable système bipartisan. Malgré le scrutin majoritaire à deux tours utilisé aux législatives et à la présidentielle, le système partisan français reste assez morcelé. Le multipartisme affiche en France une étonnante résistance.

Deuxième théorie : le centre est à droite.

L’idée selon laquelle le centre ne serait qu’une composante de la droite est assez largement répandue. Les responsables de la droite considèrent généralement les centristes comme leurs alliés naturels, voire comme une simple force d’appoint. A gauche, l’argument « anti-centriste » par excellence est celui de la reductio ad dexteram, qui consiste à réduire le centre à une simple excroissance de la droite. A l’élection présidentielle de 1969, le Parti Communiste Français publia une affiche montrant les deux candidats du second tour, le gaulliste Georges Pompidou et le centriste Alain Poher, de profil et dos à dos, avec le slogan « blanc bonnet bonnet blanc ». Plus récemment, à l’élection présidentielle de 2007, le journal L’Humanité réutilisa le même procédé avec des photos de Nicolas Sarkozy et de François Bayrou pour suggérer que les deux candidats étaient interchangeables. François Mitterrand disait que les centristes n’étaient « ni de gauche, ni de gauche ». Jean-Luc Mélenchon considère quant à lui que « le centre, c’est la droite », et que François Bayrou est un « illusionniste qui cherche à faire oublier qu’il est de droite ». Certains centristes pensent d’ailleurs que leur famille politique est naturellement liée à la droite et considèrent comme une folie toute alliance avec un parti de gauche. Le centre ne serait-il en définitive qu’une droite qui ne veut pas dire son nom ? Le mot « centre » ne serait-il qu’un raccourci pour désigner le centre-droit ?

Considérer le centre comme une composante de la droite revient, de fait, à nier l’existence d’un centrisme distinct de la gauche et de la droite. Mais c’est aussi reconnaître l’existence d’un courant centriste qui aurait sa propre histoire et ses propres valeurs. Selon l’historien et politologue René Rémond, la droite française s’est organisée autour de trois grands courants après la Révolution : la droite légitimiste (ou contre-révolutionnaire), la droite bonapartiste (dont le gaullisme serait un prolongement) et la droite orléaniste libérale. Dans la typologie des droites établie par René Rémond, les centristes sont considérés comme les héritiers de la droite orléaniste libérale. A l’origine, ce courant voulait proposer une synthèse entre la monarchie et les acquis libéraux de la Révolution. L’orléanisme triompha sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) et l’historien François Guizot, plusieurs fois ministres sous Louis-Philippe, en fut l’incarnation. Socialement conservateurs mais économiquement libéraux, partisans d’une monarchie parlementaire et d’un suffrage censitaire, les orléanistes gouvernaient alors la France au centre en s’appuyant sur une bourgeoisie capitaliste en plein essor. 

Sous la Troisième République, une droite républicaine libérale émergea peu à peu face au puissant Parti Radical. Marginalisée à la Libération, elle se réorganisa sous la Quatrième République. A cette époque, elle fut surtout représentée par le CNI (Centre National des Indépendants), un petit parti de notables, de patrons et de professions libérales qui devint en 1951 le CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans), le parti de Joseph Laniel et d’Antoine Pinay. Sous la Cinquième République, le giscardisme peut apparaître comme un avatar de la droite orléaniste libérale. De nos jours, il semblerait que le courant libéral soit devenu le courant majoritaire au sein de la droite française : on le retrouve chez certains partis centristes mais également au sein de l’ex-UMP rebaptisée « Les Républicains ». La droite française, dans sa grande majorité, a évolué vers un conservatisme ouvert et un libéralisme économique tempéré, auxquels adhérent aujourd’hui bon nombre d’anciens gaullistes.

Peut-on encore considérer les centristes comme les héritiers du courant orléaniste libéral? En partie seulement, car le centre n’est pas réductible à sa composante libérale. En effet, le courant libéral n’est que l’un des courants du centrisme contemporain : il faudrait y adjoindre les radicaux valoisiens (membres de l’UDI), les démocrates-chrétiens (dispersés entre l’UDI, le MoDem et « Les Républicains ») et les écologistes indépendants. Le centre ne correspond pas à un courant politique unifié : il faut plutôt l’appréhender comme une nébuleuse de courants et de traditions politiques dont le dénominateur commun serait la recherche d’un « juste équilibre ».

Troisième théorie : le centre est distinct de la gauche et de la droite.

Nier l’existence du centre, ou le réduire à une simple composante de la droite, c’est oublier que, sous la plupart des régimes que la France a connus depuis 1789, il y eut des hommes qui refusèrent la logique du « bloc contre bloc » et tentèrent de promouvoir un « juste milieu », une troisième voie entre la gauche et la droite. L’historien Jean-Pierre Rioux, dans son livre Les centristes de Mirabeau à Bayrou, a essayé de montrer que ce centrisme du « juste équilibre » était une constante de la vie politique française.

Que l’on songe, par exemple, aux Thermidoriens sous la Convention, qui ont mis un terme à la Terreur tout en sauvant les acquis libéraux de 1789. Que l’on songe aux « Doctrinaires » qui, à la Restauration, rejetèrent dos à dos la violence des Jacobins et l’intransigeance des « ultras », et prônèrent la mise en place d’une monarchie constitutionnelle. Que l’on songe aux Orléanistes qui, sous la Monarchie de Juillet, menèrent une « politique du juste milieu cherchant à trouver le chemin d’un gouvernement constitutionnel également distant de l’Ancien Régime et des ardeurs jacobines » (Pierre Rosanvallon). Que l’on songe aussi au « tiers parti » sous le Second Empire, qui a largement contribué à la libéralisation du régime impérial. Sous la Troisième République, les Républicains « modérés », qui partageaient le célèbre adage « ni réaction ni révolution », participèrent à d’innombrables coalitions gouvernementales et furent à l’origine de nombreuses lois fondatrices du modèle républicain français : loi sur la liberté de la presse, lois Ferry sur l’école, lois sur la liberté syndicale et sur la liberté d’association, etc. En pleine affaire Dreyfus, ils formèrent un gouvernement de « défense républicaine » sous l’impulsion de Pierre Waldeck-Rousseau ; leur parti, l’Alliance Républicaine Démocratique, fondé en 1901 et situé au centre de l’échiquier politique, fut le pivot de nombreuses majorités à la Belle Époque et dans l’entre-deux-guerres.

A la Libération, un nouveau parti appelé MRP (Mouvement Républicain Populaire) souhaitait dépasser le clivage droite-gauche en portant un projet républicain, social et humaniste inspiré de la Résistance et de la démocratie chrétienne. Le MRP entendait aussi jouer un rôle de trait d’union entre la gauche et la droite républicaines et mettre un terme aux vieilles querelles opposant catholiques et anticléricaux. Avant d’être discrédité par l’instabilité gouvernementale et par l’immobilisme chronique de la Quatrième République, le MRP prit part à l’immense effort de reconstruction et de modernisation de la France et donna une impulsion décisive à la construction européenne. Sous la Cinquième République, les centristes ont cherché à promouvoir une troisième voie entre le conservatisme gaullien et le socialo-communisme. A l’élection présidentielle de 1965, c’est le démocrate-chrétien Jean Lecanuet qui incarna cette voie centriste. Au début des années 1970, le radical Jean-Jacques Servan-Schreiber (« JJSS »), refusant à la fois l’immobilisme de « l’État UDR » et l’idéologie étatiste et anticapitaliste du Programme Commun de la gauche, tenta de fédérer les centristes autour d’un projet réformiste d’inspiration sociale-démocrate axé sur la décentralisation, la défense des libertés individuelles et un engagement résolument pro-européen.

Mais si les centristes ont longtemps cherché à proposer une alternative à l’affrontement bipolaire, pourquoi sont-ils désormais alliés de façon quasi systématique à la droite ? Est-ce la Cinquième République qui, en se bipolarisant, les a obligés à choisir leur camp ? Est-ce la droite qui les a pris en otages ? Est-ce la gauche qui les a rejetés lorsqu’elle a cessé d’avoir besoin d’eux pour gouverner ?

Il faut bien admettre que le ralliement des centristes à la droite est un fait récent dans l’histoire politique de la France. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui, dans les années 1970, lia durablement le sort des centristes à celui de la droite. Giscard était un libéral de droite qui pensait que la France devait être « gouvernée au centre », et dont le projet « libéral, social et européen » ne pouvait que séduire les centristes. La candidature de Giscard à l’élection présidentielle de 1974 a bénéficié du soutien massif des centristes au second tour face à François Mitterrand, mais c’est surtout la création de l’UDF (Union pour la Démocratie Française) en 1978 qui a arrimé les centristes à la droite. Car l’UDF n’était, à l’origine, rien d’autre qu’un « mariage de raison » entre les centristes et la droite libérale dans le but de soutenir l’action du président Giscard. L’UDF a donc permis aux centristes de sortir de l’isolement et de revenir aux affaires, mais les a aussi privés de leur indépendance. Dans un contexte de bipolarisation de la vie politique, les centristes savaient bien qu’ils avaient peu de chance d’exister politiquement hors de l’UDF. Ils participèrent donc à toutes les coalitions RPR-UDF des années 80 et 90, ce qui n’empêcha pas quelques centristes d’entrer dans le gouvernement Rocard en tant que « ministres d’ouverture ».

Depuis la fin des années 90, François Bayrou cherche à reconstruire un pôle centriste indépendant de la droite. En 1998, il prit la tête de l’UDF et tenta de réaffirmer l’identité centriste du parti : c’était l’époque de la « nouvelle UDF ». La dynamique d’autonomisation du centre lancée par Bayrou atteignit son point d’orgue à l’élection présidentielle de 2007, où le candidat centriste obtint 18% des suffrages au premier tour. Bayrou voulait dépasser le clivage droite-gauche en faisant travailler ensemble des modérés des deux bords sur les grandes réformes nécessaires au pays ; il a réussi à fédérer autour de sa candidature un électorat beaucoup plus large que l’électorat centriste traditionnel, car il a séduit des électeurs de centre-gauche peu convaincus par la candidate socialiste Ségolène Royal, et des électeurs de centre-droit qui désapprouvaient le discours clivant et droitier du candidat UMP Nicolas Sarkozy. En insistant sur des thèmes tels que la moralisation de la vie politique ou la séparation entre pouvoir politique et pouvoir économique, Bayrou a donné à sa campagne une tonalité tribunicienne et une dimension « antisystème » qui étaient, jusqu’alors, étrangères à la tradition centriste et qui ont permis au chef de l’UDF de capter une partie du vote protestataire.

Mais avec ses 18%, Bayrou resta le troisième homme du scrutin. Au second tour, la bipolarisation triompha de nouveau. Bayrou ne donna aucune consigne de vote : un tiers de ses électeurs se reporta sur Nicolas Sarkozy, un tiers sur Ségolène Royal, et le reste vota blanc. Après la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, la plupart des anciens cadres de l’UDF se rallièrent au nouveau président. Bayrou, quant à lui, voulut conserver son indépendance et créa le MoDem (Mouvement Démocrate) sur les ruines de l’UDF, avec l’ambition de fonder un grand parti central, équidistant de la gauche et de la droite, un « extrême centre » (Jean-François Khan) destiné à devenir le pivot de majorités nouvelles allant du centre-gauche au centre-droit. Le MoDem devait aussi être un laboratoire d’idées, un parti humaniste, écolo et européen capable d’attirer des individus de sensibilités différentes autour de thématiques transpartisanes telles que la démocratisation des institutions, la construction européenne, la transition énergétique, le soutien aux PME, l’assainissement des finances publiques ou la refondation de l’école. 

Aujourd’hui, deux lignes s’affrontent au sein de la famille centriste. L’UDI, principale formation centriste, considère toujours la droite républicaine comme un « allié naturel » et refuse tout rapprochement avec la gauche. Le MoDem, quant à lui, continue de défendre une ligne de stricte indépendance mais il a choisi de faire alliance avec la droite lors de certains scrutins pour sortir de l’isolement.

François Bayrou en 2012.

Conclusion

On peut ergoter longuement sur l’existence ou la non-existence du centre, sur la possibilité ou l’impossibilité de bâtir un pôle centriste indépendant et unifié, mais il existe bien dans la vie politique française un centrisme de conviction : Jean-Pierre Rioux distingue d’ailleurs « le centre » en tant que force politique autonome et organisée, dont l’existence est sujet à débat, et « le centrisme » en tant que courant de pensée, dont nul ne saurait nier la réalité. La troisième voie prônée par les centristes existe bel et bien et doit être sans cesse réinventée. Mais il est vrai que les circonstances actuelles sont peu propices à l’affirmation d’une voie centriste autonome : le scrutin majoritaire à deux tours favorise les duels droite-gauche, et le succès du Front National renforce le réflexe du « vote utile » au profit du PS et des « Républicains ». Evidemment, les divisions internes de la famille centriste n’arrangent rien à l’affaire.

L’année 2014, vue du centre

MeilleursVoeux

A bien des égards, 2014 aura été une année déprimante: situation internationale anxiogène, économie française à l’arrêt, déliquescence de l’autorité présidentielle, victoire du FN aux européennes… Pourtant, le bilan centriste de l’année 2014 n’est pas mauvais. J’en profite, bien sûr, pour vous souhaiter une très bonne année 2015 de la part du Centriloque, et pour vous remercier de votre fidélité.

Succès électoraux pour le centre. Trois scrutins ont marqué l’année 2014. Les municipales du mois de mars ont été bénéfiques pour le centre: grâce à l’alliance Modem-UDI-UMP, de nombreux maires centristes ont été élus (ou réélus), plusieurs villes importantes ont basculé au centre comme Amiens, Nancy et bien sûr la ville de Pau, conquise par François Bayrou. En mai, le résultat des européennes a été plus mitigé. Les centristes sont partis seuls au combat, sans alliance avec l’UMP. Malgré une très forte abstention, et malgré la percée spectaculaire du Front National (qui se targue désormais d’être le premier parti de France), les listes UDI-Modem ont obtenu près de 10% des suffrages, soit une progression de deux points par rapport au score des listes Modem aux européennes de 2009. Mais c’est aux élections sénatoriales partielles de septembre que le centre a le plus progressé, puisque le groupe UDI-Union Centriste est passé de 32 à 43 sénateurs, s’affirmant ainsi comme le pivot de la Chambre Haute. En définitive, il n’y aura pas eu de « raz-de-marée centriste » dans les urnes en 2014, mais les résultats du centre furent honorables.

Le nouveau visage de l’UDI. 2014 fut une année de grands bouleversements à l’UDI. La démission de Jean-Louis Borloo pour raisons de santé aurait pu faire basculer le parti dans le chaos. Il n’en fut rien. A l’issue d’un scrutin sous tensions, et dans l’indifférence quasi générale des médias, l’UDI s’est dotée d’un nouveau président: Jean-Christophe Lagarde. Hervé Morin, finaliste malheureux, n’a pas quitté le parti, et a même affiché son intention de conserver un rôle de premier plan au sein de l’UDI. La tâche qui attend Jean-Christophe Lagarde à la tête de l’UDI est titanesque: renforcer le poids et la visibilité du centre, doter le parti d’un projet clair et fédérateur, assurer la bonne cohabitation des différents courants internes. Jusqu’à présent, Lagarde a bien joué son rôle de leader. Parviendra-t-il à piloter le navire sans encombres jusqu’en 2017? Imposera-t-il aux autres leaders de l’UDI l’idée d’une candidature autonome du centre à la prochaine présidentielle? Quelle sera son attitude vis-à-vis de l’UMP, qu’il considère à la fois comme un partenaire « naturel » et comme un concurrent de l’UDI? Et quelle sera son attitude vis-à-vis de son ancien ami et désormais rival François Bayrou?

Une famille centriste moins désunie mais toujours dispersée. Au début de l’année 2015, la famille centriste est nettement moins divisée qu’en 2012. L’Alternative, cette alliance électorale entre l’UDI et le Modem conclue en 2013 par François Bayrou et Jean-Louis Borloo, a passé avec succès ses premiers « tests électoraux ». UDI et Modem ont réussi à présenter des listes communes et un programme commun aux européennes de mai 2014. Cependant, la réunification du centre est toujours de l’ordre de l’utopie. L’Alternative n’est qu’une alliance de circonstance et non une structure pérenne et unifiée: le Modem et l’UDI restent deux partis totalement indépendants l’un de l’autre. Et de nombreux sujets peuvent encore faire achopper le rapprochement fragile qui s’est opéré entre les deux principales formations centristes: réforme des retraites, « TVA sociale », relations avec l’UMP, présidentielle de 2017… Par ailleurs, les blessures de 2012 ne sont pas effacées car certains, à l’UDI, reprochent encore à Bayrou d’avoir voté Hollande.

Cohérence et clarté, deux exigence trop souvent oubliées. Les centristes n’ont pas réussi à lever les ambiguïtés qui contribuent à leur image d’éternels indécis. En effet, Bayrou s’est ancré dans l’opposition après avoir voté Hollande en 2012, et le Modem s’est allié à l’UMP pour les municipales après avoir défendu bec et ongles pendant des années une ligne de stricte indépendance vis-à-vis de la droite. L’UDI manque elle aussi de cohérence: les leaders de l’UDI veulent incarner un centre indépendant et refusent d’être une simple force d’appoint pour la droite, mais ils considèrent toujours l’UMP comme un « partenaire naturel ». Par ailleurs, les centristes ont tendance à s’enfermer dans une opposition systématique, alors même qu’ils avaient promis d’incarner une opposition « constructive » et de soutenir les réformes courageuses. La loi Macron, d’inspiration sociale-libérale, aurait logiquement dû trouver des soutiens dans les rangs du centre, mais les centristes se bornent à critiquer les insuffisances du texte au lieu d’en soutenir les avancées: Jean-Christophe Lagarde a d’ailleurs appelé les députés UDI à voter contre le projet de loi. Les centristes ont donc encore de gros efforts à faire pour clarifier leur identité et leur ligne politique, et ainsi briser l’image d’opportunistes et de girouettes qui leur colle trop souvent à la peau.

L’OPA de Sarkozy sur le centre. L’année 2014 aura aussi été celle du grand retour politique de Nicolas Sarkozy, élu président de l’UMP sans surprise, et sans difficulté. Lors de sa campagne, Sarkozy a proposé la fusion de l’UMP et de l’UDI au sein d’un grand rassemblement de la droite et du centre. Sarkozy méprise les centristes et se moque bien de leurs idées, mais il a besoin de l’électorat centriste pour gagner en 2017. Aux yeux de Nicolas Sarkozy, le centre n’est qu’une excroissance de la droite et une simple réserve de voix. Le centre dont rêve Sarkozy, c’est un centre vassalisé, totalement « dissout » dans la droite. Ne nous y trompons pas, la « fusion UMP-UDI » que Sarkozy propose (et qui serait en réalité une absorption de l’UDI par l’UMP) n’a qu’un seul objectif: empêcher l’émergence d’un courant centriste indépendant et unifié. Nicolas Sarkozy sait qu’il n’a pas le vent en poupe chez les électeurs centristes, contrairement à Juppé, son grand rival, très apprécié des centristes. Absorber l’UDI serait donc pour Sarkozy le meilleur moyen de mettre hors d’état de nuire ses alliés centristes devenus gênants. Espérons que les élus de l’UDI ne cèderont pas aux sirènes de Sarkozy et qu’ils sauront préserver leur indépendance.

Manuel Valls ou l’art difficile de gouverner au centre… sans les centristes. Manuel Valls voulait enterrer la « gauche passéiste » et imposer sa ligne sociale-libérale, incarnée par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron. Mais le pari était risqué. Après avoir perdu le soutien des Verts, Valls a provoqué la colère de l’aile gauche du PS: les frondeurs du parti se sont abstenus sur le vote du budget, et la Dame des 35 heures en personne a tâclé Matignon depuis sa mairie lilloise. Valls aurait sans doute aimé ouvrir la majorité vers le centre, mais les centristes préfèrent garder la place confortable qu’ils occupent dans l’opposition: ils ne cessent de critiquer les divisions idéologiques du PS et de répéter que le gouvernement n’a plus de majorité ou que François Hollande n’a plus la confiance des Français. Bayrou a même enfoncé le clou en réclamant une dissolution. Manuel Valls a donc dû jouer les équilibristes, en gouvernant « au centre » sans les centristes et avec une majorité divisée. L’année 2014 aura sans doute été celle d’un rendez-vous manqué entre les centristes et la gauche réformiste.

Le centre selon Sarkozy

Lors de son meeting à Angers, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté de constituer un rassemblement avec le centre. Et de préciser: « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir ». Dans le public, un sympathisant s’exclame alors: « Honte à Bayrou! ». Et Sarkozy répond: « Vous avez donc compris ». Sarkozy accuse Bayrou d’être une girouette… Etrange accusation de la part d’un homme qui change de convictions comme de chemise, et qui annonce tout et son contraire en fonction de l’auditoire qu’il a en face de lui. Bayrou, lui, est resté constant depuis 2007: constant dans ses convictions, constant dans ses projets, constant dans son opposition à Nicolas Sarkozy, et constant dans sa volonté de bâtir un pôle centriste indépendant de la droite.

La petite phrase de Sarkozy en dit long sur l’image qu’il a du centre et sur l’estime qu’il nourrit pour cette famille politique. « Un centre qui serait avec nous matin, midi et soir », cela veut dire: un centre vassalisé. Un centre toujours d’accord. Un centre qui serait là simplement pour soutenir la politique voulue par l’UMP. Nous voyons bien ce que représente le centre aux yeux de Sarkozy: une excroissance de la droite, une force d’appoint, une réserve de voix. Sarkozy méprise les centristes et se moque bien de leurs idées, mais il a besoin d’eux pour reconquérir le pouvoir. Petite précision utile: pendant que Monsieur Sarkozy faisait le tour du monde pour donner de grandes conférences facturées 200.000 euros, François Bayrou, lui, élaborait des propositions pour son pays, bâtissait une alliance avec l’UDI de Jean-Louis Borloo, faisait campagne aux municipales à Pau et participait à la campagne des européennes.

La percée du centre aux sénatoriales

A l’issue des élections sénatoriales partielles du 28 septembre, le groupe UDI-Union Centriste est passé de 32 à 43 sénateurs. François Zocchetto, président du groupe UDI-UC, s’est réjoui de cette forte progression du centre. Parmi les nouveaux sénateurs centristes élus dimanche, on peut notamment citer Élisabeth Doineau (UDI), élue en Mayenne avec près de 65% des suffrages : elle devient ainsi la première femme à être élue sénatrice de la Mayenne.

Curieusement, au lendemain des sénatoriales, on a peu parlé des bons résultats du centre. Les commentateurs ont surtout insisté sur le cas des deux sénateurs Front National. Or, l’entrée du FN à la Chambre Haute a surtout une portée symbolique car dans les faits, les deux sénateurs frontistes n’auront aucun poids. La presse a aussi évoqué, de façon un peu trop simpliste, une « victoire de la droite ». Il s’agit d’un abus de langage. Mathématiquement parlant, la droite n’a pas gagné les élections, car les sénateurs de droite stricto sensu (c’est-à-dire les sénateurs UMP et Divers Droite) totalisent moins de sièges que l’ensemble de la gauche. Etant donné que le groupe UMP ne dispose pas à lui seul de la majorité absolue, il aura besoin des centristes pour obtenir le rejet, l’adoption ou l’amendement d’un texte. Le groupe centriste sera donc véritablement le pivot de la Chambre Haute.

Trois facteurs permettent d’expliquer la percée du centre. Premier facteur : l’impact des municipales de mars 2014. Les grands électeurs étant issus principalement des collectivités territoriales, il est normal que la progression du centre aux municipales se répercute sur la composition du Sénat. Deuxièmement, les centristes ont profité, comme l’UMP, de l’impopularité du président et du gouvernement. Enfin, l’alliance du centre avec l’UMP a favorisé la victoire des candidats centristes. Il faut désormais que les élus centristes aient une conduite exemplaire et qu’ils ne s’enferment pas dans une opposition stérile et systématique, comme le font trop souvent les élus de l’UMP. Les sénateurs centristes devront donc incarner une opposition constructive et responsable, capable de voter des textes équilibrés et réalistes, même lorsque ces textes viennent de la gauche.

Les centristes sont de retour

Conférence de presse de J.L. Borloo et F. Bayrou.

Cette fois, ça y est: lors d’une conférence de presse commune, les deux leaders centristes Jean-Louis Borloo (UDI) et François Bayrou (Modem) ont présenté ce mardi 5 novembre leur « charte de partenariat », intitulée « L’Alternative ». Sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau mouvement centriste indépendant et unifié, comme l’attendaient la plupart des militants et sympathisants centristes? Rien n’est gagné.

Alliance naturelle ou alliance de circonstance ?

C’est un peu les deux, mon capitaine… Sur le fond, Borloo et Bayrou ont les mêmes convictions, ils défendent les mêmes valeurs, et partagent le même diagnostic sur la situation du pays et les réformes nécessaires. Lors de leur conférence de presse, les deux hommes ont rappelé qu’ils avaient été éloignés l’un de l’autre par le jeu de la bipolarisation et des alliances électorales, mais ont souligné que leur union était devenue « nécessaire », parce que la situation catastrophique du pays et le désarroi des Français exigeaient une nouvelle offre politique au centre, une « alternative » constructive à la gauche et à la droite. Toutefois, le rapprochement UDI-Modem obéit aussi à des motifs plus pragmatiques. Bayrou et Borloo ont tous les deux échoué dans leur stratégie: en effet, Borloo a échoué dans sa tentative de « centriser » l’opposition, et Bayrou a échoué dans sa tentative de bâtir un centre indépendant. Les deux hommes avaient donc besoin l’un de l’autre pour faire exister politiquement le centre, et n’avaient guère d’autre choix que de se rapprocher.

Les grands axes de la Charte

La grande nouveauté, c’est que l’UDI et le Modem ont désormais pour objectif de présenter des listes communes aux européennes et aux municipales de 2014, et peut-être même un candidat commun pour la prochaine présidentielle. Pour le moment, Bayrou et Borloo n’ont pas encore développé de propositions concrètes, et se sont contentés d’exposer les grandes orientations de leur projet politique. Une dizaine de chantiers prioritaires ont été ciblés, dont les premiers sont celui des institutions et celui de l’éducation. François Bayrou a souligné, lors de la conférence de presse, la nécessité de modifier les règles de la représentation nationale, pour permettre à toutes les forces politiques importantes d’être représentées au Parlement. Quant à l’éducation, il s’agit de mettre en place un plan d’urgence pour combattre l’illettrisme, un problème majeur qui traduit de façon éclatante l’inadaptation de notre système scolaire.

Une nouvelle UDF ?…

La Charte clarifie le positionnement des centristes par rapport au PS et à l’UMP: le nouveau rassemblement centriste de Borloo et Bayrou se situera dans l’opposition à la politique de l’actuel gouvernement socialiste (manque de cohérence et de lisibilité, dérapage fiscal, incapacité à réformer en profondeur le pays, absence de réponse face à des problèmes majeurs tels que la compétitivité, l’illettrisme et le chômage de longue durée). La Charte écarte explicitement toute alliance avec le PS (sauf cas particuliers dans quelques municipalités); la « droite républicaine » est présentée comme un « partenaire naturel » des centristes, à condition qu’elle reste fidèle à ses valeurs humanistes. Autrement dit, le nouveau rassemblement centriste se définit clairement comme une force de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF. Il s’agit là d’une importante concession faite par Bayrou à Borloo. En effet, depuis 2007, Bayrou a toujours défendu une ligne de stricte indépendance à l’égard de l’UMP: il avait refusé de se rallier à Nicolas Sarkozy en 2007, et avait voté pour Hollande au deuxième tour en 2012, provoquant ainsi l’exaspération de nombreux centristes. Bayrou a finalement cédé à Borloo, en acceptant le principe d’une alliance avec la droite. Bayrou aurait-il renoncé à ses rêves d’indépendance? Oui, mais il l’a fait parce qu’il a été profondément déçu par François Hollande (et il n’est pas le seul). Cela dit, la Charte de Bayrou et Borloo affirme quand même l’indépendance des centristes, la nécessité de dépasser les clivages idéologiques traditionnels, et plaide pour un grand rassemblement réformiste allant de la droite républicaine aux « sociaux-démocrates » du centre-gauche: François Bayrou a d’ailleurs évoqué, dans sa conférence de presse, le cas de l’Allemagne, où se négocie actuellement une « grande coalition » entre la CDU et les sociaux-démocrates. Finalement, « L’Alternative » de Bayrou et Borloo ne serait-elle pas une nouvelle version de l’ancienne UDF (une « UDF 2.0 », en quelque sorte)?… Pas tout à fait, car l’Alternative n’est pas un parti politique, c’est une structure très souple, regroupant deux partis (UDI et Modem) qui sont eux-mêmes des fédérations de petits partis. L’Alternative n’est pas dotée de la personnalité juridique, et sera dirigée par un « bureau exécutif » réduit, dont les membres seront issus de l’UDI et du Modem.

Un « manifeste » centriste

La Charte constitue aussi un véritable « manifeste », qui propose une définition du centrisme d’aujourd’hui. En effet, les centristes y sont décrits comme des « humanistes », des « réformistes » et des « Européens ». Des « humanistes », parce qu’ils mettent l’épanouissement de l’homme au cœur de la politique. Des « réformistes », parce qu’ils veulent moderniser l’Etat et la société, mais préfèrent les « efforts continus » aux « ruptures violentes ». Des « Européens », parce qu’ils militent pour une Europe forte et unie: la Charte précise d’ailleurs quelles doivent être les nouvelles priorités de l’Union européenne (emploi, compétitivité des entreprises, environnement, régulation financière, lutte contre les paradis fiscaux, grandes infrastructures de transport, convergence « par le haut » des normes sociales). Le Charte réaffirme l’importance du développement durable et de l’écologie (notamment la nécessité d’une transition énergétique raisonnée), et plaide pour une maîtrise des flux migratoires (à la fois par le contrôle des frontières européennes et par une politique active de co-développement). Les centristes défendent également les corps intermédiaires, la décentralisation et les collectivités territoriales, ils refusent l’empilement des structures administratives et souhaitent une simplification du « mille-feuilles » territorial. Enfin, le centrisme est défini comme une tentative de dépassement des clivages idéologiques « usés ».

Conclusion

« L’Alternative » n’est pas encore le grand parti unifié que de nombreux centristes appellent de leurs vœux, mais constitue sans doute un bon début. Depuis 50 ans, en France, le centre n’a cessé de se décomposer et de se recomposer, de s’unir et de se disperser, en fonction de la situation politique. Le rapprochement stratégique de Borloo et de Bayrou ne doit donc pas être appréhendé comme un tournant « historique » pour le centre. Le véritable enjeu, c’est l’épreuve électorale: l’Alternative ne pourra être pérennisée que si elle obtient des scores satisfaisants en 2014.

La Charte est consultable sur le lien suivant:

http://mouvementdemocrate.fr/media/PDF/Charte-UDI-MoDem.pdf

Vers une « union des centres » aux municipales et aux européennes?

C’est désormais quasi officiel: Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, et François Bayrou, président du Modem, sont d’accord sur l’idée de présenter des listes communes aux élections municipales et européennes de 2014. Ce rapprochement a été favorisé par les critiques de plus en plus explicites adressées par François Bayrou à la politique du président Hollande et du gouvernement socialiste (incapacité à réformer, dérapage fiscal, absence de projet politique clair). Pour le moment, les deux partis centristes n’ont pas encore de programme commun: le projet politique de l’alliance UDI-Modem devrait être dévoilé dans le courant du mois d’octobre.

L’initiative de Bayrou et de Borloo fait renaître l’espoir d’une grande union centriste, que la plupart des électeurs et sympathisants centristes attendent depuis longtemps. Sur le fond, cette alliance est assez naturelle: le Modem et l’UDI défendent les mêmes valeurs et ont des idées tout à fait similaires sur un grand nombre de sujets (compétitivité, fiscalité, environnement, Europe, décentralisation, etc.). C’est plutôt la stratégie qui risque de poser problème. En effet, l’alliance Modem-UDI repose sur un malentendu. Pour Bayrou, il s’agit de bâtir un centre fort et indépendant, capable de dépasser le clivage droite/gauche. Mais pour Borloo, il s’agit de reconstituer un grand parti de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF, en vue d’une coalition avec l’UMP: Borloo espère contrecarrer la droitisation de l’UMP, et « tirer vers le centre » le parti de Jean-François Copé. Le projet politique de l’alliance Modem-UDI devra formuler une ligne claire sur la question des relations avec l’UMP: François Bayrou pourra-t-il renoncer à la ligne d’indépendance qu’il a défendue bec et ongles depuis 2007 ? Borloo prendra-t-il le risque de s’éloigner de ses alliés de l’UMP ? En outre, les tensions entre les deux partis centristes ne sont pas totalement apaisées. Au Modem, on se méfie de l’UDI, perçue comme une simple force d’appoint de l’UMP. Et à l’UDI, certains, comme Hervé Morin, n’ont toujours pas pardonné à Bayrou d’avoir voté Hollande en 2012.

Trois scénarios peuvent être envisagés quant à l’avenir de cette union centriste.

Scénario n° 1: les listes UDI-Modem obtiennent de bons scores en 2014, l’alliance est pérennisée. On voit alors émerger un mouvement centriste unifié, capable de peser dans le débat politique jusqu’à la fin de la présidence de François Hollande, et d’envisager une candidature commune avec des primaires pour les présidentielles de 2017.

Scénario n° 2: les listes UDI-Modem obtiennent de bons résultats en 2014, mais l’alliance éclate ensuite sur la question de la ligne politique. L’UDI revient dans le giron de l’UMP, et le Modem se trouve à nouveau isolé.

Scénario n° 3: les listes UDI-Modem sont laminées aux élections de 2014, ce qui met immédiatement un terme à l’alliance. Le centre pourrait ne pas se relever de cet échec.

La gauche et la droite ont-elles encore un avenir?

La vie politique française reste marquée par l’affrontement droite/gauche

Dans une étude consacrée aux « Paradoxes de l’élection présidentielle de 2012 », Edouard Lecerf (directeur général de TNS Sofres) et Olivier Duhamel (professeur de droit constitutionnel) ont souligné le caractère fortement bipolaire de la dernière présidentielle*. En effet, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont toujours été placés largement en tête par les sondages avant le 1er tour. Une nette majorité de votants se sont portés sur eux dès le 1er tour et la participation est restée forte au 2nd tour. Les élections législatives ont encore accentué cette bipolarisation, car elles ont donné une large majorité de gauche au nouveau président.

Cette bipolarisation s’explique en grande partie par le « vote utile » : au 1er tour, beaucoup d’électeurs n’ont pas jugé nécessaire de donner leur suffrage à un candidat qui avait peu de chances d’être élu. La stratégie centriste de François Bayrou a été un échec : il n’a obtenu que 6% des suffrages, bien loin de ses 18% de 2007. Aux législatives, le Modem, isolé, n’a conservé que deux sièges sur les trois qu’il avait obtenus en 2007. L’élection présidentielle a donc renforcé la bipolarisation de la vie politique française, et semble avoir confirmé l’impossibilité d’un centre fort et indépendant.

Pourtant, Edouard Lecerf et Olivier Duhamel soulignent aussi la fragilité de cette bipolarisation.

Une bipolarisation fragile et de plus en plus contestée

Les tentatives de dépassement du clivage droite/gauche se sont multipliées au cours des dernières années. En 2012, plusieurs candidats ont essayé d’incarner une « 3e voie »  : la voie centriste de Bayrou, la voie écologiste d’Eva Joly, et surtout, la voie « nationaliste » proposée par Marine Le Pen. Les scores exceptionnels obtenus par le Front National à la présidentielle et aux législatives témoignent bien d’une contestation de la logique bipolaire : rejetant dos à dos la gauche et la droite, conspuant « l’Etat UMPS », Marine Le Pen cherche clairement à se présenter comme une alternative au bipolarisme.

De plus, la gauche et la droite sont affaiblies par leurs fractures internes. A gauche, la politique « sociale-libérale » du gouvernement scandalise les partisans de Mélenchon, et fait grincer quelques dents à l’intérieur de la majorité, chez les Verts et au sein même du PS: la ministre de l’Ecologie Delphine Batho vient d’ailleurs d’être limogée pour avoir contesté la politique budgétaire du gouvernement. A droite, ce n’est pas mieux. Jean-Louis Borloo, rejetant la droitisation de l’UMP, a claqué la porte pour fonder l’UDI, et de nombreux centristes de l’UMP lui ont emboîté le pas. L’UMP est sortie très affaiblie de la « guerre des chefs » qui opposa François Fillon à Jean-François Copé à l’automne 2012 ; le retour de Nicolas Sarkozy dans la vie politique inquiète sérieusement certaines personnalités de l’UMP qui ont tourné la page du sarkozysme. Le débat sur le « mariage pour tous » a exacerbé les divisions internes de l’UMP, entre une aile modérée qui garda ses distances avec le mouvement anti-mariage gay, et une aile conservatrice qui participa activement aux manifestations et alla jusqu’à faire la promesse démagogique d’une improbable abrogation du texte.

Une redéfinition des clivages idéologiques

Le sociologue Steve Fuller, professeur de sociologie à l’université de Warwick (Royaume-Uni), a récemment développé une théorie intéressante sur l’évolution des clivages idéologiques*: selon cet universitaire, dans les démocraties occidentales, le clivage droite-gauche est aujourd’hui obsolète et ne permet plus de comprendre l’attitude des principaux partis de gouvernement face aux grands enjeux du XXIème siècle.

Steve Fuller pense qu’au XXIème siècle, les grands clivages idéologiques n’opposeront pas une gauche « sociale » à une droite « libérale », mais deux attitudes différentes face aux risques, à savoir le « principe de précaution » et le « principe de proactivisme ». Les partisans du principe de précaution pensent que l’action politique doit avoir pour but de protéger les individus et les sociétés contre tout type de risque (économique, social ou environnemental), quitte à limiter l’innovation et la croissance. Les « proactivistes » pensent au contraire qu’il faut encourager l’innovation et la prise de risques, à condition qu’il s’agisse de risques calculés : en cas de succès, le risque est bénéfique ; en cas d’échec, l’homme en tire les leçons nécessaires. Prenons un exemple significatif. Sur la question du gaz de schiste, les partisans de la précaution souhaitent maintenir l’interdiction d’exploiter cette source d’énergie parce que les conséquences de son extraction sont potentiellement dangereuses ; les « proactivistes » considèrent qu’il faut tenter d’extraire le gaz de schiste, car ce gaz peut, à terme, être une solution à la dépendance énergétique du pays : si la méthode d’extraction est perfectible, elle sera améliorée, mais si elle a des effets plus nocifs que prévu, il faudra en tirer les leçons et renoncer au gaz de schiste.

Tâchons de ne pas caricaturer la pensée de Steve Fuller : les hommes politiques ne se répartissent pas en deux « camps » bien distincts correspondant aux « proactivistes » et aux « précautionnistes ». Un même parti, une même personnalité, peuvent avoir une posture « proactiviste » face à certaines questions et défendre le principe de précaution face à d’autres questions. En outre, l’analyse de Steve Fuller ne doit pas être considérée comme une clé de lecture du débat politique contemporain: il s’agit plutôt d’une perspective, d’un scénario, d’une évolution possible des clivages politiques dans les démocraties libérales. Steve Fuller reconnaît d’ailleurs  lui-même que les principes de précaution et de proactivisme restent marginaux dans le discours politique contemporain. Mais à bien y réfléchir, ces principes semblent tout à fait opératoires face à plusieurs questions majeures, qu’il s’agisse de l’énergie, de la compétitivité, de la défense, de la construction européenne ou des questions éthiques et sociétales.

Actuellement, le clivage entre « précaution » et « proactivisme » traverse les grandes familles politiques traditionnelles : à droite, on trouve des « traditionalistes » (l’aile droite de l’UMP et le FN) et des « libéraux » (les libéraux de l’UMP et du centre) ; et à gauche, on trouve des « socio-conservateurs » (l’aile gauche du PS et le Front de Gauche, qui luttent pour la préservation des acquis sociaux et la protection des individus contre la concurrence extérieure) et des « technocrates » (l’aile centriste du PS, qui gère les affaires de l’Etat de façon pragmatique et recherche une adaptation à la nouvelle donne économique mondiale). On peut penser, avec Steve Fuller, qu’à l’avenir les « socio-conservateurs » de gauche et les « traditionalistes » de droite pourraient se rapprocher, et que les « libéraux » de droite et les « technocrates » de gauche pourraient se rejoindre, voire se confondre.

* Référence des ouvrages et des pages Internet cités :

– E. Lecerf et O. Duhamel, « Les huit paradoxes de la présidentielle de 2012 », dans L’Etat de l’opinion 2013, TNS Sofres, Editions du Seuil, 2013.

– Le Cercle des économistes, Politique économique de droite, politique économique de gauche, Perrin, 2006.

http://lecercle.lesechos.fr/economistes-project-syndicate/autres-auteurs/221146655/evolutions-ideologiques

La poussée du centre aux élections israéliennes

Le leader centriste Yaïr Lapid.

C’est la grande surprise des élections législatives israéliennes: le parti centriste Yesh Atid (expression qui signifie « il y a un futur » en hébreu), est arrivé deuxième, derrière l’alliance de droite soutenant le Premier ministre Benjamin Netanyahou. La droite israélienne, composée du Likoud et parti ultranationaliste Israel Beitenou, emporte 31 sièges sur les 120 sièges de la Knesset (l’assemblée israélienne); le parti centriste obtient 19 sièges, et le Parti Travailliste, arrivé troisième, n’obtient que 15 sièges. Benjamin Netanhyahou, bien que victorieux, sort donc très affaibli de ce scrutin, et va devoir s’allier avec les centristes s’il veut une majorité.

Le leader du parti centriste, Yaïr Lapid, est un ancien journaliste qui s’est récemment lancé en politique: son parti a été fondé en avril 2012. Yaïr Lapid a fait essentiellement campagne sur des thèmes de politique intérieure: aide au logement, soutien aux petites entreprises, réforme du système éducatif, réforme de la conscription (Yaïr Lapid veut étendre la conscription aux religieux, qui sont actuellement exemptés du service militaire). Le candidat propose également de modifier les règles du scrutin législatif: en effet, le scrutin proportionnel intégral entraîne un émiettement de la représentation, ce qui oblige les chefs de gouvernement à constituer des majorités composites et fragiles, et à mener des politiques clientélistes pour satisfaire les revendications des petits partis. C’est pourquoi Yaïr Lapid veut augmenter le seuil à partir duquel un parti peut être représenté à la Knesset (6% des voix au lieu de 2% actuellement).

La poussée inattendue du parti centriste Yesh Atid traduit une crise des deux grands partis israéliens: le Likoud (à droite) et le Parti Travailliste (au centre-gauche). Ce score vient également sanctionner la dérive conservatrice et nationaliste de la politique menée par la droite israélienne au cours de la dernière législature. Les classes moyennes israéliennes, fragilisées par la crise économique, ont été séduites par un candidat centriste qui est, certes, inexpérimenté, mais qui a fait le choix de mettre l’accent sur les problèmes économiques et sociaux, et qui propose un programme réformateur ambitieux.

Faut-il se réjouir du succès des centristes en Israël? L’émergence d’un puissant mouvement centriste, laïque et modéré ne peut être qu’une bonne chose pour les Israéliens. Cependant, le succès de Yaïr Lapid pose plusieurs problèmes. Premièrement, son programme, axé sur les questions intérieures, reste très flou sur les questions internationales et sur le problème palestinien: Yaïr Lapid est manifestement favorable au statu quo, et ne considère pas la création d’un Etat palestinien comme une priorité. Deuxièmement, le score élevé de Yesh Atid va obliger Netanyahou à former une majorité hétéroclite, allant des ultranationalistes aux centristes: comment concilier les exigences contradictoires de ces forces politiques si différentes? Troisièmement, Yesh Atid risque de subir le même sort que Kadima, le parti centriste créé en 2005 par  Ariel Sharon, qui disposait de 28 sièges dans la précédente assemblée, mais qui s’est effondré lors de la dernière élection, en n’obtenant que 2 sièges. Chaque élection législative israélienne voit émerger des « partis champignons » qui connaissent un succès éphémère avant de péricliter.

Espérons que les centristes de Yesh Atid joueront un rôle stratégique au sein de la nouvelle majorité, et qu’ils parviendront à infléchir la ligne politique très dure de la droite israélienne.

Mais qu’ont-ils fait du centre ?…

Soyons lucides: le centre ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui.

Pendant 20 ans (de la fin des années 1970 à la fin des années 1990), l’UDF (Union pour la Démocratie Française) a rassemblé une grande partie des centristes au sein d’un parti puissant et influent, qui était bien représenté à la fois dans les collectivités locales et au Parlement. Mais la création de l’UMP en 2002 a provoqué l’éclatement de l’ancienne UDF: de nombreux élus et militants centristes ont en effet rejoint les rangs du nouveau parti de droite. François Bayrou, refusant que le centre soit absorbé par un super-parti de droite hégémonique, a décidé de garder la « vieille maison » UDF, affaiblie mais toujours debout.

Malgré le ralliement de quelques personnalités politiques issues d’autres partis (comme l’écologiste Jean-Luc Bennahmias), le Modem ne parvient pas à s’imposer dans le paysage politique, et François Bayrou a beaucoup de mal à faire entendre sa voix. En 2012, à l’issue d’une campagne terne, Bayrou ne réunit que 9% des suffrages au premier tour de la présidentielle, et refuse à nouveau de se rallier à l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour. Cependant, il critique la « ligne violente » de Sarkozy et annonce qu’à titre personnel, il votera pour François Hollande. M. Hollande est élu, mais le Modem, toujours isolé, fait un score dérisoire aux législatives: les candidats estampillés Modem sont laminés, et François Bayrou perd son siège de député.

A la rentrée 2012, Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, décide de fonder un nouveau parti de centre-droit, l’UDI (Union des Démocrates Indépendants), qui réunit plusieurs petits partis de centre-droit: plusieurs anciens sarkozystes quittent alors l’UMP pour rejoindre l’UDI, dont Chantal Jouanno et Rama Yade.

Bilan des courses: aujourd’hui, la famille centriste est une famille décomposée, désunie et souffrant d’un vrai manque de visibilité. Alors que les idées centristes séduisent une grande partie de l’électorat (entre 15 et 20% selon les études), les responsables centristes sont incapables de s’entendre et de faire cause commune. L’émiettement du centre a pris une tournure dramatique: en effet, les centristes sont dispersés dans près d’une dizaine de partis différents (citons, entre autres, le Modem, le Nouveau Centre, le Parti Radical, la Convention Démocrate, l’Alliance Centriste, Force Européenne Démocrate, Cap 21…), sans parler des centristes qui sont restés à l’UMP. Mais en réalité, le centre est aujourd’hui divisé en deux grandes tendances: d’une part, il y a un centre qui se veut strictement indépendant de la gauche et de la droite, et qui est incarné par le Modem et par François Bayrou. D’autre part, il y a un centre-droit qui est désormais fédéré sous la bannière UDI et qui, tout en revendiquant son indépendance, reste en réalité un allié de la droite.

A présent, beaucoup de sympathisants centristes déboussolés, « orphelins » de l’UDF, se posent cette question: mais qu’ont-ils fait du centre?… La France a, plus que jamais, besoin d’un centre fort, indépendant et unifié. Si tous les centristes se rassemblaient dans un même parti, ils pourraient jouer un rôle de premier plan dans la vie politique et devenir le pivot de nouvelles majorités parlementaires. Mais les divisions sont profondes, et les blessures de ces dernières années ne sont pas encore refermées au sein de la famille centriste. De plus, le système électoral français pénalise lourdement le centre: le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, utilisé lors des législatives, favorise la bipolarisation et marginalise tous les candidats qui ne sont pas alliés au PS ou à l’UMP: ainsi, le PS et l’UMP sont largement sur-représentés à l’Assemblée, mais les centristes sont condamnés à rester une simple « force d’appoint » pour la droite s’ils veulent conserver une représentation parlementaire. De nombreux députés centristes préfèrent rester alliés à l’UMP pour ne pas perdre leur siège, plutôt que de s’engager, comme Bayrou, dans une démarche de rupture, trop hasardeuse.

L’heure est grave. Centristes de tous partis, unissez-vous ! Demandons une dose de proportionnelle aux élections législatives, et formons le grand parti centriste, humaniste et indépendant dont la France a tant besoin !