Parti Radical: le plus vieux parti de France

Fondé en 1901, le Parti Radical est le plus ancien parti politique français. Initialement situé à gauche, il s’est finalement retrouvé au centre-droit de l’échiquier politique. Revenons brièvement sur le destin de ce parti historique.

Les origines du radicalisme en France

L. Gambetta

Le radicalisme est apparu dans la première moitié du XIXe siècle. Les premiers radicaux étaient des républicains, défenseurs du suffrage universel, de la liberté de la presse et de la laïcité, mais aussi partisans d’une politique sociale ambitieuse. Ils voulaient démocratiser les institutions et transformer la société en profondeur, d’où leur nom de « radicaux ». Dans les années 1840, ils représentaient l’aile gauche de l’opposition à la Monarchie de Juillet. Après la révolution de 1848 et la proclamation de la Deuxième République, ils participèrent brièvement au gouvernement mais entrèrent en conflit avec les « républicains modérés » sur les questions économiques et sociales. Sous le Second Empire (1852-1870), les radicaux étaient aux avant-postes de l’opposition républicaine. En 1869, Léon Gambetta, candidat radical aux élections législatives, prononça un célèbre discours connu sous le nom de « programme de Belleville » et prônant la Séparation des Eglises et de l’Etat, la liberté de la presse et la liberté d’association, l’école gratuite, laïque et obligatoire. Avec la chute de Napoléon III puis la mise en place de la Troisième République, les radicaux s’affirmèrent peu à peu comme une force politique de premier plan, républicaine, anticléricale et anticolonialiste. Sensibles aux inégalités sociales mais refusant la lutte des classes, ils furent progressivement « poussés » vers le centre-gauche de l’échiquier politique par les socialistes.

Un parti incontournable sous la Troisième République

E. Herriot

E. Herriot

Le Parti Radical vit le jour en 1901, en pleine Affaire Dreyfus, peu de temps après le vote de la loi proclamant la liberté d’association: c’est en effet cette fameuse loi de 1901 qui permit l’émergence des premiers véritables partis politiques en France. A l’origine, le nom exact du parti était « Parti Républicain, Radical et Radical-socialiste », mais très tôt, on l’appela simplement « Parti Radical ». Situé au centre-gauche, le Parti Radical s’est vite affirmé comme un parti de gouvernement, pragmatique et responsable, profondément attaché au régime républicain et au parlementarisme. Il défendait la laïcité, la petite propriété, les libertés individuelles, et pouvait compter sur le soutien de classes moyennes en plein essor. Ce parti a largement dominé la vie politique sous la Troisième République: les radicaux ont été ardemment dreyfusards, ils ont œuvré à la Séparation des Eglises et de l’Etat, ils ont instauré l’impôt sur le revenu et soutenu les grandes réformes sociales du Front Populaire. Le Parti Radical a participé à d’innombrables coalitions gouvernementales, tantôt avec les socialistes, tantôt avec le centre-droit, quitte à passer pour un parti opportuniste. Il a fourni quelques unes des personnalités les plus emblématiques de la Troisième République : Emile Combes, Edouard Herriot, Edouard Daladier et bien d’autres. Le « Tigre » Georges Clemenceau est longtemps resté proche du Parti Radical bien qu’il n’en ait jamais été membre. Dans les années 30, le mouvement des Jeunes-Turcs, animé par une nouvelle génération de militants radicaux tels que Pierre Mendès-France, voulait réformer en profondeur le système économique et politique : ces Jeunes-Turcs, qui incarnaient alors l’aile gauche du parti, prônaient une intervention accrue de l’Etat dans l’économie pour lutter contre la crise et humaniser le capitalisme, notamment par la nationalisation des grands monopoles privés dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie. Toutes ces idées, jugées anticonformistes dans l’entre-deux-guerres, allaient finalement triompher au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Le déclin

P. Mendès-France

P. Mendès-France

Sous l’Occupation, plusieurs membres du Parti Radical s’engagèrent activement dans la Résistance, à l’image de Pierre Mendès-France ou Jean Zay, sans oublier Jean Moulin, qui avait débuté sa carrière politique sous l’étiquette radicale. Mais sous la Quatrième République, le poids électoral du parti recula face à la concurrence de nouveaux partis politiques issus de la Résistance, comme le MRP. De 1947 à 1951, pour contrer les gaullistes et les communistes, le Parti Radical forma, avec la SFIO et le MRP, une coalition gouvernementale appelée « Troisième Force », qui allait du centre-gauche au centre-droit. Mais en 1951, le débat sur l’école privée mit un terme à la « Troisième Force »: en effet, les socialistes et les radicaux s’opposèrent aux lois qui prévoyaient d’octroyer des bourses d’Etat aux élèves inscrits dans les écoles privées, comme le souhaitaient les démocrates-chrétiens du MRP. Dans les années 1950, Pierre Mendès-France voulut réaffirmer l’ancrage du Parti Radical à gauche et conclut en 1956 une alliance avec les socialistes, le « Front Républicain », que la crise algérienne fit rapidement voler en éclats. En 1958, les radicaux s’opposèrent au retour du Général de Gaulle et à la nouvelle constitution. La mise en place de la Cinquième République et la victoire de Charles de Gaulle à la présidentielle de 58 renvoyèrent durablement le Parti Radical dans l’opposition et précipitèrent son déclin électoral.

La scission de 1972 et le basculement au centre

J.J. Servan-Schreiber

J.J. Servan-Schreiber

A la fin des années 60, le journaliste Jean-Jacques Servan-Schreiber (« JJSS ») arrive à la tête du Parti Radical et entreprend de le moderniser en s’inspirant des sociaux-démocrates suédois. JJSS défend l’économie de marché, la décentralisation et la construction européenne, refuse toute alliance avec le Parti Communiste et préconise un rapprochement avec le centre. Mais cette stratégie centriste provoque la colère de l’aile gauche du parti, favorable à une alliance avec les socialistes et les communistes. C’est pour cela qu’en 1972, l’aile gauche, minoritaire, se sépare du parti historique pour fonder le Mouvement des Radicaux de Gauche, qui signera le Programme Commun de la gauche avec le PS et le PC. La scission de 1972 fait donc basculer au centre le parti historique, désormais désigné comme le Parti Radical « valoisien » (car son siège national est situé place de Valois, à Paris). Sous l’impulsion de Servan-Schreiber, le Parti Radical valoisien se rapproche des partis centristes. Pour préparer les élections législatives de 1973, JJSS crée le Mouvement Réformateur, une coalition de partis centristes voulant incarner une troisième voie entre le socialo-communisme et la droite gaulliste conservatrice. Après la victoire de Valéry Giscard d’Estaing à la présidentielle de 1974, les radicaux apportent leur soutien aux grandes réformes giscardiennes telles que la loi Veil sur l’IVG.

De l’UDF à l’UDI

J.L. Borloo

J.L. Borloo

En 1978, les radicaux valoisiens participent à la fondation de l’UDF (Union pour la Démocratie Française), qui réunit alors tous les partis du centre et du centre-droit soutenant l’action du président Valéry Giscard d’Estaing. L’UDF permet aux radicaux de sortir de l’isolement et de participer à toutes les coalitions gouvernementales RPR/UDF dans les années 80 et 90. Mais à la fin des années 90, les radicaux prennent leur distance avec le nouveau président de l’UDF, François Bayrou, qui souhaite constituer un pôle centriste indépendant de la droite. En 2002, le Parti Radical décide de s’associer à l’UMP tout en conservant ses propres structures. Jean-Louis Borloo accède à la présidence du Parti Radical en 2007 et soutient la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. Mais en 2011 le Parti Radical quitte l’UMP, dont il désapprouve la droitisation. Après la victoire de la gauche en 2012, et afin d’éviter une marginalisation du Parti Radical, Jean-Louis Borloo fonde l’UDI (Union des Démocrates et Indépendants), une nouvelle confédération réunissant les partis centristes de l’opposition. Jean-Louis Borloo est élu président de l’UDI en 2012, mais en 2014 il est hospitalisé à cause d’une pneumonie aiguë et annonce son retrait de la vie politique. Après le départ inattendu de Jean-Louis Borloo, Laurent Hénart est élu président du parti en juin 2014 face à Rama Yade.

La Parti Radical aujourd’hui : un parti centriste ?

Le Parti Radical valoisien présente aujourd’hui toutes les caractéristiques d’un parti centriste : il est favorable au fédéralisme européen, il est attaché aux corps intermédiaires et au rôle des collectivités locales, il veut replacer l’homme au centre de l’économie, il prône un juste équilibre entre solidarité et compétitivité, et refuse toute compromission avec les partis extrémistes et populistes. Pour faire simple, on peut dire que le radicalisme valoisien représente aujourd’hui l’un des principaux courants du centrisme français. Mais paradoxalement, les radicaux ne se qualifient jamais eux-mêmes de centristes : d’ailleurs, Jean-Louis Borloo se définit comme « républicain social » et emploie rarement l’adjectif « centriste ». Pourquoi une telle précaution de langage ? Sans doute pour mieux réaffirmer la spécificité et l’identité du parti face aux autres formations centristes et face à la droite. Car le Parti Radical revendique fièrement son statut de parti historique, viscéralement laïc et républicain, intimement lié à l’histoire de la République Française depuis plus d’un siècle.

Le Centriloque a 1 an

Eh oui, en ce mois de janvier 2014, le Centriloque fête son tout premier anniversaire. Je remercie très sincèrement celles et ceux qui ont lu ce blog de façon occasionnelle ou assidue pendant un an, et tout particulièrement ceux qui ont pris la peine de le commenter. L’audience du Centriloque n’a cessé de progresser au cours de l’année 2013, et je m’en réjouis. J’en profite, bien sûr, pour vous souhaiter à tous une excellente année 2014.

L’année 2013 fut plutôt prometteuse pour le centre : en novembre, l’alliance entre François Bayrou et Jean-Louis Borloo, baptisée « L’Alternative », a ouvert la voie à des listes communes UDI-Modem aux municipales et aux européennes de 2014. Cette alliance n’a été possible qu’au prix de concessions peu négligeables de la part des deux leaders centristes. Bayrou a dû renoncer à sa ligne de stricte indépendance et accepter le principe d’un « partenariat naturel » avec la droite. Quant à Borloo, il prend le risque de se retrouver dans l’ombre de son allié, plus populaire et plus charismatique que lui. Borloo s’est également rallié à l’idée très « bayrouiste » d’une grande coalition réformiste allant de la droite républicaine à la gauche sociale-démocrate.

Maintenant que les bases ont été posées, la nouvelle alliance centriste doit relever trois grands défis, si elle ne veut pas faire « pschitt » et voler en éclats aussi rapidement qu’elle a vu le jour. Le premier défi est celui de l’unité: sur le papier, Modem et UDI sont alliés, mais dans la pratique, les tensions entre les deux partis restent vives. Certains cadres de l’UDI, comme Hervé Morin, reprochent à Bayrou son opportunisme et ne lui ont toujours pas pardonné d’avoir voté Hollande en 2012. Le deuxième défi est celui du programme: il faut que le centre se dote d’un programme cohérent pour les municipales et pour les européennes, et que des propositions concrètes émergent le plus vite possible, sinon « L’Alternative » ne restera qu’une coquille vide. Le troisième défi est électoral: l’UDI et le Modem devront proposer des candidatures communes dans le plus grand nombre de circonscriptions possible, et se mettre d’accord sur la composition des listes. Pour les européennes, le défi ne sera pas trop difficile à relever, mais pour les municipales, les choses s’annoncent déjà beaucoup plus délicates car, localement, les situations sont très diverses: il est clair que dans certaines communes, les centristes s’engageront désunis dans la bataille, avec des candidats Modem alliés au PS, et des candidats UDI alliés à l’UMP.  Il faudra aussi que la campagne des candidats centristes soit exemplaire: malheureusement, les premiers « couacs » entre Jean-Louis Borloo et NKM lors de la composition des listes parisiennes UMP-UDI-Modem font déjà très mauvaise impression. Espérons que les intéressés vont rapidement redresser le tir, et que la campagne des municipales offrira une belle tribune aux idées centristes en matière de logement, d’intercommunalité, de transports, de fiscalité locale et de développement durable.

Bonne année encore, et à bientôt.

« L’extrême centre » de Bayrou est-il mort?

Pendant plus de 10 ans, François Bayrou s’est efforcé de bâtir un mouvement centriste indépendant, libéré des alliances traditionnelles qui enfermaient les centristes dans le rôle d’alliés « naturels » de la droite. Pourtant, la charte de partenariat qu’il vient de signer avec Jean-Louis Borloo enterre l’utopie bayrouiste d’un « extrême-centre » équidistant de la gauche et de la droite. Comment expliquer pareille volte-face ? Bayrou avait-il vraiment intérêt à faire cela ?

Bayrou et la droite : histoire d’un divorce

En 2002, Bayrou, président de l’UDF, refusa d’être absorbé par l’UMP, le nouveau parti de Jacques Chirac qui avait pour ambition de fédérer toute la droite, des centristes aux gaullistes en passant par les libéraux. Critiquant, au nom du pluralisme, la constitution d’un grand parti de droite hégémonique, Bayrou déclarait alors: « Quand on pense tous la même chose, alors on ne pense plus rien du tout ». Durant le quinquennat de Jacques Chirac, Bayrou prit de plus en plus ses distances avec la majorité UMP, n’hésitant pas à torpiller ouvertement certaines réformes du gouvernement de Villepin, telles que la privatisation intégrale des sociétés d’autoroutes, ou le fameux « CPE » (Contrat Première Embauche), qui devait permettre aux entreprises de licencier sans motifs de jeunes salariés. Lors de la présidentielle de 2007, la rupture entre Bayrou et la droite fut consommée: le leader centriste refusa de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour, estimant que les idées et les valeurs portées par le candidat UMP étaient dangereuses et qu’elles dressaient les Français les uns contre les autres. Une partie des membres de l’UDF abandonna alors Bayrou pour se jeter dans les bras de Sarkozy. Bayrou décida de saborder l’UDF et annonça la création d’un nouveau parti centriste, le Modem (Mouvement Démocrate), strictement indépendant de la gauche et de la droite. Délaissé par ses lieutenants, Bayrou ouvrit son parti vers la gauche et fut rejoint par d’anciens socialistes et d’anciens Verts, comme Yann Wehrling et Jean-Luc Bennahmias. Mais sur le plan électoral, la stratégie de Bayrou s’avéra désastreuse: privé d’alliances à droite et à gauche, le Modem, complètement isolé, réalisa des scores catastrophiques aux législatives de 2007, et ne fit élire que trois députés (François Bayrou, Jean Lassalle et le député de Mayotte Abdoulatifou Aly). Pendant les cinq années de la présidence de Nicolas Sarkozy, Bayrou bascula clairement dans l’opposition, dénonçant à la fois la politique et le style de Nicolas Sarkozy.

2012 : Bayrou vote Hollande

En 2012, François Bayrou refusa, comme en 2007, de soutenir Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, mais cette fois, le président du Modem alla encore plus loin puisqu’il annonça clairement qu’il voterait pour François Hollande. Le Nouveau Centre, ulcéré, fustigea la trahison de Bayrou. L’UMP, qui n’attendait de toutes façons plus grand-chose de Bayrou, n’eut que mépris et sarcasme à son égard. Quant à François Hollande et au Parti Socialiste, ils restèrent indifférents à la déclaration du candidat centriste. Bayrou paya son choix très cher aux législatives: il perdit son siège de député à Pau (face à un candidat socialiste !), et le Modem fut laminé. Pourtant, le ralliement de Bayrou à Hollande n’était pas une « trahison » et n’avait rien d’absurde. Tout d’abord, contrairement à ce qu’on entend souvent dire dans les médias, François Bayrou n’a pas donné de consigne de vote à ses électeurs, il n’a pas « appelé à voter Hollande »: il a juste annoncé qu’à titre personnel, il voterait pour Hollande. De plus, le ralliement de Bayrou à Hollande semblait cohérent: le chef du Modem avait combattu pendant cinq ans la politique de Nicolas Sarkozy, donc s’il avait soutenu Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle, il aurait perdu toute crédibilité. Mais ce n’est pas uniquement par « antisarkozysme » que Bayrou a voté Hollande en 2012: qu’on se le dise, Bayrou a cru en François Hollande, il a voulu voir en lui un réformiste, un authentique social-démocrate, capable de fédérer les Français et de piloter, dans un climat apaisé, les réformes de fond dont avait besoin le pays (réforme des retraites, réforme fiscale, réforme du marché du travail, compétitivité, lutte contre l’illettrisme et le décrochage scolaire, retour à l’équilibre budgétaire, non-cumul des mandats, réforme du Parlement, transition énergétique, etc.). Tout en restant lucide sur les failles du programme de François Hollande, Bayrou a sincèrement pensé que le candidat socialiste avait toutes les cartes en main pour faire avancer le pays. Et beaucoup d’électeurs ont eu le même raisonnement: comme Bayrou, ils se sont résignés à voter Hollande au deuxième tour, sans enthousiasme, mais avec l’espoir d’un vrai changement.

L’introuvable sociale-démocratie et la volte-face de Bayrou

Malheureusement, un an et demi après l’élection de François Hollande, force est de constater que le changement attendu n’est pas venu, et que le gouvernement s’est enlisé dans une politique aussi incohérente qu’incompréhensible. Au lieu d’agir vite durant les premiers mois de son mandat sur les questions économiques et sociales les plus urgentes, le président a préféré donner la priorité à une réforme sociétale contestée (le mariage pour tous), qui a divisé le pays. La réforme des retraites annoncée par Hollande n’a jamais vu le jour: au lieu de repenser le système de retraites, le gouvernement a augmenté les cotisations, rognant ainsi un peu plus sur le pouvoir d’achat. En matière d’emploi, aucun cap n’a été fixé, aucune réforme décisive n’a été adoptée pour améliorer la compétitivité des entreprises, dynamiser le marché du travail et lutter contre le chômage de longue durée. En matière d’insécurité, face à l’inquiétude profonde des citoyens et à la montée du Front National, le gouvernement a répondu par une réforme d’une étonnante indulgence qui permet à des délinquants multirécidivistes d’éviter la prison. Mais ce sont surtout les dérapages fiscaux qui scandalisent les Français: hausse de la taxe sur les transports collectifs, hausse des prélèvements sur l’épargne, hausse des impôts sur le revenu, re-fiscalisation des heures supplémentaires, hausse de la TVA annoncée pour 2014…  La politique fiscale du gouvernement frappe directement les classes moyennes, chose incompréhensible pour un gouvernement qui se dit de gauche, dont les classes moyennes constituent l’assise électorale. Déçu, François Bayrou a donc pris acte de l’incapacité du gouvernement à réformer le pays, et s’est clairement inscrit dans l’opposition, ouvrant ainsi la voie à une alliance entre le Modem et l’UDI de Jean-Louis Borloo.

L’Alternative, ou la fin de l’utopie bayrouiste

Début novembre 2013, Borloo et Bayrou ont dévoilé « L’Alternative », leur nouvelle charte de partenariat. Trois principes importants sont institués par ce texte. Premièrement, le Modem et l’UDI présenteront des listes communes aux municipales et aux européennes de 2014. Deuxièmement, la nouvelle coalition Modem-UDI se situera clairement dans l’opposition à François Hollande et à l’actuelle majorité. Troisièmement, les centristes ne pourront s’allier qu’avec la droite. Ainsi peut-on lire dans la charte: « l’alliance avec le PS est impossible »; « la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique », à condition qu’elle « respecte les valeurs humanistes » (comprenez : à condition qu’elle ne chasse pas sur les terres du Front National). Bayrou a donc cédé à Borloo: c’en est fini de « l’extrême centre » que le fondateur du Modem voulait incarner. « L’Alternative », à l’instar de l’ancienne UDF, est un centre qui « penche à droite ». Est-ce un mal ou un bien ? Sur le fond, cela ne change pas grand-chose: Bayrou et Borloo défendent depuis longtemps les mêmes idées, leur alliance en vue des élections municipales et européennes de 2014 est donc assez naturelle. Mais en acceptant le principe d’un « partenariat naturel » avec la droite, Bayrou a renié la ligne politique qui était au fondement même du Modem, et qui avait permis à ce parti d’attirer des personnalités issues du centre-gauche. Celles et ceux qui ont rejoint Bayrou précisément parce qu’il avait rompu la logique d’alliance avec la droite risquent bien de devenir les cocus du Modem, et ils auront raison de se sentir trahis. Bayrou a toutefois obtenu une petite concession de la part de Borloo: la charte affirme que « le pays a besoin d’une large majorité réformiste, allant non seulement de la droite républicaine au Centre mais jusqu’aux sensibilités écologistes et sociales-démocrates ». En résumé: le centre refuse toute alliance avec la gauche, mais plaide pour la formation d’une grande coalition allant jusqu’au centre-gauche. Pas sûr que cette mention suffise à rassurer les sociaux-démocrates qui avaient rejoint Bayrou en 2007.

Bayrou a-t-il eu raison de s’allier à l’UDI ?

L’Alternative présente plusieurs avantages non négligeables pour Bayrou. Premièrement, la fin de l’isolement. Deuxièmement, la clarification (Bayrou est désormais clairement identifié par l’opinion comme un membre de l’opposition). Troisièmement, la légitimité du « fédérateur » (Bayrou peut désormais apparaître comme celui qui a, avec Borloo, réunifié le courant centriste). Mais Bayrou prend aussi de gros risques: il peut perdre la confiance de ceux qui sont venus de la gauche pour le soutenir, sans pour autant retrouver la confiance de ses anciens camarades centristes, qui ne lui ont jamais pardonné sa « trahison » de 2012. Seul un succès centriste aux élections de 2014 pourra légitimer a posteriori le choix dangereux de Bayrou.

 

Les centristes sont de retour

Conférence de presse de J.L. Borloo et F. Bayrou.

Cette fois, ça y est: lors d’une conférence de presse commune, les deux leaders centristes Jean-Louis Borloo (UDI) et François Bayrou (Modem) ont présenté ce mardi 5 novembre leur « charte de partenariat », intitulée « L’Alternative ». Sommes-nous en train d’assister à l’émergence d’un nouveau mouvement centriste indépendant et unifié, comme l’attendaient la plupart des militants et sympathisants centristes? Rien n’est gagné.

Alliance naturelle ou alliance de circonstance ?

C’est un peu les deux, mon capitaine… Sur le fond, Borloo et Bayrou ont les mêmes convictions, ils défendent les mêmes valeurs, et partagent le même diagnostic sur la situation du pays et les réformes nécessaires. Lors de leur conférence de presse, les deux hommes ont rappelé qu’ils avaient été éloignés l’un de l’autre par le jeu de la bipolarisation et des alliances électorales, mais ont souligné que leur union était devenue « nécessaire », parce que la situation catastrophique du pays et le désarroi des Français exigeaient une nouvelle offre politique au centre, une « alternative » constructive à la gauche et à la droite. Toutefois, le rapprochement UDI-Modem obéit aussi à des motifs plus pragmatiques. Bayrou et Borloo ont tous les deux échoué dans leur stratégie: en effet, Borloo a échoué dans sa tentative de « centriser » l’opposition, et Bayrou a échoué dans sa tentative de bâtir un centre indépendant. Les deux hommes avaient donc besoin l’un de l’autre pour faire exister politiquement le centre, et n’avaient guère d’autre choix que de se rapprocher.

Les grands axes de la Charte

La grande nouveauté, c’est que l’UDI et le Modem ont désormais pour objectif de présenter des listes communes aux européennes et aux municipales de 2014, et peut-être même un candidat commun pour la prochaine présidentielle. Pour le moment, Bayrou et Borloo n’ont pas encore développé de propositions concrètes, et se sont contentés d’exposer les grandes orientations de leur projet politique. Une dizaine de chantiers prioritaires ont été ciblés, dont les premiers sont celui des institutions et celui de l’éducation. François Bayrou a souligné, lors de la conférence de presse, la nécessité de modifier les règles de la représentation nationale, pour permettre à toutes les forces politiques importantes d’être représentées au Parlement. Quant à l’éducation, il s’agit de mettre en place un plan d’urgence pour combattre l’illettrisme, un problème majeur qui traduit de façon éclatante l’inadaptation de notre système scolaire.

Une nouvelle UDF ?…

La Charte clarifie le positionnement des centristes par rapport au PS et à l’UMP: le nouveau rassemblement centriste de Borloo et Bayrou se situera dans l’opposition à la politique de l’actuel gouvernement socialiste (manque de cohérence et de lisibilité, dérapage fiscal, incapacité à réformer en profondeur le pays, absence de réponse face à des problèmes majeurs tels que la compétitivité, l’illettrisme et le chômage de longue durée). La Charte écarte explicitement toute alliance avec le PS (sauf cas particuliers dans quelques municipalités); la « droite républicaine » est présentée comme un « partenaire naturel » des centristes, à condition qu’elle reste fidèle à ses valeurs humanistes. Autrement dit, le nouveau rassemblement centriste se définit clairement comme une force de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF. Il s’agit là d’une importante concession faite par Bayrou à Borloo. En effet, depuis 2007, Bayrou a toujours défendu une ligne de stricte indépendance à l’égard de l’UMP: il avait refusé de se rallier à Nicolas Sarkozy en 2007, et avait voté pour Hollande au deuxième tour en 2012, provoquant ainsi l’exaspération de nombreux centristes. Bayrou a finalement cédé à Borloo, en acceptant le principe d’une alliance avec la droite. Bayrou aurait-il renoncé à ses rêves d’indépendance? Oui, mais il l’a fait parce qu’il a été profondément déçu par François Hollande (et il n’est pas le seul). Cela dit, la Charte de Bayrou et Borloo affirme quand même l’indépendance des centristes, la nécessité de dépasser les clivages idéologiques traditionnels, et plaide pour un grand rassemblement réformiste allant de la droite républicaine aux « sociaux-démocrates » du centre-gauche: François Bayrou a d’ailleurs évoqué, dans sa conférence de presse, le cas de l’Allemagne, où se négocie actuellement une « grande coalition » entre la CDU et les sociaux-démocrates. Finalement, « L’Alternative » de Bayrou et Borloo ne serait-elle pas une nouvelle version de l’ancienne UDF (une « UDF 2.0 », en quelque sorte)?… Pas tout à fait, car l’Alternative n’est pas un parti politique, c’est une structure très souple, regroupant deux partis (UDI et Modem) qui sont eux-mêmes des fédérations de petits partis. L’Alternative n’est pas dotée de la personnalité juridique, et sera dirigée par un « bureau exécutif » réduit, dont les membres seront issus de l’UDI et du Modem.

Un « manifeste » centriste

La Charte constitue aussi un véritable « manifeste », qui propose une définition du centrisme d’aujourd’hui. En effet, les centristes y sont décrits comme des « humanistes », des « réformistes » et des « Européens ». Des « humanistes », parce qu’ils mettent l’épanouissement de l’homme au cœur de la politique. Des « réformistes », parce qu’ils veulent moderniser l’Etat et la société, mais préfèrent les « efforts continus » aux « ruptures violentes ». Des « Européens », parce qu’ils militent pour une Europe forte et unie: la Charte précise d’ailleurs quelles doivent être les nouvelles priorités de l’Union européenne (emploi, compétitivité des entreprises, environnement, régulation financière, lutte contre les paradis fiscaux, grandes infrastructures de transport, convergence « par le haut » des normes sociales). Le Charte réaffirme l’importance du développement durable et de l’écologie (notamment la nécessité d’une transition énergétique raisonnée), et plaide pour une maîtrise des flux migratoires (à la fois par le contrôle des frontières européennes et par une politique active de co-développement). Les centristes défendent également les corps intermédiaires, la décentralisation et les collectivités territoriales, ils refusent l’empilement des structures administratives et souhaitent une simplification du « mille-feuilles » territorial. Enfin, le centrisme est défini comme une tentative de dépassement des clivages idéologiques « usés ».

Conclusion

« L’Alternative » n’est pas encore le grand parti unifié que de nombreux centristes appellent de leurs vœux, mais constitue sans doute un bon début. Depuis 50 ans, en France, le centre n’a cessé de se décomposer et de se recomposer, de s’unir et de se disperser, en fonction de la situation politique. Le rapprochement stratégique de Borloo et de Bayrou ne doit donc pas être appréhendé comme un tournant « historique » pour le centre. Le véritable enjeu, c’est l’épreuve électorale: l’Alternative ne pourra être pérennisée que si elle obtient des scores satisfaisants en 2014.

La Charte est consultable sur le lien suivant:

http://mouvementdemocrate.fr/media/PDF/Charte-UDI-MoDem.pdf

Vers une « union des centres » aux municipales et aux européennes?

C’est désormais quasi officiel: Jean-Louis Borloo, président de l’UDI, et François Bayrou, président du Modem, sont d’accord sur l’idée de présenter des listes communes aux élections municipales et européennes de 2014. Ce rapprochement a été favorisé par les critiques de plus en plus explicites adressées par François Bayrou à la politique du président Hollande et du gouvernement socialiste (incapacité à réformer, dérapage fiscal, absence de projet politique clair). Pour le moment, les deux partis centristes n’ont pas encore de programme commun: le projet politique de l’alliance UDI-Modem devrait être dévoilé dans le courant du mois d’octobre.

L’initiative de Bayrou et de Borloo fait renaître l’espoir d’une grande union centriste, que la plupart des électeurs et sympathisants centristes attendent depuis longtemps. Sur le fond, cette alliance est assez naturelle: le Modem et l’UDI défendent les mêmes valeurs et ont des idées tout à fait similaires sur un grand nombre de sujets (compétitivité, fiscalité, environnement, Europe, décentralisation, etc.). C’est plutôt la stratégie qui risque de poser problème. En effet, l’alliance Modem-UDI repose sur un malentendu. Pour Bayrou, il s’agit de bâtir un centre fort et indépendant, capable de dépasser le clivage droite/gauche. Mais pour Borloo, il s’agit de reconstituer un grand parti de centre-droit, à l’image de l’ancienne UDF, en vue d’une coalition avec l’UMP: Borloo espère contrecarrer la droitisation de l’UMP, et « tirer vers le centre » le parti de Jean-François Copé. Le projet politique de l’alliance Modem-UDI devra formuler une ligne claire sur la question des relations avec l’UMP: François Bayrou pourra-t-il renoncer à la ligne d’indépendance qu’il a défendue bec et ongles depuis 2007 ? Borloo prendra-t-il le risque de s’éloigner de ses alliés de l’UMP ? En outre, les tensions entre les deux partis centristes ne sont pas totalement apaisées. Au Modem, on se méfie de l’UDI, perçue comme une simple force d’appoint de l’UMP. Et à l’UDI, certains, comme Hervé Morin, n’ont toujours pas pardonné à Bayrou d’avoir voté Hollande en 2012.

Trois scénarios peuvent être envisagés quant à l’avenir de cette union centriste.

Scénario n° 1: les listes UDI-Modem obtiennent de bons scores en 2014, l’alliance est pérennisée. On voit alors émerger un mouvement centriste unifié, capable de peser dans le débat politique jusqu’à la fin de la présidence de François Hollande, et d’envisager une candidature commune avec des primaires pour les présidentielles de 2017.

Scénario n° 2: les listes UDI-Modem obtiennent de bons résultats en 2014, mais l’alliance éclate ensuite sur la question de la ligne politique. L’UDI revient dans le giron de l’UMP, et le Modem se trouve à nouveau isolé.

Scénario n° 3: les listes UDI-Modem sont laminées aux élections de 2014, ce qui met immédiatement un terme à l’alliance. Le centre pourrait ne pas se relever de cet échec.

Mais qu’ont-ils fait du centre ?…

Soyons lucides: le centre ne s’est jamais aussi mal porté qu’aujourd’hui.

Pendant 20 ans (de la fin des années 1970 à la fin des années 1990), l’UDF (Union pour la Démocratie Française) a rassemblé une grande partie des centristes au sein d’un parti puissant et influent, qui était bien représenté à la fois dans les collectivités locales et au Parlement. Mais la création de l’UMP en 2002 a provoqué l’éclatement de l’ancienne UDF: de nombreux élus et militants centristes ont en effet rejoint les rangs du nouveau parti de droite. François Bayrou, refusant que le centre soit absorbé par un super-parti de droite hégémonique, a décidé de garder la « vieille maison » UDF, affaiblie mais toujours debout.

Malgré le ralliement de quelques personnalités politiques issues d’autres partis (comme l’écologiste Jean-Luc Bennahmias), le Modem ne parvient pas à s’imposer dans le paysage politique, et François Bayrou a beaucoup de mal à faire entendre sa voix. En 2012, à l’issue d’une campagne terne, Bayrou ne réunit que 9% des suffrages au premier tour de la présidentielle, et refuse à nouveau de se rallier à l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour. Cependant, il critique la « ligne violente » de Sarkozy et annonce qu’à titre personnel, il votera pour François Hollande. M. Hollande est élu, mais le Modem, toujours isolé, fait un score dérisoire aux législatives: les candidats estampillés Modem sont laminés, et François Bayrou perd son siège de député.

A la rentrée 2012, Jean-Louis Borloo, président du Parti Radical et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, décide de fonder un nouveau parti de centre-droit, l’UDI (Union des Démocrates Indépendants), qui réunit plusieurs petits partis de centre-droit: plusieurs anciens sarkozystes quittent alors l’UMP pour rejoindre l’UDI, dont Chantal Jouanno et Rama Yade.

Bilan des courses: aujourd’hui, la famille centriste est une famille décomposée, désunie et souffrant d’un vrai manque de visibilité. Alors que les idées centristes séduisent une grande partie de l’électorat (entre 15 et 20% selon les études), les responsables centristes sont incapables de s’entendre et de faire cause commune. L’émiettement du centre a pris une tournure dramatique: en effet, les centristes sont dispersés dans près d’une dizaine de partis différents (citons, entre autres, le Modem, le Nouveau Centre, le Parti Radical, la Convention Démocrate, l’Alliance Centriste, Force Européenne Démocrate, Cap 21…), sans parler des centristes qui sont restés à l’UMP. Mais en réalité, le centre est aujourd’hui divisé en deux grandes tendances: d’une part, il y a un centre qui se veut strictement indépendant de la gauche et de la droite, et qui est incarné par le Modem et par François Bayrou. D’autre part, il y a un centre-droit qui est désormais fédéré sous la bannière UDI et qui, tout en revendiquant son indépendance, reste en réalité un allié de la droite.

A présent, beaucoup de sympathisants centristes déboussolés, « orphelins » de l’UDF, se posent cette question: mais qu’ont-ils fait du centre?… La France a, plus que jamais, besoin d’un centre fort, indépendant et unifié. Si tous les centristes se rassemblaient dans un même parti, ils pourraient jouer un rôle de premier plan dans la vie politique et devenir le pivot de nouvelles majorités parlementaires. Mais les divisions sont profondes, et les blessures de ces dernières années ne sont pas encore refermées au sein de la famille centriste. De plus, le système électoral français pénalise lourdement le centre: le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, utilisé lors des législatives, favorise la bipolarisation et marginalise tous les candidats qui ne sont pas alliés au PS ou à l’UMP: ainsi, le PS et l’UMP sont largement sur-représentés à l’Assemblée, mais les centristes sont condamnés à rester une simple « force d’appoint » pour la droite s’ils veulent conserver une représentation parlementaire. De nombreux députés centristes préfèrent rester alliés à l’UMP pour ne pas perdre leur siège, plutôt que de s’engager, comme Bayrou, dans une démarche de rupture, trop hasardeuse.

L’heure est grave. Centristes de tous partis, unissez-vous ! Demandons une dose de proportionnelle aux élections législatives, et formons le grand parti centriste, humaniste et indépendant dont la France a tant besoin !