Réforme du bac: et si on supprimait les E3C?

Outre la suppression des traditionnelles séries L, ES et S, la réforme du bac a renforcé la part de contrôle continu dans la note finale afin de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves sur le long terme. En janvier 2020, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). De nombreux incidents ont émaillé cette première session : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. En raison du confinement, la deuxième session d’E3C prévue en avril-mai a été purement et simplement annulée. Ne faut-il pas tirer les leçons de toutes ces péripéties en supprimant les E3C ?

Les épreuves communes de contrôle continu ont été assez mal conçues. Il s’agit d’une forme d’épreuve hybride située à mi-chemin entre le contrôle continu stricto sensu et les épreuves terminales classiques. Les E3C présentent deux inconvénients majeurs : premièrement, elles sont extrêmement lourdes à organiser ; elles impliquent des contraintes énormes et une surcharge de tâches administratives pour les établissements. Deuxièmement, ces épreuves accentuent les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre car elles encouragent le bachotage permanent : les élèves doivent en effet passer des E3C en milieu et en fin de Première puis en cours de Terminale. Supprimer les E3C permettrait donc de laisser « respirer » les établissements et les élèves. Les disciplines du tronc commun peuvent être évaluées en contrôle continu intégral, comme le prévoyait initialement le Rapport Mathiot : seules les moyennes de Première et de Terminale seraient alors prises en compte au bac, avec un cadrage national sur les exercices proposés aux élèves et les compétences à évaluer. 

Supprimer les E3C permettrait aussi de rendre le nouveau bac beaucoup plus lisible. Le contrôle continu représente actuellement 40% de la note globale, à raison de 30% pour les E3C et 10% pour les moyennes de bulletin. Les épreuves terminales représentent 60% de la note globale, à raison de 10% pour les épreuves anticipées de français, 32% pour les épreuves de spécialité, 14% pour le « grand oral » et 4% pour la philosophie. Au bout du compte, les coefficients sont si complexes que la note finale perd son sens. En supprimant les E3C, on peut envisager les coefficients suivants : 20% de la note correspondrait au contrôle continu (c’est-à-dire aux moyennes de bulletin) et 80% aux épreuves terminales, à raison de 50% pour les enseignements de spécialité (choisis par les élèves) et 30% pour les autres épreuves terminales (français, philosophie et grand oral).

Enfin, la suppression des E3C permettrait de simplifier le calendrier des épreuves, qui est lui aussi d’une grande complexité. En Première les élèves passent leurs E3C en janvier-février puis en avril-mai, ainsi que les épreuves anticipées de français en juin-juillet. La carte des E3C varie d’une session à l’autre : lors de la première session les élèves passent l’histoire-géographie et les langues vivantes, mais lors de la session d’avril-mai viennent s’ajouter l’enseignement scientifique et la spécialité abandonnée en Terminale. L’année suivante, les élèves doivent passer leurs épreuves trimestrielles d’EPS, leur troisième session d’E3C en cours d’année, les enseignements de spécialité en avril-mai puis la philosophie et le grand oral en juin. Non seulement ce calendrier est illisible, mais il entraîne une forte dispersion des épreuves dans le temps : sur vingt mois de cours en Première et en Terminale, sept mois sont impactés par des épreuves de bac, ce qui est extrêmement lourd.

Supprimer les E3C ne veut pas dire supprimer le contrôle continu : je pense qu’il faut une part de contrôle continu au bac. Je parle ici d’un véritable contrôle continu, c’est-à-dire une évaluation des élèves par leurs professeurs, au fil de l’eau, sur l’ensemble des années de Première et de Terminale. La principale fonction du bac, aujourd’hui, est de valider un certain nombre de compétences acquises par les élèves au lycée : le contrôle continu peut tout à fait assumer ce rôle. De nombreux enseignants craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu le bac perde sa valeur nationale. Il s’agit là d’un faux problème : cela fait longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur. De fait, les établissements du supérieur recrutent déjà sur la base du contrôle continu. Soyons honnêtes : les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Les épreuves terminales classiques ne garantissent qu’un simulacre d’égalité entre les candidats. En réalité, tout se joue avant le bac. Il faut donc « dédramatiser » le contrôle continu : les professeurs sont capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves, en valorisant les efforts et les progrès de chacun.

Le « bac Blanquer » est-il un fiasco?

Heurts entre lycéens et policiers devant un lycée de Rennes.

Au mois de janvier, les élèves de Première ont essuyé les plâtres des nouvelles épreuves du bac, les fameuses E3C (épreuves communes de contrôle continu). Les épreuves se sont plutôt bien déroulées dans l’immense majorité des lycées. Toutefois, de nombreux incidents ont émaillé cette première session d’E3C : des couacs administratifs, des sujets non conformes aux programmes officiels, des fuites de sujet sur Internet, des établissements bloqués par des enseignants ou par des élèves, des épreuves reportées. Dans certains lycées, des policiers sont même intervenus pour lever des blocus et permettre aux élèves de passer leurs épreuves. Les syndicats enseignants, vent debout contre le « bac Blanquer », demandent l’annulation des épreuves et le retrait de la réforme.

Les incidents qui ont perturbé cette première session d’E3C témoignent de la précipitation dans laquelle a été mise en place la réforme du bac. Pour des raisons essentiellement politiques, le gouvernement a voulu que la réforme s’applique dès la rentrée 2019 dans les classes de Première : le nouveau bac ne devait surtout pas interférer sur l’élection présidentielle de 2022 ! Résultat : la réforme est entrée en application dans des conditions ubuesques. Reporter d’un an l’entrée en vigueur du nouveau bac aurait pourtant permis de limiter les dégâts et de laisser aux établissements le temps nécessaire pour s’approprier la réforme. Malheureusement, l’agenda politique a primé sur les considérations pédagogiques les plus élémentaires, et ce sont les élèves qui en paient le prix. Tout ce qu’il faut espérer, à présent, c’est que le ministre de l’Education nationale entende la détresse des enseignants et des élèves.

Les perturbations constatées lors des E3C soulèvent aussi des questionnements légitimes sur le bienfondé du contrôle continu. La réforme du bac a effectivement renforcé le poids du contrôle continu dans la note finale : les E3C représenteront 30% du total des points, et les moyennes trimestrielles 10%. De nombreux enseignants hostiles à la réforme craignent qu’avec le renforcement du contrôle continu l’examen perde sa valeur nationale et devienne une sorte de « bac local ». Je crois qu’il s’agit là d’un faux problème. Pour que le bac perde sa « valeur », encore faudrait-il qu’il en ait une. Cela fait bien longtemps que les résultats du bac ne sont plus pris en compte lors de l’affectation des élèves dans l’enseignement supérieur : sur la plateforme Parcoursup, les élèves de Terminale reçoivent leurs premières réponses dès le mois de mai, bien avant les épreuves du bac. Dans les faits, l’enseignement supérieur recrute déjà les élèves sur la base du contrôle continu ! Les notes obtenues aux épreuves du bac ne servent à rien. Et les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne sont rien d’autre que des gratifications symboliques. En réalité, tout se joue avant le bac.

Le vrai problème n’est pas tant le contrôle continu en lui-même que l’architecture des nouvelles épreuves du bac. Les E3C présentent plusieurs inconvénients majeurs : outre le fait que ces épreuves sont extrêmement lourdes à organiser pour les établissements, elles complexifient terriblement l’architecture du bac. Pire : les E3C amplifient les problèmes que le contrôle continu était censé résoudre puisqu’elles encouragent une forme de bachotage permanent : la réforme prévoit en effet que les élèves passent des E3C en milieu de Première, en fin de Première puis en milieu de Terminale. Le Rapport Mathiot, qui a très largement inspiré la réforme du lycée, préconisait un contrôle continu intégral pour les enseignements de tronc commun : autrement dit, seules les moyennes trimestrielles devaient être prises en compte pour ces enseignements. C’est Jean-Michel Blanquer qui a décidé de créer des épreuves intermédiaires pour établir un cadrage commun à tous les établissements, mais également pour limiter les risques de pressions des parents d’élèves sur les enseignants. Pourtant, lorsqu’on voit l’énorme usine à gaz que sont les E3C, on en vient à se demander si le contrôle continu intégral proposé dans le rapport Mathiot n’était pas la solution la plus simple.

Il est temps de réformer le bac

Le bac 2019 a été fortement perturbé par une « grève des notes ». Quelque 700 professeurs grévistes ont refusé de communiquer leurs notes de bac : vendredi 5 juillet, jour de publication des résultats, près de 30.000 notes manquaient ; de nombreux candidats ont donc récupéré un relevé de notes provisoire, sur lequel les notes manquantes avaient été remplacées par des moyennes annuelles.

Les professeurs grévistes combattent les réformes pilotées par Jean-Michel Blanquer, et plus particulièrement la réforme du bac qui entrera en vigueur dès la rentrée 2019 pour les élèves de Première. Ce qui fait débat dans ce nouveau bac, c’est le renforcement du contrôle continu et la réduction du nombre d’épreuves finales : le contrôle continu représentera en effet 40% de la note globale. Les épreuves finales ne concerneront que la philosophie et les deux enseignements de spécialité choisis par l’élève : les autres disciplines seront évaluées en contrôle continu au cours des années de Première et de Terminale. Les détracteurs de la réforme pensent que le baccalauréat perdra son statut de diplôme national et n’aura plus la même valeur d’un établissement à l’autre, ce qui aurait pour conséquence de creuser les inégalités entre élèves.

Je crois qu’il s’agit d’un faux problème, car le bac est un diplôme totalement démonétisé. Il a depuis longtemps perdu toute « valeur ». De fait, les résultats obtenus au bac ne sont pas pris en compte lors de l’affectation des élèves de Terminale dans l’enseignement supérieur, car les dossiers de candidature sont examinés en avril et en mai, bien avant le début des épreuves finales du baccalauréat. Les établissements d’enseignement supérieur s’appuient déjà sur le contrôle continu pour classer les dossiers de candidature. Pendant toute leur année de Terminale, les élèves préparent un examen dont les résultats ne seront jamais valorisés. Les fameuses mentions « Assez Bien », « Bien » et « Très Bien » ne servent à rien : elles ne représentent qu’une gratification symbolique pour les candidats les plus méritants. Par conséquent, le renforcement du contrôle continu ne changera pas grand-chose à la valeur du bac. Il permettra simplement de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves tout au long de leur scolarité au lycée.

Il faut dédramatiser le contrôle continu : les professeurs sont parfaitement capables d’évaluer de façon juste et objective le niveau de leurs élèves. Certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS, et cela ne semble déranger personne. Les futures épreuves de contrôle continu seront très encadrées : il s’agira d’épreuves nationales, dont les modalités et le calendrier seront identiques pour tous les élèves ; au niveau de chaque établissement, les sujets seront choisis par les professeurs dans une banque nationale de sujets, et les copies seront anonymées. En outre, le renforcement du contrôle continu permettra d’alléger le calendrier des épreuves finales. Dans sa forme actuelle, le baccalauréat entraîne des contraintes colossales pour les établissements : les épreuves du bac immobilisent énormément de salles, de matériel et de personnels, et neutralisent deux semaines de cours au mois de juin. Avec la réforme, les épreuves finales seront recentrées sur trois disciplines. 

Il est temps d’adapter le bac aux évolutions de la société et de l’école. Jusqu’aux années 1970, le bac servait à sélectionner les élèves : les bacheliers constituaient une élite. Une grande partie des élèves ne passait pas le bac, et les taux d’échec à l’examen étaient beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui : à titre d’exemple, en 1970, la part de bacheliers dans une classe d’âge n’était que de 20%. De nos jours, la part de bacheliers dans une classe d’âge atteint 80% ; le taux de réussite au bac avoisine les 90% dans les séries générales et technologiques, et 80% dans les séries professionnelles. Mais cette démocratisation du bac est un trompe-l’œil car elle n’a été possible qu’au prix d’une baisse du niveau d’exigence à l’examen. De fait, le bac n’a plus la fonction de sélection qu’il avait autrefois : il sert désormais à valider un certain nombre de connaissances théoriques et pratiques acquises au lycée. Or, cette fonction peut être assurée en partie par le contrôle continu.

Macron, Blanquer: quelle politique éducative?

J.M. Blanquer (source: Europe 1).

Jusqu’à présent, la politique éducative de Jean-Michel Blanquer a surtout consisté à détricoter ce qu’avait fait la précédente majorité. Ainsi, dès le mois de juin, le gouvernement a décidé d’abroger la réforme des rythmes scolaires et de laisser aux communes la possibilité de revenir à la semaine de quatre jours dans les écoles. La réforme Peillon allait plutôt dans le bon sens mais avait été mise en œuvre de façon trop rigide et trop uniforme : des milliers de petites communes avaient en effet du mal à proposer des activités périscolaires de qualité chaque après-midi de la semaine. On peut cependant regretter que le nouveau ministre de l’Education nationale accorde aussi peu d’importance à la question, pourtant cruciale, des rythmes scolaires. Nous savons depuis longtemps qu’en France les journées d’école sont trop chargées : toutes les études montrent que les enfants sont beaucoup moins attentifs et moins disponibles intellectuellement l’après-midi que le matin. Une véritable réforme des rythmes scolaires, utile et ambitieuse, consisterait à supprimer les leçons de l’après-midi pour que les élèves se consacrent à des activités physiques ou manuelles. Mais pour cela, il serait indispensable de réduire significativement la durée des congés d’été. Notre calendrier scolaire est hérité d’une époque où la France était majoritairement paysanne et où les enfants devaient être libérés pendant deux mois l’été pour les travaux agricoles : d’un point de vue strictement éducatif, plus rien ne justifie aujourd’hui que l’école soit interrompue huit semaines consécutives en été !

La réforme du collège mise en place par Najat Vallaud-Belkacem a, elle aussi, été détricotée. Le nouveau ministre a en effet décidé de rétablir l’option langues anciennes et les classes bi-langues au collège : ces enseignements, jugés trop « élitistes » par l’ancienne ministre de l’Education Nationale, avaient été supprimés en 2015. Au lieu de permettre à des élèves méritants issus de tous milieux sociaux d’accéder à des enseignements d’excellence, la réforme du collège imposait le démantèlement pur et simple de ces enseignements. Ce faisant, la réforme de Najat Vallaud-Belkacem aggravait les inégalités qu’elle devait corriger car, en supprimant ces enseignements d’excellence, elle privilégiait les élèves issus de familles favorisées qui ont plus facilement accès à la culture classique, aux séjours linguistiques et aux cours particuliers en langue étrangère. Mais le plus scandaleux, dans cette réforme, c’est qu’elle a porté un nouveau coup d’une grande violence à la culture humaniste et littéraire. Or, l’école de la République se doit de transmettre aux élèves cette culture humaniste dont le latin et le grec sont les fondements. Comme le résume fort bien l’historien Johann Chapoutot dans une chronique du journal Libération, « les humanités sont la voie d’accès à notre humanité, tout simplement ». Pour toutes ces raisons, j’accueille donc avec un grand soulagement la décision de Jean-Michel Blanquer.

Je suis plus réservé sur la réhabilitation du redoublement. Les redoublements n’étaient certes pas interdits mais un décret signé en 2014 les rendait quasi impossibles. A vrai dire, sur la question du redoublement, il n’y a pas de « bonne » solution. Faire redoubler un élève est une décision lourde de conséquences et un pari souvent risqué : dans certains cas, le redoublement peut être salutaire et permettre à l’élève de combler ses lacunes, mais la plupart du temps le redoublement ne sert à rien, si ce n’est à surcharger les classes et à maintenir plus longtemps dans le système éducatif des élèves qui peinent à y trouver leur place. En pratique, le redoublement n’est jamais une solution satisfaisante pour les élèves ni pour l’institution. Le débat sur les bienfaits du redoublement est un peu l’arbre qui cache la forêt dans la mesure où il occulte souvent les vrais problèmes, à savoir l’orientation et l’accompagnement des élèves en difficulté. Loin du pragmatisme revendiqué par Macron et son gouvernement, la réhabilitation du redoublement apparaît surtout comme un signal envoyé à l’électorat conservateur qui n’a pas digéré la politique éducative menée sous le quinquennat de François Hollande.

La première grande réforme mise en œuvre par le nouveau ministre de l’Education nationale fut le dédoublement des classes de CP dans les écoles classées en REP et REP+, mesure phare du programme d’Emmanuel Macron. Je ne peux que saluer cette réforme qui va évidemment dans le bon sens. Cette mesure se fonde sur trois constats simples mais d’une extrême importance. Premièrement, la réduction des effectifs permet aux enseignants d’assurer un suivi plus individualisé et de mieux encadrer les élèves en difficulté. Deuxièmement, il faut concentrer les moyens sur l’école primaire (en particulier le CP) car c’est là que se creusent les inégalités. Troisièmement, il convient de concentrer les moyens sur les écoles accueillant les publics les plus défavorisés car c’est là que les besoins sont les plus importants ; cela permet aussi d’éviter un saupoudrage inefficace et coûteux. Sur le papier, donc, le gouvernement a tout bon. Le problème, c’est que cette réforme a été menée à moyens constants dans un cadre budgétaire particulièrement contraint : il a donc fallu « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Autrement dit, le dédoublement des classes de CP en REP et REP+ a souvent conduit à surcharger d’autres classes et à fermer des postes dans d’autres écoles, ce dont nul ne peut se satisfaire.

Jean-Michel Blanquer est également favorable au retour des études dirigées après les cours, d’abord au collège puis, à terme, dans les écoles primaires : le dispositif « Devoirs faits », mis en place dès le mois de novembre dans 7.000 collèges, est une aide aux devoirs destinée aux élèves en difficulté ou à ceux qui ne parviennent pas à travailler dans de bonnes conditions chez eux. Le principe est tout à fait louable car la lutte contre les inégalités passe nécessairement par un accompagnement renforcé des élèves les plus fragiles. Les devoirs sont indispensables tant pour l’apprentissage que pour les exercices mais accentuent les inégalités entre élèves dans la mesure où certains ne peuvent pas travailler sereinement à la maison ni se faire aider par leurs parents. L’accompagnement des collégiens est assuré par des enseignants volontaires payés en heures supplémentaires mais également par des jeunes effectuant un service civique. L’inconvénient majeur de ce dispositif est son coût, estimé à 220 millions pour l’année 2018, le prix à payer pour favoriser la réussite des élèves et lutter contre les inégalités scolaires.

La prochaine réforme éducative majeure qui attend le gouvernement est celle du bac. Emmanuel Macron souhaite réduire le coût de l’examen en allégeant le calendrier des épreuves et en augmentant la part de contrôle continu. Cette réforme du bac me semble souhaitable car il faut alléger le coût du bac et resserrer le calendrier des épreuves. Le baccalauréat coûte chaque année à l’Etat près de 100 millions d’euros. De plus, l’organisation de cet examen entraîne des contraintes colossales pour les établissements puisque les épreuves immobilisent énormément de salles et de personnels, et neutralisent trois semaines de cours à la fin de l’année. Les contraintes sont aussi d’ordre pédagogique : l’année de Terminale est une véritable course contre la montre consacrée au bachotage et aux cours magistraux plutôt qu’à l’expérimentation de pratiques pédagogiques plus stimulantes. Le contrôle continu n’a rien d’aberrant : il permet de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant l’année. D’ailleurs, certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS. Mais il est essentiel de maintenir des épreuves terminales afin que le diplôme du baccalauréat conserve son caractère national.

L’autre chantier important qui attend le ministre de l’Education Nationale est celui de l’autonomie des établissements, sujet ô combien sensible au sein du monde enseignant tant il nourrit d’inquiétudes et de malentendus. Car l’autonomie des établissements peut désigner des choses bien différentes : autonomie financière, autonomie pédagogique, ou encore autonomie dans le recrutement des professeurs. L’autonomie que souhaite expérimenter Jean-Michel Blanquer est d’ordre pédagogique : il s’agit de laisser aux établissements plus de liberté dans l’organisation des enseignements pour encourager l’innovation pédagogique. Dans le secondaire, l’idée serait par exemple de fixer au niveau national un volume horaire garanti en français et en mathématiques mais de laisser les équipes pédagogiques fixer elles-mêmes la dotation horaire pour les autres enseignements dans le cadre du projet d’établissement. Cela permettrait à chaque établissement de mieux s’adapter aux spécificités de son public et de son environnement socio-culturel. Si l’autonomie des établissements suscite beaucoup d’inquiétudes, c’est parce qu’elle aggraverait, selon ses détracteurs, les inégalités entre établissements. Mais les inégalités sont déjà colossales entre les établissements privilégiés de centre-ville et les établissements situés dans des banlieues sensibles ou des zones rurales déshéritées. Le système éducatif français repose sur une égalité fictive : prétendre que l’on peut corriger les inégalités en imposant à tous les établissements les mêmes contenus, les mêmes objectifs et les mêmes volumes horaires par discipline est illusoire. L’égalité des chances doit passer par une gestion plus souple et moins centralisée des établissements, et non par un égalitarisme trompeur qui, en fin de compte, favorise toujours les mêmes établissements.

En définitive, je crois que la politique éducative préconisée par Emmanuel Macron et mise en musique par Jean-Michel Blanquer va globalement dans le bon sens car elle est assez pragmatique et s’appuie sur les résultats de la recherche récente en économie et en sciences sociales. Cela étant dit, il me semble qu’un problème majeur n’a pas été considéré comme une priorité par l’exécutif, à savoir la revalorisation du métier d’enseignant. Car l’Education Nationale fait actuellement face à une crise du recrutement dont les effets sont particulièrement préoccupants sur le terrain : nombreux postes vacants, professeurs non remplacés en cas d’absence prolongée, baisse du niveau d’exigence aux concours de recrutement des personnels enseignants, multiplication des contractuels pour pallier le manque de professeurs titulaires, sans oublier la crise des vocations qui frappe un nombre sans cesse croissant de professeurs et les pousse à changer de métier en cours de carrière. Il est urgent de redonner de l’attractivité au métier d’enseignant, mais cela n’implique pas seulement une revalorisation des traitements : cela doit aussi passer par une amélioration concrète des conditions de travail des professeurs affectés dans les établissements difficiles et par une refonte globale de la gestion des personnels, notamment via des carrières plus attractives et un système d’affectation plus cohérent.

Six tabous à briser pour refonder (vraiment) l’école.

Premier tabou : la fin du collège unique. Au nom d’un égalitarisme rigide, le système éducatif français prétend corriger les inégalités en assignant les mêmes objectifs à tous les élèves, et ce jusqu’à la fin du collège. En réalité, notre système éducatif ne corrige pas les inégalités. Les élèves arrivent à l’école avec des capacités différentes, et il est illusoire de penser que l’école a le pouvoir de gommer ces différences. Si l’école impose à tous les élèves un niveau d’exigence élevé, elle conduit fatalement les plus faibles à l’échec. A l’inverse, un nivellement par le bas pénalisera les meilleurs élèves. L’objectif de l’école doit être de faire progresser chaque élève selon ses capacités ; pour cela, elle doit proposer des enseignements plus individualisés, adaptés au profil de chacun. Cela exige de remettre en cause le dogme du collège unique, d’accorder beaucoup plus d’autonomie aux établissements scolaires dans l’organisation des enseignements, et de créer un parcours professionnalisant pour les élèves en situation de décrochage scolaire dès le début du collège. 

Deuxième tabou : les rythmes scolaires. L’une des particularités françaises est la lourdeur des journées d’école : avant la réforme Peillon, les écoliers avaient six heures de classe par jour. Or, toutes les études s’accordent à dire que les heures de classe de l’après-midi sont contre-productives, car les élèves sont moins concentrés et ont plus de difficultés pour assimiler les informations et s’impliquer dans des activités intellectuelles. La réforme des rythmes scolaires de 2013 allait dans le bon sens : le décret Peillon a étalé la semaine d’école sur 9 demi-journées (au lieu de 8 auparavant) ; en contrepartie, la journée d’école finit plus tôt : les élèves sont ensuite pris en charge par des animateurs dans le cadre d’activités périscolaires financées par les municipalités. Cependant, la réforme Peillon n’est pas satisfaisante. Tout d’abord, sa mise en œuvre a été bâclée car de nombreuses municipalités ne disposent pas de moyens suffisants pour offrir des activités périscolaires de qualité aux élèves. Deuxièmement, la journée d’école reste lourde puisqu’il y a toujours classe l’après-midi. Troisièmement, la réforme ne concerne que les écoles : il y aurait sans doute beaucoup à faire dans les collèges. Enfin, la réforme Peillon s’est attaquée uniquement aux rythmes journaliers sans toucher au calendrier scolaire. Il serait souhaitable de raccourcir les congés d’été pour pouvoir alléger les semaines de cours de l’ensemble des élèves. Mais le calendrier scolaire est un véritable totem : quiconque envisage de toucher aux sacro-saintes vacances d’été risque de s’attirer les foudres des enseignants et des parents d’élève, mais également des professionnels du tourisme.

Troisième tabou : la réforme du Bac. Pour alléger le calendrier des épreuves et réduire le coût de l’examen (environ 100 millions d’euros chaque année), il faut réduire à trois ou quatre le nombre d’épreuves terminales dans chaque filière et faire basculer en contrôle continu les autres épreuves : seules les disciplines majeures de chaque filière feraient alors l’objet d’une évaluation finale. L’allègement du calendrier permettrait aussi de reporter de quelques jours le début des épreuves et de reconquérir en partie le mois de juin, puisqu’actuellement les cours finissent autour du 10 juin dans les lycées. La réforme du Bac est aussi l’occasion de repenser les spécificités de chaque filière : revaloriser la voie professionnelle par des épreuves plus exigeantes, renforcer l’importance des langues vivantes et l’ouverture sur l’international dans la filière littéraire, et réaffirmer la vocation scientifique de la filière S (trop souvent perçue comme une filière ouvrant toutes les portes et donnant accès à tous les métiers). La réforme du Bac doit être la clé de voûte de la réforme du lycée, car c’est le Bac qui détermine l’organisation des enseignements au lycée.

Quatrième tabou : la formation des enseignants. Les enseignants débutent leur carrière sans être suffisamment armés pour faire face aux difficultés majeures du métier. La formation initiale des enseignants, dévoyée pendant plus de vingt ans par le pédagogisme angélique dispensé dans les IUFM, a été améliorée ces dernières années. Il reste cependant beaucoup à faire dans certains domaines tels que la prise en charge des handicaps, la gestion des élèves violents, la lutte contre le décrochage ou encore l’éducation au numérique. Il faut aussi que les enseignants apprennent à évaluer les « compétences sociales » des élèves (l’écoute, la patience, l’empathie, la solidarité, le travail en équipe, etc.) car ces compétences, encore peu valorisées aujourd’hui, sont indispensables à l’apprentissage de la citoyenneté ainsi qu’à l’insertion professionnelle.

Cinquième tabou : l’évaluation des enseignants. Il s’agit d’un problème majeur : dans l’enseignement secondaire, les professeurs sont inspectés en moyenne une fois tous les six ans, ce qui ne permet évidemment pas d’assurer un suivi efficace. Cette situation est liée au fait que les inspecteurs pédagogiques régionaux sont trop peu nombreux pour inspecter régulièrement tous les professeurs. De plus, le rapport d’inspection, qui va déterminer la note pédagogique de l’enseignant, se fonde sur une seule séance de cours qui n’est pas représentative du travail fourni par l’enseignant sur l’ensemble de ses classes et sur l’ensemble de l’année. Il faut donc réfléchir à d’autres modalités d’évaluation, telles que l’évaluation par les pairs (un ou plusieurs professeurs assistent à quelques cours d’un collègue pour le conseiller). Ce genre de pratiques existe déjà dans certains établissements de façon informelle : elle pourrait être généralisée et institutionnalisée.

Sixième tabou : le système d’affectation des enseignants. Il serait souhaitable de réformer l’actuel système de barème, qui privilégie trop souvent l’ancienneté au détriment du mérite. Le système est en effet conçu de telle sorte que les enseignants débutants, qui ont un barème faible, sont affectés prioritairement dans les établissements les plus difficiles alors qu’ils ont peu d’expérience. Il faut généraliser les postes à profil pour les établissements difficiles, avec des conditions plus attractives pour les enseignants (formation spécifique, indemnité conséquente, service allégé, emploi du temps aménagé de façon à favoriser le travail interdisciplinaire, etc). Par ailleurs, le système actuel encourage peu la mobilité des personnels enseignants : lorsqu’un professeur demande à changer d’établissement, il perd le bénéfice de son ancienneté sur le poste précédent. De plus, l’enseignant qui mute se retrouve exposé au risque de voir son nouveau poste supprimé en cas de réduction de la dotation horaire de l’établissement car, lorsqu’un poste est supprimé dans une discipline, on éjecte le « dernier arrivé ». Par conséquent, le système pénalise les enseignants qui mutent et favorise ceux qui restent longtemps sur le même poste. Or, des changements d’établissement plus fréquents inciteraient les enseignants à renouveler davantage leurs pratiques et permettraient, accessoirement, de fluidifier le mouvement des mutations. Il ne s’agit pas d’obliger les professeurs à muter tous les cinq ou dix ans, mais de mettre en place des conditions plus incitatives, par exemple en supprimant les points d’ancienneté sur poste et en créant une bonification spéciale pour les professeurs les plus mobiles au sein de leur académie.

Faut-il supprimer le bac ?

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La question est un véritable serpent de mer qui ressurgit chaque année au mois de juin : faut-il en finir avec le baccalauréat ?

Il est vrai que le bac présente plusieurs inconvénients majeurs, à commencer par son coût : autour de 100 millions d’euros chaque année, une somme qui peut sembler disproportionnée pour un examen dont beaucoup ne voient plus vraiment l’utilité. De plus, l’organisation du bac entraîne des contraintes colossales pour les établissements : les épreuves du bac immobilisent énormément de salles, de matériel et de personnels, et neutralisent trois semaines de cours à la fin de l’année : durant cette période, les élèves de Seconde sont, le plus souvent, livrés à eux-mêmes. Les contraintes sont aussi d’ordre pédagogique : l’année de Terminale est une véritable course contre la montre, consacrée au bachotage et aux cours magistraux plutôt qu’à l’expérimentation de pratiques pédagogiques plus stimulantes pour les élèves et pour les enseignants. Enfin, on peut légitimement s’interroger sur l’utilité du baccalauréat : avec un taux de réussite dépassant les 80%, cet examen a-t-il encore une raison d’être sachant qu’il ne permet plus de sélectionner les élèves ?

Et pourtant, le bac est toujours utile. Tout d’abord, c’est un examen national : tous les élèves sont évalués dans les mêmes conditions par des professeurs qui ne les connaissent pas, ce qui garantit l’équité entre candidats. De plus, le bac a toujours une importance symbolique : il marque la fin de la scolarité dans le secondaire, l’aboutissement de tout un cycle d’enseignement, et ouvre les portes de l’enseignement supérieur. Il marque aussi une étape symbolique dans le passage à l’âge adulte, tout comme le dix-huitième anniversaire ou l’obtention du permis de conduire. Il est vrai que, dans la société contemporaine, les « rites de passage » n’ont plus la même importance qu’autrefois, mais ils restent des repères, des étapes structurantes et valorisantes. Le bac doit donc subsister en tant qu’examen national et conserver une certaine solennité : convocation écrite, épreuves organisées au niveau national, confidentialité des sujets, lecture des consignes aux candidats, publication de tous les résultats le même jour, affichage des résultats dans les établissements, remise d’un diplôme papier, etc.

Cela dit, le bac doit évoluer. Il faut adapter l’examen aux mutations de la société et de l’école. Jusqu’aux années 1970, le bac servait à sélectionner les élèves : les bacheliers constituaient une élite qui pouvait accéder aux études supérieures. Une grande partie des élèves ne passaient pas le bac, et les taux d’échec à l’examen étaient beaucoup plus élevés qu’aujourd’hui : à titre d’exemple, en 1970, la part de bacheliers dans une classe d’âge n’était que de 20%. Dans les années 1980, le gouvernement socialiste fixa l’objectif d’amener 80% d’une classe d’âge au bac. L’ambition du gouvernement était alors d’augmenter le niveau d’instruction de la population et de favoriser l’accès à l’enseignement supérieur. En 2014, la part de bacheliers dans une classe d’âge atteignait 77%, et le taux de réussite au bac avoisinait les 90% dans les séries générales et technologiques, et 80% dans les séries professionnelles. Mais cette démocratisation du bac est un trompe-l’œil car elle n’a été possible qu’au prix d’une baisse du niveau d’exigence à l’examen. On ne peut pas dire que le bac soit « donné à tout le monde », mais il est indéniable que le bac est moins difficile à obtenir aujourd’hui qu’il y a 40 ans. De fait, le bac n’a plus la fonction de sélection qu’il avait autrefois : il sert désormais à valider un certain nombre de connaissances théoriques et pratiques acquises au lycée.

Le bac peut être réformé. Il faut alléger le bac et resserrer le calendrier des épreuves terminales. Pour cela, il serait souhaitable d’augmenter la part de contrôle continu dans la validation de l’examen. Certaines disciplines sont déjà évaluées en contrôle continu au bac, notamment l’EPS. Le contrôle continu n’a rien d’aberrant : il permet de mieux prendre en considération le travail fourni par les élèves pendant l’année. Mais il est essentiel de maintenir des épreuves terminales afin que le diplôme du baccalauréat conserve son caractère national. En effet, la transformation du bac en simple contrôle continu risquerait de « dévaluer » les diplômes obtenus dans les établissements réputés difficiles par rapport aux diplômes obtenus dans les lycées plus prestigieux : c’est l’égalité des chances qui serait alors bafouée. Comment réformer le bac ? Les trois ou quatre disciplines principales de chaque filière pourraient être évaluées par une série d’épreuves terminales, tandis que les autres disciplines seraient simplement évaluées en contrôle continu. Dans la filière S, par exemple, seules les disciplines du pôle scientifique feraient l’objet d’une épreuve terminale, mais les langues vivantes, l’histoire-géographie et la philosophie seraient évaluées en contrôle continu.

En conclusion, on peut faire évoluer le bac, le rendre moins lourd et moins coûteux tout en préservant son caractère national et son importance symbolique. Supprimer l’examen national du bac au profit d’un simple contrôle continu est une proposition démagogique, une fausse bonne idée qui creusera les inégalités entre établissements. La plupart des démocraties européennes ont conservé un examen de fin d’études secondaires, qu’il s’agisse de l’Abitur en Allemagne, du A-Level au Royaume-Uni, de la Maturità en Italie ou encore du baccalauréat finlandais (appelé Ylioppilastutkinto). Il ne faut pas supprimer le bac mais le réformer, en se posant une question essentielle : comment évaluer de la façon la plus équitable et la plus efficace la maîtrise des différentes compétences exigées à la fin du lycée ? Rappelons, pour finir, que ce sont les épreuves du bac qui déterminent l’organisation des enseignements au lycée : sans une véritable réforme du bac, tout projet de réforme du lycée ne sera qu’une mascarade.