Procès en légitimité

L’Assemblée nationale (source: France Soir).

Depuis les élections législatives de juin, les députés de La République En Marche et leurs alliés du MoDem font l’objet d’un procès en légitimité qui, à force, finit par devenir carrément grotesque. En raison d’un taux d’abstention de 57%, la nouvelle majorité serait, dit-on, « mal élue ». Certes, ce niveau d’abstention est un record historique pour des élections législatives, mais c’est l’Assemblée nationale toute entière qui est « mal élue », et non uniquement les députés de la majorité ! L’abstention n’a pas été plus forte dans les circonscriptions remportées par LREM que dans celles remportées par Les Républicains, le FN ou la France Insoumise.

Certains pointent du doigt l’inexpérience de la nouvelle majorité. Il est vrai que la moitié des députés LREM sont issus de la société civile et n’ont aucune expérience parlementaire, mais ils sont arrivés au Palais Bourbon avec leur expérience du monde de l’entreprise, du monde universitaire ou du monde associatif, ce qui n’est pas négligeable. D’ailleurs, l’inexpérience des nouveaux parlementaires est un faux problème. Le travail de député s’apprend : les nouveaux députés seront conseillés par les députés plus expérimentés. Dans le passé, il y eut d’autres exemples de renouvellement important de l’assemblée : en 1919, les anciens combattants de la Grande Guerre sont entrés massivement au Palais Bourbon, formant ainsi la fameuse chambre « bleu horizon ». En 1958, ce sont les gaullistes qui ont fait irruption à l’Assemblée nationale. Et en 1981, avec le retour de la gauche au pouvoir, de nombreux socialistes sans expérience parlementaire ont été élus députés.

On reproche aussi aux députés macronistes leur soumission au nouvel exécutif : l’Assemblée nationale élue en juin 2017 serait une « assemblée de godillots » ou, entend-on parfois, une simple « chambre d’enregistrement ». Mais les députés de la nouvelle majorité n’ont pas renoncé à leur liberté : ils n’ont signé aucun pacte qui les obligerait à voter sans discussion tous les projets de loi du gouvernement. Même si le règlement intérieur du groupe LREM comporte un article stupide et sectaire qui interdit aux députés macronistes de cosigner un amendement ou une proposition de loi issus d’un autre groupe parlementaire, cela ne remet pas en cause le droit, pour le groupe LREM, de déposer ses propres amendements et de faire des propositions de loi.

On reproche également aux députés macronistes leur opportunisme : les députés de la majorité, dit-on, auraient été élus uniquement parce qu’ils portaient l’estampille du nouveau président. Le député « Insoumis » François Ruffin s’est d’ailleurs permis de publier sur sa page Facebook le commentaire suivant : « on ne devient pas député tout seul. On contracte toujours une dette. Soit à l’égard d’un parti, d’un chef, qui vous a nommé, qui vous a réservé le bon siège. (…) Soit, comme moi, à l’égard des gens qui ont jeté leur énergie dans cette bataille. » Autrement dit, selon François Ruffin, les députés macronistes ont été élus uniquement parce qu’ils avaient fait allégeance au président de la République, tandis que les députés de la France Insoumise ont remporté la victoire grâce à leurs idées et à la mobilisation de leurs militants sur le terrain. Les députés Insoumis seraient donc plus légitimes que leurs collègues macronistes… Quelle arrogance ! Et quel mépris pour les Français qui ont voté LREM !

Ce que Monsieur Ruffin semble avoir du mal à admettre, c’est que les Français ont voulu donner une majorité parlementaire au président qu’ils avaient élu au mois de mai : les députés LREM ont été élus parce qu’ils soutenaient le projet d’Emmanuel Macron et parce qu’ils incarnaient une certaine forme de renouvellement politique. Ils ne doivent pas simplement leur victoire au « fait du prince ». Monsieur Ruffin ne veut pas admettre non plus qu’à l’instar des autres députés de la France Insoumise, il doit en grande partie son élection à la popularité de Jean-Luc Mélenchon, et que si Mélenchon n’était pas arrivé en quatrième position à la présidentielle, son mouvement ne disposerait certainement pas d’un groupe parlementaire à l’heure actuelle. Qu’il le veuille ou non, François Ruffin a donc lui aussi une « dette » envers son « chef ».

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